CHAPITRE IV
loti
par leur vole que telle ou telle politique est digne et ferme au dehors, honnête et modérée au dedans. Aujourd hui , pour consolider le ministère nouveau , on leur demande de déclarer que la même politique est faible et liasse au dehors , violente et corruptrice au dedans. Que feront-ils? Ce n'est point là une question spéciale; et, depuis l'abolition du scrutin secret, il n’y a plus guère de vote silencieux. Encore une fois, que feront-ils? L'alternative est claire. Ou bien , fidèles à leur parti , à leurs précédents , on les verra sacrifier leurs places, renoncer à leur carrière , et, s'ils sont nombreux, jeter dans plusieurs branches de l’administration le désordre et l'instabilité; ou bien, transportant d'un parti, d’un système, d'un ministère à l'autre la banalité de leur dévouement, ils donneront le triste et honteux spectacle de trente à quarante députés sans opinion , sans conscience politique, que toute majorité possède, que tout ministère transmet à scs successeurs , comme un troupeau ou comme un mobilier! Croit-on que cela soit bon pour la Chambre, pour le gouvernement, poulies fonctionnaires eux-mêmes? Croiton qu’il ne vaille pas cent fois mieux , en leur fermant les portes du Parlement , mettre à la fois à couvert leur existence et leur dignité?
Des fonctions politiques et des fonctions non politiques, compatibles avec les fonctions de député, mais à condition : pour les premières, de rester soumises à toutes les vicissitudes ministérielles; pour les der-
nières, d'assurer à ceux qui les occupent l'entière liberté de leur vote ; puis, entre les unes et les autres, le principe d'incompatibilité rigoureusement appliqué à toutes les fonctions qui participent assez de la politique pour ne pas laisser une indépendance complète, assez de l'administration pour qu'il ne soit pas nécessaire de les quitter chaque fois que le ministère change, voilà, ce me semble, la pensée qui doit dominer tout le projet. Maintenant, la proposition de M. de Rémusat correspond-elle exactement à celte pensée? C'est, je le répète, ce qu'on pourra examiner, quand la Chambre voudra bien passer à la discussion des articles. Il suffit, quant à présent, que le principe soit nettement établi. .
J’arrive à la catégorie qui , soit dans la Chambre même, soit au dehors, a fait le plus de bruit et excité l'émotion la plus vive: celle de la maison civile . et militaire du roi. Pour qu’une proposition aussi simple, aussi légitime, aussi respectueuse ait rencontré tant de résistance et soulevé tant de colère , il faut que, depuis quelques années , en France, l’esprit courtisan ait fait de notables progrès. Pour ma part, je suis convaincu que, de toutes les incompatibilités , celle dont il s’agit est la plus juste et la plus nécessaire. On peut repousser le principe des incompatibilités ; on ne peut pas l’admettre sans que la maison du roi y prenne la première place.
La question de principe est facile à vider. D’après la Charte, il y a trois pouvoirs, dont chacun a ses