INTRODUCTION
L’invagination intestinale est une des questions de la pathologie, qui passe pour être l’une des moins connues de la généralité des praticiens. Elle n’en a pas moins été étudiée longuement par de nombreux auteurs, Dans cette étude cependant, un point a été négligé, délaissé même, en raison peut-être du peu d'importance qu’on serait malheureusement tenté de lui accorder de prime abord : nous voulons parler de la réduction spontanée.
Plus ou moins contestée, fortuitement constatée, cette évolution naturelle et heureuse de l’intussusception n’est marquée dans la littérature, que par la publication de quelques observations, considérées comme exceptions ou curiosités médicales, et de quelques articles, parmi lesquels nous retiendrons ceux de Fitzwilliams en Angleterre et de M. le Professeur Frœælich en France.
C’est d’ailleurs à M. le Professeur Frœlich que nous devons de traiter ce sujet aujourd’hui, et nous profitons ici de l’occasion qui nous est offerte, pour lui exprimer notre respectueuse reconnaissance.
Au seuil de cette étude, une définition s'impose : Que faut-il entendre par réduction spontanée? Par réduction spontanée, nous n’envisageons que la désinvagination pure et simple de l’intestin, sans perte de substance avec cessation des symptômes d’ocelusion et rétablissement des fonctions intestinales.
Nous écarterons ainsi un autre mode d’évolution naturelle de linvagination intestinale par élimination du boudin gangréné. Ce processus de guérison pathologique est à opposer à la désinvagination, véritable guérison physiologique.
Nous ne comprendrons pas non plus la désinvagination obtenue par des moyens mécaniques tels que le taxis, l’insufflation d’air, les lavements à haute pression, car ce n’est plus alors une réduction spontanée, mais une réduction par intervention, assimilable à celle opérée après laparatomie par la main du chirurgien.
On a considéré deux formes de désinvagination spontanée (Fitzwilliams) : la désinvagination complète (réduction totale), la désinvagination incomplète (réduction partielle). Cette dernière ne comporte pas, comme la réduction totale, la cessation absolue des symptômes d’occlusion. Que l’invagination soit plus ou moins étendue, le degré d’obstruction ne varie pas sensiblement. De plus sa constatation n’est basée cliniquement, que sur la diminution de volume de la tumeur abdominale, signe diagnostique bien aléatoire. La réduction partielle ne présente donc aucun intérêt, seule la réduction totale doit retenir toute notre attention.
Nous pourrions, dès lors, envisager cette question de la réduction spontanée totale à deux points de vue
1° Chercher à discerner les conditions générales anatomiques et pathogéniques, qui sont susceptibles d’entraver ou de favoriser la production de la désinvagination.
2° Ou abandonnant ce premier chef, considérer uniquement la réduction spontanée comme mode de guérison de l’invagination intestinale, mode de guérison sur lequel on n’a malheureusement pas assez insisté.
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Mais, en fait, cette distinction est beaucoup plus apparente que réelle, et ces deux points de vue sont étroitement liés l’un à l’autre. £’examen des conditions générales anatomiques et pathogéniques influant sur ce tvpe d'évolution heureuse de l’invagination intestinale nous facilitera en effet sa compréhension en tant que processus de guérison.
C’est pourquoi, nous nous efforcerons de rechercher dans l’étude des variétés anatomo-pathologiques, du mécanisme et de la pathologie de lintussusception, ce qui peut provoquer la désinvagination ou y mettre obstacle.
Enfin, nous préciserons, ainsi que l’indique d’ailleurs son titre, que notre travail est exclusivement limité à linvagination chez le nourrisson.