‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 5 sur 139 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ardente de la richesse et du bien-être. Renfermée dans une juste limite, la passion du bien-être est utile et légitime; il n'en est point de plus condamnable, de plus honteuse, de plus funeste quand la juste limite est dépassée. Sous l’empire de cette passion s’éteignent au cœur de l'homme les nobles sentiments, les aspirations généreuses qui l’élèvent au-dessus des autres êtres; sous l’empire de celte passion s’effacent ou s’obscurcissent dans son esprit les notions du bien et du mal, du juste et de l’injuste, et toutes les grandes idées qui, à toutes les époques, ont remué le monde: les idées de religion, de patrie, de liberté; sous l’empire de celte passion au contraire se développent sans mesure et sans frein les instincts brutaux de la nature humaine, ceux qui, dans la vie publique comme dans fa vie* privée , ne connaissent d autre loi que celle de I intérêt d autre attrait que celui des jouissances matérielles. Dune société ainsi abaissée, dégradée, corrompue, \ous n avez peut-être point a craindre les crimes ou les fautes héroïques de la Révolution et de l'Empire , mais gai dez-v ous d en attendre rien de grand , rien de bon, rien d honnête. Elle pourra trouver quelquefois que la fermeté au dehors rapporte plus que la faiblesse, et que la liberté au dedans est plus profitable que le despotisme. Mais si la fermeté fait courir quelque danger, si la défense des institutions libres entraîne quelque sacrifice, sovez certain qu aussitôt la fermeté sera flétrie du nom d'impru-

SITUATION

douce, la liberté du nom d'anarchie; soyez certain (|ue, pour conserver ou pour accroître son bien-être, elle courbera joyeusement la tète sous les humiliations et sous la tyrannie Dans une société où l'intérêt serait le seul mobile, c'est d'ailleurs en vain qu’on chercherait une de ces idées communes qui font la grandeur et la force des nations : les opinions réunissent en même temps qu’elles élèvent ; les intérêts divisent en même temps qu ils abaissent. Au lieu d’un peuple vivant tout entier de la même vie, on n'a donc plus que de petites aggrégalions égoïstes, qui se coalisent quelquefois entre elles pour avoir raison de l'intérêt public, mais qui sont toujours prèles à se retourner les unes contre les autres , dès que I intérêt public est vaincu : spectacle étrange et triste, dont personne ne s'étonne plus, parce que tout le monde y joue son rôle.

La société française en est-elle venue là? Je suis loin de le croire. Néanmoins, quelque douleur qu'on en éprouve, il faut reconnaître quelle est sur la pente. A la tribune et dans la presse on s'impose encore certains ménagements, et l'on garde quelque réserve; mais ailleurs toute hypocrisie cesse, tout voile tombe, et c'est le front levé, au grand jour, que I intérêt personnel marche, escorté de ses apôtres et de ses prédicateurs. Il faut voir alors avec quel sublime dédain il traite ceux qui sont assez niais pour conserver le souvenir do la Révolution , île l’Empire, de la Restauration même, et pour croire

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