‹ De la réduction spontanée de l'invagination intestinale chez le nourrissonChapitre 34 sur 36 · III. - Symotcmatologie · texte numérisé non relu

III. - Symotcmatologie

Un nourrisson jusque-là en benne santé, se met aussi fortuitement que subitement à crier et à s’agiter. Pâle, les veux hagards, indifférent à tout ce qui se passe autour de lui, il est en proie à de violentes douleurs provoquant des convulsions. Quelques instants plus tard, des vomissement apparaissent, puis l’enfant à une selle ou plutôt une évacuation de mucus sanguinolent, suivi d’un écoulement de sang pur. Les parents vont chercher le médecin en toute hâte. Ce dernier, en palpant l’abdomen légèrement ballonné, éveille de la douleur et découvre en

un endroit une masse plus ou moins dure, en forme de boudin. Au toucher rectal, il peut sentir dans le rectum une masse que son doigt contourne sans difficulté. En retirant son doigt, il s'aperçoit que ce dernier est souillé de sang ou de glairés sanguinolentes. Le diagnostic d’invagination intestinale est posé et la question de l’intervention discutée. Lorsque, quelques heures plus tard, on s'apprête à intervenir, l'aspect de l'enfant a changé du tout au tout. Les. cris et l’agitation ont cessé, la pâleur a fait place aux couleurs habituelles, les vomissements ne se sont pas reproduits. L'enfant, complètement calme, s’est assoupi. On palpe l'abdomen : plus de ballonnement, plus de défense de la paroi, plus, ou presque, de douleur. On recherche la tumeur qu’on avait perçue: quelques heures auparavant, mais on ne la retrouve pas, malgré une minutieuse palpation. On fait le toucher rectal : la masse qui se trouvait dans le rectum a disparu comme par enchantement. A la suite de ce toucher, l’enfant a des gaz et évacue des matières teintées encore de sang ou noirâtres. Devant cette amélioration on se borne à l’expectative. Un lavement'est administré. Il est suivi d’une évacuation de matières plus ou moins noires. L’intervention est remise. Les jours suivants, l’enfant a repris son caractère habituel, il est gai, il joue comme si rien ne s'était passé. Les selles deviennent normales. Ne voulant pas croire à une terminaison heureuse, on surveille encore quelques jours durant le petit malade, mais en vain. La guérison est bien définitive, l’invagination s'est réduite spontanément.

* “ e Tel est le tableau clinique, que nous offrent d’une manière constante les observations de désinvagina-

tion spontanée. Ce mode d'évolution naturelle de l'intussusception a une symptomatologie particulière. Nous allons en reprendre les divers symptômes un à un et les décrire plus longuement.

- L'un des premiers est la disparition de la douleur. L'enfant qui poussait des cris continuels et se tordait littéralement, prenant des attitudes que les auteurs anglais jugent pathognonomiques de l’invagination, est devenu subitement calme. Tout ce tableau extérieur d’une douleur viclente a disparu. L'enfant épuisé s’est endormi, alors qu'auparavant tout sommeil était impossible, Le visage a perdu sa pâleur et les joues ont repris leur teinte normale.

Autre symptôme : disparition de la tumeur abdominale. Cette masse, auparavant nettement perceptible, est introuvable en dépit de minutieuses recherches. Avec elle ont disparu également le léger ballonnement qui existe ordinairement, la défense de la paroi et la douleur à la palpation. Il ne faut cependant acccrder à ce symptôme qu’une valeur restreinte. Nous rappellerons en effet que la perception de cette tumeur est très variable, parfois même négative. La valeur de ce signe n’existe donc qu’en concordance avec les autres symptômes. Il en est de même pour le toucher rectal, quand ce dernier, positif, a décelé une masse dans le rectum. La disparition de cette masse à un toucher 'ultérieur peut être le fait d’une désinvagination partielle et non totale.

er se Le

Chez les nourrissons présentant une invagination, on a remarqué parfois que la température descendait audessous de la normale et que le pouls devenait rapide, petit, filant. Lors de l'amélioration produite par la désinvagination, il est dans ces. cas de règle de constater un relèvement de la température et un pouls mieux frappé.

Enfin, le meilleur symptôme de réduction spontanée est constitué par la cessation des phénomènes. d’occlusion et le rétablissement du fonctionnement intestinal.

Les vomissements cessent ordinairement tout au début, c’est avec la disparition de la douleur l’un des premiers signes. L’enfant qui ne pouvait rien tolérer, garde désormais ce qu’il absorbe et ne tarde pas dans la suite à recouvrer un appétit qu’il avait perdu. Par suite de la disparition de l’obstacle intestinal, le ballonnement abdominal disparaît, l’enfant a des gaz et évacue bientôt des matières encore teintées de sang ou noirâtres. Cette coloration ne tarde pas à disparaître et les selles reprennent avec leur fréquence leur aspect normal.

A ce moment, l’enfant a repris son caractère habituel, il est gai, il joue, il s’intéresse à son entourage. La guérison est confirmée, l’invagination intestinale n’est plus qu'un mauvais souvenir.

Page 1