‹ De la Réforme et du catholicismeChapitre 12 sur 13 · LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

LA VÉRITÉ

La réponse aflirmaüve est dure pour les protestants , mais elle est vraie ; on en aura la preuve dans la solution des deux questions suivantes : 1" La vérité se trouve-t-elle ailleurs que dans le tribunal infaillible ? 2** Les catholiques seuls font-ils profession de ne croire que les enseignements du tribunal infaillible ? Ges deux questions sont faciles à résoudre , ou plutôt elles viennent d*ètre résolues.

Quant à la première question , il faut y répondre dans le sens catholique » ou renoncer au Christianisme. Croyezvous , dirons-nous aux protestants « que les paroles de Jésus-Christ aient un sens ? que les apôtres aient dit la vérité aux Gdèles? que les saints docteurs et les conciles que vous respectez , aient été les vrais interprètes de Jésus- Christ et des apôtres ? Croyez-vous enfln que cette proposition que vous devez reconnaitre, soit vraie : ce que tous les fidèles , toutes les églises, tous les siècles ont cru unanimement

doit être regardé comme vrai et fondamental ?* Il faut que les protestants répondent affirmativement à toutes ces questions , sinon la religion chrétienne n'existe plus.

On n'a pas oublié ces paroles de Jésus*Cbrist : « Si quel> qu'un n'écoute pas l'Eglise , qu'il soit regardé comme un païen et un publicain. » L'anatbème n’est pas douteux ; celui qui refuse de se soumettre au tribunal que Jésus-Christ vient d'établir , est retranché manifestement de la société chrétienne > et un sceau d’infamie ^ de réprobation est sûr lui.

C'est le sens bien clair , bien évident des paroles du Maître. Cependant qu’arrive-t-'il , si l’on peut trouver la vérité en dehors du tribunal infaillible ? C'est que Jésus a frappé des innocents d'un arrêt qu'ils ne méritaient pas ; car ceux-là aussi ont la vérité » bien qu'ils n’aicnt pas écouté letribunalqu'ilavaitsi fortement recommandé. Maisquand on a la vérité , on n’est pas coupable ; dans ce cas , que devient lè Fils de Dieu , la sagesse éternelle , la souveraine justice ? Pensez-y , vous n’avez qu'à choisir entre notre dogme ou l’impiété.

Et quand il dit à ses apôtres : « Celui qui vous écoute m'écoute , celui qui vous méprise me méprise , » Jésus agiUil avec plusde justice , plus de discernement ? Se montre-t-il plus digne de sa divine mission , où tout doit être resplendissant de la divinité ? Non sans doute , on ne comprend plus rien à son langage , et l'on se demande comment il a pu dire qu’en méprisant l’autorité des apôtres on le méprisait lui-même , si sans eux et malgré eux on peut avoir la vraie doctrine , la vraie foi ? Car avec cela on a tout, on a Jésus-Christ , on a Dieu ; mais alors on l'écoute , on ne le

méprise pas. Jésus-Gbrist a donc tort , et , bien qu'il ait dit que le ciel et la terre passeront, mais que ses paroles ne passeront jamais , il faut convenir qu’il y a une exception pour celles que nous venons de citer ; rayez-les de l’Evangile , elles le déparent , elles feraient suspecter sa mission ; vous n’y trouveriez plus la divinité, r > ’

Je vous enverrai le Saint-Esprit qui vous apprendre tonte vérité. » Le Saint-Esprit t donc réside au milieu de l’Eglise; c’est par lui qu’elle enseigne, qu’elle juge, quelle prononce. Les hommes ne sont ici pour rien , et Jésus- Cbrist le faisait remarquer, aûn que l’on n’eût aucun doute sur la légitimité de ce tribunal. Ainsi toutes les questions de foi seront de son ressort. Lorsqu’on voudra connaître la vérité , c’est à lui qu’il faudra la demander; il est l’orade qoi ne se trompe j^4||||Er^dn la réforme , ici peint dfr pn>m es»iMiHB HHPtftpo»^ d’Esprit saint éSR&é à son de décisions que l’on doive

écouter » comme la voix de Dieu , point de cette infaillibilité qui ne devait 'laisser aucun doute , parce que c'était Dieu qui parlait. Tout cela s’est évanoui devant ce seul mot : la vérité se trouve ailleurs que dans le tribunal infaillible. Il faut vous armer de courage , si vous voulez suivre les protestants dans leurs explications du texte sacré. Quoi ! dans un passage si clair rien n’est promis , rien n’est annoncé ? Les apôtres ont mal compris ; l'Eglise a beau relire le Testament de Jésus-Cbrist , il n'y a rien de particulier pour elle ! Le Saint-Esprit devait lui apprendre toute vérité , et voilà que ce n’est pas 1 La vérité se trouve ailleurs et on l’aura sans elle ; et ce don si magnifiquement annoncé , si expressément conûé n’est qu’une illusion ; et toutes les sectes seront aussi bien partagées !

Nous savons bien que les passions sont aveugles, qu'elles embrouillent les choses les plus claires ; mais elles devraient penser quelquefois aux résultats. Nous ne rappelons ici au protestantisme qu'une contradiction énorme. Elle a dit que l'Eglise a était un gouvernement , et aussi régulier que celui de l'État (1). » Mais dans l'État , il y a des lois qui obligent , des tribunaux sans appel ; montrez -nous donc tout cela dans l'Eglise ? Vous ne le pouvez , d'après vos principes ; elle n'est donc plus rien, puisqu'elle n'a aucune autorité , et les apôtres trompés , comme elle , sont autorisés à adresser cette plainte à leur maître : Nous avions cru. Seigneur , que vous nous aviez confié votre Évangile, vos paroles étaient positives , tous les peuples devaient recevoir de nous la vérité , elle n’était que sur nos lèvres, et tous ceux que nous n'aürions pas envoyés , ne devaient prêcher que l’erreur; nous l’avions cru. Seigneur ! mais cela n'csl pas , puisque sans nous , sans l’autorité que vous nous avez donnée , l’on peut avoir la vérité ! Que les protestants prononcent, et nous souscrivons volontiers à leur décision , car il faut qu'elle soit digne du Fils de Dieu.

Si nous devons nous en rapporter aux paroles et à la conduite des apôtres , la réponse de Jésus-Christ ne fut pas ambiguë. Il a établi des apôtres pour gouverner V Eglise de Dieu, dit saint Paul. Qu'est-ce à dire, gouverner? Ne voyez-vous pas là une autorité et une autorité infaillible , une autorité sans rivale , une autorité à laquelle il faut se soumettre sans réserve , sans arrière-pensée ? El comment sans cela pourrait-elle gouverner ? Les passions, les sectes,

( 1 ) Jnslit. 1 . IV.

les hérésies pourraient se mettre à l’écart » braver impunément l’autorité établie , marcher de front et d’un pas égal, avec les apôtres, car elles sont autant qu’eux, ayant comme eux la vérité. El alors, à quoi sert le ministère des apôtres? leur mission, leurs travaux, leur Evangile ? Que devient l’ordre de leur maître , qui leur commande de conduire l’Eglise de Dieu ?

Les apôtres sont plus conséquents; ils savent que les paroles de leur maître ont un sens , et en vertu de l’autorité qu’ils ont reçue , ils châtient ceux qui s’éloignent de la doctrine qu'ils obt préchée , et les signalent aux fidèles comme des hommes dangereux qu’ils doivent soigneusement éviter : « Plusieurs imposteurs se sont répandus dans le monde , dit saint Jean , ce sont des séducteurs et des antechrists. Quiconque ne demeure point dans la doctrine de Jésus-Christ et s'en éloigne ne possède point Dieu... Si quelqu’un vient chez vous , et n’y porte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison , ne le saluez même pas (1), » Saint Jean pensait donc que , hors de l’enseignement des apôtres , hors du gouvernement de l'Eglise , on ne pouvait avoir la vérité ; car , autrement , il y aurait eu vexation, tyrannie ; et l'on ne volt pas sur quoi il aurait fondé de pareils anathèmes. Les imposteurs qu’il signale lui auraient dit : qu’ils avaient la vérité eux aussi , et que par conséquent on n’avait rien à leur reprocher.

Et tous les saints docteurs qui prêchaient si fortement et si éloquemment, et par leurs discours, et par leurs exemples , l'obéissance et la soumission à l’autorité? Pourquoi

( 1 ) II. Epist. c. VII.

toot ce respect et toute cetle éloquence? Gomme ils étaient dans Terreur I ils ne comprenaient rien ni à TEcriture» ni TEglise« ni à la tradition (1). Au lieu de se comporter en despotes^ de faire les tyrans à pure perte, croyant remplir un devoir sacré, que ne laissaient -ils les hérésies dévaster en paix le champ de l'Eglise; quel mal pouvaient -elles lui faire, puisqu'elles avaient la vérité?

O grands hommes 1 dans notre simplicité , ignorant les choses de Dieu , nous trouvions que vos ouvrages , vos controverses pleines de force et d'éloquence , vos combats glorieux , les persécutions que vous avez essuyées pour la foi , vous avaient fait un grand nom ; et votre souvenir, jusqu'à présent , était venu pénétrer nos âmes ; nous demandions à Dieu quelque chose de votre zèle pour honorer notre vie ; hélas ! nous voilà désenchantés ; vous combattiez une ombre, vous poursuiviez un fantôme I El en descendant au tombeau , au lieu de pouvoir vous dire cette parole si douce , si consolante de saint Paul ; « J’ai combattu un bon combat , » vous ne pouvez avoir que des regrets , car vous n'avez fait que des victimes. Tous ceux que vous appeliez ennemis de la foi, qui. selon vous, désolaient l’épouse de Jésus-Christ, tous ceux-là étant purs, ils marchaient mieux que vous dans la voie de Dieu ; iis savaient que sans TEglise, et malgré ses décisions, malgré vos menaces de mort et de damnation, ils avaient la vérité !

(1) Cependant Casaubon , écrivant à son ami Tuitlemboghacrdt, semble regretter que la réforme n'ait pas conservé la fol des saints Pères : « Pourquoi vous cacher, lui dit-il , qu’une telle ditférence de la foi ancienne me trouble beaucoup ? »

C'est grande pitié aussi de voir tous ccs saints évêques qui fuient les hérétiques, les séparent de l'Eglise et prennent tant de soin d’éloigner de la contagion les ûdèles qui leur sont confiés. Il y a là ignorance , exagération , abus de pouvoir ; ils n’étaient fondés ni dans leurs déclamations contre les hérétiques, ni dans les anathèmes dont ils les frappaient, puisqu’ils pouvaient, eux aussi, et en dehors du tribunal infaillible, avoir la vérité. Donc il se trompait

le grand saint Polycarpe, lorsque, rencontrant à Rome

l’hérélique AJarcion qui lui demande s’il le connaît, lui fait cette réponse terrible : a Oui , je te connais pour le - iils ainé de satan ! » Mais qu’y avait -il donc de si coupable dans Marcion ? 11 avait voulu faire une église à part , se séparer de l’unité , et aux yeux de ce grand saint il n’était plus que le iils ainé de satan ! Erreur grossière , fausse application de la loi 1 Marcion n’a pas perdu la vérité , puisqu’elle peut se trouver hors de l Eglise ; pourquoi donc un traitement pareil? Comment l'a-t-il mérité?

Le zèle de saint Ambroise se trompait aussi , lorsque , répondant aux instances de l’impératrice Justine , qui demandait que les catholiques fussent livrés à l’hérésie, il lui disait : « Qu’on nous les enlève par force , mais je ne les livrerai jamais ; je ne livrerai pas l’héritage de Jésus- Christ, je ne livrerai pas l’héritage de nos pères, l'héritage de Denis qui est mort en exil pour la cause de la foi , l’héritage d’Eustorge le confesseur , l’héritage de Myroclès et des autres évêques ûdèles , mes prédécesseurs. » Pourquoi doncsaint Ambroise faisait-il tant d’efîorts pour conserver son troupeau dans la foi catholique ? 11 aurait dû céder , parce que, après tout, il n’y avait rien à craindre ; il évi-

tail le blâme , la persécution , le (rouble dans son Eglise , et les fidèles n’y perdaient rien , parce que , sans lui et loin de lui , ils auraient trouvé la vérité.

Et pourtant la conduite de ces glorieui défenseurs de la vérité catholique a été admirée , louée , et les siècles ont voulu célébrer leurs victoires. « Nous les proclamons, s'écrie Vincent de Lerins ; oui , nous les proclamons , 6 vénérable Ambroise ! et en les louant nous les admirons. Car , quel est l’homme assez insensé pour ne point désirer de suivre au moins , s’il ne peut les atteindre , ceux que rien n’empêcha de défendre la foi des ancêtres , ni la violence , ni les menaces , ni les flatteries, ni la vie , ni la mort , ni' la cour , ni les satellites , ni l’empereur , ni l’empire, ni les hommes, ni les démons ; ceux dis-je , que le Seigneur , pour leur confiance dans la religieuse antiquité , a doués d’une telle grâce , que par eux il a relevé les églises abattues , vivifié les peuples spirituels qui étaient morts, replacé sur la tête des prêtres leurs couronnes tombées...

» Mais ce qu’il nous faut envisager, surtout , dans cette force divine des confesseurs, c’est qu’alors en se déclarant pour l’antiquité de l’Eglise , ils ont pris la défense , non point d’un seul parti, mais bien de l’universalité. Car , il n’était pas raisonnable que de tels , que de si grands personnages prissent tant de peine pour appuyer les opinions erronées et contradictoires d’un seul homme , ou de deux tout au plus, ni qu’ils allassent combattre pour une téméraire conspiration de quelque petite province ; mais s’attachant aux décrets et aux définitions de tous les prêtres de la sainte Eglise , dépositaire de la vérité apostolique et

catholique , ils ont mieux aimé se livrer eux-mêmes , que de trahir la foi de rancienne universalité. Aussi ont-ils mérité de parvenir à un tel degré de gloire , qu’ils passent avec justice et à bon droit, non-seulement pour confesseurs , mais encore pour princes des confesseurs (1). »

Ainsi ont été loués, par tous les siècles , les défenseurs de la vérité catholique ; est-ii permis à la réforme de les blâmer ? Si elle l’ose , elle aura encore, à répondre à des autorités bien puissantes. Il faut qu’elle soutienne que les premiers conciles généraux , qu’elle regarde comme les organes de la vérité , ont décrété un mensonge, et que leurs anathèmes ont porté à faux ; les hérétiques n’étaient point atteints , et iis riaient de la colère des conciles , qui avaient la simplicité de croire qu’ils possédaient seuls la vérité.

Et tous ces ûdèles , tous ces confesseurs , ces martyrs^ qui sacrifiaient tout , la vie même , plutôt que d’abandonner la foi catholique, que persécutaient les hérésies toutespuissantes , ceux-là aussi étaient dans une erreur déplorable. Ils mouraient inutilement et sans fruit , puisque les hérésies pouvaient aussi leur offrir la vérité.

Et quand Luther parlait tant de sa soumission au Pape et à l’Eglise , quand II lui disait qu’il n’attendait que son

(1) Neque enitn fas ereU tU tanti ac taies viri unius aut duorum Aomtnum errabundas sibique ipsis contrarias suspiciones tam magno molimine adsererent , aut vero pro alicujus provinciolœ temeraria quadam conspiratione certarent ; sed omnium sanctœ Ecclesiœ sacerdotum apostolicœ et catholicœ veritatis hœredum décréta et definita sectantes, maluerunt semetipsos quam vetustœ universitatis /idem prodere. Unde et )ulc tantam gloriam pervenire merùerunt^ ut non solum confessores, verum etiam confessorum principes jure meritoque habeantur. Comm. c. v.

arrêt pour se soumeürc , soit qu'il donnât la vie ou la mort, Luther était très-bon , vraiment ; il pouvait avoir la vérité de son côté, bien que l’Eglise lui dit le contraire. Mélanchton était aussi dans l’erreur , lorsque , déplorant que l’on se fût séparé du Pape , il voulait le conserver , ainsi que les évêques , sans quoi tout était perdu. Mais Mélanchton n’était donc plus protestant ; il pouvait être fort tranquille , sans Rome , sans le Pape , sans les évêques , sans l’autorité, puisqu’on avait mis en principe que la vérité pouvait se trouver ailleurs.

Si vous dites que Luther et ses amis n'eurent raison qu’en se séparant de l’Eglise, qu'en faisant secte, il est nécessaire qu’ils commencent par être tolérants ; et s'ils ont cru trouver la vérité hors de l’ancienne Eglise , il faut qu’on puisse la trouver aussi hors de la nouvelle. Donc, vous laisserez les autres vivre comme ils l’entendront, croire ce qu’il leur fera plaisir; car sur quoi fonderiez* vous votre haine, vos massacres, vos guerres, vos échafauds? Vous pensez avoir la vérité ; c’est fort bien; mais il faut que vous croyiez qu’elle se trouve aussi en dehors de votre autorité : donc vous n’aviez aucune raison de quitter l'Eglise catholique ; donc vous ne pouviez persécuter, quand on ne voulait pas vous croire, et tous ces zwingliens, tous ces anabaptistes, tous ces sociniens étaient autorisés à se séparer de vous ; donc c'est vous Luther, Calvin et vos amis , qui êtes les coupables ; vous avez tyrannisé des innocents qui avaient pour eux la vérité. Vous les appeliez hérétiques, idolâtres, schismatiques ; mars, qui vous l'a dit? comment le savezvous? Si l’on peut trouver la vérité en dehors de votre tribunal, comme on la trouve en dehors de l'Eglise catholique,

t;e De sont là que d’injustes qualifications , d’absurdes calomnies ! Nous l’avons dit : peut-être qu il n’y a plus de sectes , d’hérésies , d’idolâtrie possibles , et tous ceux que vous traitez si mal professent la vérité.

Voilà où l’on arrive avec ce système : on revient à la tolérance , à ce système que nous avons montré si funeste , si insensé , destructeur de toute religion , de toute foi , système que les protestants, eux-mèmes, ont repoussé, et dont ils ont voulu si souvent arrêter les ravages par leurs synodes , par leur autorité en un mot. Le seul moyen donc de se sauver de tant d'inconséquences, de tant d’absurdités , c’est d’être catholique , d’avouer franchement que la vérité ne se trouve que dans le tribunal infaillible.

La seconde question : Les catholiques sont-ils les seuls qui fassent profession de ne croire que ce qu’enseigne le tribunal infaillible ? est facile à résoudre.

Tout le monde connaît et notre soumission et l’insolence des sectes rebelles. Pour nous, le tribunal infaillible est

l’interprète divin , qui ne peut se tromper , parce que la vérité éternelle est en lui ; et ses décisions , scs arrêts sont regardés comme les décisions , comme les arrêts de Dieu même. Parmi nous , des hommes peuvent se tromper, s’égarer , parce qu’ils sont hommes ; mais lorsque le chef de l’Eglise ou un concile a parlé , les sentiments particuliers se taisent ; et quel que soit le docteur, le savant , l'homme illustre qui s’est trompé , il désavoue ses erreurs, s’incline devant l’arrêldu tribunal infaillible, et ce n’est qu’à ce prix qu’il continue de s’appeler catholique. Les esprits opiniâtres quisc préfèrent à l’Eglise, sont retranchésde la communion

des ûdèles , et le nom d’hérétiques qu’ils emportent avec eux^ les sépare des catholiques, lesquels, sans respect humain , répéteront toujours cette maxime que vous n’effacerez point de leur cœur, parce qu’elle leur fait une trop belle part parmi toutes les religions humaines : hors de l’Eglise point de salut.

Cette profession de foi est de tous les lieux , comme de tous les temps. Pour toutes les générations'catholiques, « il faut être dans la barque de Pierre, afin d’échapper au naufrage; — avoir l'Eglise pour mère, si l’on veut avoir Dieu pour père ; — amasser avec Pierre, si l’on ne veut disperser avec l’hérésie ; — écouter l’Eglise, si l’on ne veut être rangé parmi les païens et les publicains. »

Ne dites pas que toutes les générations se trompent, ce serait dire qu’il n’y a jamais eu d’Eglise; car celte foi , chez elle, n’a jamais varié. Les premiers siècles respectés, invoqués par la réforme, devraient aussi être effacés; car l’erreur pour eux ne serait pas douteuse, puisqu’ils soutenaient comme nous, aujourd’hui, la nécessité de la soumission au siège de Pierre, aux décrets des conciles, sans quoi on n’était plus catholique, plus dans la vérité.

Mais il n’est pas nécessaire de prouver notre foi et notre soumission au tribunal infaillible, seul dépositaire et seul gardien de la vérité ; les monuments sont partout: les fidèles de tous les siècles , comme de tout l’imivers , ne font entendre qu’un cri de respect , d’amour , de soumission. Ce fait est reconnu par nos adversaires eux-mêmes qui nous en font un crime. C’est , disent-ils , de la part de l’Eglise romaine , une intolérable tyrannie , et dans les catholiques qui s’y soumettent un honteux esclavage.

On verra bienU^t ce que valent ces accusations de tyrannie et d’esclavage. Dans ce moment « nous nous bornons à recueillir les aveux qu’on vient de faire : les catholiques seuls font profession de croire ce qu’enseigne le tribunal infaillible , les protestants en conviennent ; nous avons prouvé d’autre part que la vérité ne se trouvait que dans le tribunal infaillible; donc les catholiques seuls possèdent la vérité.

Maintenant y a-t-il chez eux tyrannie et esclavage? Ayant tout , nous dirons que ceux qui le prétendent sont oublieux. Nousavons montré que par là l’Eglise catholique avait sauvé le Christianisme; et les décfamations doivent se taire devant cette gloire.Vous, protestants, vous êtes obligés de vous soumettre à celte tyrannie, à cet esclavage, sous peine de n’ètre plus chrétiens. Vous ne devriez pas l’oublier; vous avez crié contre l’autorité de l'Eglise catholique, vous l’avez brisée, vous êtes devenus libres; votre raison a secoué ses cbaines , et a usé largement de sa liberté. Eh bien ! où en est la foi parmi vous ? où est l'Evangile ? Nous vous l’avons dit , et vous avez tout avoué. Or, donc , sans invoquer d’autres moyens de défénse en faveur de cette tyrannie , que le service qu'elle a rendu au monde , en sauvant It Christianisme , vous devez l’absoudre. Un grand homme, accusé « un jour, par un peuple ingrat, parait devant ses Juges; là, pour toute défense, il s’écrie : « A pareil jour, j’ai sauvé la république ; allons rendre grâces aux dieux ! p Tout le peuple le suivit , et l’accusation s’éteignit dans la gloire.

Les catholiques esclaves en se soumettant à l’autorité de 'Eglise ! Mais il faut avouer qu'ils le sont à bon droit; ils

obéissent à Jésus-Christ dont les ordres sont précis , à la recommandation des apôtres qui leur ont dit la conduite qu'ils devaient tenir, àcelledes saints docteursqui ont prêché la même doctrine, à celle de tous les conciles qui ont frappé deJeurs anathèmes tous ceux qui n'y croyaient pas, à celle de tous les protestants qui ont applaudi à tous leurs arrêts, quand ils ne les atteignaient pas. Si malgré toutes ces autorités vous accusez les catholiques, nous devons vous en prévenir, rien ne vaut ni dans l'Evangile, ni dans la tradition, et il ne vousest plus permis ni d'attaquer, ni de vous défendre. Si nous nous soumettons mat à propos , si nous nous trpnrpons , il faut tout révoquer en doute ; l’édiGce tout entier croule ; les protestants n'ont voulu que nous atteindre, et ils ont été ensevelis sous les ruines qu'ils ont faites.

Les catholiques esclaves en se soumettant à l'Eglise I Et pourquoi ? Luther, comme tant d’autres, a fait sa fortune avec des mots ; quand on les explique, tout change. En nous soumettant à l'Eglise, nous nous soumettons au représentant de Dieu, à Dieu même, y a-t-il là esclavage ? Ce sont des hommes, il est vrai , mais c’est à ces hommes que Dieu a dit : « Celui qui vous écoute , m’écoute ; celui qui vous méprise , me méprise ; » c'est à ces hommes que Dieu a fait cette promesse : «Je serai avec vous jusqu'à la consommation des siècles ; » c'est à ces hommes que Jésus- Christ a promis « le Saint-Esprit , pour leur apprendre toute vérité ; » c'est à ces hommes qu’il a donné mission « d’enseigner tous les peuples ; » c'est à ces hommes, enfin, que nous devons obéir , « sous peine d'être regardés comme des païens et des publicains. » El' les autorités dont nous nous servons, nos adversaires les entendent comme nous ;

ils s en servent pour condamner ceux qui leur sont opposés. Voilà quelle tyrannie pèse sur nous 1

Or, nous le demandons : se soumettre quand toutes ces autorités commandent , professer un dogme ainsi établi , ainsi prouvé, est-ce donc être esclave ? Comment donc ! est-ce que Dieu n’a pas le droit de commander l’obéissance ? et s’humilier devant lui n’esl-ce pas s’agrandir ? Ne faites jamais un autre* usage de votre liberté , et je réponds de votre gloire.

On annule la raison ! mais y pensez-vous ? Si jamais la raison a usé de tous ses droits , c’est ici ; si elle est traitée noblement, c’est lorsqu’on la soumet à l’autorité de l’Eglise. On annule la raison 1 que demandez-vous donc pour qu’elle puisse se déterminer sans se compromettre? S’il s’agissait d’un fait de l’histoire , par exemple , elle ne demanderait que des témoins dignes de foi, que des historiens instruits et sincères , qu’une critique exacte et éclairée ; et sur cela elle croirait sans balancer ; si elle résistait , elle serait blâmée , elle répandrait le doute sur l’histoire , on ne serait plus sur de rien ; et c’est justement qu’un savant du siècle dernier a été déclaré coupable envers la raison , le sens commun , parce qu’il refusait d’admettre ce que toute la tradition lui avait appris. Donc, en se soumettant à l’autorité de l’Eglise , les catholiques sont à l’abri de tout reproche; ils seraient, au contraire , bien répréhensibles s’ils lui refusaient cette soumission, parce qu’ils ont, pour déterminer leur foi , plus de preuves que ne peuvent en avoir tous les faits de l’histoire.

Ainsi, la raison conserve toute sa dignité; elle obéit parce qu’elle le doit; donc, ce sont les rebelles qui ont

forfait à la raison. Voilà les protestanlsl leurs objections tournent à notre gloire ; ils ne disent rien sans se condamner.

Après cela , on est bien étonné des éloges que quelques hommes donnent à Luther qui a osé , disent-ils, briser les fers de la raison humaine, Témanciper et créer par là une ère nouvelle.

Il n’était pas possible de se tromper d’une manière plus grossière, de dire plus d’erreurs en moins de mots. Des ignorants ou des hommes irréligieux ont pu seuls dire cela de Luther , eux seuls pouvaient être ses louangeurs ou ses apologistes. Il a tout ébranlé, il a renversé le rempart qui défendait la vérité, il l’a livrée à toutes leserreurs, il a tout mis en question en détruisant l’autorité ; voilà les bienfaits de Luther ! apportez-lui votre reconnaissance. Que les ennemis de la religion l’exaltent, le glorifient, cela se conçoit ; il a fait tant de ruines , il leur en a préparé tant d’autres qu’ils désiraient I Mais pour ceux qui tiennent encore à la révélation, oh I tous ceux-là doivent lui dire : anathème, malheur I parce que ses principes ont tout détruit; et tant qu’on renversera l’autorité, rien ne restera debout.

Au surplus , en secouant le joug de l’autorité , Luther et scs amis sc proposaient de la rétablir bientôt, et la nouvelle tyrannie devait être plus dure et moins bien fondée. Ils la brisèrent d’abord , pour faire place aux doctrines nouvelles , pour fonder leur église : l’autorité ne pouvait être respectée , parce qu’elle les condamnait hautement. Mais lorsque l’entreprise eut réussi, lorsque la réforme fut un peu grande , s’apercevant que la division se mettait

dans son sein , que les sectes la déchiraient , rautorité de* vint indispensable ; elle fut rétablie , et Ton ne manqua pas de l’environner de serments , d’excommunications , de violences. En quoi les réformateurs faisaient une grande faute; iis secondamnaienteux-mémes. Pourquoi n’avaientils pas obéi à l’autorité ancienne , qui valait bien la leur ? Si l’autorité était nécessaire pour conserver l’unité dans les églises réformées , pourquoi la blâmer dans l’Eglise romaine ? Ainsi , ils prouvent à leurs disciples qu’ils ont fort de les suivre , et leur montrent le chemin qu’ils doivent prendre pour retourner à la vérité.

Aussi on traitait assez lestement cette autorité nouvelle , et tout ce que l’on faisait pour la faire respecter , n’empécbait pas les opposants de l’insulter et de la maudire, a Ces gens , disait Ochin , veulent qu’on tienne pour article de foi tout ce qui sort de leur cervelle I Qui ne le veut faire est hérétique ! Ce qu’ils songent la nuit est mis par écrit , imprimé , tenu pour oracle ! Ne pensez pas qu'ils démordent jamais; tant s’en faut qu’ils veuillent obéir à l’Eglise» qu’au contraire l’Eglise doit leur obéir. N’est-ce pas là être Pape ? être dieux en terre» et tyranniser les consciences et lés hommes? » « Voyez -les donc, ajoutait Zwingle» ces hommes qni ne sont ce qu’ils sont que par la parole » et qui veulent aujourd’hui la bâillonner dans la bouche de leurs adversaires, chrétiens comme eux I Ils crient que nous sommes hérétiques, qu’on ne doit point nous écouter; ils proscrivent nos livres et noos dénoncent aux magistrats : n’est-ce pas comme le Pape autrefois, quand la vérité voulait lever la tète? »

Le raisonnement de Zwingle et d’Ocbin était sans réplique » mais les circonstances avaient changé » et la liberté

d'examen, et riospiration, et le rayon; troupe inutile désormais, on n’en veut plus. La réforme s’en est servie pour accomplir ses desseins, elle les met de côté à présent qu’elle est couronnée ; et l’autorité , l’autorité seule règne, commande ; et les menaces , les calomnies , les excommunications , le bourreau seront ses auxiliaires.

Or, quelle était cette autorité si terrible, et de quel droit venaityelle se poser là comme un tribunal infaillible pour tyranniser les consciences? C’est ce que les protestants de^ vraieot bien examiner. Cette autorité était celle de Luther,

de Calvin et de leurs amis. Voilà la nouvelle jéglisè , les nouveaux papes ; et il fallait que tout. pliât, que tput se soumit , que la raison d’une inlinité d’autres se prosternât devant leur raison ! Cette autorité était infaillible ; si on la niait, on était damné, cor^ondu avec les démons; digne de V enfer I £t l’on a vu des gens qui l’ont cru , des villes , des provinces, des royaumes qui se sont soumis, gui ont sacrilié. leurs lumières aux lumières de ces hommes , leur foi à leurs caprices !

Eh bien ! criez, oui, criez ici à l’esclavage, à la tyrannie, on vous comprendra ; car alors vous vous soumettez à de» hommes qui ne sont pas plus que vous , et à qui vous ne devez rien (1). Ce sont des maîtres qui vous subjuguent , des tyrans qui vous asservissent. Oh ! brisez vos fers, nous

(1) « Je sais , dit Fénélon , aussi docile à Tautorité de I Sgiise qu’indocile à toute autorité des philosophes. » Ce mot est d’un esprit élevé , ajoute M. de Bonald , et d’un véritable philosophe. Nos beaux esprits pourraient retourner cette maxime ; et jamais on ne vit plus d’audace à rejeter les croyances publiques, et un plus honteux asservissement aux opinions particulières. {Pensées, j

serons avec vous ; car, lorsqu'une autorité qui ne vaudra pas plus que la mienne aura la prétention de me comman* der^ je m'élèverai contre elle , et je ferai mon devoir si je cherche à la briser.

Luther et ses amis ont émancipé la raison , proclamé la' liberté de la pensée : quelle dérision ! C’est depuis lors que vous êtes esclaves , depuis lors que vous vous soumettez à des hommes > souvent à des misérables. Autrefois vous obéissiez, ù vous qui vous appelez aujourd'hui protestants et qui alors étiez catholiques, vous obéissiez à Dieu en obéissant à l'Eglise; elle ne demandait votre soumission qu'après vous avoir prouvé qu'elle était nécessaire , que c'était un devoir sacré ; elle vous faisait voir cette obligation dans l'Ecriture, dans les saints docteurs, dans les conciles, dans toutes les Eglises, dans tous les siècles. Marchant avec toutes ces autorités ^ appuyés sur leurs témoignages , fléchissant le genou avec toutes les Eglises de l’univers, vous étiez à l'abri de tout reproche ; votre soumission était fondée, légitime, nécessaire, car Luther et Calvin vous ont souvent répété que c’était là la vérité.

Mais à présent' votre position a bien changé : vous avez lail^ ce cortège si nombreux , si imposant , si vénérable qlii vous honorait, qui répondait à tout le monde que vous faisiez bien, que votre obéissance n'était que votre devoir; et vous avez échangé tout cela pour ne suivre que Luther ou quelques-uns des siens , pour ne croire qu'eux , pour ne vous soumettre qu'à leur tyrannie (1) !

(1) C’est ce qui faisait dire à Ludkc : « Nous autres protestants , nous sommes moins libres et moins chrétiens que les c atboUques. »

Nous conjurons les protestants de nous dire de quel cdté est la raison , de quel côté sont les sages ? de quel côté les esclaves , de quel côté les tyrans ? de quel côté on impose un joug humiliant à la raison humaine? Et n*est-il pas vrai que lorsque les protestants commenceront à penser, ils cesseront de l’être , parce qu’il n’est pas une erreur, peuU être , plus opposée au bon sens , moins faite pour un homme qui pense ?

Non , les protestants ne répondront jamais à cette question : Pourquoi obéissez-vous à vos ministres ? à vos synodes? Sur quoi est fondée votre obéissance? Pourquoi rey connaissez-vous là quelque ombre d’autorité ? Ces hommes qui vous gouvernent , et que vous appelez vos maîtres et vos pasteurs , ne tiennent l’autorité dont iis vous parlent^ que d’eux-mêmes , comme Luther, Calvin et les autres la tenaient d’eux-mêmes. Or, tout le monde vous dira qu’il faut quelque chose de plus, surtout quand il s’agit d’infaillibilité, de la vérité, du salut. Nous le répétons : ils se sont révoltés contre l'autorité, et ils veulent que vous respectiez l'autorité.

Un théologien de l’église anglicane , Richard Baxter , a dit : « Il est étrange de nous voir condamner chez les papistes le principe de l’autorité de l’Eglise, comme règle suprême de la foi, lorsque nous admettons nous-mêmes une règle pareille ; avec celte seule différence, que les papistes croient à l’Écriture comme parole de Dieu , sur la foi de leur Eglise , tandis que nous y croyons sur la foi de la nôtre. » Le docteur dit bien ; mais il aurait dû , pour être complètement vrai , nous apprendre où son église avait pris son autorité, et il serait convenu que cette autorité n’est

pas grande. N‘esl-il pas vrai que les fondateurs de cette église , comme les autres réformateurs , avaient devant eux , quand ils ont commencé à prêcher, ces paroles de l’Évangile , ces paroles que saint Paul a tant recommandées : « Obéissez à vos conducteurs , soyez -leur soumis ; car ils veillent pour vos âmes i comme, devant en rendre compte. » Eh bien ! qu’ont-ils fait?...

Il ne faudrait pas l’oublier ; vos premiers apôtres et leurs successeurs auxquels vous obéissez , « sont , dit le ministre Papin , semblables à ces rebelles qui n’ont pas plutôt foulé aux pieds l’autorité de leur souverain, qu’ils s’en font un nouveau , qu’ils s’engagent à lui obéir, et qu’ils condamnent la rébellion. Et comme le rebelle prétend qu’aprcs cela on ne peut plus; sans lui faire injure, l’accuser de favoriser l’anarchie , ni dire que sa maxime permette à chacun de se choisir telles lois et tel souverain que bon lui semblera , et de n’en avoir point s’il ne Veut , les schismatiques se formalisèrent aussi* , quand on pensa les accuser de favoriser l'indépendance , l’irréligion, la tolérance sans bornes. Ils crièrent à l’injustice et à la calomnie ; ils lirent hautement profession de reconnaître une autorité ecclésiastique , pour s’attribuer un juge infaillible ; ils donnèrent ce titre à l’Écriture , quoique ce ne fût que la loi , et non pas le juge ; ils condamnèrent au feu le socinien , le déiste et l’athée.

» Ils se trouvaient séparés en plusieurs sectes, cependant ils déclarèrent, chacun de son côté, qu’ils excommuniaient les hérétiques , tous ceux qui faisaient secte à part , tous ceux qui rompaient l’uoion de l’Église. Chacun défendait chez soi à tous les particuliers d’entreprendre à l’avenir de

prêcher ou d’enseigner , à moins qu’ils n’eussent été ordonnés publiquement pour cette charge. Et ceux que l’on ordonna de cette manière , on les fit jurer qu’ils n’ensen gneraientque la doctrine signée de toute la confédération , et qu’ils n’y changeraient rien de leur chef. Chacun in^itua chez soi des assemblées synodales , pour juger de la doctrine et pour décider des controverses, et leur donner, dans le fait , autant d’autorité que les conciles en avaient dans l’Eglise. Et quand on leur demanda par quelle autorité ito pouvaient faire cela, etqui les avait créés juges en matière de religion, puisqu’ils ne se vantaient ni d’étre infaillibles» ni d'être envoyés de Dieu extraordinairement , comme les prophètes et les apOtres , ils répondirent que leur autorité était fondée sur ta loi dont ils prenaient le vrai sens, et sur la vérité dont üst étaient en possession (1). »

11 ne leur faut pas demander comment ils savent qu'ils ont pris le vrai sens de la loi , ni de quelle manière Us se sont mis en posses^on de la vérité ; la réponse qu’ils vous feraient vous paraîtrait trop singulière, ils vous diraient : Nous avons pris le vrai sens de la loi , parce que nous le jugeons ainsi ; nous nous sommes mis en possession de la vérité, parce que tel est notre sentiment. Dites ensuite que les preuves manquent aux protestants, qu’ils n’en ont pas de fortes, de solides, qu’ils se décident facilement! Cej^dant c’est sur cés preuves, sans réplique,. comme on voit, que tout leur système reposé.

Et puis la réforme crie à la tyrannie , à l’esclavage*, à la déraison ! et notre siècle, qui se dit si lier, si amoureux

(1) CEtnns de Papin , t. i, p. S5S miv.

de la liberté, sera encore pour des hommes qui ont' tant abaissé les hommes ! Non : il n’est personne , de quelque parti qu'il soit , qui ne s'indigne de pareilles prétentions , et qui ne plaigne ceux qui se font encore un devoir de les respecter. Tout le monde , en voyant la réforme cherchant à courber les tètes devant son autorité si peu raisonnable , si injuste, si ridicule , doit répéter ces paroles qu'un ministreque tant de déraison avait ramené à l'Eglise, adressait dans son indignation à ses anciens confrères :

« Ils ont bonne grâce de prétendre avoir droit d’exercer , en matière de religion , une autorité souveraine , absolue , qui n'a pas d'autres fondements que leur propre jugement ; n'est-ce pas là un fondement bien sur pour bàtirdessus nonseulement des excommunications et des anathèmes , mais même des sentences de mort , telles que celles qu'ils décernent, ou celles qu’ils permettent aux magistrats de décerner contre lessociniens, et contre les infidèles , et même contre les catholiques ? N'est-ce pas donner une belle idée du Christianisme , que de faire raisonner tous les chrétiens de cette manière? Je suis persuadé , par mon propre examen , que j'ai la vérité de mon cété ; donc j'ai seul le droit de parler, de faire taire tout le monde , et de punir tous les contredisants. T)

C'est une bonne réflexion ; elle suflirait seule pour ramener au sein de l'Église tous les hommes qui veulent avoir encore un peu de foi. Si les ministres avaient raison , le Christianisme ne serait qu'une erreur, car la vérité n'est pas si déraisonnable.

11 faut que vous remarquiez encore ici le malheur du

DIgItIzeÜ hiy

protestaDlisme : tout ce qu*il fait, tout ce qu’il dit est une accusation contre lui-mème , une preuve de plus qu’il n’est qu’une erreur. C’est tout le contraire pour le Catholicisme : toutes les fois qu’on l’attaque , on lui donne l’occasion de remporter une victoire nouvelle; tous les essais de ses ennemis lui ont été glorieux , toutes les difficultés qu’on a faites ont fait voir à tous ses démonstrations plus évidentes, et il a brillé d’un nouvel éclat : c’est la vérité qui est mieux connue. On a voulu s’élever contre son autorité , on fa signalée comme humiliante pour la raison , et cette autorité a été vénérable , juste , nécessaire ; et l’homme n’a jamais fait un plus noble usage de sa raison , qu’en s’inclinant devant elle.

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