‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 4 sur 139 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

aiment le gouvernement représentatif de nouveaux devoirs, de nouvelles luttes sont donc imposés. En vain, pour échapper à ces devoirs, pour se dispenser de ces luttes, voudrait-on espérer que le mal est passager, superficiel, et qu’il s'usera avec le temps; tout prouve au contraire que le mal est profond , durable, et que le temps l’aggrave au lieu de le diminuer. 11 faut y porter un prompt remède, si l'on ne veut voir périr honteusement l’œuvre des soixante dernières années, le fruit de deux glorieuses révolutions. Au point où les choses en sont venues, il serait d’ailleurs insensé de rien attendre soit de la majorité parlementaire , soit de ceux qui la dirigent. C’est au pays qu'il convient de parler, au pays dont, à travers bien des erreurs, bien des défaillances, le foud est resté bon. Et, si l'on nous reprochait de faire ainsi appel à l’opinion du dehors contre l’opinion du dedans, au public contre la Chambre, nous répondrions, avec M. Guizot en 1821 , que c’est le droit et le devoir de l’opposition.

« Prétendre, disait alors M. Guizot1, que l’op- » position renferme dans l’enceinte des Chambres » ses intentions et son langage , qu elle n’agisse et » ne parle que pour reconquérir la majorité et in- » Huer sur les délibérations, cela est injuste et im- » possible. L'opposition, à tort ou à raison, n'im- » porte comment , est là en minorité ; elle est en

1 Des moyens de gouvernement et d'opposition, p. 332.

SITUATION

» minorité non dans une occasion et pour un jour, » mais d'une manière plus ou moins permanente. » Communément ses discours sont là sans vertu et » ses efforts sans succès. Il est donc dans sa nature » de prendre au dehors son point d’appui ; c’est là » qu’il existe, c'est de là qu elle attend la force et » peut la recevoir. Elle a droit d on chercher là. »

Ce qui était vrai en 1821, sous la royauté légitime et sous*ia Charte octroyée, l’est, à plus forte raison , sous une constitution dont la souveraineté nationale est le principe et sous une royauté que l’élection a créée.

Pour comprendre et juger sainement la situation actuelle, il faut d'abord se rendre compte de l’état général des esprits depuis quelques années. Peutêtre certaines faiblesses, certaines défections y trouveront-elles non pas une excuse, mais une explication.

Depuis soixante ans la France n'a cessé d'être agitée par des passions diverses et successivement dominantes. Sous nos premières assemblées, c’était le désir énergique de faire passer dans les institutions, dans le gouvernement les grandes idées de justice, de liberté, d'égalité dont la société était imbue; du temps de l'Empire, c'était l’amour de la gloire et de |a grandeur nationale; sous la Restauration, c’était la haine de l’ancien régime et un dévouement réfléchi à la cause libérale, à la cause des institutions représentatives; aujourd’hui c'est la soif

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