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les libertés dont elle était naguère la personnification glorieuse? Comment la conservera -t- elle, si on la voit, pour la seconde fois depuis quarante ans et sans avoir la même excuse, déposer entre les mains d’un seul homme les droits qu’elle a conquis au prix de tant de dangers et de fatigues? Nul doute qu'alors les peuples comme les gouvernements ne se retirent d’elle, et qu'elle ne se trouve, au milieu du monde entier, sans alliés et sans appui.
De tout cela je conclus qu'il est puéril, absurde, de vouloir séparer la politique étrangère de la polirtique intérieure; j'en conclus que, nier la relation intime qui existe entre une conduite digne et ferme, au dehors, et une chambre indépendante et nationale, c’est nier le rapport de l'œuvre à l'instrument, de l’effet à la cause. Plus les circonstances deviennent graves, plus on a besoin de rendre au gouvernement représentatif toute son activité, toute sa vitalité, toute son énergie; plus on a besoin de evendiquer, de défendre, de fortifier la prérogative parlementaire, cette prérogative sans laquelle la Chambre élective serait dans notre constitution un rouage à peu près inutile; plus on a besoin aussi d’empêcher que la corruption ne s’infiltre dans les \eines du corps politique, et qu’elle ne livre la
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France amollie, épuisée, énervée, aux coups de l'étranger ou aux tentatives de la contre-révolution.
Pour ma part, en plaidant aujourd’hui la cause, un peu abandonnée, du gouvernement représentatif, je crois servir les intérêts de mon pays au dehors ; je crois aussi être fidèle à l'idée qui , depuis que je suis entré dans la vie politique, m’a constamment dirigé. Si , vers la fin de la Restauration, j’ai pris une part obscure, mais vive, à la lutte engagée entre la dernière dynastie et la France, ce n'était ni par ambition personnelle ni par haine contre la branche aînée , mais parce que je voyais la couronne déterminée à nous refuser les droits qui nous appartenaient. Si j’ai applaudi franchement à la révolution de juillet, et si , cette révolution faite, j’ai défendu avec quelque fermeté le gouvernement qu’elle a créé, c’est que, dans ce gouvernement, je voyais la réalisation des principes pour lesquels l'opposition nationale a si longtemps combattu. Le gouvernement représentatif vrai , voilà l’étoile sur laquelle j'ai toujours eu les yeux fixés, voilà le but vers lequel , par des moyens variables , j’ai tendu invariablement. Quand ce but cessera d’être le mien , je reconnaîtrai que j'ai changé; jusquelà , dans quelque camp que je me trouve, je croirai être très-conséquent , très-logique , plus conséquent
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et plus logique surtout que ceux avec qui j’ai quitté la majorité ministérielle, en 1838, pour défendre le gouvernement parlementaire, et qui, dès que cette majorité leur a offert le pouvoir, se sont empressés de le prendre pour le tourner contre la cause même dont ils s’étaient faits les champions.
Il est d’ailleurs , je suis prêt à le reconnaître , une partie notable du parti conservateur que leur conduite n’expose point au même reproche. Dans le parti conservateur, il est beaucoup d’hommes qui n’ont jamais aimé le gouvernement représentatif ni les institutions libérales ; il en est qui , une fois la dynastie changée, se sont tenus pour satisfaits et n’ont plus songé qu'à reconstruire à leur profit tout ce qu’une révolution populaire venait d’abattre : en votant comme ils votent , ceux-ci ne sont point inconséquents ; ipais ils sont , qu'ils me permettent de les en en avertir, bien aveugles et bien imprudents. L’an dernier, je m’entretenais des premières années de la révolution avec un des chefs du parti radical , avec un homme qui , en 1832 et 1834, combattait dans d’autres rangs que les nôtres, et je lui disais, ce que nous disons d’ordinaire, que, si depuis 1 830 la cause libérale est en déclin , on doit s’en prendre surtout à certaines tentatives violentes , à certaines tentatives
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qui , pendant cinq ans, ont imposé aux amis du gouvernement établi le devoir d’une énergique résistance. « Cela peut être vrai , nie répondit-il , pour vous et pour quelques-uns de vos amis; cela est faux pour la masse des hommes avec qui vous étiez alors associé : comparez ce qu’ils faisaient et ce qu’ils font, ce qu’ils disaient et ce qu'ils disent , et vous resterez convainpu que notre action , notre influence a été toute contraire à celle que vous supposez. Si quelques lois libérales, si quelques mesures nationales »
ont été obtenues pendant les premières années de la révolution, c’est à nous que vous les devez. Si , depuis six ans , au contraire , la contre-révolution va si vite, c’est que nous ne faisons plus peur. »
11 serait déplprable, honteux, funeste qu’il y eût quelque chose de fondé dans ce raisonnement !
Je n’ajoutQ qu’un mot. Quand, il y a un mois, je cherchais à faire sentir la nécessité d'un accord plus étroit, d'une union plus intime entre les diverses fractions de l’opposition, je ne pensais guère qu’un nouveau déchirement la menaçait et que le tiersparti était à la veille de renaître. On dit que l'opposition n’y perdra pas une voix, qu’elle en gagnera même par l’accession dp quelques membres de la
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majorité. Je crains fort que ce ne soit une illusion , et, dans tous les cas, quelques voix de plus ne compenseraient pas, à mon sens, le fâcheux effet d’une scission, cette scission fùt-elle plus apparente que réelle. Vers la fin du dernier siècle, les whigs firent aussi la faute de se diviser en quatre ou cinq fractions, ou connexions , comme on disait alors : il y avait la connexion Rockingham, Ja connexion Bedford, la connexion Grenville, la connexion Shelhurne, qui se réunissaient, qui délibéraient à part et qui, lorsqu'elles ne se querellaient pas entre elles, perdaient leur temps à négocier les unes avec les autres. Sait-on quel fut le résultat de toutes ces divisions? Ce fut d’assurer, pour bon nombre d’années, le pouvoir entre les mains de la couronne ; ce fut de retarder le triomphe du parti libéral et la défaite du gouvernement personnel. Le raisonnement et l’expérience s’unissent pour prouver qu’en France, comme en Angleterre, il n’en saurait être autrement. Est-ce là ce que l'on veut? Je suis loin de le croire, et c’est pourquoi j'espère, s'il en est temps encore, que les projets dont on parle n’auront aucune suite. Pour ma part, ce que j’ai vu depuis dix jours m’affermit dans mon opinion, et je ne veux ni ajouter ni retrancher un seul mot à ce que j’écrivais au mois de décembre dernier.
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L'opposilion a déjà l'avantage de se partager en quatre fractions distinctes , dont chacune a sa réunion séparée. C’est assez, ce me semble, pour assurer pleinement l’indépendance des opinions et pour permettre à chacun de s’associer , de se grouper selon ses aflinités naturelles. Aux quatre réunions existantes, en ajouter une cinquième, ce serait pousser loin l’amour du fractionnement et marcher à grands pas vers la dissolution de toute association politique.
Quoi qu'il en soit, je le dis sans hésiter, le temps des tiers-partis est passé, et une opposition qui voudrait ménager toutes les influences, cumuler toutes les chances , tendre la main à tous les partis à la fois ne serait pas une opposition véritable. Au dehors, au dedans, la France est arrivée à une de ces situations où il faut savoir se résoudre, et, la résolution prise , y persister fortement , constamment , sans se détourner à droite ou à gauche. Je suis plein de respect pour l'indépendance de chacun de mes collègues, et je ne demande point qu’ils arrivent aux mêmes solutions que moi. Ce que je demande, c’est qu’ils ne restent pas dans l'indécision, dans l’obscurité, dans le silence, et qu’ils disent nettement si l’état actuel leur parait bon, et, dans le cas con-
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traire, comment ils veulent l’améliorer. Ce qüeje demande , c’est qu’ils ne transportent pas le débat des grandes questiohs aux petites et dé l'ensertlble au détail, le sais qu'on affecte pour les questions purement politiques un grand mépris et qu’on a peu de chance d’être écouté quand, au lieu de parler des chemins de fer ou de la loi des douanes v on parle du gouvernement représentatif. N’ai-je pas lu, ce matin même, dans la correspondance ministérielle d’un journal de Bordeaux , que je venais d’improviser une brochure sur la corruption , afin de faire, tant bien que mal , diversion aux mariage^ espagnols et à la gloire de M. Guizot! Je dois avouer humblement que je ne suis pas si habile, et qtie j'avais commencé cet écrit avant qiie les mariages fissent grand brüit , avant que l’alliancë anglaise fût décidément rompüe , avant que l’Autriche eût mis la mairi sur Cracbvië, aVant que la gloire de M. Guizot fût à son comble, J’aUrais pu attendre, pour publier mon travail , des circonstances plus opportunes ; je ne l’ai point voulu , parce que c’eût été , Selon moi , sacrifier à tnoh amour-propre d’auteur mon devoir d’hoinme politique. Encore une fois plus les événeinents extérieurs Sont graves, plus la réforme du parlement me parait nécessaire, indispensable, nr-
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gente : quanti môme aucune des solutions que j’indique ne semblerait bonne, je me tiendrais pour satisfait si j’avais pu ramener quelques-uns de mes collègues à cette opinion.
Paris, ce 42 janvier 4847.