CHAPITRE VJ
pas, ou si, le comprenant, elles hésitent encore, elles justifieront tous les reproches qu'on leur adresse, elles mériteront la défaite commune qui les attend.
Ma conclusion , c’est qu’au lieu de s’abandonner au cours des événements et des fantaisies personnelles, l'opposition , dès le début de la législature actuelle, doit adopter un plan de réforme et un plan de conduite dont elle ne dévie point ; c'est que, par sa persévérance et par son bon accord, elle doit relever les courages abattus , déjouer les manoeuvres souterraines, comprimer les dissidences artificielles ; c'est enfin qu'elle doit, par tous les moyens dont elle dispose, créer dans chaque département un centre d'activité politique, et faire ainsi parvenir sur tous les points du territoire ses intentions et sa pensée. A ce prix, la lutte légale est possible. Elle cesserait de l'étre , s’il plaisait à l'opposition de rester inactive et divisée.
Je le répète , en terminant cet écrit : le mal est grand ; si grand , que des hommes graves, et dont je respecte l'opinion , doutent qu’il puisse être guéri . Je prie ces hommes de se rappeler que le mal n’était pas moindre, en Angleterre, vers le milieu du dernier siècle, en France, de 1 824 à 1827. Dans un journal dont je m honore d’avoir été un des rédacteurs sous la Restauration , dans le Globe , je relisais dernièrement quelques lignes écrites par un de mes amis les plus chers , par le seul avec qui , depuis vingt ans, j’aie eu le bonheur de rester constam-
CONCLUSION
ment en communauté d’opinions et de sentiments : « H n'est rien, écrivait M. de Rémusat, en 1829, » que n'excuse maintenant, même aux yeux de tous » les partis, la crainte de se compromettre. La crainte » de ce danger s’avoue sans honte; la prudence est » devenue la première vertu ; la timidité même est » excusée. Une opinion toute pleine de lâcheté s’est » répandue; elle a gagné jusqu'aux âmes honnêtes. » Elle a dit à tous : Ménagez votre position. Triste » effet de l’ébranlement donné à tous les carac- » tères et à toutes les convictions, par quarante an- » nées de vicissitudes politiques! Triste effet de cet » amollissement moral que commencèrent la Terreur » et l’Empire, et que viennent d’achever les préjugés » de cour et les doctrines jésuitiques! De là est ré- » sullé un esprit de servilité dont je ne connais pas » d’autre exemple, parce qu’il s’allie avec le bon » goût et les belles manières, avec l’esprit, la vanité, » l’honneur même ; c'est un mélange de respect » pour la force et pour les convenances; c’est le pro- » duit de l'intérêt qui calcule et de la raison qui » doute, de la peur qui se ménage et de la médio- » crité qui s’humilie! Et, chose étrange, un tel avi- » lissement n'a ni l'allure, ni la renommée d’un vice. » Tout au contraire, on en fait cas, c’est un devoir » que le père recommande à son fils. L’expérience » le prêche à la jeunesse; l’indulgence seule excuse » parfois ceux qui y manquent , et le courage a be- » soin d'apologie et de pardon. »
itil