‹ De la Réforme et du catholicismeChapitre 13 sur 13 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

TOOT TlÂlfQIJiLUSB LB CiTflOLlQIJB BANS LA FOI ; BT TODT DOIT TIOOBLBB LB PBOTBBTANT DANS U SIBNNB.-

Daos la foi catholique tout se suit , tout s'eDchalne , fout « •

est logique. Là , pour uoiis servir du niot de Grotius , il faut être content. Vous demandiez une religion qui vint de Dieu et non des hommes ; le Catholicisme vient de Jésus- .Christ. Vous aviez besoin d*un garant qui vous assurât que cette religion n*avait point failli , et que la doctrine qu*elle professe est celle que Jésus-Christ et les apôtres ont enseignée ; ce garant cest Jésus -Christ même , son autorité divine qui veille sur la religion , et prononce sur toutes les affaires de la foi. Cette autorité est toujours là les yeux ouverts , toujours en exercice , de sorte que l’erreur n'a pu se montrer sans être dénoncée Jugée, condamnée. 11 vous fallait une religion qui ne subit point les destinées des choses humaines , qui fût toujours pleine de puissance et de beauté , résistant à tous les efforts des hommes et de l’enfer , qui vit passer devant elle les générations , les em-

pires, les révolutions , sans ressentir la moindre secousse : tel est le Catholicisme. Placé sous là main de Dieu , appuyé sur scs promesses qui lui annoncent ùbe durée éternelle , il ne craint rien ; et les siècles et les hérésies , et les persécutions , tout s usera , tout passera; lui seul est éternel.

Et ces vérités sur lesquelles l'àme se reposes! doucement» ne sont pas comme les vains systèmes des hommes , que rien ne défend , et que chacun peut accueillir ou rejeter à son gré : toutes les preuves , tous les monuments désirables viennent les appuyer. Ceux qui les connaissent , savent si le catholique sc contente de peu.

Il a pris TEvangile , il a entendu Jésus-Christ parler de son Eglise^ de sa constitution , de ses caractères ; et repor-> tant scs regards sur le Catholicisme , il a dit , comme naguères un protestant éclairé et sincère : a Ou le Fils de Dieu n'a point organisé d’église » ou le Catholicisme est celle qu’il a organisée ; » car il n’en est pas une autre qui soit digne de lui.

Les premiers docteurs de l’Eglise , ceux que les protestants citent comme lui , il les a interrogés , et tous ont répondu que pour eux , aussi , la volonté de Jésus-Christ n’était pas douteuse ; qu’ils ont interprété ses paroles comme lui; qu’ils ont vu l’Eglise comme il la voit aujourd’hui » ainsi constituée , avec ses évêques , ses conciles , ses décisions , son tribunal infaillible. De sorte que si la voix de ces grands hommes a quelque poids , si on les suppose instruits de la vérité, leur église est la sienne. Et nous avons vu que la réforme en était convenue.

11 a demandé aux différentes églises du monde , à toutes

ces églises fondées par les apùtres , ou les successeurs immédiats des apôtres , quelle était leur foi , et une seule voix s’est fait entendre de toutes les parties du monde : « Vous avez la vérité, vous croyez ce que nous croyons, ce que nos pères ont cru ; nous sommes tous les enfants de la même Eglise. Vous avez quelques siècles de plus , que vous devez regarder comme une preuve nouvelle, que Jésus-Christ est avec son Église , selon sa promesse ; voilà tout. »

Enfin il a voulu savoir ce que pensaient les différentes générations qui se sont succédées , quel était leur symbole, de qui elles tenaient leur foi , et toutes les générations ont répondu : «(Notre foi était celle de la génération qui nous a précédées -/celle-là avait la foi de la précédente, ainsi, jusqu’aux apôtres, jusqu’à Jésus-Cbrist. Toutes les générations sont témoins que notre foi n’a point changé, qu’elle a toujours été la même , que jamais elle n’a pu être surprise par l’erreur. Si vous en doutiez ; vous ébranleriez tous les faits; l’histoire ne serait plus et vous auriez bouleversé le monde.

La foi du catholique est ainsi appuyée : croyez - vous qu’il puisse être tranquille? Saint Augustin , qui avait pourtant quelque droit d’être difticile, devenu enCn catholique n’avait aucun doute sur sa foi. S’adressant aux manichéens, il leur dit eu ces termes les raisonsqui lui avaient fait embrasser le Catholicisme , et qui l’attachaient à lui sans retour ; a Ce qui me retient dans cette foi , c’est l’unanimité de l’acquiescement des peuples ; c’est l’autorité qui s’était consacrée d’abord par les miracles, fortifiée par l’espérance , étendue par la charité , cimentée par la

prescription. Ce qui m’y retient , c’est la succession de • l’épiscopat , maintenue sans interruption dans l’Eglise, dé Pierre jusqu’au Pontife qui occupe aujourd’liui la chaire de cet apôtre, à qui notre Seigneur, après sa résurrection^ a recommandé de paître ses brebis. Ce qui m’y retient c’est enfin le nom de catholique , que notre Eglise ^ au ' milieu de tant d’hérésies soulevées contre elle , a eu seule le droit de conserver ; en sorte que , bien que tous les hérétiques aflectent de se donner ce nom, lorsqu’un étran> ger vient à demander où est l'Eglise des catholiques , aucun d'eux n’a le front d’indiquer , ni son temple , ni sa maison.

» C’est par tous ces liens du nom chrétien , et si nombreux , et si chers , que tout homme raisonnable est attaché à la foi de l'Eglise catholique , alors même qu’il n’a pas encore une connaissance parfaite de la vérité, soit que la faitdcsse de son intelligence , soit que son défaut de mérite l'cmpèche de la saisir tout entière. Chez vous , au contraire, vous ne m’offrez rien qui m’attire et me retienne. Je n’entends retentir que des promesses d’amener à là vérité. Si vous la montrez avec une évidence qui en écarte tous les nuages , je dois la préférer à tous les motifs qui me retiennent dans l’Eglise catholique ; mais si vous ne faites que la promettre , sans la montrer , personne au monde ne peut ébranler la foi qui m’attache par tant et de si puissants liens à la croyance chrétienne (1). »

(1) Tenet consensio popûlorum atque gentium : lenet auctorUas tniraeuZis inchoata , spe nutrita , charitate aucla , velustate firmata ; tenet ab ipsa sede Pétri apostoli , eut pascendas oves suas post resurrectionem Dominus commendavit , usque ad prœsenlem episcopatum 5ucce55to sa-

Ainsi le catholique peut se rendre témoignage qu’il a reinpii un devoir d'homme , un dévoir de chrétien : un devoir d’homme, parce qu’il ne s’est rendu qu’aux preuves , aux démonstrations que ne peut jamais repousser un homme raisonnable ; un devoir de chrétien , parce qu’il a assez respecté l'Évangile , pour ne pas lui donner un sens que la lettre réprouve , que les saints Pères n’ont jamais vu , que la tradition n’a jamais soupçonné , que toutes les églises ont repoussé. Là est son repos , son bonheur ; là point de doute sur sa foi , car s’il se trompait , il pourrait accuser Dieu d’être cause dè son erreur , d’avoir conspiré lui-même contre la vérité en donnant à l’erreur tout ce qu’il fallait pour assurer son triomphe. Et quels caractères pourrait-il donner à la vérité, quels moyens de la trouver, si le Catholicisme n'était qu’une erreur 7 Cette foi nous parait raisonnable.

Les ignorants et les simples sont tranquilles aussi dans

cerdotum ; tenel postremo ipsum catholicœ nomen , quod non stne causa inter tam muUas hœreses sic isla Ecclesia sola obtinuit , ut enim omnes hœretici se catholicos dici velint , quœrenli tamen peregrino alicui , ubi ad catholicam conveniatur^ ntMus hœreticorum vel basüicam suam , vel domum audeat ostendere.

Ista ergo tôt et tanta nomints christiani charissima vincula recte horninem tenent credentem în catholica Ecclesia, e/iamsi propternostrœ intelligentiœ tarditatem vel vitœ meritum veritas nundum se apertissime osten^ dot. Apud vos autem , ubi nihil horum est quod me invitet ac teneat , sola personat veritatis poUicitatio : quoB quidem si tam manifesta monstratur^ ut in du&tum ventre non possit, prœponenda est omnibus illis rebus ; quibus »n catholica teneor : si autem tantummodo promittitur, et non exhihetur, nemo me movebit ab ea ftde quœ animum meum tôt et tantis nexibus christianœ religioni astringit. Contr. Eplst. Manichœi, 1. 1, c. v

le Çalbolicisme. Dieu est bon, disent -ils , il aime hommes , il a pitié, de leur ignorance , de leur faiblesse , et il a dù , par conséquent , leur indiquer un moyen facile pour s'assurer de la vérité. Celui que les protestants nous indiquent , n est pas de Dieu , il n'est pas de la vraie Eglise , il n'est pas d'une bonne mère ; car il est impossible. Lisez, nous répètent-ils sans cesse , discutez , décidez. L'Eglise catholique nous adresse un autre langage : « contentezvous d'étre dociles et humbles; Dieu m'a promis son Esprit pour vous préserver de l'erreur. » Placés entre ccs deux guides si différents , lequel fallait-il suivre ? Ou celui qui nous demande l'impossible , ou çelui qui compatit à notre impuisMDce, à notre faiblesse?

a Représentez-vous , continue Fénélon , avec son langage toujours plein de charme et de vérité , un paralytique qui veut sortir de son lit , parce que le feu est à la maison , il s'adresse à cinq hommes qui lui disent : Levez- vous , courez , i>ercez la foule , sauvez-vous de cet inceudie. Enfin , il trouve un sixième homme qui lui dit : Laissez-moi faire, je vais vous emporter entre mes bras. Croira-t-il aux cinq, hommes qui lui conseillent de faire ce qu'il sent bien qu'il ne peut pas ? Ne croira-t-il pas plutôt celui qui est le seul à lui promettre le secours proportionné à son impuissance ? 11 s'abandonne sans raisonner à cet homme , et se borne à demeurer souple et docile entre scs bras.

» It en est' précisément de même d'un homme humble dans son ignorance ; il ne peut écouter sérieusement les sectes qui lui crient : Lisez , raisonnez , décidez , lui qui sent bien qu’il ne peut ni lire , ni raisonner , ni décider , mais il est consolé d'entendre l'ancienne Eglise qui lui dit :

Sentez votre impoissance , humiliez-vous , soyez docile , confiez-vous à la bonté de Dieu qui ne vous a point laissé sans secours pour aller à lui ; laissez-moi faire , je vous porterai entre mes bras.

» Rien n’est plus simple et plus court, que ce moyen d’arriver à la vérité. L’homme ignorant n’a besoin ni de livre ni de raisonnement pour trouver la vraie Eglise. Les yeux fermés , il sait avec certitude que toutes celles qui veulent le faire Juge, sont fausses., et qu’il n’y a que celle qui lui dit de croire humblement , qui puisse être la véritable. Au lieu des livres et des raisonnements , il n’a besoin que de son impuissance et de la bonté de Dieu pour rejeter une flatteuse séduction , et pour demeurer dans une humble docilité. 11 ne lui faut que ^n ignorance bien sensée pour décider. Cette ignorance se tourne pour lui en science infaillible ; plus il est ignorant , plus son ignorance lui fait sentir l’absurdité des sectes qui veulent l’ériger en juge de ce qu’il ne peut examiner (1). »

Un des plus beaux génies qui aient paru dans le monde, se reprochait amèrement autrefois d’avoir laissé cette voie de la soumission qui l’aurait conduit promptement à la vérité , pour prendre celle de l’orgueil qui l’avait si long-

temps retenu dans l’erreur. « Moi qui vous parle, disait le grand évêque d’Hippone, à son peuple, en l’exhortant à la soumission à l’autorité de l'Eglise ; moi qui vous parle , j’ai eu le malheur de me laisser séduire autrefois, lorsque, étant à peine hors de l’enfance , j’apportais à la lecture des saintes Ecritures la subtilité présomptueuse d’un censeur.

( 1 ) Lettres sur la Religion.

au lieu de la piété et de la docilité d'un homme qui cherche à s’instruire. Au lieu de frapper avec humililéà la porte de mon Seigneur et de mon Dieu, je me la fermais à moimême, par le dérèglement de mes mœurs, et je cherchais avec orgueil ce que la seule humilité peut faire trouver.

« Combien êtes-vous plus heureux , et combien votre docilité vous donne-t-elle d’assurance et de confiance , à tous tant que vous êtes , qui n’êtes encore que comme des poussins dans le nid de la foi , où vous recevez la nourriture spirituelle qui vous fait croître de jour en jour ; au lieu que moi , misérable , me croyant en état de voler, je me jetai hors du nid , et , bien loin de voler , je tombai. Mais la miséricorde de mon Dieu n’a pas permis que je fusse foulé aux pieds et écrasé par Les passants. Elle m’a relevé et m’a remis dans le nid d’où j’étais tombé , pour m’être laissé ébranler par les mêmes choses que je vous propose , et que je vous explique aujourd’hui au nom de notre Seigneur Jésus-Christ (l). »

Ce calme de l’esprit , ce repos de la conscience , fruits

(1) Ita , fratres , si sincere creditis , non est unde erubescatis. Loquor vobis , aliquando deceptus cum primo puer ad divinas Scripturas ante veliem afferre acumen discutiendi , quam pietatem queerendi : ego ipse contra me perversis moribus claudebam januam Domini met : cum pulsare deberem , ut aperiretur ; ardebam ut clauderetur. Superbus enim audebam quœrerequod nisihumilis non potestinvenire. Quanto vos beatiores estis modo quam securi discitis, quam fwti, quicumque adhuc panmli estis tn nido fidei , et spiritalem escam accipitis. Ego autem miser ^ cum me ad wlandum idoneum putarem , reliqui nidum ; et prius cecidi quam volarem. Sed Dominus misericors tne, à transeuniibus me coneulcarer et morerer, levavit et in nido reposait. Hœc enim me perturbarerunt , quoe modo vobis sincerus in nomine Domini et propono et expono. Scrmo LI, de Concord. Mallli. et Luc.

de la soumission à l’autorité de l'Eglise , sont avoués par les protestants de bonne foi. « Quand je regarde les sectaires , dit un ministre , je n’aperçois parmi eux rien de fixe ^ tout flotte au hasard. Quand je regarde l’Eglise , je découvre un port assuré, où je puis jeter l’ancre et demeurer ferme à l’abri des tempêtes. Considérez le moyen que notre Seigneur employait pour toucher les juifs , lorsqu’il leur révélait les choses qui concernent le royaume du ciel : Sa parole était pleine de puissance » et en cela rien d’étonnant , car il enseignait comme ayant autorité , et non com-me les scribes. 11 ne disait point : il peut être ainsi , ou , t( semble qu'il soit ainsi ; mais il est ainsi. Je trouve donc certitude et sûreté en me soumèttant à l’autorité de l'Eglise , et il m’est évident que je ne pois errer, lorsque j’ai rÉcrilure pour guide et l'Église pour commentateur (1).»

Non , avec cela rien he peut arrêter le catholique. A l’aspect des plus grands mystères , il se prosterne et il adore. La vérité pour lui est là , aussi vive et aussi brillante que l'existence de l'Eglise qui lui commande de croire. 11 est prouvé par les faits , que cette Eglise existe, qu’elle est révélée , qu’elle est infaillible ; donc elle ne peut le tromper ; donc un doute chez lui serait un mauvais raisonnement , et il ne craint pas de dire à toutes les erreurs comme à tous les hérésiarques : Vous he voulez pas croire , c’est que vous avez mal raisonné.

Ainsi, Arius, lu as nié la divinité de Jésus-Christ, c’est

que tu as mal raisonné. Luther, tu as soutenu que l’Eglise

avait péri , c’est que tu as mal raisonné. Calvin , tu as nié « ^

(1) Robson’s 15^^ Sermon, T. II.

la prépuce réelle, c*est que ta as mal raisonné; Eglise grecque, église anglicane, vous restez séparées de l'Eglise catholique , c'est que vous avez mal raisonné. Spinosa , Jean-Jacques, Salvador, Siraus, et vous tous, déistes, ratio* nalistes, panthéistes, et autres, vous niez la révélation, la divinité de J.-G. , les miracles, le témoignage de onze miU lions de martyrs; vous avez mal raisonné. Tous vos livres» tous vos efforts contre la foi et les mystères , ne, sont que de faux raisonnements. Avec de la logique on est chrétien, catholique. Vous avez commencé par dire : c'est impossi*' ble ; et passant outre, sans regarder les faits qui faisaient toute la question , vous avez bâti , sur cette négation que rien ne légitime , vos systèmes et vos erreurs. El puis l'on nous parle de vos doutes , de vos contradictions , de vos rêves , de vos terreurs; qui en serait étonné ! Que pouvezvous faire? quelle paix sur vos œuvres? puisque tout cela est opposé aux faits , dont le témoignage est infaillible. '

Voilà où en sont les protestants.

Ne me demandez plus, s'ils sont tranquilles dans leur foi ; ils ne peuvent l'ètre , ou bien ils n'ont plus la faculté de penser. Vincent de Lerins ne nous a-t-il pas dépeint leur trouble et leurs misères , en nous parlant de ces infortunés que ballottent sans cesse leurs vaines pensées et leurs sentiments divers , après avoir abandonné l'autorité , au sein de laquelle leurs pères avaient joui de tant de calme et de paix : a Hélas ! déplorable condition I De quels tourbillons de soucis, de quels flots ils sont battus I Tantôt poussés par l'erreur , ils sont enlevés au gré des vents ; tantôt refoulés sur eux-mèmes > ils se choquent et

se brisent comme des vagues opposées. Tantdl dans une présomption téméraire , ils approuvent ce qui parait incertain , ne sachant par où aller, par où revenir ; ignorant ce qu’il faut désirer , ce qu’il faut fuir , ce qu’il faut tenir, ce qu'il faut laisser. Et cette allliction d’un cœur douteux et chancelant , leur est une médecine de la divine Miséricorde, pourvu qu'ils sachent en user; car , s’ils se voient agités , battus , et presque engloutis , loin du port assuré de la foi catholique , par divers orages de leurs pensées , c’est afin qu’ils mettent bas les voiles de l’orgueil déployées en pleine mer -, livrées imprudemment au souille des uour veautés ; qu'ils se retirent et se tiennent à l'abri dans le sùr asile de leur douce et paisible Mère (1). » .

Le disciple de la réforme l’a déserté cet asile de l'autorité, et il ne peut y avoir pour lui ni contentement ni repos. Yons en serez convaincu, si vous lui demandez sur quel fondement repose sa foi ; faites-lui cette question, et vous saurez ce qu’il en coûte d'abandonner le Catholicisme. Les affaires , les passions peuvent bien l’empècber quelquefois de s'en occuper ; mais la vérité , qui ne perd pas aisément ses droits , qui veut accomplir sa mission sur la terre , éclairer ou punir, revient a la charge : Sur quel fondement repose ta foi ? — Il a beau mettre la main sur ses yeux pour ne pas voir, se retourner sur sa couche, comme à la vue d’un

(1) Quœ quidam dübii et male penduU cordis affli (^ , divinœ erga $e miserationiM est medicina , sapiant : idcirco etenim extra tutissimuin catholicoB fidei portum diversis cogitationum quatiuntur^ verberantur^ aepene execantur procellis ^ ut excussa tn altum elatœ mentis vêla dépannant , qwB male novitatum ventis expanderant, seseque intra fidissimam stationem pktcidœ ac bonœ Matris reducant et teneant, Gomm. c. xx.

fabt^me qui vient se placer devant lui; ou, comme s1l était sous Timpression d*un songe funeste , il faut enfin , quel* quejour, quMl s'occupe de la réponse. Si vous la connaissez, vous pouvez dire s'il est tranquille. Pour nous , il nous parait démontré que tout dans la réforme ne peut que l'inquiéter, appeler au moins les doutes , si la vérité tout en* tière n'a pas brillé.

Son premier pas vers la réforme a été un acte de folie : il a commencé par mettre de cbté la foi ancienne , la foi dé tous les siècles , la foi de l'univers ; mais pour cela il a été obligé de se poser lui seul juge de toute cette croyance, pourtant assez bien établie ; il a donc fallu qu'il se crût plus habile , plus savant que tous les siècles et que tout l'univers , car.il les a tous cités à son tribunal ; il a prononcé, et ils ont subi son arrêt I

Ce juge vous paraîtra encore plus singulier , s'il est sans lettres, sans esprit , un ignorant, ou une bonne femme qui ne sait pas lire. La réforme est mal avisée : elle peut coramandef un crime , à la bonne heure , ordon- . ner une folie ; mais , encore une fois , elle ne devrait pas demander l'impossible. Et quand même il s'agirait de savants , bien d’autres ont expliqué l'Ecriture d'une manière toute dilTéronte ; qui leur dira que dans des explications si contradictoires , la leur est la seule bonne? Ici , le plus habile protestant ne saurait être tranquille; car il ne peut se dire que lui seul a bien compris , à moins que la réforme n'ait prouvé que chaque protestant est infaillible ; CO qui n'est pas aisé , puisqu'il y a* parmi eux autant de versions que de tètes , - comme nous l’avons prouvé. H en

résuUeraü que cbacun aurait , sur le même point , une infaillibilité, diflereote ; autre folie.

La foi du protestant, peu fondée sur Texamen, se recoinmande-t-ellc davantage par les hommes qui la lui ont prèchée ? Quelques traits nous ont suffi pour les faire connaître ; ils sont deux , et encore mal notés par fbistoire , qui toujours juste et impitoyable ne nous a montré en eux que des Vices. Or , la voix de ces deux hommes peut-elle balancer celle de tous les siècles , de toutes les églises du mondé qui leur disent : Ce que vous enseignez n’est pas ce qui nous a été transmis ? Voilà ce qui s*est passé à fapparilion des nouveaux réformateurs ; le protestant , qui était alors catholique, a dit : J’abandonne tous les évêques/ tous les saints docteurs, toutes les églises, le monde entier, qui me crient que je me perds , et je vais me ranger sous l’étendard de Luther et de Calvin , et nous serons trois. . Voilà la foi protestante I

Nous le demandons , abstraction faite d’autres considérations , celte foi est-elle raisonnable ? Faut - il laisser les siècles et l’univers pour deux hommes qui ne justitiènt par rien la prétention étrange d’avoir été choisis de Dieu pour rendre la vie à une église qui ne devait pas mourir ? Si Dieu a révoqué ses décrets et ses promesses , il aurait dû , ce semble , l’annoncer par des prophéties , afin de préparer les peuples ; comme lorsqu’il voulut remplacer la loi de Moïse par l’Evangile , la synagogue par Jésus- Christ. Âux prophéties qui devaient annoncer Luther et Calvin , il fallait joindre des miracles ; car autrement le dernier venu aurait pu se dire envoyé, et les projets divins auraient pu être compromis.

Or, c'csl vainement qu*on 'a demandé à Luther, et à Calvin leurs titres. Nos livres saints gardent un silence absolu sur la réforme , qui devait être pourtant un grand événement; ils ne disent qu’une seule chose à les bien entendre ; c’est que les réformateurs du seizième siècle ne sont que des sectaires , car ils en ont tous les traits , tous les caractères. Les miracles que Luther demandait avec tant de force aux anabaptistes, pour justifier leur mission, ne viennent pas justifier davantage la sienne ; il n’en est pas plus question que de prophéties.

Donc,|d’après eux-mêmes, Luther et Calvin n’inspiraient pas plus de confiance que tous les hérésiarques qui ont paru dans le monde ; et on doit les ranger, si on est juste , avec les Cbatel , les père Enfantin , les Fourier et tant d’autres qui n’ont excité de notre temps que le mépris et la pitié.

Les passages de l'Ecriture sur lesquéls le protestant cherche à s'appuyer , ne sont pas plus tranquillisants. On en jugera : voici quelques-unes de ces autorités , qui, dit-on , mettent à nu le système tyrannique de l’Eglise romaine , renversent de fond en comble cet édifice de l’ignorance , et élèvent sur ses ruines le protestantisme :

« Il n’est pas nécessaire que vous ayez quelqu’un pour vous instruire ; l’onction divine de l’Ecriture vous enseignera tous. — Allez à Dieu et il vous éclairera. — Ils examinaient tous les jours les Ecritures pour voir si les choses étaient ainsi. — Si quelqu’un veut connaître la vraie doctrine, il la connaitra par l’Ecriture. — Nous ne dominons point sur notre foi. — L’Ecriture , divinement inspirée ,

est utile à tout , p3ur enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire de la justice. »

Tels sont les terribles passages que vous entendez citer dans toutes les chaires, que vous lisez dans tous les livres. S'ils ont pu faire impression sur certaines âmes , nous ne pensons pas que la réforme ait eu raison de se prévaloir de ses conquêtes. Lâ sont gloriflés le sentiment intérieur , le rayon de JTurieu v l’interprétation particulière , le jugement définitif de la doctrine par l’Écriture. — On doit se rappeler ce que nous avons dit d’un pareil système : toute cette phalange ne reste pas un instant debout , devant le vrai chrétien; car ce système ne peut que détruire , nous l’avons prouvé ; on ne l'a jamais vu que sur des ruines , qu'au milieu d'un mondé de sectes , du chaos ! Donc , ce n'est point là l’Eglise du Christ , si belle , si magnifique ; puissante de son unité , comme une armée rangée en bataille ; telle enfin que les prophètes l’ont célébrée.

Laissez vos textes , vous faites mentir l'Esprit saint ;

vous l'accusez d’être un instrument de désordre et de ruine! Vous prétendez les expliquer ces textes ? vous n'en avez pas le droit, comme le prouve Tertullien : « De qui tenez-vous la Bible? vous dit-il ; de l’Eglise catholique ; vous êtes obligés de l'avouer ; car c'est à elle , et non à vous , qu’elle a été confiée ; non à vous qui venez de nailre. C’est donc à l’Eglise catholique à vous l’expliquer (1). » Et ces passages

(1) Scripturas obtendurU , et Imc sua audacia statim quosdam movent : in ipso vero congressu flrmos quidem fatigant ; infirmas capiunt , tnedios ctim scrupulo dimittunt. Hune igitur potissimum gradum obstruimus , non admittendo eos aduUant de Scripturis disput ationem. Si hœ sunt iUoe vires eorum, uti eos habere possint , dispici débet qui competat possessio

que vous citez n'auront d'autre sens que celui qu’elle vous aura donné. Saint Augustin en finit avec vous , par un argument aussi laconique et non moins concluant ; il vous dit : « Ou vous voulez que j écouté l’Eglise catholique , ou vous ne le voulez pas ; choisissez. Si vous trouvez bon que j’écoute l'Eglise catholique, retirez-vous ; car, cette Eglise vous a condamnés , et elle m’ordonne de vous regarder

comme des novateurs ; si vous me défendez de l’écouter ^

retirez-vous encore, et ne produisez plus contre moi aucun texte de l’Evangile , puisque le tribunal de l’Eglise catholique étant renversé, il n’y a plus pour moi de tribunal (I].»

Si nous voulions nous occuper des textes que les protes-' tants nous opposent afin de s’étourdir dans leurs doutes et leurs alarmes , il nous serait facile de montrer qu’ils né prouvent rien , ou prouvent contre eux.

Il y a une onction particulière dans les Ecritures. — Et qui ne le sait ? qui ne s’en est aperçu ? C'est le livre des livres , là l’Esprit saint parle, peut-il ne pas laisser dans le cœur des fidèles quelque chose de pur , de saint , de divin , qui se répand comme une bonne odeur ? Mais estce à dire que ce livre suffise, et que le premier venu, qui pourra se méprendre sur l’onction qui le pénétrera , ne se guide plus que. d'après elle ? Vous n’oseriez le soutenir ;

Scripturarum , «10 is admiUatur ad eam , eut nuilo modo competU

Quod nunc zotum disputandum est : quitus cotnpetat fides ipsa ; cujus sint Scripturœ ; à quo , et per quos , et quando , et quitus sit tradita disciplina qua ftunt christiani. Uti enim apparuit esse verüatem et disciplinée christtanee , iUic erU veritas Scripturarum , et expositionum , et omnium traditionum christianorum. Præsc. c. xix.

( 1 ) Contre les Manichéens.

ét vos livres , et vos ministres , et vos synodes » vous le savez ,'ont dit le contraire.

Vous voulez que Dieu seul nous éclaire. — Toute lumière vient dc lui , nous le confessons , et nous le prions aussi de vous éclairer ; mais.en matière de foi , penser que l'on doit se contenter de ce que nous aurons trouvé, ou dans nos prières , ou dans nos rêves , c*est consacrer les visions les plus absurdes . et diviniser les plus monstrueuses erreurs ; car la fécondité de Tesprit humain , en ces sortes de productions , est incroyable.

U faut scruter les Ecritures , et voir si la doctrine y est

conforme, — Et nous aussi nous le disons , et si nous n'étions pas calomniés (1) , tous les protestants sauraient nos invitations et nos prières , pour que les saints livres soient lus plus fréquemment et plus souvent médités.

Nous. voulons que nos dogmes viennent de l'Ecriture , mais si elle n'était pas assez claire , la tradition est là , et les apôtres nous ont ordonné de la respecter. Les protes-

(1) Ou ne cesse de répéter qu’avant la réforme , on ne connaissait point ies livres saints, et que a c’eût été une témérité digne du dernier supplice , que de traduire la Bible en langue vulgaire. » Cela est si vrai, qu’en 15f8 on avait en France des Bibles en français ; on en avait en allemand à Wittemberg et à Àugsbourg, en U79, 1483,' 1490, 1518; on en avait en italien, dans le même temps, à Gènes. À Venise , en 14S7 , un camaldule fit une traduction qui eut 29 éditions. En 1451 , un autre moine traduisait les quatre Evangiles, un autre commentait l’Apocalypse. En 1530, une traduction complète était publiée en italien par le moine Brucioli , homme sans pareil, disait l’Arétin, dans les langues hébraïque, grecque , latine , chaldéennc..,. Nous ne pensons pas que M. de Villers et scs collègues aient ignoré ces choses ; donc AI. de Ylilers et ses collègues ont menli.

tants qui crient contre elle croient plusieurs choses qu’ils ne savent que par elle (1) , et nous avons remarqué que les plus considérables d’entre eux , donnent à son téraoigüage la plus grande autorité. Donc , étudier les Écritures , consulter la tradition » voilà notre système ; n’en sortez pas, ou vous vous égarez , et il vous est impossible de vous arrêter dans l’erreur.

Nous ne dominons point sur votre foi. — Et sans doute î C’est Dieu qui nous commande de croire , et non les hommes , qui ne sont que ses organes , que ses instruments ; c’est la pensée de l’apôtre.

Enfin , nous confessons avec vous que l’Écriture est bonne à tout : pour instruire, corriger, convaincre.,.. Aussi nous l'avons citée souvent, et, en vous pariant, nous nous sommes appuyé sur elle , demandant à Dieu qu’elle produisit sur vous les grands efTcts qui la caractérisent.

Voilà le sens de ces passages si fameux , par l’abus qu’on en a fait. Et que l’on ne dise pas que notre interprétation est arbitraire ; il faut que ce soit celle de tous , sans quoi , la liberté d’examen reste , et tout péril , sans en e.\ceptcr la réforme. Elle le sait bien ; aussi on a vu qu’elle s'était empressée d’étoufîer cet enfant qu’elle avait mis au j(*ur. Elle venait de dire : la Bible ! la Bible ! et en disant cela , Luther avec ses prédications fougueuses, met le feu à l’Allemagne , et Calvin vend son petit bénéûce de Noyon , prend son Institution sous le bras , et va se faire le tyran de Genève.

(!) Par exemple : l’authenUcité des livres saints, le baptôme des enfants, le symbole des apôtres, la sanctification du Dimanche, etc.

. ' La réforiûeest malheureuse ! toujours l’Ecriture la cou* damne ; elle a choisi , à son gré , les textes qui étaient les plus favorables, elle les a expliqués comme elle l’a voulu , et cependant , vous le voyez , il faut qu’elle renonce à ces textes et aux explications qu’elle a données , sinon qu’elle ferme scs temples et présente son bilan ; la Bible qu’elle invoque Ta tuée.

Repoussée par l’Evangile , qui la renie pour sa fille , la réforme n’esl pas mieux traitée par la tradition. Dans la recherche que nous avons faite des suffrages qu’elle se flattait d’avoir pour elle, nous n’avons rien trouvé : ici encore un délaissement total , un silence funeste comme celui des Ecritures. Pour avoir quelques voix , elle a été obligée d’aller ressusciter des sectes mortes dans la honte; et parce qu’elles ont parié comme elle, bien que leur langage ait été réprouvé , elle leur donne la main , sans craindre de se souiller , et prend leur déposition qui la déshonore.

Mais si la réforme n’a pour elle ni l’Écriture ni la tradi-

lion , qui pourra s’avouer son disciple, sans sentir le rouge lui monter au front ? Qu’a-t-il fait cet homme, de sa raison ? de son âme ? Est-il donc permis de prostituer ainsi les plus nobles facultés que Dieu nous a données , au mensonge et à l’imposture ? Pour l’homme qui pense , qui se respecte , rien ne doit être prouvé comme la religion ; rien ne doit être évident comme les motifs qui le forcent à croire. Sur quoi donc s’appuye la réforme? Que dit-elle aux protestants pour légitimer leur foi ? Il nous semble que dans cette impossibilité, de rien répondre de raisonnable, dans laquelle

on la verra élernellement enchaînée, la vérité parle haut, et fait taire toutes les chicanes de l'erreur.

Et ensuite , que dites-vous de ces cris terribles , de ces

cris accablants qui s’élèvent contre elle , et qui seuls suffiraient pour la condamner , car la vérité ne fut jamais funeste aux hommes ; que dites-vous de ses méfaits , des troubles , des révolutions , de l’impiété qu'elle traîne toujours après elle , comme les protestants graves et éclairés l’ont avoué?

Quand Jésus-Christ , la vérité même, est venu sur ta terre , il passait en faisant le bien ; en voyant les bienfaits qui marquaient scs pas , on disait : C’est là le Fils de Dieu , qu’il soit notre roi ! Quand les apôtres parcouraient l'univers , les peuples émerveillés de leurs leçons , de leurs miracles , de la vérité qu’ils faisaient briller sur eux , les prenaient pour des dieux que le ciel , dans son amour , avait envoyés à la terre. On ne pouvait plus les quitter, tant ils avaient inspiré d'attachement et de respect ; leur départ était toujours environné de larmes et de bénédictions. Leurs tombeaux glorieux verront à jamais les générations prosternées devant eux , et leurs noms environnés de vénération et de reconnaissance, brilleront d’un éclat immorte II.. Arrêtons-nous : malgré toutes les phrases louangeuses , la réforme ne sera jamais le Christianisme.

Au reste, nous nous en rapporterions volontiers à l’arrêt de tous les tribunaux que l’on voudrait prendre pour arbitres. Que la réforme consente à porter sa cause devant un juge humain ; certainement après un court examen , il lui adressera ce discours :

« Youi avez des prélenlions à la vérité , c'est une noble

ambition , je souhaite qu’il vous soit fait selon vos désirs* Mais sur quoi vous fondez-vous ? Vous parlez de votre zèle'qui vous a portée à réformer l’Eglise. Nous vous louerions si vous étiez sincère ; mais il est prouvé que l’esprit de secte vous conduisait. « La réforme , dont l’idée avait été long-temps auparavant arrêtée, fixée avec précision , et généralement adoptée , la vraie réforme , enfin , devait être une réforme divine. Car alors elle eût porté en ellemême sa haute sanction ; elle se fut accréditée par les faits; et loin d’opérer une scission , sans aucun égard pour les décisions légitimes , passées et présentes , loin de fonder un édiûce à part sur un fondement négatif et nouveau , elle ne se serait jamais , et sous aucun prétexte , séparée du centre sacré et de la vénérable base de l’antique tradition chrétienne (1).» Donc le fait seul de votre séparation vous condamne , sans parler des motifs peu honorables que l'on est en droit de supposer ; car un des vôtres a dit : « Le passage de l’Eglise à une secte est trop souvent le chemin du vice , et celui d'une secte à l'Eglise est toujours par le chemin de la vertu [2]. »

« Si nous examinons votre système, vous ne serez pas plus fondée dans vos prélenlions. D’abord , je dois vous rappeler que vous n’avez rien de stable, rien d’arrêté dans vos symboles : vos variations sans nombre le démontrent ; mais l’Esprit saint ne varie pas, l’Esprit saint n’est donc pas avec vous , vous n’avez donc pas la vérité.

« Vous parlez de l’interprétation particulière ; par là vous

(1) Schlegcl , Phü. de VHist. leçon xvi.

(2) ///• Lettre à AUicus.

excluez du salut la plus grande partie du genre Uumain ,

tous ceux qui ne savent pas lire ; vous n'ètes donc paala

religion véritable, celle que Dieu a établie; car Dieu veut sauver tous les bommes. « Telle est d’ailleurs rincerlilude de ce tribunal à qui le protestantisme a tenté,de donner une autorité suprême ; cet arbitre a prouvé Tusage qu’il sait faire de celte autorité , en vous enlevant jusqu’au dernier sentiment du Christianisme , pour vous précipiter dans les erreurs du naturalisme (1). »

Ne cherchez pas à vous défendre par l’Ecriture : oo vous a prouvé qu’elle était manifestement contre vous. Les textes , que vous citez , vous condamnent ; s’il fallait les prendre à la lettre, comme vous le voulez, vous seriez la première victime. Nous savons ce qui vous a été dit par des bommes qui avaient retenu vos explications . a Nous savons assez rËvangilc , qu’avons-nous besoin de votre secours pour trouver Jésus-Christ ? Allez prêcher ceux qui veulent vous entendre (2). »

«Vous avez voulu appeler des témoins en votre faveur ; liberté entière vous a été donnée ; vous avez fouillé partout ; et vos défenseurs, pleins d’esprit et de science, n’ont trouvé que quelques erreurs pour les opposer aux témoignages si nombreux , si imposants du Catholicisme, « qui a été la croyance des nations les plus puissantes et les plus éclairées de l’Europe, et des personnages les plus illustres qui aient jamais honoré le nom d’homme (3). » Or, écoutez-bicn : lorsque des témoins dignes de foi , ont déposé

(1) Entretiens Philosophiques, par le ministre Stark , p. 168.

(3) Int. Epist. Càlv. p. 5.

(3) Discours de lord Uuikiuson à la chambre des pairs. .

contre un prévenu , nous concluons qu*il est coupable ^ et les tribunaux ne tiennent aucun compte de la déposition de quelques hommes que Ton aura trouvés avec beaucoup de peine » qui ne se recommandent par rien, et qui, même, sont suspects à cause de leur innocence douteuse , ou des raisons qui peuvent faire croire que , dans le crime dont il s’agit , iis ne sont point désintéressés. Malgré leur déposition en faveur du prévenu , il est toujours condamné. Ici , pour quelques témoins suspects que vous avez pour vous, tous les siècles , toutes les églises , tout l’univers vous accusent.

« Il ne resterait maintenant que vos actes. Eh bien ! sont -iis ceux de la vérité ? Nous les avons examinés , et nous sommes obligé de dire qu'ils sont ceux de l'erreur ; car il a été établi que partout où vous fûtes puissante , vous avez détruit le Christianisme ; dans votre conduite, vos grands mobiles étaient la passion , la haine , la vengeance : vous n'étes donc pas la religion véritable qui n'est qu'amour et charité. Nous n’avons pas oublié ce que vos amis mêmes ont dit de vous ; leurs plaintes , leurs reproches , leurs accusations ; c'est l'orgueil qui a été i'àme de votre entreprise : Luther l’a déclaré (1) ; vos prédications traînaient après elles l’incendie , la ruine ,dcs scandales , la perdition ; ce sont encore les paroles de Lnther (2).c( Les

(1) £pisi. ad Joan. Long.

(2) « Je ne veux pas que d’un glaive on fasse une plume; la parole de Dieu est une épée ; elle traîne apres elle Tlncendle, la ruine, le scandale, la perdition; c’est comme l’ours sur le grand chemin, la lionne dans la forêt. Si vous connaissez bien l’esprit de la réforme, tu dois comprendre qu’elle ne peut s’opérer sans tumulte ^ sans scandale , sans sédition. » {EpiU. ad Spalai. )

coDséqneDces de la réformation, dit un protestant recom* mandable , furent fatales à la paix intérieure de tous les royaumes , où elle s’étendit (1). » On ne reconnaît point là rËvangile. Vous avez armé les rois contre les peuples , et les peuples contre les rois , selon que vous aviez besoin de leurs bras ou de leur puissance. Vous n’avez tenu aucun compte, ni des serments , ni des lois , ni de la patrie. La patrie ! vous l’avez désolée en armant les citoyens les uns contre les autres. « Encore un demi-siècle de guerres privées, et ç’en était fait de la France (2). » Vous l’avez livrée aux étrangers , devenus vos complices ! Vous n’ètes donc pas la religion de Jésus-Cbrist ; car Jésus-Christ veut que l’on respecte les serments , que l’on observe les lois , et qu’on aime la pairie.

« Si l’on vous avait cru, vous n’auriez laissé que des crimes , et pas une vertu. Voici vos paroles : « Il nous suffit de croire à l’agneau qui elTace les péchés du monde; le péché ne saurait nous arracher à cet agneau , quand nous

forniquerions et tuerions mille fois par jour (3). » Vous

(1) IV* Lettre à Atticus. ,

(2) Le president llônault.

(8) a La réforme fait de grands progrès , disait Erasme; qui s’en étonnerait? Le peuple aime cà prêter l’oreille à des prédicateurs qui enseignent que la contrition n’est pas nécessaire , et que la satisfaction est chose vaine. » {Epist. xxviii, I. xxvi)

Les nouveaux convertis avalent retenu les enseignements de Luther ; Smidelin nous a conservé ces paroles : « Nous avons appris depuis peu , disent les nôtres , que Ton se sauvait uniquement par la fol dans Jésus-Clirist; eh bien ! permettez donc que nous laissions les œuvres , dés que nous pouvons nous sauver par le Christ , sans autre appui que scs mérites et la grâce de Dieu. Et là-dessus, afin que le monde sache qu'ils ne sont point papistes et qu’ils n’ont

n’avez donc rien de divin , car le Dieu de sainteté n’a pas donné au monde une religion immorale.

» D’après vous , l’homme tout entier est détruit , car il n'est plus libre. Prenant à la lettre l’expression de l’humilité profonde du roi prophète , vous ne faites plus de l’homme qn’unètresans raison, qni n’a d'autres règlesqueses appétits grossiers, et d’autres maîtres que ses sens. Dès lors, tout ce qui est beau et grand dans l’ordre moral croule : plus de justice , plus d’actions généreuses , de dévoùment pour la patrie ; plus d’héroïsme , plus de gloire ; et cet homme qui vous paraissait si grand quand il allait mourir pour l’amitié , ce héros que vous environniez d’une espèce de culte quand vous le voyiez s’immoler pour son pays , ne font rien de mémorable. Pures machines , selon vous , leurs mouvements sont beaux, mais louez les ressorts ou la main qui les fait mouvoir. Or, prononcez vous-même : une religion qui vous matérialise , qui vous range parmi le troupeau qui pait dans vos champs ou rumine dans votre étable , cette religion doit-elle être défendue ou proscrite? Elevez les cœurs, agrandissez l'homme, faites qu’il ne soit ici-bas qu’un roi détrôné qui doit rentrer bientôt dans son royaume, mais par des actions dignes de ses destinées ; à ces pensées, à ce langage nous reconnaîtrons la religion véritable qui a mission de nous perfectionner, de noos sanctifier, de nous rendre dignes du ciel, et non de nous dégra-

aucunc confiance aux bonnes œuvres , Ils n’en pratiquent aucune. Au lieu de jeûner, ils boivent et mangent tous les jours, changent les prières en jurements; et voilà ce qu’ils appellent l’Evangile établi , ou la réforme de l’Evangile. »

der, de noas avilir. En bonne morale, en bonne politique, vous devez être condamnée comme une vile erreur.

» Si, malgré tant de raisons qui auraient dù vous tuer en naissant, vous avez été quelque chose , ce ne fut que par par le mensonge, la calomnie, la violence ; tout cela est démontré , et les maux que vous avez faits ont écrit sur votre front ce mot, plus terrible que le fer rouge qui mar^ qua répaule de Calvin (1) : « La réforme n'a été qu'un surcroît de calamités pour l’espèce humaine. » Maintenant c’est à vous-même que je le demande : avez- vous quelque chose de divin? Est-ce bien vous que Dieu a envoyée ? En un mot , êtes-vous la vérité ? Non , car la vérité ne fait que du bien, la vérité se fait bénir.»

11 n’est personne qui ne trouve que le juge a raison , et

que la réforme a mérité cet arrêt. Donc le parti que doit

prendre l’homme de bonne foi qui cherche la vérité, n’est

pas douteux : s’il est encore dans le protestantisme , ne

doit-il pas abandonner cette religion des hommes et des

passions , pour aller se reposer dans la religion du Christ ,

(1) Pour les preuves de celte assertion qui choque un peu certaines oreilles protestantes , voyez la Vie de Calvin , par Àudin, L ii, p. S56 et 845. Il Indique tous les documents désirables.

Au surplus, il nous semble qu’il est d’autres accusations qu’il faudrait détruire avant celle-là : par exemple , la mort de Servel , qui scandalisait plus Grotius que tous les actes des inquisitions d’Espagne et de Naples ; celle de Bertheiier , celle d’un certain nombre de patriotes... Il faudrait aussi prouver que Calvin n’a pas soufflé la révolte contre son souverain, appelé la guerre civile dans son pays , animé par tous les moyens possibles les grands seig- * neurs au pillage et au meurtre; tout cela vaut bien le fer rouge de Noyon.

a a sein da Catholicisme ^ qai se présente à lai avec tons ses titres divins , vénéré de tons les peuples , de toas les siècles » portant dans sa main tons les biens qa’il n*a cessé de verser sar le monde. Noos disons plas : tout lectear qni noos aura suivi sans prévention , qui aura fait comme nons une étude consciencieuse de la réforme , doit s'étonner que l'Europe n'ait pas encore quitté la mauvaise voie dans laquelle l'ont fait entrer deux misérables , et ne soit pas venue tout entière se Jeter dans les bras de eette Eglise qui l'avait tant aimée , qui l’avait faite si belle , si paissante, si heureuse.^ '

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