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tout entière. Enfin, ils ont dit : « Plus de concessions, » quand il reste à nous donner encore une loi des communes , une loi des gardes nationales et une foule d’autres. Par toutes ces raisons, nous tenons pour fait tout ce que ces messieurs voudraient faire, et nous les repoussons.
» Mais, dans l’attente de ce qu’ils feront, vous devez respecter le choix du roi , c’est-à-dire son droit de nommer.
» Ce droit, nous le répétons pour la millième fois, ne peut pas s’exercer d’une manière absolue. Dans tout acte écrit, le sens d’une clause ne résulte jamais de cette clause isolée , mais de cette clause combinée avec d’autres. Or, du droit de choisir les ministres, appartenant au roi, combiné avec le droit de leur refuser les moyens d’exister, appartenant aux Chambres , résulte pour celles-ci une participation incontestable au choix des ministres.
» Mais, dira-t-on, dans toute administration, les subalternes doivent être du choix du chef.
» On a raison. En administration , en guerre , il en doit être ainsi; mais le cas dont il s’agit est seul excepté.
» Ia: roi ri administre pas , ne gouverne pas : il règne. Les ministres administrent et gouvernent, et ne peuvent avoir un seul subalterne contre leur gré ; mais le roi peut avoir un ministre contre son gré, parce que, encore une fois , il n’administre pas , il ne gouverne pas : il règne.
» Régner est quelque chose de fort élevé, de fort difficile à faire comprendre à certains princes, mais que les rois anglais entendent à merveille. Un roi anglais est le premier gentilhomme de son royaume ; il est , au plus haut point , tout ce qu’un Anglais de haute condition peut être. Il chasse, il aime les chevaux , il est curieux du continent et va le visiter, quand il est prince de Galles; il est même philosophe, quand c’est l’usage des grands seigneurs; il a l’orgueil anglais , l’ambition anglaise au plus haut degré; il souhaite les triomphes du pavillon ; il est le cœur le plus joyeux d’Angleterre, après Abou-
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kir et Trafalgar; il est, en un mot, la plus haute expression du caractère anglais ; il est trois cents fois ce qu’est un lord de la Grande-Bretagne. La nation anglaise respecte, aime en lui son représentant le plus vrai; elle le dote, l’enrichit et veut qu’il vive dans un état conforme à son rang et à la richesse du pays. Ce roi a des sentiments de gentilhomme ; il a ses préférences, ses antipathies. Tandis qu’un lord n’a que le trois-centième du veto de la Chambre haute, il a le veto de la royauté tout entier , il dissout une chambre , il refuse un bill , quand les choses lui semblent aller dans un sens trop contraire au sien. Mais il ne gouverne pas, il laisse le pays se gouverner. Il suit rarement ses goûts dans le choix de ses ministres; car il prend Fox, qu’il ne garde pas, mais il prend Pitt, qu’il garde; il prend M. Canning, qu'il ne renvoie pas, mais qui meurt au pouvoir. Plus anciennement , le monarque anglais reçoit des réponses comme la suivante : Chatham le père, sorti du ministère , était l’homme nécessaire, au gré des Communes. Le roi lui envoie M. le secrétaire d’État Fox, pour lui offrir le ministère : « Allez dire à Sa Majesté , répond «Chatham, que, lorsqu’elle m’enverra un messager plus digne » d'elle et de moi, je répondrai à l'honneur de son message.» Le messager plus digne fut envoyé , et Chatham devint le fondateur d’une dynastie de ministres désagréables à leurs rois et maîtres du pays, un demi-siècle. Régner n’est donc pas gouverner : c'est être l’image la plus vraie, la plus haute, la plus respectée du pays. Le roi , c’est le pays fait homme.
» La comparaison qu’on fait du roi et d’un chef d’administration est donc fausse ; et c'est ainsi que le roi peut avoir des aides qui ne soient pas suivant ses goûts.
» Mais , dit-on encore , de la nomination des ministres les Chambres arriveront à la nomination de tous les employés, et alors l'administration passe dans les mains d’un corps collectif, ce qui est anomalique, inadmissible, etc.
» On a raison : un corps collectif ne peut administrer et ne
le doit pas. Il ne faut pas de délibération dans l'exécution ; elle n’est bonne que dans la formation de la volonté. Il faut délibérer pour vouloir , ne jamais délibérer pour agir. Cela est métaphysiquement vrai pour l'individu, et politiquement vrai pour les Etats.
» Mais nous ferons une seule observation : on nous accorde qu’en Angleterre, les ministres sont nommés par les Chambres, ce qui veut dire sous leur influence. En résulte-t-il que l’administration soit devenue anarchique, désordonnée et conduite sans vigueur? Comment cela s’est-il fait? Cela s’est fait de la manière la plus naturelle, et cela se fera, il faut l’espérer , de la même manière chez nous.
» Le ministère, une fois nommé par l’influence de la Chambre, a la prérogative royale, qui a été faite pour concentrer le pouvoir dans les mains exécutives; il fait la paix , la guerre; il perçoit, il paye, il compose le personnel de l'administration, il rend la justice par les juges de son choix , il gouverne, en un mot; et, comme il a la confiance des Chambres (car il n’existerait pas sans cela), il ne fait que des choses qu’elles approuvent ; mais il les fait avec unité, tandis qu’elles, dans leur diversité et avec leurs cent yeux , l'observent , le critiquent et le jugent. Ainsi , le roi règne, les ministres gouvernent, les Chambres jugent. Dès que le mal gouverné commence, ou le roi ou les Chambres renversent le ministre qui gouverne mal , et les Chambres offrent leur majorité comme liste de candidats.
n Voilà comment les ministres peuvent être au choix des Chambres , sans désordre , sans anarchie dans l’administration. »
Deuxième article.
«•Le roi règne et ne gouverne pas , avons-nous dit il y a peu de temps : c’est là la seule question nouvelle qu’on puisse reprocher à la presse. Cette question deviendra, un jour, ce
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qu’elle pourra : une question de personnes, si un système insensé l’emporte ; mais, aujourd'hui , elle n’est qu’une question de choses.
» Le gouvernement des sociétés appartient à qui en est capable. Lorsque, dans des pays peu avancés encore , les cours sont seules éclairées , elles gouvernent seules; et personne ne leur conteste ce droit, fondé sur la capacité. Mais il en est autrement dans tous les pays où les nations sont assez avancées pour se gouverner elles-mêmes. Alors elles le veulent, parce qu’elles le peuvent. En Russie , par exemple , sous une administration civilisatrice, on laisse gouverner la cour, parce qu’elle en sait plus que le pays. En Prusse , on peut déjà se gouverner soi-même , mais on se confie encore dans un gouvernement dont on connaît les intentions parfaites et les lumières supérieures. En France, le pays en sait plus que la cour et veut se gouverner lui-même. En Angleterre, c’est déjà fait depuis longtemps : la royauté s'est livrée au pays; et, loin de se perdre, elle est devenue la plus tranquille, la plus honorée de la terre.
» Tel est le fait. La France veut se gouverner elle-même , parce qu’elle le peut. Appellera-t-on cela un esprit républicain ? Tant pis pour ceux qui aiment à se faire peur avec des mots. Cet esprit , républicain , si l’on veut , existe , se manifeste partout, et devient impossible à comprimer.
» Il y a deux formes de gouvernement, aujourd’hui employées, dans le monde, pour satisfaire cet esprit : la forme anglaise et la forme américaine. Par l’une, le pays choisit quelques mandataires, lesquels, au moyen d’un mécanisme fort simple, obligent le monarque à choisir les ministres qu’ils préfèrent, et obligent ceux-ci à gouverner à leur gré. Par l'autre , le pays choisit ses mandataires , ses ministres et le chef de l’État lui-même , tous les quatre ans.
» Yoilà les deux moyens connus pour arriver au même but. Des esprits vifs et généreux préféreraient le second ; mais la
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masse a une peur vague des agitations d’une république. Les esprits positifs, calculant la situation géographique et militaire de la France, son caractère, les troubles attachés à l’élection d'un président , les intrigues de l’étranger le jour de cette élection , la nécessité d’une portion de stabilité au milieu de la mobilité du régime représentatif, les esprits positifs repoussent la forme républicaine. Ainsi, la peur vague des uns, la réflexion des autres composent une préférence pour la forme monarchique.
» On devrait être heureux, ce nous semble, de cette disposition des esprits. Mais cette disposition , incertaine , souvent combattue, a besoin d’être secondée, et il n’y a qu’un moyen de la seconder : c’est de prouver que la forme monarchique renftrme une liberté suffisante , qu’elle réalise enfin le vœu, le besoin du pays, de se gouverner lui-même. Avec le mouvement des esprits , si on ne produit pas cette conviction , ou poussera les imaginations bien au delà de la Manche , on les poussera au delà même de l’Atlantique.
» Si la Charte , par exemple , ne contenait pas cette forme de gouvernement qui permet au pays de se gouverner luimême , oh ! sans doute , il faudrait ou y renoncer et se taire , ou déclarer positivement que la loi fondamentale est mauvaise, s’élever aussi bien contre elle que contre ceux qui l’exécutent. Mais le gouvernement du pays par le pays est dans la Charte, dans cette Charte rédigée avec des intentions si étroites; et ce n’est pas merveille qu’il y soit : il est dans toute constitution qui institue une Chambre élective et lui donne le vote de l’impôt. On peut toujours l’en faire sortir, avec un peu d’intelligence et de courage.
» Sur trois voix, le pays n'en a qu’une ; mais , avec l’usage habile de cette voix , il rmpâclte ; il empêche , jusqu’à ce qu’on le laisse faire ; et alors il gouverne , non pas de ses mains , ce qui serait une confusion , mais par celles des ministres de son choix.
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» Tout cela, nous sommes assez heureux pour pouvoir le faire sortir de la Charte ; et c'est là cette question de choses qui a été récemment et hardiment posée. Qui comprend nos opinions sur une telle question comprend qu'il en. résulte une parfaite indifférence pour les personnes. Ce système n’a même été inventé que pour qu’elles fussent indifférentes, pour qu’un mauvais prince pût succéder à un bon , sans danger pour l’État. Ce système n’est que l’hérédité et l’élection se corrigeant mutuellement. L’hérédité fait succéder le méchant au bon, l’élection agite le pays. Grâce à ce système combiné, on corrige un inconvénient par l’autre. Un prince quelconque succède à un prince quelconque ; mais il ne gouverne pas ; on lui impose ceux qui gouvernent pour lui. On a ainsi l’immuable pour éviter le trouble , et le variable pour atteindre le mérite.
» Une telle combinaison est, pour les personnes, l’indifférence systématisée. La France d'ailleurs doit être bien désenchantée des personnes : elle a aimé le génie, et elle a vu ce que lui a coûté cet amour 1 Des vertus simples , modestes , solides, qu’une bonne éducation peut toujours assurer chez l’héritier du trône, qu’un pouvoir limité ne saurait gâter, voila ce qu’il faut à la France , voilà ce qu’elle souhaite , et cela , encore pour la dignité du trône beaucoup plus que pour elle : car le pays, avec ses institutions, bien comprises et bien pratiquées , n’a rien à craindre de qui que ce soit.
b La question est donc uniquement dans les choses. Elle pourrait être , un jour , dans les personnes , mais par la faute de ces dernières. Le système est indifférent pour les personnes ; mais, si elles n’étaient pas indifférentes pour le système, si elles le haïssaient, l’attaquaient, alors la question deviendrait question de choses et de personnes à la fois. Mais ce seraient les personnes qui l’auraient posée elles-mêmes. »
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APPENDICE B
Les seize années qui se sont écoulées depuis 1830 peuvent, à vrai dire , se partager en trois périodes.
Pendant la première (de 1830à 1836), la prérogative royale et la prérogative parlementaire avaient un ennemi commun à combattre , un danger commun à éviter, une œuvre commune à faire. Au lieu de se quereller entre elles, il leur importait de s’unir et de s’appuyer l’une sur l’autre. C’est ce qui eut lieu, en effet , dans toutes les circonstances graves. Loin que les droits et le pouvoir de la Chambre fussent alors contestés, on les proclamait bien haut , on les bénissait , on s'en faisait un rempart. Néanmoins , dès cette époque , il existait entre les deux prérogatives une lutte sourde et qui, de temps à autre, se faisait jour. De là la faveur plus que médiocre dont jouissait Casimir Perrier et les difficultés qu'il rencontrait ailleurs qu’à la Chambre. De là, après sa mort, la tentative de constituer un cabinet purement royal, en dehors de toutes les notabilités parlementaires. De là , cette entreprise ayant échoué , tant d’efforts pour séparer les trois hommes dont l’entente assurait l'indépendance du cabinet : M. de Broglie, M. Thiers, M. Guizot. De ià le ministère des trois jours, signalé par M. Fonfrède lui-mème comme un ministère de camarilia et qui, on le disait ouvertement, devait affranchir la couronne d’un joug intolérable. De là enfin, au commencement de 1835, la fameuse brochure écrite par M. Rœderer, et dans laquelle il était tout doucement établi qu’il y a, d’après la Charte, des ministres , point de ministère, et qu'au roi seul peut et doit appartenir la présidence de son conseil. Mais la gravité des événements et l’union du parti parlementaire étouffaient dans leur germe , sans pourtant les détruire entièrement , toutes ces velléités ultra-monarehiques, et, peu de jours après la brochure Rœderer, M. de Broglie, devenu pré-
APPENDICE. 276
sident du conseil, prononçait, en plein Parlement, les pardles que voici :
a J’ai reçu du roi, j’ai reçu de la confiance et de l’amitié de » mes collègues l'honorable mission d’imprimer au cabinet, » autant qu’il dépend de moi , cet ensemble , cette unité de » vues , de principes et de conduite , cette régularité dans b l’ordre des travaux , dans la distribution des affaires , sans b laquelle la vraie responsabilité ministérielle , la responsabib lité collective, ne devient qu’un vain mot, et qui fait la force b et la dignité des gouvernements. »
C’était une réponse directe aux doctrines dont M. Rœderer avait bien voulu se faire l’éditeur, et qui avaient, depuis quelque temps , si grand crédit à la cour.
La seconde période embrasse cinq aimées , du commencement de 1836 à la lin de 18 - 10 . L’émeute alors est vaincue, les associations sont supprimées, la cause de l’ordre a triomphé. A dater de ce moment , la lutte s’engage visiblement , ostensiblement entre les deux prérogatives, et les tristes divisions, depuis si longtemps fomentées, éclatent avec force au sein du parti parlementaire, qu’elles affaiblissent et qu’elles paralysent. On a commencé par séparer M. .Thiers de M. Guizot; on sépare M. Guizot de M. de Broglie ; et, ballottés au gré du veut qui souffle à la cour, les ministères tombent les uns sur les autres, jusqu’au jour où sur les ruines du parti parlementaire s’élève le ministère du 15 avril. Mais bientôt le parti par lementaire s'aperçoit que ses discordes intestines l’ont perdu et que les grands principes dont il est le représentant lui commandent d'y mettre un terme. Le parti parlementaire, dans toutes scs nuances, oublie donc de vieilles querelles et forme la coalition. Alors on peut voir le chemin qu’on a fait depuis deux ans et tout le terrain que la prérogative royale a conquis sur - la prérogative parlementaire. Ce ne sont plus les insinuations polies, modérées, doucereuses de M. Rœderer.
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C’est M. Fonfrède , vrai tribun royal , niant avec emportement les droits de la Chambre , donnant raison à Charles X contre les 221 , déclarant qu’au roi seul appartient le droit de gouverner, le droit de choisir les ministres, et que la Chambre , quand elle en veut sa part , est usurpatrice et factieuse.
Ce sont les publicistes habituels du ministère et de la cour entassant brochure sur brochure pour prouver que le roi doit régner et gouverner, que la prérogative royale est supérieure à toutes les autres , que les ministres sont purement et simplement les agents de la couronne et les exécuteurs de sa volonté.
Ce sont les journaux ministériels eux-mêmes dénonçant la théorie qui donne le dernier mot à la Chambre élective comme une théorie coupable , et établissant cette singulière doctrine que, d’après la Charte de 1830, la majorité légale, la majorité constitutionnelle, en France, est celle de deux pouvoirs contre un, et, par conséquent, que le roi et la Chambre des pairs réunis doivent toujours l’emporter sur la Chambre élective*.
C’est enfin, dans la Chambre elle-même, une exaltation royaliste qui se manifeste par des clameurs plus encore que par des discours, et contre laquelle M. Guizot est obligé de lutter avec une admirable énergie , avec une énergie qui , plus que M. Thiers, plus que M. Barrot lui-même , le rend odieux au parti de la cour.
Cependant , victorieuse dans les collèges électoraux, la prérogative parlementaire se laisse vaincre dans la Chambre, et la prérogative royale, un moment étourdie, un moment déconcertée, ne tarde pas à reprendre son ascendant. La prérogative parlementaire lutte pourtant encore sous le ministère du 1 2 mai et regagne, pour quelques mois, le pouvoir, sous le ministère du 1 er mars. C’est la fin de la seconde période.
La troisième commence au 29 octobre 1840 et dure encore.
1 Prrste . 1 9 juillet (838.
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rn
C'est celle du triomphe complet, absolu, incontesté de la prérogative royale. Quand finira-t-elle? Il est difficile de le dire. D’une part, en effet , la prérogative royale a su prendre à son service quelques déserteurs éminents de la cause, parlementaire. De l’autre, elle a obtenu du pays une Chambre qui ne met à son dévouement ni conditions ni limites, une Chambre qui parait redouter sa propre prérogative autant qu’elle aime la prérogative rivale. Dans l'état actuel des esprits et des cœurs , cela peut mener loin. 11 m’est pourtant impossible de croire qu'un jour ou l’autre, le pays ne se réveille pas, et que les idées de 1789 et de 1830 soient pour toujours oubliées. 11 m'est impossible de croire que la prérogative parlementaire ait abdiqué définitivement. En supposant que le Parlement soit mort, le pays ne l’est pas, et les événements, si je ne me trompe , se chargeront bientôt de le tirer de sa torpeur. Dieu veuille alors qu’on ne passe pas d’un extrême à l’autre !
APPENDICE C
J’entends toujours dire avec étonnement qu’en Angleterre la royauté est plus respectée qu’en France, et qu’aucun parti ne se permet jamais , quoi qu’elle puisse faire , de la prendre personnellement à partie, la vérité, c’est qu’il n’est jamais arrivé à la royauté anglaise de dévier , même légèrement , de la ligne constitutionnelle , sans qu’un orage violent éclatât aussitôt dans la presse comme dans le Parlement. Un coup d'œil sur les huit règnes qui sc sont succédé depuis 1688 en fournira la preuve évidente.
Guillaume était un grand homme, et qui n’avait point attendu, pour se faire le défenseur du parti parlementaire, que la révolution fût achevée. C'est de sa personne, â la tète
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d’une armée , qu’il s’était jeté dans la lutte et qu’il en avait décidé le résultat. Quand Guillaume voulait avoir sa bonne part dans le gouvernement , il semblait donc qu’il revendiquât un droit incontestable, le droit de la conquête. Qu'arriva-t-il pourtant? La révolution avait été faite par l'union de deux partis : le parti whig , parti parlementaire, au nom de la liberté menacée ; le parti tory , parti royal , au nom de l'Église mécontente. De ces deux partis, le premier plaisait à Guillaume par son dévouement à la dynastie nouvelle; le second, par ses principes et par ses tendances. Mais, fidèle à la vieille maxime de diviser pour régner, il chercha à les tenir en échec l’un par l’autre et à fonder sur leurs querelles sa puissance personnelle. La conséquence, c’est que, pendant presque tout le cours de son règne, Guillaume se vit successivement, quelquefois même simultanément, en butte anx attaques , aux outrages des deux partis. Je ne parle pas des jacobites, qui lui imputaient journellement tous les crimes et toutes les infamies. Je parle des vhigs et des tories ralliés, que l’on vit souvent , dans leurs discours comme dans leurs pamphlets, unir contre lui leurs griefs et leurs plaintes. On lui reprochait sa hauteur, sa froideur, ses habitudes militaires, son penchant pour les Hollandais. On l’accusait de corrompre le Parlement, afin de rétablir à son profit le despotisme qu'il avait renversé , et on regrettait de n’avoir pas , à son avènement, pris contre lui des précautions suffisantes. Dans un pamphlet célèbre , et qui se trouve parmi les somer’ s-tracts , ou alla même jusqu’à prétendre qu’il manquait de courage sur le champ de bataille : calomnie absurde, mais qui prouve jusqu’où allaient contre Guillaume la virulence des partis et - les attaques personnelles.
Après Guillaume vint la reine Anne, qui fit, par faiblesse et par caprice , ce que Guillaume avait fait par calcul et par politique. Son sexe obtint-il grâce pour elle, et eut- elle le privilège d’être mieux respectée? Loin de là. Pendant les
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premières années de son règne , les whigs, qui tenaient le pouvoir, et les tories , qui espéraient le prendre , avaient un égal intérêt à ménager la reine et s’entendaient assez bien pour la flatter; mais, quand madame Masham l'eut définitivement emporté sur la duchesse de Marlborough, et Harley sur Godolphin , ce £ut , de la part du parti vaincu , un déchaînement aussi violent que prolongé contre ces misérables intrigues de boudoir et d’antichambre. Toutes les faiblesses, toutes les petitesses de la reine furent alors exposées publiquement, et ses affections, ses goûts, ses penchants devinrent l’objet d’une ardente polémique. Dans Y Examiner, journal des tories, Swift s’en plaignait amèrement, et cherchait sans succès à obtenir que les whigs respectassent la reine, au moins dans ses habitudes personnelles. A cela les whigs répondaient qu’il fallait bien attribuer les événements politiques à leur véritable cause , et tpie, si cette cause était dans l’antichambre ou dans le boudoir de la reine , il était impossible de ne point aller l’y saisir.
La mort put seule mettre un terme à cette polémique , et George I", qui, plus encore que la reine Anne, tenait ses droits du pays et du Parlement, s'empressa, aussitôt après son avènement, de congédier les tories et de rendre aux whigs le pouvoir. Personne, d’ailleurs, n’ignore quel fut, sous George I" comme sous George II, le terrain habituel des diverses oppositions. George I" et George II étaient assez disposés à gouverner constitutionnellement. Par malheur, ils avaient pour leurs États du continent un penchant invincible, qui faisait le désespoir de leurs ministres, mais auquel ceux-ci ne pouvaient guère, sans se briser, opposer une résistance efficace. C’est ce penchant tout personnel que l’opposition exploitait sans cesse, à tout propos, et qui faisait sa puissance dans le pays. Elle exploitait ausssi ce qu’il y avait d’étroit et de mesquin dans leurs idées , dans leurs sentiments, notamment leur avarice. Et ce n’était pas seulement dans des
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pamphlets , c’était en plein Parlement que tout cela se disait. Voici, par exemple, quelques passages d'un discours que \\ illiam AVyndham prononça, en 1734, dans une discussion sur la septennalité, \\ alpole étant premier ministre :
« Supposons , dit-il , qu'un caprice de la fortune ait élevé à » la situation de premier ministre un homme médiocrement » riche et de basse origine , étranger à toutes les notions » d’honneur et de vertu, n’ayant d’autre but que son propre » agrandissement ; supposons que cet homme n'entende rien » aux intérêts du pays et qu’il emploie, dans toutes les tran- » sactions avec l’étranger, des hommes encore plus ignorants » que lui; supposons l’honneur de la nation terni, son impor- » tance politique perdue, son commerce insulté, ses mar- » chauds pillés, ses murins périssant au fond des donjons, et » tout cela pallié ou négligé , de peur de mettre l'administra- » tion en danger. Puis, supposons que ce ministre soit pos- » sesseur d’une fortune immense, la dépouille d’une nation » appauvrie, et que cette fortune, il l’emploie à acheter dans d le Sénat national des places pour ses coniidcnts et pour ses » favoris. Supposons, dans un tel Parlement, tous les efforts » pour examiner sa conduite constamment dominés , annulés » par une majorité corrompue , par une majorité qu’on ré- » compense de sa trahison envers le pays au moyen des places » et des pensions qu’on lui distribue avec une honteuse prob fusion. Supposons que le ministre dont il s’agit se place b insolemment au-dessus de tous les hommes qui se distinb guent par le bon sens, par la fortune, par la naissance, b et que, n’ayant point lui-même de principes honnêtes, b il les tourne en ridicule chez les autres et cherche parb tout à les détruire, à les souiller. Avec un tel ministre et b un tel parlement , placez maintenant sur le trône un prince b sans instruction , aussi ignorant des intérêts de ses peub pies que de leurs penchants, faible, capricieux, et goub verné par deux seules passions : l'ambition et l’avarice; ne
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» pensez-vous pas que le plus grand fléau qui puisse désoler » un pays, c’est un tel prince conseillé par un tel ministre, » et ce ministre soutenu par un tel parlement? » L’histoire dit que cette sanglante apostrophe de Wyndham fut accueillie par de vifs applaudissements.
Vers la fin de sa vie, George II, qui s’était successivement accommodé de Walpole , de Carteret et de Pelham, s'avisa de regarder comme son ennemi personnel le grand ministre qui devait illustrer les dernières années de son règne. Après avoir subi William Pitt pendant quelques mois, il le congédia donc, sans cérémonie, pour reprendre le vieil équipage qu’il espérait conduire à son gré. Mais l’opinion publique , dont Pitt était le favori , le soutint si énergiquement contre le roi, que personne n’osa le remplacer, et qu’il revint triomphalement au pouvoir. Comme, dans cette crise, l’action personnelle du roi avait été visible, c’est, en dépit de la fiction constitutionnelle , au roi lui-même qu'on s’en était pris.
En 1760, George III succéda à George II. Pour celui-ci, né en Angleterre , et, à ce titre, très-populaire, au jour de son avènement, c’était le gouvernement personnel incarné. Au moment où il hérita de la couronne , l’Angleterre voyait avec orgueil , avec joie à la tète de ses affaires un des plus grands ministres qui aient existé. Monté au pouvoir malgré la couronne, en 1756, quand l’inquiétude et le désordre étaient partout, quand le drapeau britannique, reculait sur tous les points du globe, William Pitt avait su, en quatre années, rétablir l’ordre et la confiance, enlever à la France le Canada, li Guadeloupe, les Indes, remporter de grandes batailles navales, venger enfin sur le continent la défaite du duc de Cumberland , et opposer avec succès l'alliance de la Prusse et de la Grande-Bretagne à celle de l’Autriche et de la France. Mais William Pitt, comme il le dit lui-mème plus tard, n’était point homme à se contenter de l’apparence du pouvoir et à céder, soit au roi lui-mème, soit à son favori, lord Bute, le
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gouvernement de l’Angleterre. Il tomba donc , et , livrée pendant vingt ans au gouvernement personnel , l’Angleterre assista tristement au déclin de sa grandeur et de sa liberté. Pendant cette déplorable période, imagine-t-on qu’elle ne sût pas à qui s'en prendre , ou qu’elle n’osât pas le dire ? J’ai cité plusieurs discours parlementaires très-sévères , très-concluants, et qui prouvent le contraire. Mais, dans le Parlement, certaines convenances pesaient nécessairement sur les orateurs et les empêchaient d’exhaler tout ce qu’ils avaient dans le cœur. C'est â la presse qu’il faut demander l'expression complète de l’opinion publique, à cette époque. Pour en donner une idée , j'emprunterai quelques passages , non pas au vrai Breton de fVilkrs , pamphlet grossier et blâmé de tous , mois aux lettres de Junius, qui, chacun le sait, jouirent, à cette époque, d’une popularité sans exemple , et qui sont restées au nombre des livres classiques. Voici d’abord comment se termine la fameuse lettre au roi, cette lettre qui fut traduite devant le jury et acquittée par acclamation :
« Le peuple anglais est Adèle à la maison de Hanovre , non » par une vaine préférence pour une famille sur l’autre , mais » [>ar la conviction que l’établissement de cette maison est u nécessaire pour le maintien de ses libertés civiles et reli- » gieuses. C’est là, sire, un principe de fidélité aussi solide » que rationnel , un principe de fidélité digne que le peuple » anglais l’adopte et que Votre Majesté l’encourage. Nous ne » pouvons pas être trompés longtemps par des distinctions » nominales. Le nom des Stuarts est méprisable en lui-même. » Les principes des Stuarts, armés de l'autorité suprême, » sont redoutables. Le prince qui imite leur conduite doit » être averti par leur exemple; il doit, tandis qu’il se vante » de l’excellence de son titre à la couronne, ne pas oublier » que , si ce titre a été acquis par une révolution , il peut être » perdu par une autre. »
On croit peut-être qu’après son procès, Junius, averti, de-
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vint pins prudent, plus respectueux pour la couronne. Qu’on en juge par les deux passages qui suivent, et que j’extrais de deux lettres au duc de Cîrafton, l’une de juin, l’autre de septembre 1 7 T 1 .
« Mil. otm,
» Le profond respect que je porte au gracieux prince qui » gouverne ce pays avec autant d'honneur pour lui-même » que de satisfaction pour ses sujets, et qui vient de vous rap- » peler au pouvoir sous son drapeau , vous évitera de ma » part une multitude de reproches. L’attention que j'aurais » portée sur vos fautes est involontairement attirée sur la » main qui les récompense; et, bien que ma partialité pour le n jugement royal n’aille pas jusqu’à dire que la faveur d’un » roi peut faire disparaitre des montagnes d’infamie , elle » sert au moins à diminuer le fardeau en le divisant. Quand n je me rappelle tout ce qui est dû à son caractère sacré , je » ne puis plus, sans injustice et sans inconvenance, voir en » vous le dernier et le plus bas coquin du royaume. Je pro- » teste, milord, que je n’ai pas de vous cette opinion. Dans » l’espèce de réputation vers laquelle vous avez jusqu’ici si » heureusement dirigé votre ambition, vous aurez un rival » dangereux, aussi longtemps qu’il existera un homme qui » vous croira digne de sa confiance et propre à tenir une » place quelconque dans son gouvernement. J 'avoue que » vous avez un grand mérite intrinsèque , mais prenez garde » de l’évaluer trop haut. Considérez quelle part de ce mérite » eut été perdue pour le monde, si le roi n’y eût gracieusement » apposé son cachet, et s'il ne l’eût mis en circulation parmi » ses sujets. Sil est vrai qu’un homme vertueux , luttant con- » tre l’adversité, soit un spectacle digne des dieux , certes la » glorieuse rivalité entre vous et le meilleur des princes mé- » rite un auditoire aussi attentif et aussi respectable. Il me
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» semble déjà voir sortir de la terre des dieux d’une autre » espèce pour le contempler....
» Il y a certes quelque chose de singulièrement bienveillant » dans le caractère de notre souverain. Du moment qu'il est » monté sur le trône , il n’y a point de crime qui n’ait paru » véniel à ses yeux. Aux yeux d'un autre prince, le honteux » abandon où vous l'avez laissé, au milieu des difficultés que » vous aviez créées vous-même, eût effacé le souvenir de vos b services antérieurs. Mais Sa Majesté est pleine de justice, et b comprend la doctrine des compensations. Elle se rappelle b avec gratitude combien vite vous avez su accommoder vob tre morale aux nécessités de son service; combien joyeuseb ment vous avez , pour lui plaire , rompu les engagements b de l’amitié privée et abjuré les déclarations publiques les b plus solennelles. Le sacrifice de lord Chatham n’a point été b perdu auprès d’elle. Même la lâcheté et la perfidie de votre b dernière désertion ne vous ont fait aucun tort dans son esb time. L’événement était douloureux , mais le principe était a bon.
b D'autres princes , avant Sa Majesté , ont eu entre les a mains le moyen de corrompre; mais ils en ont usé avec b modération. Autrefois la corruption était considérée par le b gouvernement comme un auxiliaire étranger, et qu’on deb vait appeler seulement dans les circonstances extraordinaib res. Ijl piété sincère et la sainteté connue de George 111 lui b ont appris à donner aux forces civiles de l’État une organib sation toute nouvelle. La corruption brille à l’avant-garde, b rassemble et maintient une armée permanente de mereeb naires , et, au même moment, appauvrit et asservit le pays. b Les prédécesseurs de Sa Majesté (excepté cette digne fab mille dont vous descendez certainement) avaient quelques b qualités généreuses, mêlées, j’en conviens, à des vices nomb breux. C’étaient des rois ou des gentilshommes , point des b hypocrites ou des cagots. Ils étaient à la tête de l’Église ,
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» mais ils ne connaissaient pas toute la valeur de leur situa- » tion. Ils disaient leurs prières sans cérémonies et avaient » trop peu l’esprit prêtre pour accommoder les formes saintes » de la religion à la ruine complète de la moralité publique. » Milord , ce sont là des faits , point des déclamations. Avec » toute votre partialité pour la maison de Stuart , vous devez » avouer que même Charles II eût rougi de ces encourage- » ments ouverts, de ces caresses tendres et lascives qui, à » Saint-James , accueillent toute espèce de vice privé et de » prostitution publique. La malheureuse maison de Stuart a » été traitée avec une dureté qui , si l’on peut voir une dé- » fense dans la comparaison , semble toucher à l’injustice. INI » Charles ni son frère n’étaient aptes à soutenir le système » de mesures nécessaires pour changer le gouvernement et » pour renverser la Constitution. L'un était trop vraiment » dévoué à ses plaisirs, l’autre à sa religion. Mais le danger » devait se manifester clairement, le jour où monterait sur le » trône un prince dont la simplicité apparente pourrait met- » tre ses sujets hors de leur garde; un prince qui ne serait » pas libertin dans sa conduite, mais qui n'aurait pour se re- » tenir aucun sentiment d’honneur; un prince qui, tout juste » avec assez de religion pour imposer à la multitude , n’aurait » aucun scrupule de conscience pour agir sur sa moralité. » Avec ces honorables qualités et l’avantage décisif de la » situation, une fourberie basse et l’art de mentir sont les » seuls talents dont on ait besoin pour détruire la sagesse des » siècles et pour déshonorer le plus bel édifice que la politi- » que humaine ait élevé. Je connais un tel homme. Milord , je » vous connais tous les deux, et, avec l’aide de Dieu (car moi » aussi je suis religieux), le peuple anglais vous connaîtra » bientôt comme je vous connais. »
Enfin, en réunissant ses lettres pour en faire un volume, Juniuscrut devoir exposer sa théorie sur la maxime ; a le roi ne peut mal faire. » Voici ses explications sur cette grave question :
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u On peut maintenant attendre que je m’explique sur un » point délicat pour l’écrivain et hasardeux pour l’imprimeur. » Quand le caractère et la conduite du premier magistrat sont » mis en question , il faut que le lecteur comprenne plus que d l’écrivain ne peut dire avec quelque sûreté. Si c’est une » partie réelle de notre constitution et non un simple dktum n légal, que le roi ne fieut pas mal faire, c’est le seul exemple, a dans la plus sage des institutions humaines , où la théorie » soit en contradiction avec la pratique. Que le souverain de » ce pays ne puisse être traduit légalement devant aucun tri- » bunal, cela est indubitable; mais cette exemption de tout n châtiment est un privilège singulier attaché à la personne » royale , et qui n'exclut point la possibilité de le mériter. » Combien de temps et jusqu'à quel point un roi d’Angleterre » peut-il être protégé par la forme de la constitution , quand » il en viole l’esprit? Cela mérite considération. Une erreur » sur cette question est devenue fatale à Charles et a son flls. » Pour ma part, loin de penser que le roi ne puisse mal » faire, loin de me laisser effrayer ou imposer par la forme, » quand elle est en contradiction avec la vérité , si j'avais le » malheur de vivre sous le triste règne d’un prince dont toute » la vie se passât dans une lutte basse et méprisable contre » l'esprit libre de ses peuples , ou dans la détestable tentative » de corrompre leur moralité , je n’hésiterais pas à lui dire : » — u Sire , vous êtes seul l’auteur des maux de votre peuple » et des vôtres. Au lieu de régner sur le cœur de vos sujets, » au lieu d’obtenir de leur affection la libre disposition de a leur vie et de leur fortune, n’est-il pas vrai que le pouvoir » de la couronne , qu’on l’appelle influence ou prérogative , » ne s’est manifesté, ne s'est déployé, pendant onze ans, que » pour soutenir un système de gouvernement étroit, pitoyable, » qui se ruine lui-même, et qui, en définitive, ne vous donne » ni puissance réelle, ni profit, ni satisfaction personnelle? » Avec le plus grand revenu dont jouisse aucun prince en » Europe , ne vous a-t-on pas vu réduit à une détresse vile et
a sordide, à une détresse qui eût conduit tout autre qu'un » roi en prison? Avec une grande force militaire et la plus » grande force navale qu’il y ait au monde , ne vous êtes- » vous pas laissé insulter impunément et à plusieurs reprises b par les nations étrangères? N’est-il pas notoire que les vastes » revenus arrachés au travail et à l’industrie de vos sujets, et b qui , remis entre vos mains, devraient être employés pour b l’honneur de la nation et pour le vôtre, se dépensent honb teusement à corrompre les représentants du pays? N’étesb vous pus un prinee de la maison de Hanovre, et n’excluezb vous pas de vos conseils tous les principaux whigs du b royaume? Ne faites-vous pas profession de gouverner selon b la loi, et, malgré cela, ne réservez-vous pas toute votre conb fiance et toute votre affection pour les hommes qui , bien que b détachés peut-être de la cause désespérée du prétendant , b sont connus dans le pays par un attachement héréditaire b aux principes du despotisme? N’ètes-vous pas assez infatué b pour juger des sentiments de votre peuple par le langage de b vos ministres ou par les clameurs d’une foule notoirement b payée pour entourer votre voiture ou pour vous aecompab gner au théâtre? Et, si tout cela est vrai, pensez- vous que, b pour satisfaire votre peuple, il suffise de lui répondre que b parmi vos domestiques vous êtes de bonne humeur, que b vous êtes fidèle à une seule femme , que vous êtes pour vos b enfants un père indulgent? Sire, l’homme qui vous parle b ainsi est votre meilleur ami. 11 risquerait volontiers sa vie b pour défendre votre titre à la couronne, et si le pouv oir est b votre but, il vous montrerait comment un roi d’Angleterre b peut, par les moyens les plus nobles, devenir le prince le b plus absolu en Europe. Vous n’avez d’autres ennemis, sire, b que ceux qui vous persuadent de tendre au pouvoir sans b droit et qui croient vous llatter en vous disant que le cab raetère de la royauté rompt la relation naturelle entre le b crime et le châtiment, b —
» Je ne crois pas qu'il y ait un coeur assez endurci ou une & intelligence assez dépravée pour ne point écouter un tel dis- » cours et pour n’en pas comprendre la force. Mais où est, » parmi ceux qui ont accès dans le cabinet royal , l'homme » assez résolu, assez honnête pour le prononcer? La liberté » de la presse est notre seule ressource. »
Quelques années plus tard, dans son pamphlet «sur les circonstances actuelles , » Burke , à son tour , remontait à la source du mal et flagellait d’une main impitoyable « le parti n des amis du roi , » ce parti qui , « comme les janissaires , » puise dans la servitude même une sorte de liberté. »
Ancien ami , ancien compagnon de Fox et de Sheridan , George IV était beaucoup plus disposé que sou père à laisser gouverner ses ministres et à prendre tout simplement ceux que lui désignait la majorité du Parlement. Ce serait se tromper sans doute que d’attribuer à cette disposition le parti qu’il prit, comme régent, en 1811, de rompre avec ses amis personnels et de conserver un cabinet qui , en limitant outre mesure sa prérogative , venait de le blesser au fond de l'àme. On ne peut douter pourtant que la crainte de mécontenter les majorités parlementaires n’entràt pour quelque chose dans sa détermination. Malheureusement pour George IV, sa vie privée se mêla à sa vie politique , et certaines circonstances le mirent en scène personnellement. On sait alors de quelles attaques , de quelles injures George IV fut assailli. Je visitais l’Angleterre pour la première fois, en 1820, pendant le procès parlementaire de la reine , au milieu de l’effervescence que cet étrange événement avait produite. Est-ce que , par hasard , on s’en prenait à lord Castlereagh et à lord Liverpool , qui , constitutionnellement , étaient responsables du procès? Non certes. On savait que, dans cette affaire, les ministres ne faisaient qu’exécuter la volonté royale, et c’est sur le roi lui-même que tombaient les outrages. Chaque jour voyait paraître une caricature ou un pamphlet qui , publiquement
étalés, appelaient sur le persécuteur de Caroline le mépris et la haine. Un de ees pamphlets, je m’en souviens encore, contenait une suite de gravures sur bois qui montraient le roi dans les situations les plus odieuses et les plus ridicules. Dans la dernière de ces gravures, on voyait George IV mort et couché dans une brouette , avec cette hideuse inscription : cat's méat (viande pour les chats’. Je ne pense pas qu’à aucune époque, le chef d’un État ait été aussi publiquement, aussi impunément outragé.
Guillaume IV, au début de son règne, se montra le plus constitutionnel des rois ; et ce fut, on le sait , sans difficulté qu’il se sépara, en 1 830, du duc de Wellington et qu’il appela lord Grey. Ce fut aussi sans difficulté qu’il accorda à son ministère la dissolution de 1831 , celle qui décida le succès du bifl de réforme. Plus tard il commença à trouver qu'on allait un peu vite et un peu loin , et il manifesta quelque désir de s’arrêter ou de revenir sur ses pas. Jusqu’en 1834 pourtant, il laissa gouverner son ministère. Mais, à cette époque, une assez forte réaction en faveur des tories s’étant manifestée, il crut le moment venu de rappeler les tories et de faire appel au pays. Ce n’était point sortir de son rôle constitutionnel; mais on sut que la reine , dévouée aux tories , avait eu une très-grande part dans la détermination de la couronne. On sut que les ambassadeurs , dans leur haine pour lord Palmerston, s’en étaient mêlés secrètement; et cela suffit pour soulever contre l’action personnelle de Guillaume IV un orage violent. Déçu dans son espoir , Guillaume d'ailleurs se soumit sans résistance au jugement du pays , et ne songea plus jusqu’à sa mort à se défaire de ses ministres ou à les gêner dans leur action. Était -il revenu à scg sentiments de 1831? Persévérait-il dans ceux de 1834? Ses amis le savaient sans doute , et il pouvait en percer quelque chose ; ostensiblement, publiquement, rien ne l’indiquait.
Quand, en 1837, la reine Victoria monta sur le trône, il y
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eut un changement de scène fort marqué. Elle avait 1 8 ans alors, et c’est des whigs que la rapprochaient ses habitudes et ses affections d’enfance. Elle n’hésita donc pas à manifester sa sympathie pour les whigs , et ccux-ci, fort ébranlés à cette époque, s’efforcèrent d’en tirer bon parti. Tout se borna néanmoins à dire, dans les journaux , dans les meetings , sur les hustings électoraux , que la reine avait contiance dans les whigs et qu’il serait fort dur de lui enlever, le jour même de son avènement, ceux qu’elle regardait comme ses meilleurs amis. Assurément, si un tel usage du nom de la reine était peu constitutionnel , peu convenable , surtout de la part du parti libéral , il n’avait rien qui dût exposer une jeune femme de 1 8 ans à la colère, aux invectives des partis. Ni ces colères, ni ces invectives ne manquèrent pourtant à la reine, et, pour cette fois , ce furent les tories, les conservateurs qui prirent la personne royale à partie. A les entendr e , la cour était devenue a un lieu de débauche où se vautraient des familiers eor- » rompus, un lieu pestilentiel dont l’ordure devait dégoûter » tous ceux qui savaient distinguer la vertu du vice et la pu- » reté de l’impureté. » A les entendre encore, «la reine était » une nouvelle Jésabel, qui avait déclaré la guerre au protestan- » tisme et à l’aristocratie territoriale ; » mais l’Angleterre n’était plus celle du temps d’Élisabeth, « et ne voulait pas se laisser » gouverner par les caprices d’une femme, b En 1 840, les tories, dans une de leurs publications du dimanche , allèrent jusqu’à déplorer le sort du prince Albert, « victime infortunée d’un b caractère trop violent pour être retenu par le jugement, par b la politesse, ou même par les affections privées ; prince mal- » hedreux , dont les attentions pour sa royale maîtresse défi truisnient, à vue d’œil, le bien-être moral et matériel, b C’était faire cruellement payer à la jeune reine quelques paroles imprudentes et l’abus qu’on avait fait de son nom.
11 est probable que la reine Victoria n’a rien oublié, et qu’ aujourd’hui , comme en 1 840 , elle préfère les whigs aux
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tories. Mais depuis 1840 elle est rentrée, complètement rentrée dans la sphère d’impartialité , de neutralité constitutionnelle où la couronne , sans effort et sans sacrifice , obtient le respect, reçoit les hommages de tous les partis. Le jour où sir Robert Peel est devenu premier ministre , ce n’est point de la maison royale seulement qu’il a pu disposer, mais de la maison du prince Albert , et pendant cinq ans il n’est pas arrivé une fois, une seule fois que l'influence de la couronne se mit ou parût se mettre en opposition avec le ministère. Aussi, comme le disait M. Thiers au mois de mars dernier, la a reine passe- » t-elle paisiblement au milieu de toutes les difficultés, en- » tourée du respect et de l'affection générale. »
En rappelant ici les attaques, les outrages auxquels ont été en butte les huit souverains constitutionnels de l’Angleterre , je ne veux certes point en justifier, en excuser la virulence et la grossièreté ; j e veux seulement montrer que dans ce pays, sur cette terre classique du gouvernement représentatif, lu plus légère déviation des vrais principes constitutionnels a toujours exposé la couronne à de violentes , à de sanglantes représailles. Je veux montrer que l’expérience des lôO dernières années est uuiforme à cet égard, et qu’elle vient pleinement à l'appui du raisonnement. Je doute que l'esprit humain soit fait autrement en France qu’en Angleterre, et que la royauté élue de 1830 puisse obtenir ce que n’a point obtenu la royauté élue de 1088 et de 1701.
APPENDICE D
Deux des plus grands écrivains politiques de l'Angleterre, Bolingbroke et Burke, ont parfaitement expliqué, l'un dans le Craftsman, vers 1730, l’autre dans un pamphlet célèbre, en
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1770 , comment, après 1688, l’influence a succédé à la prérogative et la corruption à la violence. Quelques extraits de l’un et de l’autre peuvent avoir aujourd’hui beaucoup d’intérêt.
C’est en 1726 que le Craftsman fut fondé par Bolingbroke d’accord avec Pulteney , qui venait de se séparer de Walpole. Ce célèbre journal avait pour but avoué de réunir contre Walpole, alors tout-puissant, les whigs dissidents et les tories ralliés à la maison de Hanovre. Or, comment attaquer Walpole sans attaquer la corruption? La corruption devint donc le thème habituel de Bolingbroke , celui qu'il retourna de toutes les façons. A chaque page il démontrait, soit par le raisonnement, soit par des exemples historiques, que les peuples ne sont pas libres parce qu’ils ont les formes de la liberté, et qu’on peut les asservir au moyen d’un Parlement corrompu aussi complètement et plus sûrement qu’au moyen d’une armée.
« Détruire la liberté britannique avec une armée de Bretons » n’est pas une mesure aussi facile que certaines personnes le » pensent. Corrompre le Parlement est une méthode plus lente, » mais qui peut être plus efficace, et deux ou trois cents mer- » cenaires dans les deux Chambres, si on pouvait les y réu- » nir, seraient plus funestes à la constitution que mille fois » autant de mercenaires habillés de rouge ou de bleu. Les » Parlements sont les vrais gardiens de la liberté. C’est pour » cela surtout qu’ils ont été institués. Mais de tous les escla- » vages , l’esclavage parlementaire est le plus facile à intro- » duire, à établir parmi nous. Par la corruption du Parlement » et par l’influence absolue du roi ou de son ministre, nous re- » tournons précisément à cet état dont l’institution des Parle- » ments devait nous délivrer , et nous sommes gouvernés en » réalité par la volonté arbitraire d’un homme. Notre constitu- » tion s'écroule tout entière. Certaines garanties en faveur de la » liberté peuvent encore exister ; mais l'intégrité , l’indépen- » dance du parlement est la clef de voûte : si elle est ébranlée, » notre constitution chancelle; si elle est ôtée , notre constitu-
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» tion tombe en ruines. Ce noble édifice, l'orgueil de l'Anglc- » terre et l’envie de ses voisins, élevé par le travail de tant de » siècles, réparé au prix de tant de millions, cimenté par tant de » sang; ce noble édifice , qui pouvait résister aux efforts unis a de tant de races de géants, peut être ainsi détruit par une » race de pygmées. L’intégrité du Parlement est une sorte de b palladium , de dieu tutélaire qui protège l’État. Quand elle b disparait, nous pouvons être la proie du plus faible ennemi. b II n’est plus besoin ni d’Agamemnon , ni d’Achille pour b prendre notre cité. Thersite peut y suffire.
b Le règne d’Henri VIII n’est-il pas là pour montrer qu’aub cune tyrannie n’est plus sévère que celle qui s'exerce d’acb cord avec les parlements; qu’une volonté arbitraire peut o devenir la seule règle du gouvernement, même quand le b nom et la forme de la liberté sont maintenues; qu’un prince b ou un ministre, pour devenir tyran n’a point besoin d’abolir b le Parlement ? Pourquoi en effet , maître d’une partie de la a législature , abolirait-il les deux autres quand il peut, en b toute occasion, disposer de toutes les forces réunies? Pourb quoi serait-il tyran en gros quand il peut l’être en détail , de b nom quand il peut l’être de fait ? Pourquoi, en un mot, renb verserait-il la grande Charte ou les autres soutiens de nos b libertés , quand, au moyen des Parlements même , il lui est b si aisé d'établir le despotisme? b Ailleurs Bolingbroke répond très-vivement à ceux qui disent ou qui insinuent que l’influence doit venir au secours de la prérogative ébranlée et que la corruption est l’huile qui fait mouvoir plus facilement les roues du gouvernement. Ce sont là, selon lui, des doctrines aussi absurdes qu’abominables, des doctrines qui, si elles parvenaient à s’établir, placeraient le siècle actuel, avec une infime prééminence, à la tète des siècles les plus corrompus.
« Si la liberté, dit-il, est ce fruit délicieux et salutaire dont b s’est nourrie la nation britannique depuis les temps les plus
2!ii APPENDICE.
» reculés, et auquel elle doit sa richesse , sa force et tous les » avantages dont elle est fière, la constitution britannique » est l’arbre qui porte ce fruit et qui continuera à le porter » aussi longtemps qu’on aura soin de le garder soigneuse- » ment et de le défendre soit contre les animaux qui rôdent » dans la campagne, soit contre les insectes qui rampent dans » la terre... Or la constitution n’a eu longtemps qu’une sorte » d’ennemis. Ce sont les hommes qui , dans leurs écrits ou » dans leurs discours, prônaient cette chimère, appelée pré- » rogative; qui soutenaient qu’elle avait quelque chose de » réel et que c’était un droit inhérent à la couronne, un » droit fondé sur la constitution même et aussi nécessaire d pour maintenir la juste autorité du prince que pour pro- » téger le peuple... Heureusement cette doctrine d’esclave a » péri avec la révolution, et, si quarantc-un ans après ce » grand événement elle conserve quelques partisans , ils sont » trop peu nombreux et trop peu importants pour qu’on y b fasse attention. Mais il y a maintenant d’autres hommes b qui poursuivent le même but par des chemins différents. » Les premiers attaquaient à force ouverte, ceux-ci minent b nos libertés. Les premiers étaient les animaux de la camb pagne, ceux-ci sont les insectes de la terre. Et comme tous b les insectes, bien que nés dans la fange et vils entre toutes b les créatures , ils peuvent mordre, ronger, empoisonner. » Qu'on les laisse se multiplier, qu’on les laisse faire, et par b eux le pays le plus fertile deviendra bientôt nu et stérile. » Dans les règnes qui précèdent celui de Charles II , on put bien signaler quelques membres du Parlement achetés par la cour, mais c’est sons Charles II seulement que la corruption commença à être considérée comme un utile auxiliaire de la prérogative; néanmoins l'entreprise échoua. « D’une part, dit b Bolingbroke, Charles II avait un revenu qui suffisait à » peine à sa dépense, et peu de places, peu de pensions à b donner. Le l’autre, nous n’étions alors ni corrompus, ni
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» mûrs pour la corruption. Il y avait des partis, les uns vio- » lents jusqu’à la faction, les autres serviles jusqu'à la bas- » sesse, mais qui tous obéissaient à certaines idées, à certaines » passions désintéressées. Personne n’eût compris à cette » époque un Parlement en opposition avec le sentiment du » pays. » Jacques II trouva que la prérogative était un expédient moins coûteux que la corruption , et , on le vit , pour que les élections tournassent comme il le désirait , forcer les corporations à rendre leurs vieilles chartes et à en recevoir de nouvelles avec des restrictions tout au profit de la couronne.
« Supposons, dit Bolingbroke, qu'au lieu de faire ainsi vio- » lenee aux corporations, Jacques eût pris le moyen plus » commode et plus sûr d’acheter les électeurs et les députés . » pense-t-on que l’alarme eût été moindre parmi les amis de » la liberté? Non certainement. Ils auraient vu que le but » était le même , et ils auraient détesté les moyens d’autant » plus qu’ils étaient moins visibles et moins bruyants. Un prince » qui revendiquait une prérogative illégale et dangereuse, et » qui était secondé dans son entreprise par un parti nombreux » et puissant, avait sans doute un aspect menaçant et terrible ; » mais on pouvait espérer que bientôt le parti qui favorisait o de tels empiétements reculerait devant son œuvre et se séb parerait de la cour pour se réunir au parti national... Si, au b contraire, au lieu d’intimider, Jacques eût voulu corrompre, b il est probable que les amis de la liberté auraient regardé la b situation comme plus désespérée. C’est une tâche plus facile b et moins dangereuse de lutter avec un grand prince qui b s’arme de sa prérogative que de résister à un ministre faible, b mais pervers, s'il a entre ses mains tous les moyens de corb rompre et si l’état des mœurs publiques favorise une telle b prostitution
b Quoi qu’il en soit , la conduite de Jacques fit que le peub pie s’habitua à regarder la prérogative comme le seul in-
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» strumeut de la tyraunie et qu’il oublia lu corruption. Le » cri du peuple , au moment de la Révolution , était pour un » Parlement libre, et, dans la fermentation générale, personne » ne doutait que le Parlement ne fût libre quand l'autorité b usurpée par la couronne dans les règnes précédents, serait » écartée et détruite. On oublia donc cette admirable maxime » de Machiavel , qu'un gouvernement libre , pour tester libre, a a besoin tous les jours de pourvoir à sa liberté par tpiehpie » nouvelle précaution. C’est ainsi que , contrairement à la b déclaration du prince d'Orangc, l’œuvre fut laissée impar- » faite. Satisfaits de voir que les attaques ouvertes contre la b Constitution avaient échoué , les auteurs de la Révolution b ne se préoccupèrent point des attaques secrètes qui poub vaient être dirigées contre l’indépendance du Parlement ; b comme si nos dangers étaient d’une seule espèce! comme b s’ils n’étaient à craindre que de la part d’une famille! Bien- » tôt après la Révolution, à la vérité, les hommes de tous les b partis commencèrent à s'apercevoir non-seulement que rien b n’avait été fait pour combattre l’influence illégitime de la b couronne dans les élections , et l'envahissement du Parle- » ment par les créatures de la cour , mais que , tout au conb traire, les moyens d’exercer cette influence et d’arriver à b cet envahissement avaient augmenté et augmentaient tous b les jours. En un mot, ils commencèrent à voir que la cou- » ronne regagnait d'un côté plus qu’elle n’avait perdu de b l'autre , et que, si le pouvoir qu’elle tenait directement de la b prérogative était plus apparent et plus bruyant, celui qu'elle b acquérait indirectement par la corruption était plus réel et b plus dangereux. Malheureusement ils s’en apercevaient trop b tard, b
l.a conclusion sans cesse répétée de Boliugbroke, c’est que, si l’on veut sauver la liberté, il faut combler la lacune, et empêcher que la constitution ne soit souillée plus longtemps par l’esprit de rapine et de vénalité.
APPENDICE. 2!)7
« Il est temps , dit-il , pour tout homme qui veut sauver la » Constitution britannique, de contribuer par tous les moyens » à prévenir les tristes effets de cette nouvelle influence , de » ce nouveau pouvoir, dont la force s’est accrue sous chaque » règne depuis la Révolution. Il est temps de combattre éner- » giquement ces moyens de corrompre dont la couronne peut » user un jour ou l’autre et cette disposition à se laisser cor- » rompre qui , chaque jour davantage , gagne le peuple.... S’il » y a eu du mérite, et certes il y en avait beaucoup à résister » jadis aux défenseurs de la prérogative, quand la prérogative » s'élevait assez haut pour mettre nos libertés en danger, il y » en a autant à lutter contre les défenseurs de la corruption » et à exposer les moyens par lesquels on peut s’en servir pour » la ruine de notre constitution , pour la perte de toutes nos a libertés. A quelques égards, le mérite est même plus grand, o si , comme je le crois , la corruption , par sa nature propre, » dans les circonstances actuelles , et eu égard à la disposition » du peuple, est plus dangereuse que ne le fut jamais la pré- » rogative , et si la tentative d’établir le gouvernement absolu » par la corruption a plus de chances de succès que n’en eut » sous les derniers Stuarts la tentative d’arriver à la même fin » par la prérogative. Dieu veuille qu’il ne soit pas plus difli- » cile de sauver aujourd’hui notre pays des effets de la cor- » ruption qu’il ne le fut jadis de vaincre les efforts de la pré- » rogative!... Quels que soient les ministres qui gouvernent, « quels que soient les partis qui se forment , un devoir est im- » posé à tous les amis de la liberté, celui de mettre de côté de » frivoles distinctions , des distinctions qui ne servent qu’a les b amuser et à les trahir.
a Dissidents, whigs ou tories, qu'ils sachent donc se coab User pour maintenir leur intégrité commune et pour défenb dre avec courage , avec persévérance la cause de leur pays. b C'est ainsi qu’ils encourageront les bons, qu'ite corrigeront » les mauvais , qu’ils vaincront les incorrigibles. C'est ainsi
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» qu’ils assureront le triomphe de la constitution britannique » sur la corruption. »
Quel que fût le sentiment qui dictait ce langage à Bolingbroke, c’était un noble langage, et qui , au milieu des corruptions de l’époque , devait éveiller dans les âmes honnêtes de très-vives sympathies.
Pour que la corruption atteignit son apogée, il restait pourtant encore quelques pas à faire. Sous Guillaume, sous la reine Anne , sous les deux premiers rois de la maison de Hanovre, c’était une arme qui passait de main en main et dont chaque ministre usait à son tour dans l’intérêt de son parti. Sous George ITT, la couronne s’en empara personnellement et la mit directement à son service. C’est alors que Burke écrivit, en 1770, un pamphlet intitulé : « Pensées sur les » mécontentements actuels, » dont je veux citer quelques passages. Burke fait d’abord remarquer que les hommes ont presque toujours raison dans leur mécontentement contre le pouvoir, presque toujours tort dans la cause qu’ils en donnent, et que presque généralement leur politique est de cinquante années en arrière. Il n'y a d’ailleurs ni intérêts personnels ni passions actuelles qui empêchent de juger justement et sévèrement le passé.
« Ainsi , fort peu sont partisans des tyrannies qui n’exis- » tent plus , et l’on peut être facilement un whig du siècle » passé sans rien perdre des avantages de la servilité présente. » Cette sagesse rétrospective et ce patriotisme historique sont » choses merveilleusement commodes, et qui servent on ne » peut mieux à terminer la vieille querelle de la théorie et de » la pratique. Plus d’un rigide républicain , après s’être gorgé » d’admiration pour les républiques grecques et pour la vraie d constitution saxonne, ou après avoir, dans un transport » d’indignation vertueuse , déchargé sa bile sur le roi Jean et » le roi Jacques , trouve fort bon de participer à la plus sale a besogne du temps où il vit et aux ignobles prollts qui en
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» résultent. Je ne pense pas que, parmi les instruments du » dernier roi Jacques, il y eût un admirateur en titre de » Henri VIII , pas plus que dans la cour de Henri VIII il n’é- » tait possible de trouver quelqu’un qui plaidât pour les fa- » voris de Richard II. »
11 est donc absurde, selon Burke, de redouter aujourd’hui pour la liberté les anciens dangers.
« Une bonne portion de l’ancien mobilier de la tyrannie est » usée ou tombe en lambeaux. Le reste est passé de mode. En » outre, il est peu d’hommes d’État assez grossièrement mal- » adroits pour tomber exactement dans le piège qui a été fatal » à leurs devanciers.... Chaque temps a ses mœurs et sa po- » litique; et l'on ne s’y prend pas, pour détruire une constitu- » tion toute formée et venue à maturité, comme on s’y prenait » pour la tuer dans son berceau ou pour empêcher sa crois- » sance pendant ses jeûnes années.
» Contre l’existence même du Parlement, je suis convaincu » qu’aucun dessein n’a été formé depuis la Révolution. Cha- » cun comprend que c’est l’intérêt de la cour d’avoir toujours » une cause seconde interposée entre les ministres et le peuple. » Ces messieurs de la Chambre des communes ont un intérêt » égal à jouer le rôle de cette cause intermédiaire. Quelque » disposés qu’ils soient à céder ('usufruit do leurs votes, jamais » ils n’en voudraient abandonner la nue-propriété.... On a b donc bientôt découvert que les formes de la liberté ne sont » point incompatibles avec la réalité du despotisme.
n Le pouvoir de la couronne, presque mort, presque pourri b à titre de prérogative, a poussé de nouveau avec plus de b force et moins odieusement sous le nom d’influence. Une b influence qui opérait sans bruit et sans violence, une inb fluence qui donnait pour instrument au pouvoir son antab goniste naturel , une influence qui contenait en elle-même » un principe perpétuel d'agrandissement et de ronouvellcb ment , une influence (Jue la détresse et la prospérité du pays
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» contribuaient egalement à accroître ne remplaçait-elle pas » admirablement une prérogative qui, fille de vieux préjugés, b portait dans son sein un germe indestructible de décadence b et de ruine? L’intérêt des hommes est d’ailleurs un fondeb ment plus solide que leur ignorance , et c’est sur ce fondeb ment que le système actuel est construit, b
Burke explique comment, pendant les premières années, ce système n’eut pas tous les funestes effets qu'on pouvait en attendre. Trop faible pour lutter seule contre les difficultés dont elle était assaillie, la cour avait dû, en effet, se dessaisir, en faveur des chefs des grands partis, d’une portion de ses moyens d'influence , et ce partage rendait le mal moins sensible. Mais les chefs de parti ne paraissaient pas assez souples, et aujourd’hui la prétention de la cour c'est que l’influence de la couronne doit être mise tout entière au service de la couronne elle-même, et que, s’il plaisait au roi de choisir un de ses domestiques pour ministre , le Parlement devrait le trouver bon. C’est à réaliser ce beau plan qu’on a travaillé le lendemain même de l’avénement du roi. C’est pour cela qu’on a renversé à la fois dans M. Pitt le pouvoir résultant de la popularité , dans le duc de Newcastle le pouvoir résultant des grandes connexions politiques. C’est pour cela aussi qu’on s’est étudié à rompre toutes les associations existantes , à briser tous les partis, à désunir tous les hommes dont l’accord pouvait faire obstacle 1 Ne fallait-il pas détruire toute dépendance, hormis une seule, et mettre le roi hors de page? Ne fallait-il pas affranchir le souverain de la tyrannie sous laquelle avait gémi son grand-père ?
Ici Burke décrit le parti qui s’est constitué récemment sous le nom de parti des amis du roi ( King’s fiiends), et dont tous les efforts consistent à diviser, à annuler, à asservir au profit de la couronne les ministres ostensibles. C'est là, selon Burke , un système qui , sans violer directement la lettre de la loi , agit contre l’esprit de la constitution tout entière.
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« II est, dit-il , certains pouvoirs discrétionnaires qui sont » remis au roi parce que le roi seul peut les exercer utilement. » Mais c’est dans l’intérét des principes , dans l’intérêt du » pays que ces pouvoirs doivent être exercés , non selon le
» caprice, les intérêts, les préjugés de la cour Les lois
» sont la plus petite part du gouvernement. Constituez le » gouvernement comme vous voudrez , la plus grande part en » reste nécessairement attachée à l’exercice des pouvoirs con- » fiés à la prudence, à la justice des ministres. C’est de ces » pouvoirs que les lois elles-mêmes tirent leur usage et leur » force ; sans eux votre constitution existe sur le papier scub lement ; ce n’est point une constitution vivante , active , b efficace. »
Burke conclut de là que le peuple doit avoir autant d’action sur le choix des ministres que sur la confection des lois. Or, cette action existe-t-elle quand la majorité parlementaire est gagnée et que les ministres, faits et défaits au gré de la couronne , ne sont plus que les instruments passifs de toutes ses volontés?
« Non-seulement le système dont il s’agit frappe de parab lysie chaque nerf de la constitution , mais en même temps b il engourdit, il stupéfie le pouvoir exécutif tout entier. Par » lui le gouvernement devient incertain , languissant , inefflb cace dans toutes les grandes opérations. Par lui les minisb très n’osent tenter et sont incapables d’exécuter aucun b projet utile d’arrangement intérieur ou de politique étranb gère. C'est un système qui ne peut donner ni la sécurité des b gouvernements libres ni l’énergie des monarchies absob lues, b
Burke expose ensuite tous les inconvénients , tous les dangers qu’un tel état de choses entraîne nécessairement , et qui sc manifestent chaque jour tant au dehors qu’au dedans. Ainsi la cour craint la guerre, parce qu'elle sait que la guerre fait battre, le cœur du peuple et rend son asservissement plus
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difficile : aussi , pour éviter la guerre , n’ést-il pas de honte qu’elle ne subisse.
a Si, par hasard, un des ministres qui sont en scène pos- » sède ou affecte un peu de courage , cela fait peu ou point » d'impression. Les cours étrangères et leurs ministres, qui » ont été des premiers à découvrir cette invention d’une dou- » ble politique et à en profiter , ne tiennent point compte des » remontrances ministérielles ; ils savent que ces ombres de » ministres n’ont, en définitive , rien à faire, rien à résoudre. » C’est ainsi que la politique britannique est devenue la risée » des nations qui naguère tremblaient encore devant le pou- » voir de nos armes. »
Quant à l’intérieur, l’anarchie sans la liberté, la servitude sans la subordination , sont la conséquence inévitable du système. Ce qu’il y a pourtant de plus déplorahle, c’est qu'il vicie la Chambre des communes dans sou esprit , dans son essence ; c’est qu’il transforme en instrument servile de la cour la gardienne des droits populaires. C'est là la plus grande, la plus incurable des corruptions. Au lieu de se renfermer dans la forteresse ruinée de la prérogative, le pouvoir s’est logé au milieu même du Parlement, et là il fait tout ce qu’il lui plaît de faire. Plus que jamais il importe donc de veiller à la manière dont la Chambre des communes est composée et aux moyens qu’on emploie pour la conduire.
a Du côté de la cour se trouvent tous les honneurs , toutes » les places, tous les émoluments, en un mot tout ce qui peut » donner satisfaction à l’avarice ou à la vanité. A joutez-y, ce » qui, pour beaucoup de membres, est plus important encore, » le moyen de se constituer dans leur pays une position iné- » branlable au moyen de. petits services sans nombre rendus à » des individus. Supposez , d’un autre côté, une personne sans » liaison avec la cour et dans l’opposition. Pour elle-même, » point déplacé, point d’émoluments, point de titres; point » de promotions ecclésiastiques, civiles ou militaires pour ses
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» enfants, pour ses frères, pour ses parents. En vain une » réélection compromise a-t-elle besoin de quelques petits » emplois pour les enfants des maires , des aldermen et des » principaux bourgeois. Tout est pour le rival de cour. Celui- » ci peut faire aux dépens du public un nombre infini d'actes » de bienfaisance et de générosité. Il peut, quand il y a des » gens de guerre, assurer des dispenses de logement. Il peut » procurer des avantages dans le commerce et des remises de » peine. Il peut obtenir mille faveurs et éviter mille maux. Il » peut, tandis qu’il trahit les intérêts sacrés du pays, devenir » le bienfaiteur, le patron, le père, l’ange gardien de son » bourg. Le malheureux membre indépendant n’a rien à offrir » qu’un dur refus, une excuse pitoyable ou le triste aveu » d’un crédit sans espoir. Excepté sur sa fortune privée, qui » peut-être est égalée , excédée même par celle de son compé- » titeur de cour, il n’a aucun moyen de faire preuve de bonne b volonté ou de gagner un ami. Dans la Chambre, il vote toub jours avec une minorité découragée. S’il parle , les portes b sont fermées. Une troupe de fonctionnaires bavards s’en va » disant partout que tout ce qu’il veut , c’est d’avoir une place b à son tour... Peut-on concevoir un parti où l'accomplisse b meut du devoir soit plus difficile? Otez-lui la pauvre récomb pense de la popularité, et dites si le peuple pourra trouver b encore un seul homme pour le servir, b
Après ce morceau, qu’on croirait écrit en 1 8tr>, Burke conclut en déclarant que la Constitution est en péril , et « que la b lutte est entre le peuple et la couronne , agissant par une b Chambre des communes dont elle a fait son instrument. » Or, une telle Chambre renverse toutes les idées constitutionnelles.
« La vertu, l’esprit, l’essence d’une Chambre des communes b résident dans cette circonstance qu’elle est l’image Adèle des s sentiments du pays. Elle n’a point été instituée pour être un 8 contrôle wr le peuple, comme l’ont enseigné dernièrement
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» certaines doctrines basses et pernicieuses. Elle a été créée » comme un contrôle pour le peuple. D’autres institutions ont « pour but de réprimer les excès populaires, et je les crois » pleinement suffisantes. Si elles ne le sont pas, il faut les ren- » dre telles. Mais la Chambre des communes n’ayant point été » instituée pour maintenir l’ordre et la subordination est com- » plétement impropre à cet usage.... Un œil vigilant et jaloux » toujours dirigé sur les magistratures exécutives et judi- » ciaires , un soin inquiet de la fortune publique , une dispo- » sition qui approche de la facilité à recevoir les plaintes po- » pulaires , voilà ce qui caractérise réellement la Chambre des » communes. Mais une Chambre des communes qui fait des » adresses tandis que la nation fait des pétitions ; une Chambre » des communes pleine de confiance quand la nation est plon- » gée dans le désespoir, en bonne harmonie avec des minis- » très que le peuple déteste, qui vote des remercîments quand » l’opinion publique lui demande des accusations, qui est » pressée de donner quand la voix universelle lui dit de b compter, qui, dans toutes les querelles entre le peuple et » l’administration, prend parti contre le peuple, qui punit les » désordres, mais refuse même d’ordonner une enquête sur les » provocations qui les ont causés , c’est là dans la constitution » une chose monstrueuse et contre nature , c’est une corrup- » tion essentielle et cent fois pire que toutes les corruptions se- » condaires et partielles. »
Quand on lit tous ces passages, on est frappé de leur à-propos , et c’est un trait de plus dans la ressemblance si souvent signalée entre la seconde révolution anglaise et la nôtre. Comme Charles II, Louis XVIII , prince prudent et égoïste, préférait l’influence à la prérogative, la corruption à la violence et tâchait , sans trop de bruit , d’enlever à la France ses libertés. Comme Jacques II, Charles X dédaigna de tels moyens, et, confiant dans son droit , confiant dans sa force , se jeta ouvertement dans la lutte. Comme Jacques H encore, Charles X a
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péri avec sa prérogative , et , satisfaits de la victoire , nous n’avons, pas plus que les whigs en 1688 , pensé que le gouvernement personnel put renaître sous une autre forme, et s'établir par d’autres moyens. Aujourd’hui , comme les whigs après la révolution , nous commençons à comprendre que la violence n’est pas la seule ennemie des gouvernements libres , et que la corruption peut arriver plus sûrement au même but. Reste à savoir si, comme aux whigs , il nous faudra un siècle pour réparer notre faute.
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