CHANTRE VL
Deux ans après l’é[)0<[ue où M. de Réiuusat traçait ce triste tableau, la Eranee libérale, ranimée, rajeunie, se relevait, se redressait et faisait, dans les collèges électoraux, preuve d'intelligence et de courage. Cinq ans après, elle en faisait preuve sur la place publique, et le gouvernement représentatif, corrompu d’abord, puis violemment attaqué, sortait vainqueur de la lutte.
Pourquoi, avec de la persévérance, avec de l’accord, ne ferions-nous pas aujourd’hui ce qu'ont fait l’Angleterre dans le dernier siècle, la France dans le siècle actuel? A côté des âmes basses, que toute puissance possède, il est, je le sais, des esprits faibles, auxquels le succès est nécessaire, et qui, s'il se fait trop attendre, se dépitent et se rebutent. Jamais de grandes choses ne se sont faites ainsi. Ce qui croît vite périt vite, et la nature, dans toutes ses créations, mesure le temps à l'importance de l’œuvre. Le gouvernement représentatif, dans ses conditions normales, est né en 181 i seulement, et ceux qui l'avaient mis au monde ont peu fait pour qu’il grandit et pour qu'il se développât. Il a grandi pourtant, il s’est développé, malgré eux , et , en s'échappant de leurs mains, il a fait acte de puissance. Depuis ce moment, il s'agite, il se débat au milieu des tentations, des corruptions qui l’assiègent, et, dans cette lutte stérile et dégradante, ses forces se consument et s’épuisent. Je crois sincèrement qu'il dépend de nous de les lui rendre.
APPENDICE
APPENDICE A
Il ne sera pas sans intérêt de trouver ici deux des articles que M. Thiers écrivit, à cette époque, dans le National, sur la grande question dont il s’agit. Ces articles , on ne doit pas l'oublier , étaient écrits sous un roi convaincu de son droit, jaloux de sa prérogative ; sous un roi qui croyait sincèrement, religieusement que Dieu seul lui avait donné la couronne et qu’il n’en devait compte qu’à Dieu ; ils étaient écrits en présence d’un parquet ombrageux et avec la perspective presque certaine d’un procès en police correctionnelle. Qu’on voie pourtant avec quelle netteté, avec quelle hardiesse la question est posée et résolue. Si ces articles paraissaient aujourd'hui , pour la première fois, dans le Constitutionnel ou dans le Siècle, nul doute que la presse ministérielle tout entière ne lançât contre eux les foudres royalistes ; nul doute que, dans un certain monde, l’auteur n’en fut signalé comme un ennemi du roi et de la monarchie.
Premier article.