INTRODUCTION
Tonte question d^intérât général a plasienrs {ihases ine*cessires et, pour ainsi dire» plosieors momens. Il n'est pas donné aux hommes , quand ik considèrent un problèiae social 9 d'atteindre» du premier bond» à la solution ; la vérité est comme un édifice auquel chaque époque ajoute Ien|(Binent une assise» et qni, en s'élevànt et s'étendani tous les jours» doit pourtant demeurer inachevé.
Le système pénitentiaire » qui préoccxipe si vivement les çsprits depuis quelques années» avant d'arri?er ir l'état de science^ aura sans doute bien des degrés à parcourir; car il est né avec le siècle oii nous venons d'entrer et l'expé-
rience est nne aatorîlé qu'il n'a pas encore le droit d'Invoqner. Son origine en France remonte peut-être moins haut qu'ailleurs; son histoire se réduit à quelques essais qui n'ont pu porter déjà leurs fruits. Avant la restauration^ c'était une terre inconnue : le code impérial n'avait point pourvu à l'amendement des coupables^ il punissait pour punir. Une brocfanre Aé M» ie laMcliéfoiicault-Liancourt» sur les prisons de Philadelphie, et l'ordonnance de i8i4 qui instituait à Paris un pénitencier de jeunes détenus; voilà quelles circonstances signalèrent alors chez nous l'apparition simultanée de la pratique et de la théorie.
Vint ensuite la société royale des prisons, formée par les Mfts cte IL Decaflô, et qtû, sans ^elér ime bien vire lumëreinr les difficultés de la réforase, donna du moiiif à a» élmàé» Que puissante impulsion. Plus lard» BL Charles Luca* p avec l'ardeur qu'inspire toote découverte récente , f6 mit à reeàeîUir ei à commenter les exemples et kt en^ feigmimèns qui nous arrivaient de l'autre bord de l'Océaiib Enfin ,. et conune autrefois les députés de Rome allaieftt étudier les lots de la Grèce^ MM. de Beaumont et de Tôci|tte^e, envoyés à la recherche de la sagesse américaine, BOUS «^portèrent des documens précieux sur }e régime «M péiiiteneiew» aiasi que des aperçue égjidement déctsifi
pt profonds , auxquels les envoyés de l'Angleterre et de la Prusse , MM. Grawford et Julius n'ont rien ajouté.
Ces divers travaux marquent la première époque dû système pénitentiaire en France , sa période de recheretnà et d'Importation*
Nous connalssoiis la discipline des pénitenciers américains et leç résultats obtenus; ^lais savons-nous si cette discipline est celle qui convient à notre état social ? N'y auralt-U pas quelque péril à faire , pour la science nouvelle, ce que firent pour les doctrines d'Àristote les comoaentateurs de la renaissance , et à l'adopter commie un évangile universel? La civilisation ne pénètre parmi les peuples , qu'en respectant les différences des mœurs , des races et des nationalités. Qaeldbit-étre eu France le caractère, rindlvidilalité de la réforme? Â ce point, commence la secôhde époque dû système pénitentiaire , sa période d'examen et d'învèntioii. L'auteur de ce livre a tenté de rinatigurer ; Il a cUerdhé à déterminer les principes du ré*glîne applicable à la Frbnbe. D'autres remplirontles lacunes
qu'il n'est pas parvenu à combler, et redresseront des hypo-
thèses qui ont nécessairement encore un côté cobjectiiral.
Mais.jUjae cpjj^^ip^ préjudicielle a été soulevée^ que nous
ayons d'abord à vider. Le problème de rétablissement pénal a-t-il en réalité une telle importance , que Ton doive faine passer cet intérêt avant tant d'antres qui demenrent en souffrance dans notre société ? Convient-il de travailler à la réforme des prisons ainsi que des malfaiteurs , avant d'avoir pourvu à l'enseignement de la jeunesse , à l'occupation des bras sans emploi , à la subsistance des malheureux qui manquent de secours et de pain ? La misère et l'ignorance ne doivent-elles pas précéder le crime , dans les sympathies du publiciste et du législateur? et n'est-ce pas une chose plus urgente de songer à l'éducation des classes pauvres que de faire celle des détenus , de prévenir que de corriger?
Dans toute société bien réglée» ces deux intérêts doivent marcher de front , comme les deux faces d'une même constitution. La misère mène au crime, de même que le crime engendre la misère : en réprimant l'un , on satisfait à la morale; et en guérissant l'autre, à l'humanité. Il est également nécessaire de secourir ceux qui souffrent et de ramener ceux qui s'égarent. Nous ne saurions dire ni de quel c6té le danger de s'endormir est le plus grand , nî de quel côté le devoir d'agir est le plus étroit. Mais, comme le progrès n'avance pas à la fois du même pas daus toutes les direc-
tioDs , c'ejst aux circonstances qu'il appartient de prononcer vers quelle branche du gourernement l'activité sociale doit principalement se porter.
Le catholicisme est la dernière forme religieuse et politique qui ait eu la prétention d'embrasser l'homme tout entier, et de ne laisser aucune partie de la société en dehors du gouvernement. Dans celte admirable organisation» le système répressif ne tient pas moins de place que le système préventif. Au point de vue religieux , la pénitence est un sacrement , comme le baptême et l'eucharistie \ aif point de vuQ politique , nous voyons s'ouvrir presque en même temps les écoles, les hôpitaux, les asiles et les monastères; la chaire et la cellule sont, ^ un égal degré, les symboles de l'institution.
Il semble cependant que le catholicisme incline surtout à la pénitence. Une de ses maximes les plus chères est celle-ci : « Il y a plus de joie au ciel pour un pécheur repentant que pour dix élus. » Ses histoires les plus touchantes sont des conversions : tantôt le père de famille tue le veau gras pour le retour de l'enfant prodigue ; tantôt Madeleine
la pécheresse embrasse avec effusion les genoux du Qbrist ^ et tantôt le persécuteur du christianisme naissant « foudroyé
liàftine voix ditidë^ deylenl Tapôtre saint Paul. Plut oh est descendd daûd le crime » et t>lus on peut s'éiërer dans la sainteté.
Qu'est-cô à dire P N*y a-l-îllà qu'tme doctrine consolante, destinée à rassurer un monde enfant et plongé dans les niaténalités du paganisme ? N'est-ce qu'une fiction du dogme on bien doit-on reconnaître, sons cette forme symBoliqué » niiô intelligence profonde des harmonies de l'ordre social ? Nous penchons pour cette dernière expiicattôn. En fait, Teiemple d'une vie pore produit sur nos esprits nne impression bien moins vive que le spectacle d'une converérôn. L'autorité de la vertu nous parait plus puissante, Iolrsqti*eIle vient & courber des natures long-temps rebelles et qui n'acceptaient aucun frein. C'est une victoire du bon principe sur le mauvais ; c'est un signe de la Providence, qui fortifie les honnêtes gens et qui ébranle les méchans dans leurs résolutions. L'homme , quand il seconde , par là culture , le développement des forces naturelles, n'a pas là conscience de son pouvoir, comme lorsqu'il lui arrive d'en corriger les déviations.
A pl^endre les hommes avec leur organisation où les se^ ^OÉifoe&t Tè^tit , Teic^mpte est poiir eux sansxonlre-
ait hplûn faaat et le plus sûr enseignement. Dans le moyens âge y on exposait les malfaiteurs aux regards du peuple, pour lui faire comprendre toute la laideur du crime en montrant le crlpiinel accablé par le châtiment. Mais on donnait la même publicité au repentir, et la réhabilitation avait des formes solennelles , comme le jugement. Quelle leçon de morale eût parlé au cœur le langage incisif de ces augustes cérémonies ? Les institutions pénales font partie^ plus qu'on ne le croit, de Téducation du peuple. Amender les condamnés, c'est aussi réformer la société.
Dans Tordre logique , il est certain que les progrès de
l'éducation préventive doivent devancer les améliorations du régime répressif. Les eiifans et les ouvriers nous touchent assurément de plus près que des condamnés qui sont bannis du monde ; et il semble que ce soit folie de s'arrêter à cicatriser .las plaies » qaand on peut aller diredemeiM^ au {principe cLa aaL Mais kas nations ne suivent pai > dians la pratique ûe la vie sociale, cette marche simple et droite du rai» semiement. Elles sont obligées de travailler pour fefréseBt* avant ^wmer pour l'avenir, et de punir avant 'd-eMe4il0r« Lb Mppèision des délits «atone deces «éœsailés ittittidiatei •t oi^iiMiqa^ ne d^fenâpas da|Mnivir4'4MfBiN?#farqa
qa'en rajouroant il périrait. Or la peine, qui ne corrigQ pa9ledéUoqa9nt| ii*a point réprimé le délit.
Ceux qui voudraient renvoyer la réforme des prisons au moment oii Téducatlon aurait achevé de se répandre partout en Fra^nce , et où le problème du travail serait tranché, ne se rendeotpas compte de l'état de notre société. Dans on temps comme celui-ci» oh les convictions sont flottantes, individuelles , et vont à l'aventure » il n'est guère qu'une espèce de réforme possible , celle qui procède encore de quelques points convenus et compris de tous. Le système péni* tentiaire a cet avantage; car il ne se propose que de convertir les criminels à l'observation des lois, et deles replacer
ainsi sous lé niveau commun : tentative qui n'exige d'autres efforts de. réflexion qu'une étude attentive des passions et
des ressorts humains dont nous disposons.
Mais, dans toute réforme qui s'élance an «delà de notre sphère d'action , qui s'attaque aux bases mêmes de l'ordre social, nous n'apercevons que doute et que ténèbres. Nous tournons notre roue , comme l'Ixion de la fable, après avenir embrassé les nuages. Nous interrogeons des abfmes dont la sonde ne trouve pas le fond. N'importe, il faut chercher et regarder eùcore. Mais quelle dérision, si l'on allait penser
qu'il y a nécessité d'enrayer tout mouvement» jusqu'à ce que la vérité qu'on attend» et que l'on somme de se présen-^ ter, eût enfin comparu.
Voi|S dites qu'il est à propos de fonder des écoles» et de cantonner un maître dans chaque village , comme le mbsionnaire délégué pour le civiliser. Vous encouragez la publication des livres élémentaires , et vous voulez populariser la science , aujourd'hui l'héritage de quelques privilégiés; à la bonne heure» et jusque-lh les vœux de tous les hommes éclairés suivront vos efforts. Mais pensez-vous que le nombre des crimes va diminuer, et les mœurs s'épu* rer d'elles-mêmes , quand il n'y aura plus un seul enfant qui ne sache lire, écrire et compter ? Prenez- vous la science pour la morale, et confondez -vous l'instruction avec l'éducation ?
C'est un devoir pour les gouvernemens de répandre l'instruction , non point à cause de son influence sur les mœurs, mais comme l'instrument de l'intelligence , comme unins* trument aussi nécessaire à l'homme que l'usage de la main ou du pied. On exagère le bienfait des lumières, quand on suppose qu'elles ont pour effet de diminuer le nombre des délits. L'instruction toute seule n'est pas douée de cette
IrèrtQ, et ne ttiffil pki tH>tir rendre rbomme meOfoiir. Ë^
fait> et depak qae renseignement primaire est distribué au7 classes laborieuses , le crime a peut-être changé de caractère; mais il s'est aussi multiplié. Avec rinstruction , s'accroissent pour tout ihdiyidû lés moyens de douter et de croire; il devient maître de se déterminer par lui-même, entre les motifs du bien et ceux du mai; mab il n'acquiert aucun principe de croyance ni d'action.
Nous soJQUilès loin d'acqidescer ant déclarations de cette école de calbbliqaés dégénérés , qui ne Voit dans la diffusion des coimàisssances que la corruption du niondô , et qui persiste judaîquéiilent à représenter Tarbre de la science » comme Tàrbre àa fruit défendu.
I L'homme , en s'éclairant , augmente la puissatfee de «es
I facultés > et suit le développement naturel de sa destinée
terrestre ; U n'est pas |iossibte que le progrès dakis l'ordre intellectadi soit Usa sympldme de déchéance dans Tordre moral. Mais par cela seul que Tintelligence est agrandie » il ne faut pas affirmer que la pensée ï'élève et que les passions sVpaisetiit en même temps.
Ia nuda^ 4q «empi préMst est « leeptioMM^BiécM*
tent de lui-même , et qai cherche yametnent & se fixer. I civilisation a pris une force gigantesque ; mais cette for< demeure suspendue dans la région dès orages ; entre terre et le ciel. Ce levier n'a pas de point d'appui. A vee le lumières , tous inoctllez aussi l'épidémils du doute ; vous dé tachez un plus grand nombre d'hommes de la religién de la famille et de la vie. C'est uH mal nécessaire , je le sais nécessaire comme les douleurs de Tenfaïitement à la fécon dite. Cependant ne dites pas que la douleur est un bien*
Il est une sorte d'éclectisme^ confiant jusqu'à la témérité, qui envisage ces obstacles sans reculer. Il entreprendrait l'éducation morale de la société , et fabriquerait des caté-^ chismes à l'usage des écolesprimairesysans plus hésiter que s'il «'agissait de quelque méthode de lecture et de quelques no^ tiens d'arithmétique ou de chimie ; pure illusion d'une vanité sans mesure. Les philosophes du dix-huitième siècle» avant les éclectiques du dix- neuvième , avaient imaginé aussi de réduire la morale en code, et de livrer la société au principe de l'éducation spontanée i le self-education à côté du sèlf^ government. Qn'est-ilresté cependant des tentatives d'flelvétius» de Volney et de St-Lambert ?
L'éducation ne peut résulter que des habitudes et des croyances; elle a été placée sous l'égide de la famiQe et de
la religion ; le prêtre en estTagent le plus direct comme le plas puissant. Par malheur, les prêtres que nous ayons en core ne savent ni ne veulent aujourd'hui la donner ; au lieu de diriger ou même de seconder le mouvement social,le clergé de toutes les sectes chrétiennes s'est mis en révolte contre Tesprit du siècle* Catholiques» Calvinistes ou Luthériens» ils sont tous h l'état de protestantisme en face de la civilisaion. Vous ne pouvez pas les appeler» parce qu'ils sont hostiles» et pourtant vous n'en avez pas d'autres pour vous aider ; vous êtes donc condamnés à- séculariser l'éducation comme vous avez fait de l'état » c'est-à-dire à cultiver l'intelligence sons émouvoir ni féconder le sentiment moral. ^
Non seulement» dans le désordre de la famille et des croyances» l'éducation manque d'instrumens ; mais» les instrumens étant donnés» on n'aperçoit pas facilement de qui elle procéderait. Ce qui fait qu'il n*y a pas d'éducation pour nous» c'est que le principe en est arbitraire et individuel; c'est que chacun se trouve maître delà régler comme il l'en* tend. Que peut-il sortir d'une pareille anarchie ? L'éducation» dans' les temps où elle^ est possible» procède du sys* tëme général des idées et des institutions; alors les écoles se forment à l'image de l'église et de l'état » et la génération nais$aAte n'a qu'à suivre les exemples des honpunes faits. De
nos ]onrs, aa coDtraire, tonto édacaiion systématique aurait pour conséquence do mettre les écoles en opposition arec le monde » et de séparer les hommes des enfans.
Voyez nos collèges. Napoléon y avait organisé un régime monastique et militaire; c^étaient autant do séminaires où devaient se recruter des bandes nouvelles de prétoriens. Encore aujourd'hui» on y élève la jeunesse dans les idées et selon les mœurs des peuples conquérans de Tantiquité; les habitudes 6ont austères et empreintes d'une sorte de brutalité ; il n*y a pas d*écolier de douze ans qui ne se croie un Scévola on un Bru tus. Il faut pourtant abandonner les traditions universitaires» quand on fait son entrée dans le monde. Une société élégante , polie^ et surtout facile » ne saurait s'accommoder de ces sauvages habillés à la grecque ou à la romaine. Ne pouvant la réformer» ceux-ci sont bien obligés de recommencer leur éducation ; et ce changement soudain ne contribue pas peu au scepticisme. Ils prendront désor» mais toute croyance pour une illusion de collège ou pour un hochet d'adolescent.
Les difficultés sont les mêmes dans l'ordro des intérêts. Ouoi de plus redoutable que celles qui naissent de Torga* nisation du travail? Plus les forces de la production s'ac-
<-^, ^.tM>%^
croi$3)5|}( 3 p}q9 le papnde s'enrichit , plas l'homme étend le 4pO)ame .de la propriété , et plas s'aggrave aussi la condition des trayaillears. L'iadqstrie ne fait que de naître; et déjà surgit , comme un contre-poids à cette puissance des tempi^ modernes , le paupéri^p^e qui dpjit eQ être le fléau. Npu^ jCpncQVons que des écrivains liabitués à ne prendre poi^ei) que de leurs émotipp$ aient senti grpnder dans leur |ime^ en présence de t^nt ie misères » une noble impatiei)pc d'en yoijr U fin. Mais il faudrait craindre d'accuser trop légèrement J^ pi^bjijcîsjes qui n'ont pas encore trouvé Jl^ rpfff^d^, on le pouvoir qui ne s'est pas hâté de l'appliquer. jS^fps 4PJate la sp.uffr(uace est grande , la nécessité est impérieux > e) nou3 avons reçu de ces avertissemens que l'on ;;i'p^jt4ie pas. Le cratère de Lypn fun\e encore , après trois éi^uptions. Nous ne conseillons paç dp détourner les yeux de jceLte cojotemplation , et de se faire indijDférent sous prétexte iqi^ l'on est impuissant. Mai^ doit-on s'indigner outre mesure, ^i l'œuvre d'mji ^ède Joe ^ ^JQOÛne pas en jçpelqaes ^ours ?
Le dix-neuvième siècle , époque de renouvellement social, a posé les questions; est- il réservé à la génération fbQtuelle de les résoudre > ou hien sa mission ne consisterat-eUe qu'à préparer le dénouement ? Ce qu'il faut avoir le Xdiinr^ige ,de çpnfesçer^ c'est que nou^ marchpns encore à
i5 TaTendire ^ rei^neiDaiit dei faits do^t Tensemble ne sa Eévèle pas à notre ejtaiaeii. Cberoheurs intrépides et analystes pleins de sagacité, npus sommes les pionniers de la non- Telle société; nous abattons le^ forêts et nous mettons le feu au:i )iroassailIes» mais nous ne ferrops pas encore les villes s'éleyer h la place oii fot le désert.
k coml^féft de théo^fes et d'etpérienees èontradietoires fi^a pas Aoniié Reùf état des elasses panrres? Napoléon prététrdaft lés ùi^rû&t èani ses dépAts de mendicité; maîis eétie pensée, tpA tféhSt <|tr^aire grande chimère, reçat à piefno tin commèncûmeût d'exécntion. Où trouver assez de casefRM potn^ emprisoiutner coos les mendians? Le travail maBfqtrait déjà an petit nombre de malheureux ffèit te zèle obéissant des préfets y avait enfermés ; et s'il n'eàt f as liiaiKfué aent pauvres' ^eous, rmdustrîe libne se serait
éteinte def ant la àonétrrrenee dé Cette itïdiistm foràée.
L'Angleterre et TEspagne nourrissent leurs pauvres : dans les deux pays, les pauvres forment une sorte de tribu héréditaire , un peuple au sein de la nation. Le système des couvens distributeurs d'aumônes a fait de la Péninsule une contrée abandonnée et stérile* Le système des manufactoreSj
jît3ta^..- .4tJP^\%:* >" "* *tw^.^. .' .■ J».^ ./^ .. .'i ' C'^' !f'
enté sur la taxe des panrres» a fait de la Grande-Bretagne une école d'intempérance et de voh En Espagne , les men«
dians vivent parqués autour des monastères , ou vaguant de l'un à l'autre ; et ces habitudes d'oisiveté empêchent la population de s'attacher au sol. En^Angleterre , le principe de la loi des pauvres consistait d'abord principalement dansles distributions de secours à domicile (oziN(ioor relief); le législateur avait voulu encourager ainsi la régularité des mœurs, et il n'avait favorisé que l'imprévoyance des populations. Aujourd'hui l'Angleterre adopte le système de Napoléon (in door relief), et caserne les indigens dans les maisons de travail {work-hotise )• Cette mesure a réduit les dépenses
et le nombre des pauvres secourus \ il est à craindre cependant que le soulagement ne soit que temporaire , et que les pauvres ne s'accoutument à l'existence régulière dvLworkhouse , qui compense la privation de la liberté par la certitude du repos. La vie commune de ces maisons , qui renferment un abrégé des circonstances sociales depuis les berceaux des nouveau-nés jusqu'au cimetière où les morts sont déposés , a d'ailleurs l'inconvénient d'anéantir l'esprit de famille. 11 n'y a plus pour le pauvre de père» de mère, de (pyer ni de clocher, d'affections ni de religion. Le workftatis^esi sa patrie ; il est la fils de la taxe des pauvres , le produit île cette machine h population.
et 4» fou
A CCS vicus de la charité publique, on poiiEr«| les erreurs de l'école égoïste, du laisser faire et ( passer eu matière de gouvcrDemeot. La théorie de Malll les résnme toutes ; elle en est la logique et comme le deru mot. Or, quel pouvoir se chargerait de mettre en pratîq un système qui condamne toui Itii iodigens au célibat, qui garde pour le riclie le privilège de la reproductioD. i faisant ainsi l'étalon du genre humain? 4
La question du paupérisme est celle des salaires sous izil autre rormc. Or, que savous-nous de celle-ci ? Les éco^ mistes l'ont tournée et retournée dans tous les^ens ^ miH leurs travaux lesplus solides nesont-ils pas des étudcHepult observation ? Toutes les foisqu'ilsont voulu construire et o^ gauiser, onl-ils enfante une seule idée qui partit, pour arraB*. ger le monde comme il doUeire, du inonde lolqi^'ii ertA Les disciples de Saîiu-Simon amlenl im nginé une espëct rncHe théocratiiue , sans Dieu comme sans liberté. '. disciples de Fourrier proposent d'instituer une phalange commune agricole , fondée sur le jeu des passioas , et Ad n'eat pas inspirée par une crpyance'.nî dominée par uni idée ; où pour remplacer le souffle créalcur, qb enlace li les sociétaires d'une multitude de petit» liens; oticl «iit un labyrinthe et .non pas déclinée. «
i{ M mOU pu de dira que le salaire doit«er^artir enire ie (r^Fgil, Je talent et le capital. DoJt-il en effet «e répartir éffUotteat ou inégalement , et cLaui quelle proportion ? La prîjae do capital eera-t-elle toujoure ce qu'elle est âDJonr- <i d'hui, la part dolion; ou plutôt tendrait-elle, commcroot 31 alilnnÉ les SaiDt-SimoDi&Ds,â s'annuler? vtilh ceqQenoiU | avons d'aJ)ord à déterminer. Evidemment la pat-t de l'oavrier est iusuiUsante aujourd'hui; d'un autre côté, et tant qu'il intervient de ses brus plus que de son intelligence dan s ^ Je travail industriel , Touvrior peut-il accroître son rereotl ? ^ous louroons dans un cercle vicieux, avec une révola- * #iotte> perspective^ qui menace de le briser>
R^artlrles'salairea, c'est distribuer la richesse entre les t^pssee et les iadividiis. Maïs la richesse a beau moDtet comme le flux de la mer, les besoins et les prétentions ^'augmentent plas rapidement encore. Comment assouvir tette insatiable faim? les titres de cbacua n'ont jamaïs été minnscUirement'déJÎQis et constatés qn^ls ne le sont maintenant. On a beau dire : o A chacun ses œuvreS[ > Car il i «'«usta point de principe -de répartition auquel on puisse % giesurer, avec quelque certitude, la valeur des récitais. ; ^ •» '
Le débat entre le maître et l'ouvrior, qui a donné lieu Ii
ï9 de ù BomtiBauK «t^i terribJeftèwHittv tie pem plt» ester' mine^ aujourd'hui par une vicloire. L'oppresslou d'un Sq ces intérêts par l'antre a cessé d'ètto possible ; l'égalit4 ' nôoie de leurs forces leur fait nne loi do l'aHociation. IBaîa qui réglera les tcrnjBs dn contrat? on ssît ce liii'jl ne sera- ■ ■|Hi», sans prévoir toûteFaîs ce qn'îl sera. Car, (fQt^qafl l'on a . TV jusqu'ici, c'était l'industrie orgnoïsé^ sona l<t forme jTtmé oTîgarcTiîe despotique ; l'inconnu que l'on cttérc&e , ^esbonc organisation compatible avec les formes de la li« ' ^ lorte.
DÏTera systèrties d'association ont. été prooosés, quel*' qaea ons uêinc mis à l'caiai. D'où vient qnQ.<ie9 combÎDai''^,' , eûDi, i«rt TalÎMmelIcs pour U [dtipart , ii'ont obtenu qn'dttr^ socc£s contesté ? Les hommes d'une meta» classe , de 'là bourgeoisie piii- uAomple , puuvem s a^sucicr pour le travaQ, 5 parce qù^ ne mettent en commun qne'IenrsinlérËt9.*ftaî ~-,^nr unir le peuple Stla boargeoïeifl > âes Kens plus fbrt<MJ| plas intimes sont nécessaires } il faut (/ne rossociationisS? sur une C6mmnnant£ d'îdéet et de sentlmcDs. Toutes Ïe4 corporations da moyen-fige étaient placées sons l'îilvociitîorf de la pensée religieuse et sa personniiiaiâat, dans le œodèl»^ idéal da saint patroo. Ce.sont des confréries d'ouvriers qui ont bâti les cathédrales , et les premiers commerçans qui
partirent des mers de l'Occident portaient l'hamUe v€t«ment da pélerio. ' /
De DOS jours , et au point où l'on a poussé la dirUion du travail dans ces immenses ateliers oii chaque ouvrier, n'étant qu'une pièce du grand rouage, reçoit una éducation \ lout-h-fait spéciale qui l'îsole de ses chefs et de ses compa- , la nécessité d'une loi commune se fait sentir plus pipérieusement pour tbrmcc uu tajsuunu de tact d'atomes ' épars. Entrez dans une filature ; entendez les converaationa I des ouvrii?rs et le sifllement des machines. T a-t-il au I >fliende un contraste plus aÛligeant que la régularité et la L.pfv vision de ces mouvemens mécaniques, comparées au Lllésordre d'idées et de moeurs que produit le contact de lant d'hommes, de femmes et d'enfans?
Nous débattons h grand'peinc des problèmes tels que krcenx de la gronde et de la petite ,iadas trie, de la grande et ; de la^p&tite culture, -de la grande et de la petite propriété.' L Notre compétence s'arrête aux questions de forme; sur L-tottt le reste, nc>u3 avons plus de curiosité que de lumières ' kfiachons' donc nous résigner à notre destinée. N'allons pas f QODs substituer au temps dausles choses e^at le temps peut il accomplie
L*eG|tëce d'impatience arec laquelle l'opiD ion puliliqne liste sur la réforme des prisoni , ne signifie en ancnae faç qo'il y ait aujourd'hui plus de sympalhie pour les malE teors que pour les œalbearenx. Cela veut dire timplemei que l'henre est venue de corriger ceux que l'on punit ; q^ cette réforme est sortie da domaine de la théorie, et qu'ot est mûre pour l'exécution. Dus quel intérêt proposerai! on maiotenaut de l'ajoumerP Arons-nons Lesoîn de conai dérer l'importance relative des améliorations sociales? et D, faot-il pas plutôt se laisser déterminer par l'occasion ? toq progrès réalisé est un pas fait rers d'antres progrès. QuaB^ Dcns aurons amélioré le régime pénitentiaire , il en coûteM pent-être moins pour jeter les semcncei d'ime éducali< morale dans notre époque et dans notre pays.
éducaliqB
Système général.
La réforme du système pénal, considérée du point de vue le plus élevé, implique la réforme de la société. Quand on réprime les délits ayec la pensée d'en diminuer la fréqufnce et d'en prévenir la contagion, ce n'est pas assez d'intimider ni même de corriger les coupables, si l'on ne remonte aux causes pour tarir, autant qu'il est donné à la prudence humaine, les sources où le crime va se renouveler.
Toute société a deux forces régulatrices, l'éducation et le travail. Partout où le crimecessed*être une exception pour s'élever à Tétat d'épidémie , tenez pour certain que l'une ou Fautre de ces digues est rompue. Tantôt c'est le travail qui manque, et alors le besoin rendu furieux par l'absence de secours et de sjmpathie,lance les h(Hnmes à l'attaque de l'ordre et de la propriété; tantôt c'est le frein moral qui n'existe plus, et alors l'emportement des passions se substitue à la loi du devoir. Lelégislateur agirait donc sans prévoyance s'il néfigeait les ateliers et les écoles pour s'occuper uniquement desprisons. Les criminels ne sont pas-seuls coupables de leurs propres fautes quand ils ontpour excuse l'ignorance ou la misère; car la société en devient solidaire à quelque degré. En Angletere la réforme des maisons de travail (work-houses) a précédé celle des établissements de détention.
Qu'est-ce encore que la prison , sinon la transition d'une vie corrompue à des habitudes meilleures, un temps d'épreuve, le purgatoire de la loi? si les détenus, purifiés par le châtiment, pouvaient ensuite rentrer dans le monde ; si le repentir tenait lieu d'innocence dans les mœurs civiles aussi bien que dans la communion religieuse, on aurait assez fait en les amendant. Mais puisque tout condamné est un banni à qui le préjugé social interdit véritablement le feu et l'eau, il faut bien lui ouvrir un asile, hors de la société, si l'on ne veut pas l'exposer aux tentations de la faim et aux suggestions du désespoir. Des colonies pour les libérés, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, sont le complément nécessaire des prisons réformées; il n'y a d'établissement pénitentiaire qu'à ce prix. , Mais quand on se bornerait à régulariser la discipline de l'emprisonnement , il faudrait encore en ordonner les divers élémens en vue d'un systônie général. Jusqu'ici et toutes les fois que l'on a modifié le régime des peines, c'était par des améliorations partielles qui en détruisaient l'harmonie et par conséquent l'efficacité, on a bâti de nouvelles prisons en 1817 et en 1820, dans le seul . but de procurer des logemens plus salubres aux détenus ; et quand on a eu dissipé les miasmes de l'air, il s'est trouvé qu'une peste morale avait envahi l'espace où elle se propageait par le spectacle autant que par le contact. Oa a donné du pain et du linge aux prisonniers ; mais c(Hnme la réforme morale n'avait pas suivi l'améfioration du régime physique, la prison a cessé d'être un épouvantai! ; les condamnés y reviennent , après la libération , comme rappelés invinciblement par une sorte de mal du pays. Aujourd'hui même , le ministère va construire des cellules dans les maisons d'arrêt, avant d'avoir examiné comment elles se rattacheraient au système des maisons de détention. Il ne sait pas encore s'il conservera les grandes agglomérations des bagnes et des maisons centrales, ces casernes du vice, ou s'il en répartira la population entre les prisons de département, étendues et aggrandies. Il commence par l'application, et il n'a pas arrêté l'idée.
(3) Assurément personne n'exige ni n'allend du gouyernement qu'il réalise à l'instant toute l'étendue de la réforme , et qu'il la coule, pour ainsi dire, d'un seul jet. Le bien s'accomplit par les mains de l'homme, suivant la loi humaine , lentement et par degrés. Mais en n'exécutant que ce qui peut se faire, il convient d'envisager tout ce qui doit se faire; on dispose mal les compartiments d'un édifice dont on n'a pas le plan sous les yeux. Lord John RHSsel , lorsqu'il entreprit d'établir un système pénitentiaire uniforme dans les prisons de laGrandehBretagne,fit d'abord décréter par le parlement qu'elles seraient soumises au contrôle et à là direction d'un seul pou voir*administratif; il promulgua ensuite les principes fondamentaux du nouveau régime ; le reste ne fut plus qu'une affaire de temps et d'argent.
A la vérité M. de Mohtalivet, dans la discussion du budget , ainsi que 3L de Gasparin , dans un rapport au ministre son prédécesseur, ool déclaré que l'administration avrit un système, et qu'elle se proposait d'appUquer à nos maisons centrales de détention la discipline qui a produit les plus heureux effets dans la pri^ son d'Auburn aux Etats-Unis. Mais cette idée, empruntée au livre de MM. de Beaumont et de Tocque ville (1) est restée, dans le langage administratif, à l'état de théorie. T^s auteurs du Système pé-nitentiaire eux-mêmes, avec le sens droit qui caractérise leurs jugements, ont reconnu que l'on ne pouvait importer en France le plan disciplinaire d'Auburn, sans l'accommoder par quelques modifications au caractère particulier de nos détenus. Quelles seront ces modifications? le ministère ne les a point indiquées ; cependant toute la question est là.
Il faut avouer que les écrivains qui ont prêché le plus vivement la réforme pénitentiaire, ne sont pas beaucoup plus avancés que l'administration. UneJ seule chose ressort bien clairement de ces travaux, c'est la nécessité préliminaire de ramener à l'unité
(I) Du systcme pénitentiaire aux Etats-Unis.
(.4) administrative tous les établissements de détention <iui dépendent 2 les prisons départemetales , des conseils généraux; les bagnes, du ministère de la marine; et les maison centrales, du ministère de l'intérieur.
. M .G.Lucas, dans un ouvrage récent (1) et riche de faitd , propose de diviser les prisons en trois classes: l*" les maison» éCarrét avec système cellulaire; S*' les maisons de répression ou prisons de d^àirtement pour les condamnés au-dessous de quinze mois de détention ; 3"* enfin les matsons ceti^m/^^érigéesenmaisonspénitentiaires et qui recevraient aussi les condamnés aux travaux forcés. Cette daâsification change peu de chose au régime actuel. Quant aux éléments du système pénitentiaire, M. Lucas paraît s!en tenir à ces deux principes qui ne sont déjà plus que des banalités, à savoir : qu'il faut isoler les prisonniers pendant la nuit, et leur imposer le travail avec le silence pendant le jour.
M. Béranger, dans un mémmre reâiarquable lu à Facadémie des sciences morales (2), considère le sujet de plus haut, mais eu évitant trop peut-être d'en fouiller les profondeurs. L'honorable député voudrait que l'on créât une administration spéciale des prisons, présidée par un surintendant, à peu-près de la même manière que l'on avait détaché l'université du ministère de l'intérieur sous la restauration. Dans l'opinion de M. Béranger, il ne serait pas nécessaire de modifier la classification actuelle des étabUssements de détention; il suffirait de réduire la population des maisons centrales et d'agrandir les prisons de département. La discipline serait uniforme, et l'aggravation des peines consisterait dans leur durée. On élèverait de seize à dix-huit ans, la Umite de l'âge de discernement, pour multiplier les prisons d'enfants. Enfin une société de patronage se formerait, dans le but de fournir du travail aux libérés adultes et de les préserver des mauvaises habitudes
(1) De la réforme des prisons, ou de la théorie de Temprisonnement. (^) Voir Rwue de Législation , t. iv , p. 294, 332 , 420.
(6) qui les ont amené» une première fois sous la main de la loi. Sur les
moyens de saisir la pensée du détenu et de le disposer à raméli— ^
ration morale, M. Béranger n'est pas plus explicite que M. Lucas.
Ces lacunes des livres et des systèmes sont la conséquence naturelle de la méthode adoptée par leurs auteurs. On a cherché, d'une manière abstraite, ce que devait être la discipline pénitentiaire ; et Ton ne s'est pas avisé que ce pouvait être une chose. différente, suivant les époques, les peuples et les mœurs. Quand on a trouvé quelque part une expérience toute faite, et une expérience décisive, comme celle des Etals-Unis, on a promené et proclamé le modèle comme s'il ne s'agissait que d'imiter pour réussir. Ou, si l'on a découvert qu'il devenait nécessaire d'élaguer qudques élémens du système importé, tels que les chÂtimens corporels, on ne s'est pas assez inquiété des influences et des moyens qui devraient les remplacer.
Il y a, daus toute question, un certain nombre de principes généraux que l'apphcation ne modifie pas sensiblement et qui conviennent également aux diverses civilisations. Ainsi, et quelle que soit la discipline que Ton établisse dans les prisons, il faudra nécessairement isoler les détenus pendant la nuit, et lès garantir de l'oisiveté pendant le jour; supprimer la contagion des masses, avant de travailler à la cure des individus. C'est-là ce que j'appellerai le système péniten-tiaire négatif.
Mais le travail , considéré comme instrument moral , ne suffît pas plus dans la prison que dans la vie commune ; il est même bien phis insuQisant dans la prison quefâans la société: ici l'activité a toujours pour principe quelque sacrifice, et s'ennoblit de toute la moraUté du but ; là , elle ne s'exerce qu'au profit du détenu. Aussi at-on observé dans les maisons centrales que les condamnés les plu» vicieux se résignaient plus facilement à l'ordre intérieur , et qu'ils travaillaient d'ordinaire avec un zèle proportionné au salaire qu'ils^ pouvaient espérer.
C'est l'action de l'homme sur l'homme qui doit intervenir dansK
le régime des prisons. L'influence des exemples , des enseignements , des principes , des ïiabitudes morales , voilà les moyens qu'il faut employer ; là est le germe d'un système pénitentiaire positif.
Cette action doit varier comme la nature des populations et comme le caractère des vices que l'on combat. Le système pénitentiaire ne peut pas être une conception à priori; c'est 'une induction de l'état social. Il en est des maladies morales ainsi que des accidens de la santé , où le traitement dépend du siège et de la direction du mal. U est des époques et des peuples chez lesquels le sentiment religieux n'a rien perdu de sa puissance ; avec ce point d'appui, Ton peut soulever le monde moral. Aux Etats-Uunis , par exemple . la religion Joue un grand rôle dans le système pénitentiaire ; la bible est le meuble le plus indispensable de chaque cellule, c'est le ressort qui fait mouvoir la réforme et l'interlocuteur du détenu dans ce monologue solitaire où la conscience lui parle du passé et lui montre l'avenir.
Mais la population des prisons en France a d'autres naœurs ; elle appartient à la nation la plus sociable à la fois et la moins religieuse des deux continens. L'action de l'homme s'y doit faire d'autant plus sentir , que l'on y révère moins le nom de Dieu.
Par un étrange renversement des tendances naturelles, c'est aux Etats-Unis où la vie de famille est une vie d'isolement, où l'individu peut se passer plus facilement de l'assistance sociale, et porte toujours dans sa raison, comme dans un arsenal complet, le bien et le mal ; c'est là qu'on a multiplié les communications des surveillans etdesagens de la réforme pénitentiaire avec les détenus.
Et chez nous , où nul ne fait jamais seul ni le mal ni le bien , où les vices comme les vertus appartiennent plus à la société qu'à l'individu, où l'exemple a cent fois plus d'influence que la leçon, où l'homme supérieur exerce comme une action magnétique sur les foules, où une sorte de barrière permanente sépare les condamnés des directeurs de la prison, Ton abandonne à eux-
(7) niômes des malheureux qui n'ont en propre ni force de résistance,
ni principe d'impulsion ! Que peut-il résulter de ce système , sinon
une démoralisation universelle et sans fonds ?
Nos prisons n'agissent que sur les masses, et par la règle; il faut agir sur les individus et par les personnes. Le choix du personnel^ dans la direction d'une prison , est donc plus important en France que partout ailleurs; car, depuis le directeur et l'aumônier jusqu'au dernier des surveillans, chaque fonctionnaire doit être un exemple, un agent moral, un instituteur.
Dans les prisons comme dans les écoles, plus la distance sera grande entre le tuteur et l'élève, plus l'enseignement aura de liberté et d'autorité. Pour ne rien dissimuler , ce système de conununications fréquentes entre les surveillans et les détenus, exige ou un personnel plus nombreux, ou des prisons moins étendues. En Prusse, les refuges institués pour les jeunes détenus n'en renferment jamais plus de soixante-dix. De même, chez nous, une prison d'adultes qui contiendrait plus de trois à quatre cents détenus, ne serait pas une maison de réforme ; ce serait encore un régiment de condamnés.
L'unité administrative, que l'on réclame pour les établissements de détention, serait désastreuse , si elle devait avoir pour résultat d'y introduire l'uniformité. Non seulement les détenus français ont besoin d'un autre régime que les détenus américains ; mais il y a en France deux classes bien diiîérentes de condamnés, auxquels le même traitement ne saurait convenir.
L'Angleterre n'a qu'un type de malfaiteurs, parce qu'elle n'a qu'un type d'industrie. Dans cette contrée, l'agriculture est arrivée à letat d'industrie manufacturière, et le travail a les mêmes conditions dans les campagnes que dans les villes ou dans les bourgs. Chez nous, la population des campagnes ressemble peu à celle des villes; ce sont comme deux races distinctes et deux époques de civilisation. Entre la ville et la campagne, il y a ceci de commun, que le vol est partout le délit le plus général et celui qui s'accroît le plus ra-
pidement.Ici comme là, les enfants sont le principal instrument du délit; le délinquant urbain va à la maraude dans les manufactures, le délinquant rural fait son apprentissage dans les bois de la commune ou de l'état.
Mais, en avançant, ces deux lignes de vice , parallèles d'abord , s'infléchissent bientôt dans des directions opposées, l'apprenti voleur des villes grandit dans le métier , et ne tarde pas à devenir, &SGG l'âge, un filou consommé, sans instruction, sans croyance», sans éducation , mais exercé au jeu et à la débauche , éveillé à toutes les ruses, familier avec l'argot et les traditions , membre d'un peuple à part où il a des modèles et des chefs. L'apprenti voleur des campagnes perd peu à peu ces habitudes de l'oisiveté, dès que l'âge le rend propre au travail des champs. Il a d'ailleur un père qu'il craint ou qu'il aime, un curé qu'il est habitué à respecter, une église qu'il salue et où sont enregistrés les grands événemensde sa vie; il, est ignorant, mais il n'est pas incrédule; c'est un arbre sauvage, mais sur lequel la morale religieuse peut se greffer. Dans le cours de son existence, le crime revient quelquefois, mais comme un accident, sous une forme violente, par accès de passion plutôt que par l'effet d'un calcul; cependant la loi ne l'en punit que plus durement.
Les malfaiteurs des villes fournissent communément, dans nos établissemens de détention, la population des condamnés correctionnels, la corruption savante mais invétérée. C'est dans les campagnes au contraire, que se recrutent les réclusionnaires et tes condamnés aux travaux forcés.
Ce n'est pas ici le lieu d'insister sur ces résultats légaux. La loi quand elle frappe, ne considère que le crime, et n'apprécie pas la moralité du criminel. Mais dans les classifications disciplinaires, c'est la moralité qui sert de base, de même que le tempéramment dans le traitement des maladies.
En admettant cette distinction entre les deux races decondam-
(9) nés, Ton sera conduit  proposer deux systèmes de réforme^ deux dasses de prisons, et des moyens qui différeront entre eux comme le point de départ.
Il y aura des maisons pour les malfaiteurs de race manufacturière, où ces hommes étiolés mais intelligens, seront assujètisaax travaux qui exigent plutôt l'adresse des mouyemens que la force du corps. Dans le régime moral, l'école y devra tenir plus de place que le culte ; la lecture et les entretiens seront mieux accueillis que les sermons. On excitera avec succès l'émulation, l'esprit d'ordre et le sentiment moral. Une espèce de jury, pris parmi les détenus pour décerner les récon^enses et pour juger plus lard les fautes légères de discipline, aura pour effet de les relever à leurs propres yeux et de les préparer à rentrer dans la société. A côté de ces dictinctions, de tels caractères ont besoin d'être contenus par une discipline sévère et inflexible; il n'y a que l'injustice qu'Os ne supportent pas. Moins ils croient, plus ils doifent craindre ; et comme ils calculent tout, il ne faut pas que la peine ait nn seul point vulnérable , car ils auraient bientôt fait leur trouée. Des maisons comme Poissy, Loos et Melun, habitées par les bandits de race urbaine, doivent conserver l'appareil miKtaire ; sans cela, les détenus ne croiraient pas être en prison.
Les malfaiteurs de race rurale , génération robuste et brutale plutôt que violente, seront contenus au contraire par le prêtre autant que par un poste de soldats. Ils ont déjà trempé dans le siècle assez avant pour que la religion les saisisse mieux par le côté moral que par le côté du merveilleux. Et cependant ils ne sont pas tellement avancés qu'ils puissent séparer la morale de Tautorité religieuse. Là, l'aumônier doit être maître d'école , et le maître d'école aumônier. L'émulation n'a pas grand'chose à faire , il faut parler aux sentimens plus qu'à la raison. La règle ne doit pas être trop dure ni d'une observation trop difficile ; ce sont des caractères qu'il vaut mieux comprimer que tracasser. Les travaux pénibles, qui domandent du monvemonl et de la force ,
(10) ceux qui peuvent servir plus tard à des cultivateurs, conviennent à ces établissemens. Là, il est plus néicessaire encore de fatiguer le corps et de créer des habitudes saines que d'éclairer l'esprit.
Le système que je viens d'indiquer a certainement ses dilïïcoltés. Mais c'est le seul qui laisse entrevoir quelques chances de succès. On peut en contester les conclusions, et proposer des moyens qui seront peut-être mieux en rapport avec les nécessités de l'application. Mais j'ai la confiance que l'on ne fera rien qui soit raisonnable ni durable , tant que l'on ne prendra pas la connaissance du caractère national pour base du système pénitentiaire. J'essaierai, pour ma part, de préciser, en quelques chapitres, les inductions de cette pensée.
(1) Cet arUcle était imprimé , lorsque nous avons lu , dans le tome III de ItiJtevue de Léç^lalion , une analyse de l'ouvrage de M. Lucas , qui fait mention de la partie inédite de ce travail. Il en résulte que M. Lucas a déjà reconnu , pour sa part , la nécessité d'un système pénitentiaire positif qui ne se borne pas à régler les habitudes mécaniques des détenus. Il propose d'organiser dans les prisons l'éducation des détenus, non seulement l'éducation collective , mais l'éducation individuelle. Nous devions réparer une erreur qui deviendrait maintenant une injustice. Nous ne tenons pas d'ailleurs à revendiquer la priorité d'une idée , qu'elle quelle soit ; il suffit qu'elle fasse son chemin.
Classification,
Cinquante mille individus traversent annuellement les prisons de la France. Cette population tourne sur elle-même et se multi-» plie, pour ainsi dire, en passant par les degrés divers de la détention. Un certain nombre de prévenus et d'accusés sont rendus à la liberté par les juges et par le Jury; un plus grand nombre de déte-^ nus étaient demeurés libres jusqu'au Jour du jugement; mais la foule des recrues n'arrive dans les bagnes, dans les maisoos centrales et dans les prisons de département qu'après avoir séjourné, à l'état de prévention ou pendant le trajet, dans les maisons d'arrêt, de Justice et de dépôt.
En 1834(1), nos prisons ont renfermé 28,939 individus détenus avant jugement, dont 6,107 ont été acquittés, et 46,011 détenus après jugement, dont 24,110 n'avaient subi aucun emprisonnement préventif. On verra, par le tableau suivant, comme s'est réparti ce mouvement de criminalité entre les divers établissements de dé* tention.
Maisons d'arrêt , Prévenus. S i ,987
Maisons d'arrêt et de justice, Accusés. 6,952 Acquittés sur ce nombre : Prévenus, 8,319
Accusés. 2,788
Bagnes, Gondiimi^és aux travaux forcés. 976
Maisoiiis centrales : Réclusionnaires , 697
Gondamn. correct. 8,041
Prisons départ. Condamn. correct. 26,981
Condamnés par les tribunaux de police. 5,327 Délinquants forestiers détenu^, faute de
paiement de l'amende. 3,988
(1) Ce sont les derniers résultats dont le compte^rendu de la justice criminelle fasse mention.
Ainsi une population de 52,118 individus, dans le mouvement des prisons, représente 74,950 détenus. Mais comment sont distribues les établissements de détention sur la surface du royaume, et d'après quelles règles s'opère le classement?
La loi reconnaît plusieurs degrés dans l'emprisonnement, savoir : l"" les travaux, forcés à temps et à perpétuité; 2"" 1-emprisonnement criminel et infamant, ou la réclusion; 3° l'emprisonnement correctionnel ; 4° enfin l'état de prévention ou d'accusation. Ypici l'interprétation que l'usage et les règlements administratifs ont donnée deiftioj.
Les condamnés aux travaux forcés sont dirigés , de toutes les parties de la France, sur les trois bagnes , ou prisons maritimes de Brest, de Rochefort et de Toulon , où ils ne travaillent qu'enchainés et accouplés, deux à deux, par leurs fers. Aux termes de l'ordonnance de 1828, le bagne de Brest est réservé pour les condamnés à dix ans et au-dessus ; les deux autres reçoivent les condamnés à cinq années de travaux forcés et à moins de dix. On a cru faciliter, par cette séparation, l'amendement des derniers.
Dix-neuf maisons centrales , réparties sur toute l'étendue du territoire, et dont la circonscription embrasse généralement le ressort de deux cours royales, sont peuplées par les condamnés à la réclusion, ainsi que par les condamnés à l'emprisonnement correctionnel dont !a peine doit durer plus d'une année.
Les condamnés à un an d'emprisonnement et au-dessous sont renfermés dans les quatre-vingt-sept maisons de correction ou prisons de département. Celles-ci sont encore maisons d'arrêt , de justice et de dépôt , et reçoivent à ces titres divers les prévenus de délits, les accusés de crimes , les mendiants, les vagabonds, les repris de justice , les aliénés , les détenus pour dettes , ainsi que les enfants emprisonnés par mesure de correction paternelle. Chaque prison de département , résume donc et représente le monde des détentions, ce réceptacle des scories, des souillures de la société.
Outre les maisons départementales, il y a dans cbaquie arrondissement, auprès de chaque tribunal de première instance, une maison d'arrêt et de dépôt qui sert d'asile temporaire aux condamnés dans le trajet des prisons de département aux maisons centrales et aux bagnes , et où Ton détient aussi les prévenus correctionnels. Au-dessous et au dernier échelon de la pénalité se placent encore les geôles de canton, maisons d'arrêt municipales où l'on n'enferme guère que pour quelques heures les criminels surpris en flagrant délit, et les personnes condamnées par les tribunaux de simple police à moins de six jours de prison. Au total, il n'y a pas moins de trois mille maisons de détention en France, dont la population ha-^» bituelle est d'environ quarante mille individus , nombre à peine inférieur d'un cinquième à celui des masses flottantes qui y sont amenées chaque année.
La principale lacune de celte classification, ce n'est pas seulement qu'elle suppose une homogénéité trop absolue entre les différentes catégories de détenus, c'est encore qu'elle ne tient pas compte des différences essentielles du sexe et de l'âge , qu'elle confond les femmes avec les hommes, et les hommes avec les enfants. Tout ce que l'on a fait depuis dix ans pour remédier à ce pêle-mêle des prisonniers, n'a pu s'accomplir que par exception et en détruisant l'ensemble du système.
Ainsi l'on admet aujourd'hui que les condamnés des deut sexes doivent être séparés ; mais celte séparation ne s'opère pas d'après le même principe dans toutes les prisons. Lorsqu'un établissement de détention ne comprend que des femmes, comme dans les maK sons centrales de Montpellier, de Cadillac, de Clermont (Ois^), de Haguenau et de Saint-Lazare, à Paris, la discipline est encore et^ quée, àla nature des travaux près, sur celle qui régit les m^aison^ d'hommes. Dans les cinq maisons centrales de B^aulieu, de Glprr vaux, deFontevrault, de Gaillon et de Loos, les hommes et les (emr mes habitent des quartiers distincts de la même pri^p^ avec m rétgime commun et sous la même direction. Enfin, dans les 0iais<Mns
départementales, la séparation matérielle esC rarement complète ; elle n'existe point dans les maisons d'arrêt et de dépôt.
U ne faudrait pas s'autoriser ici des exemples de l'Angleterre et des Etats-Unis. Dans ces contrées, je le sais, le pénitencier est souvent commun aux condamnés des deux sexes ; on se contente de leur assigner des cours ainsi que desbâtimens séparés, et il ne parait pas que ce voisinage, qui met les imaginations en contact à défaut des personnes, ait troublé d'une manière sensible leshabitudei dés détenus. La race anglaise^soit froideurdans le tempérament, soit retenue dans l'éducation, n'a pas ce penchant désordonné pour les relations sexuelles que l'on remarque chez les races plus méridionales du continent européen. Ses passions tiennent plus au calcul et à la pensée qu'au mouvement des sens. L'imagination du malfaiteur anglais, quand elle n'est pas abrutie, s'égare plutôt qu'elle ne s'enflamme et tourne plus à la rêverie qu'à l'action. Avec de tels hommes un peu de laisser-aller est permis.
Voyez, au contraire, le malfaiteur de race française ; la feipme tient plus de place dans sa vie que la boisson. Il l'oublie difficilement en prison ; quelque souvenir de ce genre sera pour moitié dans tous ses projets d'évasion, et s'il peut apercevoir une femme à travers les barreaux, ne fût-ce que de loin et en perspective, il rugirt d'un délire immonde. Toute pensée d'amélioration glissera sUr lui désormais, comme une goutte d'eau se vçiporise en tombant sur la bouche d'un volcan.
' En fait, le système des quartiers séparés n'a pas atteint son but. Dans les maisons où il est pratiqué , u le détenu, dit M. Lucas, IHitre les communications avec le dehors , rêve aux communications avec le dedans et aux moyens de se les frayer. » Quelque discipline que l'on établisse, on n'empêchera jamais que des hommes et des femmes, vivant dans la même enceinte, ne s'écrivent, ne se parlent ou ne s'aperçoivent tout au moins. Chaque muraille , pour nous servir d'une expression de M. Marquet
( 15) yasselot(l), devient alors un conducteur infaillible du fluide magnétique à l'aide duquel ils savent ce qui se fait, se dit et se pense dans chaque quartier. Enfin, comme le remarque M. Lucas, la coïncidence des époques de libération provoquera nécessairement, entre les détenus des deux sexes , un commerce de libertinage À leur sortie. La prison a commencé la liaison, le crime ne tardera pas à la cimenter (2j.
Aux Etats-Unis, où les prisons sont communes aux hommes et aux enfants, on a créé des maisons spéciales pour les enfants. Les Maisons de refuge, consacrées à celte classe de délinquants , ^nt des établissements qui participent à la fois de l'école et du pénitencier. C'est qu'en effet la loi doit faire pour préserver l'innocence ce qu'elle ne ferait pas pour garantir la pudeur ; des prisons spéciales sont encore plus nécessaires pour les enfants que pour les fenunes. Si les délits des adultes exigent principalement une répression forte, ceux des enfants demandent, avant tout, un supplément d'éducation. Or, l'éducation ne se donne pas dans les prisons.
L'administration témoigne, depuis quelque années, en France, une louable sollicitude pour les jeunes détenus. Mais elle paraît croire qu'il est possible de les soumettre à une discipline réformatrice sans les détacher du système général des maisons de détention. Si l'on excepte le pénitencier de Paris, les quartiers de ré-
(1) Examen des systèmes pénitentiaires, t. i.
(2) Lorsque la maison de Poissy renfermait encore des condamnés des deux sexes , ie quartier des femmes était séparé de celui des hommes ; mais les cactiots des deux quartiers se trouvaient côntigus et ouvraient sur la même cour. Un détenu avait remarqué cette disposition des lieux ; il se concerta |ÉI^. signes avec une des détenues , pour commettre, le même jour, un délit dif^ ciplinaire qui entraînait la peine du cachot. On plaça Thomme dans la cellule no 1 , et la femme dan» la cellule n» 4. Pendant la nuit , le détenu, sans autre secours qu'un débris de sabot , creusa et conduisit sous les murs de deux cellules un boyau qui débouchait dans le cachot où la femme était enfermée^ tout ce travail pour un moment de plaisir !
f 16; forme destinés aux enfants sont établis indifféremment dans les prisons centrales et dans les prisons de département, à Lyon, à Rouen, à Toulouse , à Clairvaux. U n'y a ni plan ni unité de discipline, et l'on n'obsenre aucun principe de classification. Quatre cents enfants sont rassemblés dans le pénitencier de la Roquette ; tandis que le même nombre de jeunes détenus sont disséminéis dans treize maisons centrales, et cinq ou six cents dans les prisons de département , où ils ont pour exemple des criminels endurcis et pour précepteurs des gardiens brutaux ou corrompue.
Mais le principal vice de la hiérarchie suivant laquelle ont été échelonnés nos établissements de détention, consiste dans la longueur des distances combinée avec l'étendue vraiment démesurée des agglomérations. Le bagne de Toulon renferme plus de 3,000 condamnés, celui de Brest 2,500, et celui de Rochefort 1,600. La moyenne de la population dans les maisons centrales est de plus de 800 détenus ; sept de ces établissements en renferment plus de 1,000; àClairvaux l'on en compte 1,800, et prés de 1,500 à Fontévrault. Que faire de ces multitudes que leur seule masse rend impénétrables ? Quel principe de réforme pourrait agir sur des légions de condamnés, à peine accessibles à la discipline des mouvements extérieurs? Comment les contenir par un autre sentiment que la crainte et qu'en braquant sur eux les fusils des sentinelles ou la mitraille des canons ? Si la corruption fermente au fond de ces enfers sociaux, ce n'est pas TaiTaire de la surveillance ; elle a bien assez de défendre, par les moyens de force et de police, sa responsabilité et la vie même de ses gardiens contre les tentatives de révolte, de pillage ou d'évasion.
' Ce n'est pas tout: les détentions étant concentrées sur quelques points, les condamnés ont souvent 200 lieues à parcourir pour atteindre les bagnes, et 50 ou 60 pour gagner les maisons centrales sur lesquelles on les a dirigés; le temps delà peine se passe en partie sur les grands chemins, et en partie dans les maisons d'arrêt, à attendre le jour du départ. Cet intervalle est perdu
(17J pour la réforme. Qui ne sait, d'ailleurs, qye les condamnes |e dépravent généralement dans le trajet d'une prisofi à une autre encore plus que 4sins l'intérieur des prisons, où ils ont du moins, au sein de cette confusion des moralités, le secours d'une règle austère et d'un trarail constant? ;^ .
Il est inutile de revénif^ ici sur le scandale et sur les horf^evurs de la chaîne. Mais à supposer que l'administration, eii sàpprimant cette exposition permanente des condamné&^^ travers la France, adopte un mode de transport quiisolç et^awles détenus, qui divise les convois et qui rapproché te9 distancés par la rapidité du trajet, elle pourra difficilement renoncer à tourtes les mesures de précaution, qui aggravent, dans l'intérêt de l'escorte, k
condition du détenu. On lui rivait au cou un carcan de fer ; il fau-
If
dra peut-être encore lui lier les mains ou lui g^rotter les pieds, humilier et outraiger l'homme pour s'assurer du captif. N'est-ce pas une raison décisive de multiplier les prisons centrales et de les placer à proximité des foyers de délits ?
Sans aller plus loin, la classification légale manque de base ; ce mot en résume tous les inconvénients.
Au 1er juillet 1819, l'état de la population des prisons présentait 9,521 criirfnels et 12,213 correctionnels; le mouvement de la criminalité semblait se porter sur les délits marqués d'une certaine gravité. En trois années, de 1815 à 1818, le nombre des détenus dans les bagnes s'était élevé d'un neuvième, soit de 8,881 à 9,923 On«n conclut donc logiquement qu'il y avait nécessité d'augn^nter daoiétous les établissements les quartiers destinés aux granéÉ^<9rfminels. ^J
Mais bientôt la paix , l'industrie et l'instruction, en se répandant, développèrent les germes d'une tendance contraire. En 1830, et sans faire mention des bagnes où la réduction était encore fpÉs sensible, l'on comptait 5728 condamnés criminels , ou 279dr^ moins qu'en 1819, et 17,271 condamnés correctionnels, ou 5,058 déplus qu'en 1819. Le classement réel des délits s'est donc opéré
18) dans une proportion inyerse à celle du classement légal. En présence de cet état de choses, l'administration tenta d'abord de pallier le mal en rejetant, sur les prisons de département , les condamnés à un ao qui encombraient les prisons centrales. Plus lard, assaillie de cris de réformes et embarrassée des précédents dont elle avait hérité, elle faisait ainsi l'aveu de son impuissance dans le compte du budget de 1832 :
« La population augmente, les délits suivent une progression en-» core pltis rapide; Ton provoque sans cesse des mesures d'adoucissement et d'indulgence dont le terme final serait une répression insuffisante» tandis qu'il est constaté que les récidives se muliplienl en raison de l'affaiblissement des peines et des chances d'impunité. (Notez «Qu'en affaiblissant les peines , lu législation avait précisément accru les chances de répression.)
"Dans l'espoir que le travail deviendrait un moyen de réformation, on a construit de vastes ateliers et converti les principales prisons en fabriques. Plus récemment on a compté sur l'influence de la religion ; des chapelles ont été élevées, et l'exercice des devoirs de piété à été prescrit ei encouragé. Aujourd'hui l'on paraît disposé à demander à un eystéme d'instruction élémentaire les t:;: résultats que la piété et le travail n'ont pas produits. Aux ateliers et aux chapelles, il faudrait ajouter des écoles.
»Pourquele terme de l'achèvement des maisons centrales pût être connu, il faudrait que la législation pénale fût fixée : que la nature des peines, le mode de leur exécution et le système de discipline des prisons fussent invariablement déterminés ; que laj9opulation restât stationnaire , et que le nombre des condamnés se maintînt dans un rapport constant avec la population du pays. »
N'êtes-vous pas touché de la tristesse et , pour ainsi dire, du désespoir qui règne dans ces réflexions ? Cette pauvre administration se tourmente d'avoir toujours quelque chose à faire; elle voudrait se reposer et jouir de son œuvre , et voilà que le siècle ne cesse
( 19 ) de lui crier : « Marche, marche ! »» comme si elle élail chargée de représenter pour nous le mouvement perpétuel.
Eh bien , cela est vrai: vous avez blanchi les prisons, vous avez construit des ateliers , vous avez élevé des autels , vous établirez des écoles, vous bâtirez des cellules pour les détenus, et vous n'aiir rez encore rien fait : car il faudra jeter par terre votre édifice administratif. Renversez le système, changez la classification, prenez une base ; et vous n'àilrez plus ensuite qu'à élever vos étages avec le niveau du cfinie et de la population.
Depuis que Ton a eff^é dé nos lois les derniers vestiges de la tor^ ture, il n'y a plus que deux peines, la mort et remprisonnement. Pour mesurer le châtiment au délit, toutes les fois que le coupable ne doit pas l'expier anx dépens de sa vie, nous ne pouvdof^'qu'étendre ou restreindre, suivant les cas, la durée delà détention. C'est le temps qui aggrave aujourd'hui le supplice et qui en monte les degrés. De là, l'inutilité de ces établissements à formes étranges , par lesquels on croyait frapper Fimagination des détenus. Le bagne ne dit rien d&plus que la prison ; et si l'on abolissait ce vieux renom dinfamie qui s'attache à l'institution, les condamnés le préféreraient aux maisons centrales, où ils meurent plus vite et jouissent d'une moindre liberté.
La difficulté des classifications est bien simplifiée , si une si^^ prison peut contenir tous les degrés de l'fimprisonnement. Il ne fiesC&plus qu'à mettre le régime disciplinaire en rapport avec le ca^ ractére des détenus. -^
M. Charles Lucas s'est efforcé d'ériger en système les détentions^ à court terme ; il valait mieux en proposer la suppression. Adlùètlre uu emprisonnement répressif ei un emi)risonnement péni^ tmtiaire^ c'est supposer qu'il est possible de séparer, dans quelque mesure , le principe de l'amendement du principe de l'intimidation, et que la peine ne doit pas se proposer le double but de l'exemple pour la société et de Tamèlioralion morale pour le détenu. Le contraire serait plus vrai : on soutiendrait sans trop de difiicultë
que l'intimidation est Uiséparable de Tamendcment ; et qu'un sys tëmo de détention qui n'amènerait pas les détenus à des résolutions meilleures, n'exercerait en réalité aucune influence de répression. L'habitude et le temps sont des auxiliaires tout aussi indispensables dans le premier cas que dans le second.
Nous n'admettons donc que deux degrés dans les détentions : l'emprisonnement préventif et l'emprisonnement pénitentiaire ou répressif. Dans notre opinion, il conviendrait de rattacher à l'emprisonnement préventif, les détentions de cinq jours à trois mois, par lesquelles on punit communément les contraventions. Dès qu'il y a délit, l'emprisonnement devient un instrument de répression morale et ne saurait être moindre de quinze à dix-huit mois. Les termes de huit mois, dix mois ou un an, sont véritablement insuffisants partout où la loi doit châtier un désordre, et ne servent que de palliatif pour rassurer la conscience du jugç lorsqu'il n'a pas acquis l'évidence de la culpabilité qu'il va prononcer.
En précisant les détails d'exécution, voici la classification que nous voulons indiquer :
V Les geôles de canton , pour renfermer, un ou deux jours au plus, les prévenus ou les accusés jusqu'à leur translation dans une autre maison, et les individus condamnés parles tribunaux de sio[iple police jusqu'à cinq jours de prison ;
2"" Les maisons d'arrêt et et de dépôt, dans chaque arrondissement , pour renfermer les prévenus et les condanmés jusqu'à un mois de prison ;
3° Les maisons d'arrêt, de justice et de dépôt, au chef-Ûeu de chaque département, destinées à recevoir les prévenus, les accusés et les condamnés jusqu'à trois mois de prison, ainsi que les mendiants et les vagabonds.
4"" Les pénitenciers, réservés aux condamnés depuis quinze mois d'emprisonnement jusqu'à la détention perpétueUe.
Il y aurait un pénitencier par circonscription de deux départements. Les enfants et les femmes seraient renfermés dans des éta-
( 21 ) blisseincnts spéciaux. La peine serait la même quant au degré dans tous les établissements ; le régime moral seulement serait modifié d'après le caractère de la population.
Pour établir cette classification dans les prisons, il ne serait nullement nécessaire de modifier encore une fois le Code pénal. Il suffirait que le juge fit un usage plus rationnel de la latitude que lui abandonne la loi. Si les tribunaux s'imposaient, comme un principe de conduite, de préférer l'amende à l'emprisonnement , dans les délits qui admettent le choix entre ces deux peines ; de réduire l'emprisonnement au minimum pour tous les délits légers que la loi punit de un mois à six mois de prison ; et de l'élever au contraire au-dessus d'un an, toutes les fois que le délit est un indice de perversité dans celui qui l'a commis , alors , la peine serait ce qu'elle doit être, la sanction des lois morales dans la société.
Maisons d'arréi, prisons d'arrondissement et de département.
L'état de prévention est une situation mixte et redoutable , qui recette l'homme hors de la société ayant qu'il appartienne à la Justice. Le condamné du moins, lorsque le lien social se rompt pour lui, devient le serf du pouvoir qui administre la peine ; et la peine le protège encore en le frappant. Mais le prévenu e$t Is'Slè de toute protection ; il semble que l'on ait voulu appesantir son malheur pour éveiller toute son énergie. L'administration , ne le considérant ffSiS comme sa chose, veille sur lui à peine autant qu'il l^ifoùt pour le préserver de la faim, mais non pbuf écarter la torture ou l'oppression. Le monde, dont il est séparé, ne le traite pas mieux ; pendant que la présomption légale est l'innocence, la présomption publique est la culpabilité. Le prévenu est accablé à la fois par le préjugé et par la prison.
Ceci explique d'où vient que la réforme , en pénétrant dans les maisons de détention, a négligé partout les maisons d'arrêt. Les condamnés ont obligé la société à s'occuper d'eux, tantôt par la crainte et tantôt par la pitié ; mais les prévenus n'effraient personne et n'ont que des ennemis.
« Aux Etats-Unis, dit M. Crawford (1), le régime des geôles de eomté produit plus de mal que les pénitenciers ne font de bien. » On y rencontre, en effet, confondus ensemble, les esclaves arrêtés dans leurs tentatives d'évasion ou détenus à la demande de leurs maîtres, des accusés qui attendent les assises, des condamnés qui ont commis de légers délits (smalloffences), des hommes, des femmes et des enfants, n n'existe, dans la plupart de ces prisons, ni classification, ni séparation entre les détenus ; elles présentent un
(1) Report on the penitentiaries of United- States.
{ ^3. ) tableau hideux de misère et ^e dégradation. M. Grawford a yu^ dans le district de Colombie (Ohio), une prison qui renfermaity dans 16 cellules, chacune de 8 pieds sur 10^ 80 détenus. Ces malheureux faisaient grand bruit et ressemblaient plutôt à des bètea féroces qu'à des êtres humains. Le geôlier qui conduisait renvoyé du gouvernement anglais à travers cette fournaise d'exhalaisons méphitiques, lui dit . « Ici l'on peut recueillir, en été, la sueur qui ruisselle le long des murs, v»
Les ms^isons d'arrêt, en Ecosse, ne sont que des espèces de chenils Qtt d'ét^es à prisonniers (lock-up kouses). Le geôlier n'habite pas la iHiaon ; il vient, à son heure, visiter et compter les détenus, leur donne à manger, tire ensuite les verroux et les abandonne à eux-mêmes. Ceux-ci, maîtres du logis, ouvrent les fenêtres, qui donnent généralement sur la rue ou sur le marché, et communÉ^. quent avec les passants, qui leur procurent des liqueurs spiritueuses^ souvent même des moyens d'évasion, (2).
Aucun document ne représente avec plus de fidélité l'état des > maisons d'arrêt ( county and borough gaols ) en Angleterre, que la déposition du chapelain de Milbank, rev. W. Russell, devant le comité d'enquête de 1832. « C'est l'usage, dit-il, dans les prisons, de paffiuer les accusés dans les cours (day-itards), au nombre de^ ti^nte ou quarante. Là, pendant la journée entière, ils ne sont as^ sujettis à aucune discipline et ils n'ont aucune surveillance à redov-^ ter. Les jeunes gens sont confondus avec 1^ vieillards, les femmes modestes et les jeunes filles avec les prostituées, et les criminels les plus novices avec les scélérats lias plus endurcis.On permet àleursi amis de leur apporter des aliments, du tabac et même de labière. Les blasphèmes, les conversations indécentes, lejeu, le réciteffiponté de leurs exploits , voilà les scènes de chaque jour; ils tiennent conseil sur les moyens de plumer le public ou de se défendre de-
(2) Report on secondary punishments, 1831-1832. —Report ofînspectors, 1836.
Yânt le- jury; quelquefois, ils s'eniycent, et dans certaines prisons les irelations sont possibles ' entre les détenus des deux sexes. Ils ont enfin ce qu'ils appellent /mr« «îse^, c'est-à-dire la faculté de boire, de foiner et de chanter. On passe là communément #ois ou quatre mois, piBndant qu'une semaine de ce régime suffirait pour faire d'un apprenti criminel un bandit consommé. »
Les rapports des inspecteurs, que le gouvernement anglaisa le bon esprit de livrer à la publicité, au lieu de les enterrer, comme cela se pratique chez nous, dans les cartoâi de ses bureaux, constatent encore aujourd'hui beaucoup d'abus de la mêmettature.Iift pêle-mêle des détenus n'a pas cessé, bien que Vqn compte déjà prés de dix mille cellules dans les prisons. En quelques lieux, la discipline est relàchéeà ce point, que les condanmés ont d^ intelligences au dehors, dontils reçoivent facilement des communications. Us dérobent les aliments et en trafiquent entre-eux ; leur indépendance est telle qu'ils arrangent des espèces de mascarades judiciaires, Hâns lesquelles ils se donnent eux-mêmes la représentation de leurs propres procès. Aa reste, si l'on tolère leurs vices, c'est à otpdition de les laisser dans un grand dénuement. Les détenus n'ont souvent, après quelques mois d'emprisonnement, ni linge^ni chaussure ; des land)eaux de haillons couvrent à peine leurwdité ; point d'infirmerie et rarement des soins en cas d'accident ou de maladie.
En France^ les princUfes qui doivent régir les maisons d'arrêt ont été suffisamment définis parle Code d'instruction criminelle et parla loi de 1791. Aux termes de4'article 604 du Gode, les maisons d'arrêt et de justice dmveni être distinctes des prisons pour peine»; elles sont placées sous la surveiUance du préfet , des mainss, duprésidiiitdes assises ou du juge d'instruction (art. 605, 611, 612 et613)i^a loi de 1791 voulait que la condition dupréirenu ne fût point aggravée dans le lieu de détention ; elle s'exprimait eu ces termes formels , que la circulaire ministérielle de 1810a reproduits : « La réclusion dans les prisons est la peine
(25) même ou la correction infligée par la loi .* celui <|ui s'y trouve détenu est un hoiMBie déjà jug^ il subit l'exècutioa de son jugement. Mais le citoféB prévenu ou accusé d'un délit n'est point eâ- ^^ore jugé ; qiuanaâi ost détenu dans les lùsdsons d'arrêt ou de|tis* tice, M n'y est détenu qu'en attendant son jugement, et parce que l'intérêt public a exigé que l'on s'assurât de sa personne. L'officier municipal doit lui procurer tous les moyens possibles et convenables d'adoucir le désagrément de sa détention. »
Comment ces bienfaisantes intentions sont-*elles demeurées sans effet? Gela vient de deux eauses. En premier lieu, la loi n'avait fait que poser liitf prinQ|â||heile n'avait pas p i| tÉi éJes moyen» d^exécution, ety parmi c^^iaoyens, le système eeUulair», le seul qfvi poisse maintenir l'ordre et {H-éserver les personnes. Ajoutez qne le pouvoir local restait chargé de là surveillance et de l'entreÉien des prisons; pouvoir qui est encore dans l'enfance, et ^i n'a montré, depuis quarante ans, ni spontanéité pour dirige!!, fliéiergie de volonté pour exécuter.
Be l cette différence à l'avantage des établissements centralh •és: les maisons* d'arrêt présentent la même confuâon de mora- MMs; mais le spectacle en est encore plus triste, car le dénué* ment y rembrunit la dégradation. Jci les t^dritenages ne nous manqueront pas.
« Les prévenus, dit M. Viliermé (1), sont phis maltraités en France que les dondamnés: leur noiyrritare et leur coucher 5cmt plus mauvais; on ne leur distribué aucun vêtement, on les chauffe iseins souvent en lûver; on ne fÉktnêt pas toujours qu'ils travailleal pour adoucir leur sort ; on les met quelquefois au secret pendant six mois , une année. Lorsqu'ils sont malades on les laisse.... que dis-je? on les fait mourir en prison , de crainte que le séjow dans Flirtai ne devienne pour quelques-uns un moyen d'impunité. »
En 1818, M. Cottu vil, dans la prison de Reims, une malheù-
(1) Les Prisons telles qu'elles sont, 1820.
reuse femme enterrée jusqu'au ëoudans un tas de fumier, où eile aVÀitt^herchè , faute dé yètement^, un abri contre la rigueur du froid. Dans plusieurs maisons d'arrêt les dortoirs étaient alors des cachots humides , d'où l'on ne sortait que pei^u». A Lyon/dans la prison de Roanne, tout arrivant devait payer la bienvenue; s'il n'avait pas d'argent on le dépouillait de ses vêtements, qui étaient vendus parmi les détenus et à leur profit. ^
L'administration est parvenue à supprimer, sur quelques points, une partie de ces abus, mais elle ne les a pas détruits entièrement. On se ferait diOicilcment une idée exacte de l'état die désordre et de misère où croi|m4e plus grand nombre d0s maisons d'arrêt. Il n'y a pas Iroisfins, dw^ime des plus riches et des plus considérables villes de la France, à Bordeaux^ le plancher des chambres où couchaient les détenus était percé à jour, e^ les fenêtres, au mois d'octobre, n'avaient ni vitres ni volets. A Grenoble, on n'a pour toutes les classes de détenus, réunis souvent au nombre de 80, qu'une petite ce^r sale et humide, de 45 pieds d'étendue sur 25 ; cependant 1^ aumônes déposées dans le tronc qui est à la porte de la maison é^arrêt parles montagnards qui viennent se mettre à genoux sur le seuil de ce lieu de souffrance, s'clèvent chaque semaine à la semme de 300 fraisOiË; (1) Dans la prison de Rennes, autre ville irtiportante , les dortoirs ainsi que les cours sont communs aux prévenus et aux condamnés. Avant que la bienfaisance d'un condamné impliqué dans l'affaire Demiannay eût modifié les parties les plus dégoûtantes de ce régime, les déténus mangeaient à la même gamelle, sains ou malades, et ils couchaient sur la paille foulée, vraie litière de bêtes de somme, dans des chambres infestées de vermine et de rats. La plupart n'avaient que de mauvais haillons et dès débris de chaussure, et passaient la saison d'hiver sans feu, sans couvertures ni vêtements. (2) Que serait-ce s'il fallait décrire les
(1) National du 1er novembre 1836.
(2) Âmélioralions, iniroâuUes dans les prisons de Bennes, par Pierre Villaret, in-4, 1826.
( 27) maisons de dépôt, situées dans les chefs-lieux de canton ou d'arrondissement, et où les condamnés qui se rendentau bagne ne peuvent séjourner une Ou deux nuits sans perdre Tusage de quelque mem^ bre paralysé par le contact de ces bâtiments humides et infects?
M. Mippolyte Raynal, Thomme qui connatt le mieux Tintérieur des prisons, en a mis à nu les infirmités dans qudque tableaux (t) d'une effrayante vérité. De pareils détails apprennent du naoins au public et aux administrateurs que le despotisme le plus dur et le plus ignoble n'est point dans les prisons celui des geôliers. On saura maintenant ce ^e c'est que cette puissance du prévôt ^ forçat émérite que le gniehetp» (dioisit en raison de^jef forfaits antérieurs, et qu'il substitue â«on autorité. On verra par quais misérables expédients les.prisonniers suppléent eux-mêmes aux lacunes de l'ordre intérieur. Nous en citerons un exemple rapporté par M. Raynal.
^ ^ La ration de pain d'un prisonnier, est, pour vingt-quatre heur re8,S'ume livre et demie. Dans les maisons centrales, des patns de ce poids, distribués individuellement, ne fournissent aucun ^u-^ jet de querelle ni de fraude ; mais c'est une chose curieuse que la manière dont les consommateurs s'arrangent entre eux. D'abord, en raison de la prohibition des couteaux , c'est wpe lame d'os qui sert à découper les miches ; ensuite, afin que chacun ait ou soit censé avoir son compte, on pèse les portions l'une par l'autre, en les «u^endant à deux cordes égale»,, attachées aux deux ex-«. trémités d'une traverse de bois, laquelle, nouée elle-même, à son milieu, jouiç et bascule au moyen/ d'une troisième corde que tient le peseur. »
. n n'y a guère d'autre règlement dans les maisons d'arrêt que la volonté du concierge ; or, cet homme cumule avec les devoirs â& sa position les profits d'un restaurant et ceux d'un hôtel garni.. Il est souvent l'entrepreneur du travail, et il a toujours le privilège
(t) Sous les verrotix, im Tolumein-^, chez A. Dupont, 183j6.
(28 ) de foornir les aUments. Malheur aux détenus qui se réduisent à la pttanee légale ; le chien du eoneierge smi^ toujours mieux traiié. Pour les autres, il choisit, danslesMtimentsde la prison, un ocvtaih nombre de chambres les plus commodes ou les mieux situées ; il les meuble de quelques matelas, et fait payer, k raison de tant par Jour, ie privilège deeet isolement. (Test ce que Fim nomme ta pistole dans la. langoe des piisohs.
' Ainsi, comm^ le temarquait déjà la drculiure minisftéridto êà 1816, lesgeùU&tè^ipéeuUfU sur tant ce qui mivirmme kprifonnier; iii lui Tendent Tair, le repos, lui font payer les solii»qi|'ils lui domienk et les fadlilés qu'ils lui procurent, sans àwoîr iadroitde les aocM^ der. Ils détruisent régalité la plus inflexible el la plus nécessaire, l'égatilé légale du châtiaient» et établisseirt une aristocratie parmi les détenus. Us tiennent d^bil datte» de tiande, de fruits , quekjue* fois de liqueurs spiritueû^ e(^angent un lieu de punition eft uni hôtellerie. Enfin , comme Bi sont intéressés à l'accroissement des coniammations, il y a de la folie à attendre d'eux qu'ils frê^6s»r nent ou répriment les excès.
Quand la réforme des maisons d'arrêt ne serait pas une queation d'humanité, la prudenceconseillerait d'y songer. Lesbagnea et les priscMis centrales ne reçoivent annoellemeni que neuf à dix mille condamnés ; les quatre cinquièmes des détentions , tant pré^ yentives que répressives, expirent et se renouvellent dans les prisons de département. C'est là que la corruption commence, c'est là qu'elle se développe en pleine liberté. Par cette épreuve, qui vaut bien celle du fer et de l'eau , passent également, et l'innocent qui va rentrer dans la société , et le coupable que l'on doit translfarer dans un lieu d'expiation. Elle brise celui qu'elle ne corrompt pas. Qu'importe donc après tout cela le classement des détenus et la discipline pénitentiaire ? Si vous dépravez les prévenus, comment corrigerez-vous les condamnés ?
On s'étonne de la perversité précoce et à peu près incurable de la />^jfre parisienne. Mais quand cette dépravation ne serait pas le
( 29 ; éiultat nécessaire du nûiieu dissohrant.oû la jeunesse de ces détenus a été laneée, oB^fiiarraît la regarder comme la traœ.da séjour qu'ils ont fait comme prévenus dans les mais(H» d'arrêt ai de éépài du département. *
Il n'y a point d'ejLpressioB pour rendre ee que Ton ^[iro«faik en visitant le dépôt de la Préfeclure de police. Ce vestibule de tontes les prisons en f ésuaie bien les horreurs et lai datigeKs. PalBlde miir d'eneeinte qui élargisse la maiseir«o. là rendant piHt^ sûFB, point de cour où les priaonnisrs puiaaeni te mouvoir H respirer. Ghaqnedélit à son étage et son quartier, ou plutôt ^ cbamiNre, qui. cêÊiimA % lits de eamp, el où l'on entasse, pour le jour eoomiepMir la nuit, jusqu'à 70détenus. Ici, sont les fiU^ pi^ bKques, et jplus bant les voleuses^ Ut, les hommes accusés deeri-r mes, el ailleurs ceux qui soni pii^çnus de délits. Un bonnftte honame, impliqué dans une aCeÉna malMureuse^ ou surpris dmji la rne au moment d'une émeute ou d'une veÂe de fait, ei qui n!au^ raJK pas sur lui le prix de la pistale^ serait jeté en arrivant daiHUne de ces chambres, ei, po\ir tout dire, livré aux bètes. On le 4^ pouillerait, on le mâltraiteniit ; heureux si l'on n'exerçait pat une violence plus infâme sur sa personne !
La population du dépôt varie de 150 à 300 détenus ; chaoïm d'eux y passe, en moyenne, cinq à six jours, et le nombre de œux qui traversent cette grande voirie wgmente avec rapidité. Il est a«4o€u*d'hui le double de ce qu'il était 11 y a vingt ans. En 1813^ 101,797 personnes étaient «itrées au dépôt de la Préfeclùle ^ ei 14,414 e&1815. Yoid le tableau decefarogrés pendant une p4^ rieée de dix années.
Aimées.
Entufs.
Mis en liberté.
Transpires.
Ainsi remprisotinemenl saisit quatre innocents contre cinqcou- (Mibles... que dis-je? cinq coupables! leslribunnux en acquitteront encore le tiors, ou «30 sur 100. Sur 20,000 personnes qui sont écrouées annuellement au dépôt de la Préfecture, 13,000 ont donc mùAj et sans les mériter, des tortures que réprouve la loi. Et cela se passe dans la capitale de la civilisation !
•Il n'est pas possible de se reposer sur les autoriiés ou sur les ad&inistratfoiiii Jocïtes du soin d'améliorer le régime des maisons dra'rrèt. QueJNIli/ji^f^^ que Ton accepte leur concours, cela eit dans l'ordre ; niais partout où un système et un ensemble de mesures deviennent nécessaires, le pouvoir, central .doit se réserver ^également l'exécutionel la direction. Ni les conseils-généraux, ni^ks préfets ne sont plaeés au point de vue qui domine la réforme. D'ailleurs l'unité des prisons, c'est-â-dire l'unité des peines, n'importe pas moins que celle des jugements. L'Etat organise les tribunaui,en règle et en conserve la discipline, choisit et salarie les juges, dspvtfsle premier président de la Cour de cassation, jusqu'au juge de paix^d'un canton rural; c'est par là que, d'une extrémité à i'au<^ ire dé la France, la loi se maintient égale et impartiale pour tous. La même considération d'intérêt public veut que le gouvernement tienne dans sa main depuis le premier jusqu'au dernier anneau de la chaîne des détentions.
' On objecte que plusieurs départements ont construit des prisons et se sont imposé des sacrifices que les autres ont trop soigneusement évités. Remboursez les dépenses faites par un dégrèvemrat proportionnel, en prenant possession des bâtiments. Mais c'est précisément cette inégalité de zèle ou de ressources, entre le» assemblées départementales, quia rendu inévitable l'intervention du pouvoir ministériel.
Aupremier janvier 1836, les maisons d'arrêt de département renfermaient 13,752 prévenus et détenus des deux sexes, ainsi que 1750 individus (1) , hommes ou femmes, malades , infirmes, indi-
(I) Nous avons omis, en énumérant les élémens de la population des
( 31 ) gents, étrangers et insensés, que raânânistraiion y avait placés , à défaut de dépôts dé mendicité et d'établissements hospitaliers (S); or, cette hospitalité note d'infamie celui qui la reçoit. . .
La première nécessité de la réforme consiste donc à détourner les ailluents inutiles de cette population. Les aliénés et les infirmes doivent trouver place dans les hospices; les condamnés au-dé^ sous de 16ans, appartiennent aux refuges ouverts ett leur faveuî^ classe des condamnés adultes, dont la peine durailiiliisdeS moiill moins de 15, doit être supprimée; enfin, ne serait-trpas d'une bonne administrafèon de réduire la durée de l'emprisoiînement préventif, en iniprimant i Tlhstruction judyMUnriine plus grande activité? La moitié seulement des préveifiis srài^fliijourd'hui jugés dans le premier mois de la détention; pour dix sur cent, la détention se prolongée pendant trois mois, (nous ne parlons*pas des aeoûsés dont les deux cinquièmes attendent cinq et six mois leur jugement dans les prisons). La loi institue un juge d'instruction au moins prés de chaque Tribunal; nommez-en deux s'il le faut. Dépense pour dépense, il vaut mieux multiplier les juges que les prisons.
Aux termes de l'article 114 du Gode d'instruction criminelle, la Chambre du conseil peut mettre provisoirement en liberté un prévenu qui donne caution de se présenter à tous les actes de la pirocédureet pour l'exécution du jugement. Cette nécessité de consulter la Chambre* du conseil entraîne un délai au mo}ns inutile, c'est-à-dire une détention préalable de huit, dix et souvent quinze jours. Nous voudrions que la faculté d'ordonner la mise en liberté sous caution fût laissée à la discrétion du juge qui instruit et qu'elle fût étendue à un plus grand nombre de cas. Nos lois piif attront
prisons, au chapitre des préventions, 10,09 individus renvoyés des j^onrsuites parles Chambres du conseil, ou par les Chambres d'accusation. Cette addition porte le nombre total des détenus à 62,597 individus, qui représentent dans le mouvement de Tannée 86,369 détenus.
(1) Documents sur les maisons centrales et réponses des directeurs. —
tnotiisbarbares, lorsque o«( usage sera natnraH^ daiunoi mœurs. ' ;Nou9diront«npeeM. Crtwfotd(l).
» Par l 'emprisonnement d'un détenu STant le jugeneat, la loi vsm avoir la garantie qa'y comparaîtrai devant le jnge pour répondre à l'accusation poiite contre lui. Si le mBme réaolltt peut -MD» obtenu au moyen d'une oaation, sansjeter l'aomtté dans UM Mi*on, la Justioe Blteiot son but, le public est délivrt d'une dur- ■<0 qv'on lui -loQpoBait euds nécessité, et l'individu est mis à l'abri des conséquences funestes de la détention. ■
La popuiiition ordinaire des prisons d6parteiaenlABS poorratt descendre, au moïctideeesépurations.de quiswniUeà'4*)ViiUfi détenus.Mais, comaieles proportions en soBttréB-v&riaUe«r«t(pK les délits sont en voie de progression, il convient que le noDibn des oeUales excède largoneot celui des prisonniers. Voici la répartiUau queaeus en feiionsi Trais k cin^cellnlefl par prison municipale, enfiron IO,MO
Dix à vingt par prison d^noodissaBnit, ^ »,flÉO
CinqiiaDtftÀ^ttnt par prison de département, 7,&D0
PourUsiâuonsdeJ^uia, i,i,Où
Soit pour toutes les maisons d'acrêt et pristHis
réservées aux l^êrs délits, iS,000 cel.
£n Étqipoiant que V<m ne tir&t aucun parti des prisons d^ft eonstruitee, et en prenant la base de 500 fr. par cellule, cette in- ■ovatlon, qui n'est ni la moins utile ni la moins urgente, eoûterttt 4bût» nilllons cinq cent mOle francs. Ce ne serait pas un sacrifice 4etfiQ||00fr., pardépartaDHBt.
Une circulaire deM. de|f|qiarin, à la date du ^octobre 1836, indique l'intention, ai ce n^tif la volonté formelle d'aborder cette difficulté. Le ministre adopte en principe te systémecellulaire pour les maisons d'arrêt ; mais il aUëgue les dépenses «msidérables qu'en-
(i) Report on peniientiaries of United-States.
( 53 ) traînerait une réforme générale, et la nécessité fort peu évidente assurément, de conserver les bâtiments actuels, pour, se défendre de prescrire des mesures qui ai^nt un degré suffisant d'énergie Qt de solidité. Le programme de Tadministration ne consiste donc qu'à disposer en cellules les maisons d'arrêt à construire , et à transporter, autant que possible, cette disposition dans les prisons dont la construction est commencée ou achevée. S'il n'est possible de convertir en cellules qu'un petit nombre de chambres, ce sera, dit la circulaire, une amélioration notable, puisque Ton obtiendra les moyens d'isoler les prévenus regardés comme les plus corrompus et les plus dangereux.
Mais quels sont les prévenus les plus corrompus et les plus dangereux? M. de Gasparin, d'accord en cela avec les législateurs du Code pénal, les voit dans « les hommes réservés à la Cour d'assises, ei qui commencent par être en état de prévention avant d'être envoyés dans les maisons de justice par suite d'un arrêt de mise en accusation. » Rien n'est moins certain que cette théorie. Sans doute le meurtre a plus de gravité que le vol, et le crime que le délit ; mais le provenu de vol se trouve souvent un criminel endurci et do profession, tandis que le meurtrier a cédé généralement beaucoup moins à l'influence d'habitudes vicieuses qu'à l'égarement de la passion.
Le système cellulaire né peut porter de fruits dans les maisons de détention qu'à condition d'être absolu. Dès que la même prison renferme des cellules solitaires et des dortoirs ou des quartiers de jour communs à plusieurs détenus, vous retombez dans le système des classifications inlépieures. Or, vous n'avez aucun moyen de faire des classifications autrement qu'au hasard. Quand vous parviendriez à ne réunir que des hommes qui seraient exactement dans les mêmes dispositions d'esprit et au même degré de crime, ils s'échaufîeraient encore mutuellement dans le vice , par la même loi qui veut que des étincelles qui se rencontrent produisent une^' flamme. Poivr^séparer le coupable de l'inhocsnt , dans une situa-
( 36 ; dessous formeront le noyau des travailleurs, dans les maison^ d'arrondissement et de département; les prévenus et les accusée, trouvant Fhabitude établie, s'y conformeront sans effort. Et quant aux condamnés, rien n'empêche qu'on ne rassemble les détenus, du même sexe, pendant le jour, dans un atelier où ils seront suryeillés et dirigés.
La mobilité des détentions rend ici à peu prés nul Finconvénientde réunir les hommes et les femmes dans la même prison. C'est assez de leur assigner des quartiers séparés. La construction la plus simple sera la meilleure. Pourvu que l'on sépare les hommes des femmes, et les prévenus des détenus; que la cour ou les cours soient bien aérées, et qu'un chemin de ronde, à double mur, environne la prison, peu importe que l'on élève des bâtiments pa> ralléles ou que Ton suive le plan rayonnant.
En distinguant pour la durée de l'emprisonnenient les maisons d'arrondissement des prisons de département, nous n'avons fait que constater ce qui est. Les délits ou plutôt les contraventiotis qui se commettent dans les campagnes et qui relèvent des tribunaux d'arrondissement, ce sont en général des dégâts dans les forêts ou le maraudage en temps de moisson. On ne châtie guère de telles fautes que par quelques jours de prison; et il y aurait du danger à se montrer plus sévère. La prison, vue de prés ou à travers le chagrin d'une courte détention , effraie le paysan ; tenez-le renfermé plus longtemps, il s'y accoutumera et ne craindra plus d'y revenir. Ajoutons qu'un chef-lieu d'arrondissement présente rarement les mêmes occasions de travail qui se rencontrent dans une grande ville , et que les détenus, inhabiles du reste à tout autre chose qu'à manier la charrue, y vivront dans l'oisiveté, à moins que l'on n'établisse pour eux , comme l'indiquait la circulaire de 1812 (et c'est-là une idée très avancée pour l'époque ), un atelier agricole hors de l'enceinte de la prison.
En rattachant aux maisons d'arrêt les détentions de cinq jours, d'un mois et de trois mois, en les séparant par une grande et pro-
r 35 ) rôt , demandent plus d'air ei d'espace que les ceitutcfs des maison» pénitentiaires où les détenus ne sont renfermés que pendant la nuit. Une étendue de dix pieds sur douze paraîtra sans douto suffisante. L'e^œrcice étant nécessaire à la santé , il conviendra d'accorder une heure par Jour à chaque prévenu pour se promener dans la cour de la prison , en prenant soin de n'en réunir qu'un petit nomblre Ar laft^s, sous la surveillance d'un gardien qui empêchera les communications.
En établissant des cellules, ne peut*fl pas donner du tra^ vatl et des livres aux détenus? C'est Topinion du comité anglais de I9S2; c^êlait aussi celle du gouvernement impérial en iSli (1). Le réginrie cettulaire deviendrait en clfet un ellroyable tourment ^ s'ilTàïlalt vivre ainsi dans Toisiveté. La détention préventive peut durer six mois. Un ouvrier, père de famille, qui est reconnu in<nocent au bout de ce tempi, sort de la prison ruiné lui et les siens. Offrez lu! du travail, et il l'acceptera comnoe un bienfait , comme une ressourça contre la misère et une diversion paissante i' Tennui.
Nous conviendrons que Ton Introduirait difficilement dans les [disons départementales un système de grands ateliers. Là population de eesmaisotis se compose de masses flottantes et se plie** rait mal à des occupations qui demanderaient un long apprentissage eu beaucoup de régularité. Mais il est de ces travaux pureniefit mécaniques au^tquels un détenu peut se livrer dans sa celluieet ({uin'exigentqu^un degré d'intelligencelbrt c(»mmuh. Neconvieiii<^^ ilpsas d'y recourir ? T^es oondamnès à trois moâs de prison et au-
, (i) Il serait toujours avantageux d'avoir dans uQe maison d'arrêt fMuir les prévenus, et dans une jBaî|OQ de justice pour les îiccusés, un. local où l'on pourrait occuper les uns et les autres à quelque travail. Dans ces él^~ blissements on ne se proposerait, comme dans les autres , ni de faire apprendre un métier aux détenus , ce qui suppose un séjour prolongé dans la maison , ni de les employer à des ateliers déjà en activité. On aurait pour l)ut d'empocher l'oisiveté. (Circulaire du 18 décembre l^ft.)
Maisons pénitenliaires.
Les religions ne meurent pas / sur la terre ; elles ne font que se transformer pour réducation du genre humain. Leur existence, comme tout fait social, a ses phases, ou, si l'on veut, ses époques; elles sont d'abord à l'état de culte, avant de passer à Tétai éd gourârnement; eHes commencent par le dogme, et finissent,^ên admettant qu'elles aient un terme, par la morale; elles partent du sacerdoce pour aboutir & la philosophie. Quand une religion perd son autorité dogmatique, quand les croyances qu'elle proposait au respect et à Tadoration des peuples ne sont phis qa^uiie lettre morte, quand enfin le voile du temple se déchire et que ses lambeaux vont servir de texte à la controverse , alors elle quitte le ciel pour prendre possession des choses d'ici-bas. Son royame, qui n'était pas de ce monde, se fixe dans les régions inférieures de l'étendue; son dieu se fait homme, sa doctrine se sécularise; elle s'introduit dans les mœurs, dans les lois et dans les institutions.
Au temps de la ferveur chrétienne, pendant que la foi nouvelle bâtissait des cathédrales, défrichait les barbares, suivant la belle expression de M. Michelet, et déplaçait, dans le cœur de l'homme, le principe d'action; à cette époque, le paganisme, chassé du sanctuaire, était encore le maître dans l'Etat. Il lui restait la famille faite à son image; il se survivait dans les habitudes populaires; et il était écrit dans le droit comme sur des tables d'airain. C'était le cadre même de la société, où l'Evangile devait|entrer pour l'élargir.
Il arrive aujourd'hui au christianisme ce qui est arrivé successivement à toutes les religions du passé; sa forme paraît se briser. Depuis trois siècles déjà la science s'est retirée de lui et se pose dans une attitude hostile. Comme pour accomplir la promesse de l'Jplcriture, on a divisé sa robe et jusqu'à sa parole. A l'heure qu'il
(30) est, le chHstianisme est la confusion des langues; chacun en prend ce qui lui convient : les peuples du Midi, peuples sensuels, peuples enfants, en ont gardé le culte et les images; les races du Nord, plus portées à Tordre et a l'analyse, les Anglais surtout, ces juifs du protestantisme, conservent la lettre de la loi; la France, instrument du progrès en Europe, en a retenu la mission. Mais en cessant d'être la foi commune, le christianisme devient la loi universelle; c'est l'air même que nous respirons, nous le portons en nous, c'est maintenant notre esprit, notre chair.
On prétend que la loi est athée de nos jours, et l'on a mêma érigé ce mot en doctrine. Doctrine absurde, et à laquelle chaque page de l'histoire donne un démenti. La loi est toujours, elle est nécessairement le résultat d'une civilisation antérieure, et toute civilisation a une cause, un principe, c'est-à-dire un Dieu.
Non, la loi n'est pas athée chez nouf; elle est chrétienne, bien qu'elle ne soit ni catholique ni protestante, chrétienne comme la morale et comme l'état social. A l'époque du christianisme religieux a succédé celle du christianisme civil.
Cette assimilation du principe chrétien à nos mœurs, est l'œuvre que nous avons à poursuivre. Pendant que la pensée exploite de6 mers et des cieux inconnus, c'est là le terrain de Tordre et du travail pour les populations. Mais nulle part cette incorporation de la morale religieuse à nos habitudes ne semble plus nécessaire que dans Tordre pénal. La peine est humaine aujourd'hui, maiselleii%st pas chrétienne; elle subordonne l'amendement à l'exemple, etlk vre en exemple le châtiment au lieu du repentir.
Ce que la religion du Christ a fait en vue d'une autre vie , nous avons à le faire maintenant en vue de la société, et dans la nm^ sure de chaque société. Le prindpe de la discipline 3era le même} seulement la sanction de Tordre, la peine et la récompense seront placées au milieu cte i)ous.
C'est principalement parle côté de là peine que le christianisme instruit ; il n'est lui-même, à Tcnvisager librement, qu'un graiid
système pénitentiaire qui embrasse rhumanité, la souffrance surmontée de la grâce. Il institue la pénitence à tous les degrés de la vie et même de la sainteté ; quand on n'a pas ses propres péchés à expier, on se frappe la poitrine et Ton supplie pour les fautes du prochain. II y a solidarité entre les hommes et réversibilité. La pénitence est imposée à Thomme, indépendamment de ses actes; et par cela seul qu'il est homme, ne porte-il pas empreinte sur son Tront la lâche du péché originel? Pour le réhabiliter de cette déchéance, un Dieu même est descendu sur la terre , et a commencé l'expiation en se laissant crucifier pour les crimes du monde.
Le christianisme, élevant le repentir à l'état d'institution sociale, de sacrement, a dû sonder les fibres les plus intimes du cœur humain : c'est là sa science. Il a donné les lois de la solitude, du silence, de lapriëre, de l'expi^on. La vie monastique en est le point culminant. Peines pour les sens et peines pour l'esprit, abstinence et souffrance > éducation et travail , la discipline des monastères avait tout prévu : elle savait comment on peut concilier l'isolement avec l'association, et, dès le cinquième siècle, saint Jérôme remarquait qu'une réclusion absolue détruit à la fois l'intelligence et la santé ; elle condamnait également l'ascétisme oisif, et la règle de saiiW|Benoit, outre la prière et la lecture, prescrit huit heures de IrayÀ)! manuel.
Nous concevons que le travail, dans la société, dont il est devenu* Impuissance et la richesse, soit relevé de cette idée de souffrance, disons mieux, de dégradation que la pensée religieuse y attachait. Mais le travail, dans un système pénal, doit être la vie à la sueur du front, la terre grattée avee les ongles (^arc^ labour), tel enfin que la tradition évangélique l'a représenté. Le christianisme renferme les éléments du système pénitentiaire; et il les donnera, si l'on a soin de n'emprunter que ceux qui ont une affinité naturelle avec le carâc* tèreindividiieide la nation. Il ne fautrien prescrire dans les prisons qui s'écarte à une trop grande distance des m^urs ou des idées re-
çues dans la société ; car les déteniitgf rentreront, et l'emprisonnement doit les préparer à ce retour;"
La pénitence dans le christianisme avait deux caractères principaux. D'une part, les fautes et les peines n'étaient punies que dans l'exacte proportion du repentir et de l'amendement ; il fallait mériter pour obtenir. La grâce se répandait avec une libéralité divine sur le pécheur, mais sans arbitraire ni incertitude. Le clergé avait même fini, et très rationnellement selon nous, par formuler lo Ukrif des récompenses à côté du code des peines *, il avait institué les indulgences. Tant d'heures de prières, tant d'actes de charité ou de contrition rachetaient tant d'années de purgatoire ; chacun savait désormais ce qu'il pouvait craindre ouefpérer. Ajoutons que le repentir était poul^'homme comme un noviciat perpétuel; la religion le lui rappelait sans cesse, il y retrempait l'énergie de ses réso^ lutions. On ne lui permettait pas d'endormir la peine par l'habitudOi chaque mois, et aux grandes solennités de l'année, l'inusité rêve*liait sous forme de jeûnes, de prières et d'aumônes. Cette discipline imprimait des secousses périodiques à sa constitution morale, afiQ de prévenir la torpeur; on le faisait passer par l'épreuve du carême et de la confession, par celle de l'obéissance passive et de l'humilité, par les alternatives de la tristesse spirituelle et de la joie ; on l'obligeait à se replier sur lui-même et à prendre terre chaque fois que la passion ou l'égoïsme l'emportait. Ce système était complet, car il mettait en jeu tous les mobiles d'action.
Voyez, au contraire, ce qui se passe dans nos prisons. On considère le détenu comme une machine destinée à produire un cer-* tain nombre d'actes réguliers. Il travaille, mange, se promène et di>rt ; on ne lui en demande pas davantage : c'est un chiffre, une plaice au dortoir et dans l'atelier, rien de moins iii rien de plus; un homme réduit à la vie végétative, une plante dans uo marais^ Au bout d'un ou deux ans de séjour, pourvu qu'il n'ait pas frappé les gardiens ou pillé les magasins, il peut former une demande en grâce ;]e reste dépendra de sa faniille ou de ses amis, car celt^
prérogalive s'exerce au haflurfl^ sans garantie pour le coupable ni pour la société.
Aux États-Unis, où le droit de grâce est plus banal que partout ailleurs, l'abrus en devait être plus fréquent. En général, les deux tiers de» détenus obtiennent d'être mis en liberté ayant d'avoir subi la moiâé de leur peine. Suivant MM. de Beaumont et deTocqueville, les plus grands coupables sont précisément ceux qui réunissent le plus de chances de pardon en leur faveur. « Il a été reconnu, dit M. Garey, par la commission des prisons de l'État de New-York, qu'il y a des hommeâ qui n'ont d'autre profession que de procurer aux condamnés leur grâce. €ctte industrie leur fournit des moyens d'existence. Leur talent consiste à obtenir des signatures de recommandation auprès du pouvoir exécutif en faveur de ceux qui ont recours à leur ministère. En général, ils réussissent. Peu d'hommes ont assez de courage ponr ne pas accorder leurs signatures quand elles leur sont demandées par des personnes en apparence respectables, et peu de gouverneurs ont assez d'énergie pour refuser les grâces qu'on sollicite avec instance. La grâce ne dépend nullement du caractère du crime, mais uniquement des ressources pécuniaires que peut avoir le condamné pour employer les gens qui font ce trafic. »
Les mauvais effets que produit infailliblement l'exercice du droit de grâce ont amené M. Grawford à en demander la suppression. Voici en quels termes il s'exprime dans les <;onclusions de son rapport sur les pénitenciers des Etats-UojW? « La bonne conduite d'un détenu pendant son emprisonnement ne doit pas être un motif pour abréger la durée de sa peine. On encouragerait ainsi toute espèce d'hypocrisie. Le pardon, fût-il mérité, aurait encore de graves conséquences. Si uil malfaiteur a la certitude qu'une fois condamné, il pourra , par une stricte observation de la discipline intérieure de la prison, obtenir une diminution de peine, la loi n'exercera plus sur lui4t même terreur; et pendant l'emprisonnement, l'espoir d'une prochaine libération exclura d'autres mo-
( 43 ) tifs plus légitimes d'obéissance. Le par^n ne réforme pas le coupable. D'ailleurs, poursuivre up M résultat aux dépens de çei effroi salutaire que la loi doit inspirer, c'est sacrifier les plus chers intérêts de la société à celui de quelques-uns de ses membres les plus indignes. >»
M. Grawford veut que la justice humaine soit impitoyablo^^u'elle punisse, mais qu'elle ne pardonne point ; car le pardon est malsain à la société. Il exige du détenu, du malfaiteur qui est moins qu'un homme, ce que l'on n'attendrait pas de l'homme le plus honr nête, une bonne conduite qui ne parte d'aucun motif intéressé. Ce désintéressement qui fait la rectitude, mais qui est aussi le sommet de la vertu, il prétend le trouver chez des malheureux qui en remontent péniblement le premier degré. La crainte et le devoir, voilà selon lui les seuls mobiles d'action que comporte le régime pénitentiaire; il bannit l'espérance des prisons, et, par une inconséquence qui démontre à quel point un pareil système se refuse à l'application, il n'ose pas l'interdire au pied de l'échafaud !
La crainte s'épuise, comme tout sentiment humain, lorsquelle est trop tendue et qu'elle n'a pas de contre-poids. Si vous voulez que le détenu craigne, faites aussi qu'il espère... La discipline intérieure a des châtiments pour lui , il faut qu'elle ait des récompenses. Dans la prison comme dans le monde, le mérite et le démérite, c'est là tput l'homme, c'est aussi la loi, c'est la société. Sans doute, l'on ne doit pas ouvrir une perspective trop vaste à l'émulation du cop^mné ; car si le pardon est le prix de sa bonne conduite,, il est encore celui de ses souffrances;. il faut que ce charbon ardent épure son repentir.
N'abolissons pas le droit de grâce; pour le rendre utile et bienfaisant, il suffira de le régler.La jjastice était de même, autrefois, une prérogative de la royauté qui Texerçait arbitrairement ; elle émane encore du roi, mais le roi ne la rend plus. Ayons aussi un code pour le droit de grâce, et que te condamné lui-même ea soit l'instrument. Mais n'admettons pas de grâce entière, à moins
( 44 ) qu'il n'y ait une erreur de la justice à réparer. Point de peine inflexible ; mais que le pardon n'aille pas annuler la peine. Si Ton en réduit la durée d'un cinquième au maximum , c'est assez. ' « II serait facile, dit M. Basil-Hall (1), de donner aux prisonniers un intérêt direct et immédiat à se conformer aux règles de là prison. Supposez que l'un d'eux soit condamné à plusieurs 'années de captivité ; s'il se conduit bien pendant une semaine en-^ tière, il faut avancer d'un jour le terme de sa détention, s'il persévère dans sa bonne conduite pendant six mois, on l'avancera d^un mois. En adoptant ce plan , les maux de l'incertitude seraient lé partage du prisonnier et non du public, puisque sa propre conduite déciderait seule du changement de son sort. ï^ar là' le droit de grâce rentrerait dans le repos. »
Pour compléter la pensée de M. Basil-Hall et en même temps la responsabilité du condamné, il conviendrait que les remises de peines, méritées par une bonne conduite^ pussent être effacées par une faute postérieure, et que la crainte ainsi que l'espérance, dans les prisons, n'eussent qu'un même pôle moral, la liberté. -Rien ne serait irrévocable dans ce système de coopération morale
kl
imposé au détenu, ni l'indulgence, ni la sévérité ; il prononcerait lui-même la grâce et provoquerait la justice, retrancherait ou ajouterait aux jours de sa captivité, et aurait un intérêt sérieux à surveiller ses passions, intérêt constant et par conséquent à l'abri des grimaces de l'hypocrisie.
Outre les dispositions du détenu, nous avons à considérer l'effet intrinsèque de la peine. Ce qu'elle a de pire dans nos établissements de détention, nous l'avons dit; ce n'est pas son excessive douceur, c'est bien plutôt la routine de son allure. L'homme s'accoutume au mal comme au bien ; il s'y met à Taise, et crie même à la fin : « Vive la peste ! »• Voilà l'écueil à éviter.
Une loi de la Virginie ordonne que tout condamné passera, dans la réclusion solitaire , la douzième partie de l'em-
(1) Voyage aux États-Unis.
(45) prisonnement. On a divisé la peine, el tous les trois mois chaque détenu , est enfermé, pendant une semaine , dans l'isolement le plus absolu^ On lui donne des livres, le chapelain le visite, mais on ne lui accorde pas de travail. A l-ex* ception de Toisivelé, que nou& n'approuvons pas, cette retraite, qui vient rompre, à chaque saison, la monotonie et l'assoupissement du régime, doit renouveler l'esprit et le fortifier. C'est l'apparition du remords dans le châtiment. Après avoir retiré le malfaiteur delà société, on l'isole encore dans la prison. Le cercle de l'épuration se réduit, à certains jours. Jusqu'à nerenfermer plus que lui seul. Quel moment solennel et redoutable ! comment n'ajoute«rait-il pas aux terreurs de la prison ?
Qu'on le sache bien : indépendamment de ce qu'elle a d'inhumain, on ne peut pas compter sur la torture pour produire l'intimidation. Lorsque les prisons étaient des cloaques infects ou le typhus décimait régulièrement les détenus; lorsque les condamner à l'emprisonnement c'était les condamner à la faim, ne les voyait^ on pas revenir également dans les bagnes et dans les autres Ëeux de détention ? C'est l'imprévu seul quieiTraie; et voilà pourquoi il doit faire partie de la peine ; l'habitude et le châtiment sont deux idées qui s'excluent.
Il est des natures privilégiées, que l'éducation et le commerce intellectuel ont développées; pour celles-là, l'emprisonnement aura toujours assez de rigueurs. Quelque monotone et quelque bénin qu'on le fasse, il leur est nu)rtel. On ne s'habitue pas à vivre séparé d'un monde dont on est l'âme, et au mouvement duquel on contribue. Mais la classe des détenus ordinaires, la foule des malfaiteurs n'a guère que les instincts de la matière qui se meut s^ns malaise partout où on lui laisse un peu de place au soleil. Il faut donc éveiller chez de tels hommes la nature nooralequi sommeille, et empêcher que l'efTet de l'emprisonnement ne s'altère par son
uniformité. '
Nous avons proposé, à l'exemple de la Virginie, de convertir
(46) la détention en réclusion solitaire pendant les huit premiers jours de chaque trimestre. Il serait bon encore que tout détenu consacrât, par une semaine de recueillement, Tanniversaire de sa condamnation. Que la prison ait ses jours fastes et ses jours néfastes, pour marquer les progrés de l'amendement.
l'amendement.
Ayant d'aller plus loin, l'amendement des condamnés est-il possible? n'est-ce point une de ces nobles illusions que nourrit le dévouement des gens de bien, mais que repousse la raison plus froide des hommes d'état? Il existe maintenant dans le crime une fatalité inexorable, qui ne permet pas au malfaiteur de regarder en arriére, ni de faire halte, et qui le lance sur la pente, la volonté ainsi que les membres liés. Cette nécessité , qui l'a produite? est-ce la nature humaine ; est-ce la corruption des prisons?
Nous ne pouvons pas rendre un plus beau témoignage à la liberté morale, que celui qui ressort des comptes-rendus de la justice criminelle. En 1830, 5,712 libérés sont sortis des bagnes et des maisons centrales; dans les cinq années qui ont suivi, 1,024 ont été repris et convaincus de nouveaux délits. Ainsi les cinq sixièmes des détenus, à l'expiration de leur peine, et après avoir passé par ces sentines impures où ils sont condamnés au contact, aux leçons et à la domination des plus vils scélérats, ont encore la force de réagir contre leurs habitudes et de respecter les lois.
Parmi ceux qui succombent, la perversité n'est pas toujours la cause déterminante du délit. Sur 655 condamnés en récidive qui se trouvaient détenus, au 1'''' avril 1834, dans la maison centrale de Glairvaux, le directeur a constaté que 506, ou 77 sur 100, n'avaient commis le second délit que dans le but de retourner en prison, soit pour y jouir d'une vie plus facile , soit pour avoir des moyens d'existence assurés. C'est donc la misère qui réconcilie la plupart des libérés avec la honte ; les récidives sont le crime de la société autant que le leur.
La Tatalité des prisons, c'est nous qui Tavons faite, etelle fléchira quand nous le voudrons. Partout où l'on a travaillé sérieusement à la réforme des criminels, ces tentatives ont porté leurs fruits. Dans la maison de Beaulieu, la moins imparfaite de nos prisons, on n*a compté qu'un seul repris de justice en douze ans parmi 153 libérés à qui leur bonne conduite avait valu une remise de peine. En Angleterre, où la dépravation des détenus est telle que, selon la déposition d'un coQvict devenu honnête homme, l'on en sauve  peine 1 sur 50 , l'expérience, d'ailleurs incomplète, d» Milbank, a donné des résultats inespérés. De 168 condamnés dont la peine expirait en 1834, 53 ont mérité, en 1835, un an après leur libération, la gratification que l'on accorde à ceux dont la conduite a été sans repfbche. Quatre seulement ont récidivé. En France, le nombre des condamnés repris dans l'année de la libération est encore de 10 pour 100.
Les anciennes prisons d'état de l'Amérique du Nord n'avaient aucune supériorité morale sur nos établissements de détention. La proportion des condamnés en récidive à la masse des détenus, était de 1 sur 9 dans l'état de New-York, de 1 sur 7 dans leMa^ ryland, de 1 sur 6 à Walnut-Street, et de 1 sur 4 dans le Connec^ tient (1). Le régime des travaux pénitenciers a bien changé ces données. A Auburn, on ne compte plus que 1 condamné en récidive sur 19 détenus. A Wethersfield, la proportion est la même, et l'on a pu déjà s'assurer que, sur 1.60 détenus mis en liberté, 112 tiennent une conduite exemplaire. La différence entre l'ancien et le nouveau système, relativement à l'influence réformatrice, ei|t donc de un à trois. Quel argument vaudrait cette évidence des faits?
Il est démontré que la quantité du crime diminue dans la même mesure que la prévoyance sociale s'accrott. Mais n'y a-t-il point des individus tellement pervertis qu'aucune puissance morale
(1) Du système pénitentiaire aux £(als-Unis.
(48) n*a prise sur eux, des caractères ludomptables que rien ne peut redresser, des natures pour qui le mal a un invincible attrait ? C'est Topinion de tous les hommes qui ont vécu long-temps avec les prisonniers» ^^ M. Diey, directeur de la maison centrale de Beaulieu, n'évalue qu'à quinze sur mille le nombre des détenus incorrigibles. — ^Le directeur de Fonte vrault pense que les condamnés des villes^ ceux de la capitale surtout qui se livrent au vol , seront toujours pervers et voleurs.— << Je ne sais, dit le directeur d'Onsitheim, si , dans riniéf leur de la France , on connaît ces familles ambulantes^ qui établissent leurs camps sur nos montagnes et dans nos forêts , que nous appelons Bohémiens, et que les Anglais appellent Gipsiesi cette race formée une partie de la population de notre prison , et se trouve mêlée aux nombreux ouvriers de fabrique étrangers , la He de toutes les nations *, et c'est une telle population qu'on veut ramener à de bonnes mœurs ! On peut punir -, mais cor« riger, c'est impossible. »
-^ « Le système américain, dit M. Basil-Hall, intimide un grand nombre de condamnés ; mais je crains bien qu'un voleur déterminé ne puisse être corrigé par aucun système de réforme, ni dans aucun: pays. >»— « Il y aura toujours, dit M. G. Powers, des détenus qui, même avant leur emprisonnement, étaient tellement habitués au vice, et tellement étrangers à tout ce qui est bon et honnête, que l'on ne peut raisonnablement concevoir l'espérance de les réformer par les moyens ordinaires ; une telle œuvre ne s'opérera que par Fentremise d'un agent direct. »
On remarquera la nuance de doute avec laquelle sont exprimés «es jugements. Il y a dix ans, l'incrédulité n'y aurait pas mis autant de réserve ; tout directeur ou inspecteur de détenus se serait prononcé hautement contre la possibilité d'une réforme, et eût dit avec M. de Laville : u Nous ne devons pas espérer que l'on se corrige en prison. » Eh bien! il faut enlever au scepticisme son dernier retranchement. Nous croyons fermement qu'il ii'y a point de malfaiteur incorrigible, ni de maladie morale dont
( 49 ) on doive désespérer. Â moins que la raison ne soil tout à fait èéteinie dans l'homme, auquel cëis nous i\^|(r trouvons en présence d'un aliéné et non d'un criminel, il y a toujours en lui une corde sensible et que l'on peut attaquer. Tant qu'il a conscience de luimême, il a conscience du bien et du mal; il entend le langage de l'intérêt ou celui du devoir. Il n'est pas d'homme si mécbant^ui ne soit bon à son heure, qui n'ait des mouvements généreux et qui ne porte en loi quelque germe de perfectibilité. Tout dépend de rhaUleté que l'on va mettre à le recueillir.
On revient du mal, si avancé que l'on soit dans cette voie, comme l'on dévie du bien dans la vertu la plus fermement assise. L'habitude elle-même peut être déracinée, pourvu que la force de résistance n'égale pas la force d'impulsion.
L'amendement pour les criminels n'est donc qu'une question ^ moyens ; il a pour limites les bornes mêmes de la puissance qitTini emplme. Voyez, dans les ^nce^ de Manzoni, l'espèce de fascfiu^ tion qu'exercent sur l'Ipconnu, ce vautour des montagnes, la parole et la personne deCharles Boromée.G'est là l'histoire du moyenâge, la conversion qui courbe les âmes les plus rebelles et qui ennoblit les plus déchues .
Le temps où nous vivons n'est plus, il faut Ta vouer, cet âge d'or de la grâce et de la foi; nous n'avons pour conduire les esprits que des instruments humains. Nous domptons merveilleusement la nature extérieure, mais nous ne savons plus comment on dompte le cœur de l'homme. Nous attaquons tout au plus les dehors de la place; l'éducation nous tient lieu de la conversion.
Mais enfin ce moyen, tel qu'il est aujourd'hui, que vaut-il ? Jusqu'où s'étendra l'amendement, et que pouvons-nous pour les condamnés?
/ Aux Élats-Unis, où la réforme dispose encore du levier religieux, son auxiliaire le plus puissant, les opinions sont fort partagées sur la mesure possible des rcsuUals^,, i^endant que les chapelains d'Auburn et de Welhcratiold i>rétfi^||fel connaître dans le pé-
nitencier un as^ez grand nombre 44 détenus radicalement rètot^ nés et qu'ils considèrent comme de bans chrétiens; voici ce que dit aux auteurs du système pénitentiaire le capitaine Elam Lynds, créateur et législateur de Sing-Sing . « Je ne crois pas à la réforme complète^ excepté pour les Jeunes délinquant». Rien n^est plu» rare que de voir un criminel d'un âge mûr devenir un homme religieux et vertueux; mais mon opinion est qu'un grand nombre de condamnés ne tombent point en récidive, et que même ils devien-nent des citoyens utiles, ayant appris en prison un état et y ayant contracté l'habitude du travail. »
MM. de Ëeaumont et de Tocqueville, qui ont pu étudier le caractère des détenus sur les deux continents, se déclarent, en fai- S2^ quelques réserves, pour l'opinion du capitaine Lynds. «< On j^ÊN|t]^dmettre, disent-ils, l'existence de la rérorme radicale. Mais taf0i|ièté, généralement impuissante pour l'opérer, est aussi sans ^jgj^oir pour la constater quand elle existe. Dans le premier cas , Dieu seul peut agir; dans, le second, Dieu*seul peut juger...» M. Charles Lucas exprime la môme idée, quand il avance cette proposition : « L'amendement que le système pénitentiaire doit inspirer et ppérçr, ce n'est pas la probité vertueuse^ c'est la probité légale dont l'infraction constitue le crime, dont l'observation le prévient , et garantit l'ordre social. »
La question ainsi posée nous parait se renfermer dans des. termes trop étroits. Nous ne concevons pas une réforme radicale, par la raison qu'il y aura toujours dans l'âme de l'homme, à quelque perfection qu'elle atteigne, un mélange de mal. Mais il y a des degrés infinis dans la réforme, parce qu'il y en a dans la vertu. Si donc l'on veut dire simplement qu'aucun système pénitentiaire en France, au dix-neuvième siècle , ne peut se promettre d'opérer les conversions éclatantes qui ont signalé les conquêtes de la foi religieuse, nous l'avons déjà reconnu. L'éducation toute seule ne donne pas cet élan d'abnégation et de charité qui fait la vie grande
( 51 ) et sainte ; quand le monde n^plus de saints, il serait chimérique assurément de prétendre en btynver dans les prisonà
Maintenant, et au-dessous d'un tel idéal, vient la probité qui a en? core ses distances.Tous les hommes ne sont pas honnêtes au même degré : il y a l'homme qui ne yolé ni ne tue, honnête dans les bornes de la loi; et l'homme qui n'exagère jamais son droit au profit d'un intérêt personne, honnête devant sa conscience et devant l'àpinion. Cette probité morale est l'objet de l'éducation, telle que M comporte notre état social,' la prison doit se proposer le même but que la société.
Nous savons tout ce que le préjugé contraire peut alléguer. <t Le condamné, dit-on, ne retrouvera jamais cette délicatesse de l'honneur que donne seule une vie sans tache; et quand un telmi-» racle serait possible, quel moyen avez-vous de l'accomplir?: institutions humaines, puissantes sur les actions, ne pouri sur les consciences. >» Nous l'accordons : autre chose est l'ii ce, autre chose le repentir ; mais la vertu procède de Tune étiii l'autre source. Qu'est-ce, après tout, qiie la vertu? la connaissan*" ce de la règle morale et la force de l'observer ; or, on apprend à connaître et l'on apprend à vouloir. Tout cela a été mis par la Providence dans le commerce des hommes , tout cela s'acquiert } c'est le produit de la société autant que de l'individu. Sans doute hos regards ne descendent pas jusqu'au fond de la eonsùieomi mais nous pouvons l'éclairer, et jusqu'à un certain point la former. £st-eé qu'il y aurait une conscience pour Findividii, s'il n'y eQ avait pas pour le genre humain ? La règle que chacun porte en sol est le reflet de la règle universelle; elle procède de la loi morale aii* tant que de la raison. Il est donc permis d'espérer que, là où li lumière individuelle vacille ou s'éteint, on fera briltar avec succès le flambeau social.
Sans douta il y a présomption que l'homme qui a failli recevrs encore une fois cette précieuse semence du bien sur des ronces qui f auroAlbientôt étouffée ; aussi est-il soumis à un traitement spé^.
On lorlific pourJui l'éducation; l'on a recoure ù ces réacUh éiiefr giqucs et sûrâ, dont la bonté de la nature humaine nous dispense dans le plus grand nombre de cas. Les penchants qui n'ont cédé ni à l'influeRce de la famille, ni à celle des institutions, traités conn me une maladie chronique et soumis au régime, resteronl-ils iur eura'oles ? Voilà la question. , ^
ïîous apercevons bien un abtme entre la position du citoyen respectable et cellede l'homme dont la culpabilité a été prononcée par on jugement.Maiscet abtme existe plus dans Topinion que dans la moralité. Pour la plupart des plus honnêtes gens, il s'est rencontré un moment, une circonstance , où leur vertu a faibli; mais le monde n'en a rien su, et ils ont pu se redresser. Quel écolier n'a pas commis, dans l'enceinte du collège ou de sa famille, un de ces larcins qui valent à un homme fait deux ou trois années de prison^? fiel écolier a grandi depuis , et dans l'espièglerie de ses jeunes aniiéoir il verrait maintenant un crime. Mais la foule des condamnés n'estrelle pas, relativement aux classes qui arbitrent la morale^ dans un état d'enfance et de minorité? La probabilité de réforme n'est-elle pas égale? et l'homme n'est-il pas toute sa vie, dans l'âge mûr comme dans l'enfance, un roseau flexible entre les main^ de toute puissance qui a l'ascendant de la raison et de l'autorité?
Il est démontré pour nous que l'influence d'un système péni? tentiaire bien ordonné peut aller non-seulement jusqu'à disposer la plupart des condamnés à l'observation des lois, mais encore ju^ qu'à les rendre honnêtes gens, dans le sens que l'opinion générale attache à ce mot. Néanmoins, et quand la réforme s'arrêterait inévitablement en deçà du but, nous pensons qu'elle devrait encore 9^ le proposer.
On répète, d'après je ne sais quel administrateur allemand, que le gouvernement n'a pas à entreprendre la réforme morale des cout damnés. C'est là une erreur étrange , erreur de pratique non moins que de théorie. Comment scinder en effet l'amendement? qui se chargera de distinguer le principe de la probité légale , dv prin-r
(53) cipe de la pvobiié reriueuse ? Si la )oi n*a pas un domaine aussi étendu que la morale , celle-ci n'est-elle pas en tout temps et partout la sanction qui soutient la loi ?
Le sort des institutions humaines est de ne remplir Jamais qu*ane partie de leur cadre; ce sont les idées archétypes de Platon, pures , complètes , étendues ., qui planent, comme un modèle in^* accessible, au-idessus de la réalité. Nous n'obtenons le moins qu*à condition' de nous proposer le plus; Juste proportion de l'effort ao résultat.
Si donc lé système pénitentiaire, ramené à ce point de vue ma-* iérialtste que Ton prend pour la connaissance des hommes et dei choses, n'allait tendre qu'à donner des habitudes honnêtes ; s*il ne s'adressait pas directement à la raison et aux sentiments du condamné avec la prétention avouée de les corriger, nous osons l'afflrmer, il n*y aurait point de réforme. Pour que ces habitudes hon^ nètes accompagneiit le libéré hors de la prison et qu'il ne s'en d^ pouille pas sur le seuil en quittant son vêtement de condamné, il faut qu'une conviction morale les ait fixées. Si parfait que soit le mécanisme d'ordre et de travail, tant que vous en ferez un pur mécanisme, la pensée tendra toujours à s'en affranchir. Grées des habitudes, soit ; mais enseignez aussi des principes : ne sépares pas dans l'homme ce que la nature avait réuni.
Le gouvernement doit entreprendre la réforme moriJe des condamnés, parce que la réforme légale est à ce prix. Les détenus sont des âmes à demi glacées, qui ne s'ouvriraient pas sous l'impression d'une température trop tiède. Il faut donc que le système des maisons pénitentiaires soit un peu ambitieux, qu'il y ait du luxe dans cette architecture morale, et que la civilisation y déploie toutes ses combinaisons. S*il en résultait des conversions entières, ce serait un accident heureux, mais non pas inespéré. Le possible ne se rencontre souvent que dans la sphère de l'impossible ^ e^ nmpossiblç doit entrer dans tout calcul de prévision.