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THÉORIE DE LA PROLIFÉRATION

La reproduction des tendons se ferait, ainsi que l'ont soutenu MM. Ch. Robin et Guérin avec beaucoup détalent, par un travail semblable à celui qui a lieu dans un organisme vivant, c'est-àdire à l'aide d'un blastème dans lequel les éléments figurés prendraient naissance. Cette théorie histologique, d'abord présentée par Henle, puis professée en France par M. Lebert et défendue par Robin, formulée de nouveau en 1864 (1), était la théorie à laquelle nous avions adhéré nous-même, ef qui d'abord devait

(I) Robin, Jourtial d'anatcmie et de phymlogie. M64.

THÉORIE DE LA PROLIFÉRATION. i61

nous servir de guide dans les recherches que nous voulions entreprendre sur la régénération des tissus.

La section des tendons se prèle merveilleusement à cette étude, et c'est pour cela que nous avons pratiqué un assez grand nombre d'expériences sur le tissu tendineux. D'ailleurs leur composition anatomique, qui paraît fort simple, met, par la nature des résultats moins complexes, l'expérimentation à l'abri de l'erreur. Mais bientôt il nous a fallu changer d'avis ; à mesure que nous répétions nos expérimentations, nous avons dû abandonner notre idée première et nous rattacher à la prolifération des éléments anatomiques, comme éléments de reconstitution du tendon divisé. Suivant cette théorie professée par Remak, Tucker, Kôllikeret Donders, et à laquelle une grande partie des histologistes allemands se sont ralliés, les éléments de notre organisme ne naîtraient point d'un blastème primitif, mais bien de la prolifération des éléments eux-mêmes. Voici d'ailleurs quelques passages empruntés à Kôiliker (1), où ces idées se trouvent exprimées beaucoup mieux que je ne pourrais le faire (2) : « Tant que régna l'opinion de Schwann et de Scheilden, d'après laquelle les cellules se forment librement dans les substances interstitielles du corps, l'histologie devait accorder une importance très-grande à la substance et aux particules naturelles figurées qui s'y rencontrent (granulations, vésicules, noyaux libres en apparence) ; dès lors il semblait rationnel do prendre cette substance comme point de départ de toute l'élude.

Mais il a été démontré que le mode de formation des cellules n'existe point et qu'au contraire tout l'organisme provient en série non interrompue représentée par l'œuf ; les substances interstitielles passent donc au second plan et il devient plus naturel de faire de la cellule le point central de la description des éléments anatomiques. « Relativement (3) àla formation libre des cellules, les recherches

(1) Klôliker, Traité d'histologie^ p. 72.

(2) Id., HAd.

(3) Id., ibid.f page 26.

Dbmabquât. " Régénérations»

dues aux successeurs immédiats de Schwann ont déjà fortement ébranlé rédifice ingénieusement élevé par cet anatomiste, et de nos jours, grâce surtout aux efforts de Yirchow, les derniers supports de cet édifice ont été brisés, de sorte qu'aujourd'hui la multiplication des cellules doit être considérée comme la seule réelle.

« Un tendon un cartilage, ne sont formés, dans l'origine, que de cellules, et c'est la disposition et le mode de croisement de la cellule qui déterminent la forme propre que présenteront plus tard les organes. Jamais ceux-ci ne croîtront par leur substance interstitielle, ce sont toujours leurs éléments figurée qui leur tracent la voie qu'ils suivront et qui manifestent aussi nettement toute l'importance de leur influence déterminante (1). »

Les idées des histologistes modernes ont été adoptées par Yirchow et appliquéesàTétude de l'histologie pathologique (2). Voici en effet quelques passages qui rendent parfaitement la pensée de l'auteur.

a Du moment où je fus en droit de soutenir qu'il n'est aucune partie du corps qui ne possède des éléments cellulaires ; lorsque je pus démontrer que les corpuscules osseux sont de véritables cellules en nombre tantôt moins, tantôt plus considérable, dans les points les plus divers du corps humain, on eut ainsi des germes qui rendaient compte du développement éventuel des nouveaux tissus; en effet, le nombre des observateurs augmentant, il fut de plus en plus démontré que la plus grande partie des néoplasies du corps humain proviennent du tissu conjonclif ou de ses équivalents. Les néoplasies pathologiques qui n'entrent point dans cette classe sont peu nombreuses ; ce sont d'un côté les formations épithéliales, d'un autre côté celles qui ont des relations avec les tissus animaux plus élevés, les vaisseaux par exemple. Ainsi avec quelques restrictions peu importantes, nous pourrons restituer d la lymphe plastique^ au blastème des uns, F exsudât des autres^ le tissu conjonctif avec ses équivalents, et vous pouvez le regarder comme le tissu germinatif

(1) Kôlliker, Traûé d: histologie, page 503.

(2) Virchow, Pathologie cellulaire^ page 334.

RÉSULTATS DES EXPÉRIENCES PRATIQUÉES SUR LES ANIMAUX. i63

par excellence du corps humain et le considérer comme le point de départ relier du développement des parties nouvellement formées.

« Ce fut seulement lorsque l'existence des éléments cellulaires du tissu conjonclif fut démontrée qu'il fut possible d'expliquer, par ce tissu riche en germes et se trouvant dans tous les points de l'économie, comment des développements semblables pouavient se faire dans les organes les plus divers (2). »

Maintenant, nous savons que le tissu conjonclif ou ses équivalents existent dans le cerveau, dans le foie, dans les reins, dans les muscles, dans les cartilages, dans la peau, etc. : il n'est donc plus difficile de comprendre que dans ces organes si différents on puisse voir se développer un produit pathologique de même nature; on n'a plus besoin d'un blastème spécifique déposé dans ces parties, mais seulement d'une irritation analogue portant sur le tissu conjonctif des endroits les plus divers.

ARTICLE VII

Les expériences auxquelles nous nous sommes livré sont extrêmement nombreuses; elles s'élèvent à 40 pour le tendon d'Achille et à 1 5 pour le tendon rotulien .

Nous avons eu grand soin, dans toutes nos expériences, de fournir une abondante nourriture à nos animaux et nous nous sommes aussi entouré de toutes les précautions nécessaires pour éviter toute efiTusion sanguine qui aurait pu épuiser l'animal et nuire ainsi au résultat que nous désirions obtenir.

Aussitôt la ténotomie pratiquée, il se produit une rétraction

(I) KôUiker, Traité d'histologie^ page 342.

considérable du bout supérieur du tendon ; j'ai généralement sectionné le tendon d'Achille droit afin de mieux éviter toute section d*artères et de veines ; cela fait, un peu de coUodion venait boucher la petite plaie faite au 'tégument pour le passage du ténotome, et un petit bandage comprimait légèrement le membre opéré.

Les phénomènes qui se produisent ultérieurement ont été décrits avec soin par tous les expérimentateurs : Held, Duval, Bouvier, Guérin, Joberl et nous-même en 1862.

Au bout d'un certain temps après la section, on voit la gaine tendineuse se vasculariser, la fluxion produite par la ténolomie amène un peu d'infiltration séreuse et quelquefois un peu d'infiltration sanguine de la gaine elle-même et du tissu périphérique. Bientôt la gaine s'épaissit, surtout vers ses extrémités, et, petit à petit, l'aplatissement qu'elle avait éprouvé au moment de l'opération diminue, quelquefois même, au lieu de cet aplatissement, la gaine est

comme remplie et distendue : c'est ce qui a lieu lorsqu'il s'est fait unépanchement sanguin dans son inlérieur. Toujours est-il que du cinquième ou du dixième jour, un travail d'organisation se fait dans l'intérieur de la gaine, et les éléments consécutifs du nouveau tendon prennent de la consistance ; la résorption do la sérosité et du sang épanché autour du tendon se fait et la* nature travaille activement à l'accomplissement de son œuvre, car du dixième au vingtième jour, le tendon est reconstitué. Mais il reste maintenant à étudier ce qui se passe dans l'intérieur de la gaine elle-même, d'abord à l'œil nu, puis au microscope, afin d'avoir une idée nette du phénomène.

Observation I". — Le 9 février 1 869, on fait la ténotomie sur un lapin vigoureux.

Trois jours après l'opération, voici ce que l'on trouve. (Vb/r planche I,nl, fig. 1.)

Au premier abord, le côté que l'on a opéré ne présente rien de particulier; mais si l'on vient à disséquer la peau, on s'apergoit qu'il existe dans le tissu cellulaire sous-cutané une infiltration

séro-sangainolente. On voit le trou qui a été fait à la gaine au moment de l'opération et l'on remarque h travers la gaine les deux extrémités du tendon rétractées. La cavité de la gaine est remplie et n'est plus affaissée comme après Topération.

Elle est remplie par un caillot sanguin et quand on fend la gatne, on constate un épaississement bien notable de ces mêmes parois auxquelles le caillot adhère fortement.

Observation II. — 2 août 1868. Lapin gris-noir bien portant. Section du tendon d'Achille droit; l'animal est sacrifié 4 jours après l'opération ; vascularisation considérable de la gaine et du tissu conjonctif ambiant. Gaine affaissée dans l'intervalle compris entre la rétraction du bout du tendon ; écartement de 4 centimètres, épaississement de la gaine, surtout marqué à l'extrémité tendineuse dans la cavité de la gaine; sérosité qui s'est écoulée après l'incision; couche gélatineuse confondue avec la gaine et tapissant sa surface interne.

Observation III. — 1" septembre 1868. Section du tendon d'Achille droit; animal sacrifié 4 jours après.

Autopsie. Pas de sang épanché sous la peau. Léger pointillé sur la gaine tendineuse entre les deux bouts, écartement de 3 cent. 1/2. La partie comprise dans cet écartement se distingue nettement des deux bouts par son épaisseur moindre, sa coloration rosée, sa consistance gélatineuse. Celte portion intermédiaire étant fendue suivant son grand axe, on voit alors une cavité limitée par les deux lèvres de la gaine. Celles-ci sont épaissies ; au fond de la gaine ouverte, on voit une malière demi-fluide colorée fortement en rouge par un peu de sang, surtout à la partie inférieure, près de l'extrémité sectionnée.

Observation IY. — Le deuxième lapin, qui avait étéopéré le 9 février 1869 est sacrifié le 15 du même mois, 6 jours après avoir été opéré. (Voir planche 1, lîg. 2.> *

Voici les résultats de Texpérieuce : la peau ordinairement très-

mobile chez le lapin, est beaucoup plus adhérente à l'endroit de la section tendineuse.

Pendart la dissection de la peau, on rompt des vaisseaux qui donnent une petite quantité de sang. Au voisinage de la ponction de la gaine, le tissu cellulaire est encore infiltré de sérosité.

On aperçoit à travers la gaine les deux extrémités du tendon.

La gatne n'a déjà plus la même teinte, elle n'est plus blanche, elle est de couleur rosée. De plus elle est très-épaissie. On ne distingue plus le point par lequel elle a été ponctionnée. On constate parfaitement qu'à l'intérieur il existe une matière comme gélatineuse et demi- transparente très-adhérente à la gaine qui est trèsépaissie surtout dans son point de contact avec le tendon rétracté.

A la surface interne, dans le point oîi elle a été ponctionnée, il y a encore un peu de sang infiltré.

La substance demi-transparente et comme gélatineuse qui est si fortement adhérente à la gaine ne s'enlève pas par le raclage.

Observation Y. — Lapin opéré le 8 mars. Sacrifié le 16 mars. (Voir planche I, fig. 3.)

Le tissu cellulaire sous-cutané est infiltré de sérosité. La plaie faite à la gatne tendineuse est parfaitement cicatrisée. On sent à travers la gatne épaissie, l'espace vide laissé par la rétraction tendineuse et on constate également une tuméfaction de la partie inférieure du tendon. La gatne étant incisée, on constate qu'elle a subi un épaississement considérable s'étendant au-dessus et audessous des extrémités tendineuses rétractées. C^tte gaine est trèsvasculaire, à son centre il existe une très-petite cavité remplie de sérosité. Cette gaine tendineuse très-épaissie se sépare parfaitement du tendon inférieur, excepté dans le point de section où elle est confondue très-intimement avec celui-ci par suite de la prolifération de cette extrémité tendineuse.

Observation VI. — Lapin gris, opéré le 13 février 1869. Sacrifié le 23 du même mois, 10 jours après l'opération.

Lors de l'opération, il y a eu une hémorrhagie arrêtée par une

simple occlusion de la plaie au moyen du coUodion. ( Yoir planche T, fig. 4.)

Il n'existe plus d'infillration séreuse entre la peau et la gaine et on ne retrouve pas Tendroit où la gaine a été ponctionnée. La gaine est très-vasculaire et les deux extrémités du tendon rétractées présentent un gontlement appréciable à la vue.

Le teudoD parait recoustitué, mais il est un peu moins volumineux qu'à l'état normal. La gatne incisée au niveau du nouveau tendon est complètement confondue avec celui-ci, landts qu'on la sépare facilement du tendon rétracté.

Le tendon nouveau a 3 centimètres d'étendue ; quoique parfaitement reconstitué quant au volume, il présente un aspect très-différent du tendon primitif. L'ancien tendon est d'un blanc nacré, l'autre d'un blanc grisâtre. On trouve au centre du tendon nouveau de petits foyers sanguins, qui ne sont pas encore résorbés.

En disséquant la gaine qui recouvre l'extrémité supérieure du tendon rétracté, on constate que cette gaine est épaissie et se détache parfaitement du tendon ancien, mais, arrivé au niveau du tendon primitif, on voit de la manière la plus évidente que le tendon nouveau est constitué par la gaine elle-même.

Observation YII. — 6 août 1868. Lapin noir et blanc. Section sous-cutanée du tendon d'Achille droit. L'animal est sacrifié après 12 jours.

Autopsie. Tissu cellulaire sous-cutané épaissi, très-vasculaire, se confondant intimement avec la gaine, confondue elle-même avec le nouveau tendon ; en fendant celui-ci dans toute son étendue, on coQstate qu'il est beaucoup moins épais qu'aux extrémités où il se confond intimement avec le tendon ancien rétracté. Ces extrémités, grâce à l'épaississement de la gaine et du tendon, présentent un volume beaucoup plus considérable ; en divisant perpendiculairement le nouveau tendon et l'ancien, on 'voit nettement leur ligne de séparation ainsi que leur fusion. Écartement de 3 centimètres entre les deux bouts rétractés. Le nouveau tendon est

cl*uQ blanc rosé transparent, paraissant encore vasculaire ; dans son intérieur on voit des traces d'hématine et d'hématoïdine qui ne sont pas encore complètement résorbées.

Observation VIII. — Le lapin gris ténotomisé le 13 février 1869, a été sacrifié le 14 mars. (Voir planche I, fig. 5.) Après 28 jours d'expérience voici ce qu'on a constaté : le lapin est parfaitement bien portant et le tendon est très-bien reconstitué, mais il n'a pas l'aspect nacré des deux extrémités du tendon ancien, avec lesquelles d'ailleurs il se confond très-intimement. De plus son volume est beaucoup moins considérable.

Il existe encore de.pelils foyers sanguins, au centime de ce nouveau tendon.

Si on cherche à Tisoler de sa gaîne, on remarque, contrairement à ce qui existe dans l'état normal, que cette gaine est confondue avec le tendon de nouvelle formation.

Observation IX. — 18 août 1868. Lapin gris foncé. Section du tendon d*AchiIle, côté droit; sacrifié 15 jours après Topération. Autopsie. Écartemenj de 5 centimètres entre les deux bouts; ceuxci renflés en massue à leur extrémité se confondent insensiblement avec le tendon de nouvelle formation. Celui-ci, bien moins volumineux que l'ancien, est vasculaire, surtout à sa partie supérieure. La gatne tendineuse est intimement unie et fondue avec le néotendon. Ce n'est que par une dissection artiHcielIe que Ton parvient à détacher de chaque tendon une lamelle représentant la gaine.

Observation X. — 30 mars 1868. Lapin gris fort. Section du tendon d'Achille de la patte gauche.

L'animal est sacrifié 37 jours après la section.

Autopsie. Section du tendon d'Achille, entre les deux bouts do la section ; écartement de 5 centimètres représentant par conséquent la longueur de la portion régénérée. Ce tendon nouveau est homogène; nullement fascicule. Cette disposition est encore plus nette au microscope.

Nous avons étudié précédemment les phénomènes externes qui se

passent au moment de la section du tendon, voyons maintenant ce qui se produit dans l'intérieur de la gatne.

Par suite de la déchirure des lamelles du tissu conjonctif de la gatne qui lunit au tendon et par suite de la lésion de celle-ci, il se fait un épanchement sanguinolent dans l'intérieur de cette gaine qui s'unit avec le tissu cellulaire qui la tapisse; quelquefois répanchement est plus considérable; et alors, il se forme un

véritable caillot ; quoi qu'il arrive, la gaine s'épaissit d'abord par l'infiltration du liquide qui la pénètre et surtout par le développement de la face interne. Déjà au troisième ou quatrième jour, on trouve à la surface interne de cette gatne, une matière jaunâtre, glutineuse, non encore adhérente au tendon divisé, quoique ce soit généralement aux deux extrémités du tendon que le développement marche avec le plus de rapidité. S'il y a peu de sang épanché, on trouve dans le canal constitué par la gatne, un peu de sérosité qui s'écoule quand on vient à l'ouvrir; si, au contraire, le sang s'est écoulé en certaine quantité, il s'est organisé un caillot contenu de toutes parts par l'hyperplasie du tissu conjonctif intérieur de la gatne. Si en effet à cette époque on sacrifie les animaux, on constate que la matière jaunâtre dont nous parlions plus haut, tomenteuse, plus ou moins colorée par le sang et que beaucoup de personnes et nous-mème avions prise pour de la lymphe plastique, est intimement adhérente à la gatne tendineuse ; le lavage de cette nouvelle substance, l'incision de la gatne, démontrent nettement qu'elle natt de la surface interne de cette gatne, qu'elle en est une émanation qui va sans cesse en augmentant et qui, se confondant intimement avec les deux bouts du tendon divisé, va agir puissamment sur le caillot sanguin et favoriser l'absorption ; c'est ce que l'examen microscopique nous a démontré. Quant à l'union intime delà masse nouvelle avec le tendon, pour les bien comprendre, il faut se rappeler les phénomènes de nutrition qui se passent au sein du tissu fibreux et connaître par conséquent la texture anatomique des tendons.

Mais, dira-t-OD, si la gaine du teodon et le tendon lui-même, prolifèrent ainsi, et si, grâce à cette prolifération, ils reconstituent un nouveau tendon, il faut que celte prolifération soit démontrée en dehors des conditions dans lesquelles je me suis placé, c'està-dire au contact de l'air. Si la prolifération est réellement la cause première de la réparation et de la reconstitution du tendon, ce phénomène doit être général et s'accomplir dans toutes les circonstances oîi une cause irritante viendra agir sur la gaine tendineuse et le tendon lui-même. C'est précisément ce qui a lieu, ainsi que je l'ai fait voira mon savant et vénéré maître, M. Cloquet, qui a bien voulu suivre mes expériences. Que l'on ouvre la gaine du tendon d'Achille et qu'on l'isole dans une certaine étendue, par un corps étranger, et bientôt Ton verra les éléments celluleux du tendon proliférer, comme nous le montrerons plus loin ; que Ton fende la gaine, que Ton enlève le tendon et qu'on le maintienne au contact de lair, le tendon se reformera dans des conditions moins heureuses, mais il se reformera comme si l'opération avait été faite en dehors du contact de l'air.

OfiSERVATioN XI. — Le lapin blanc et noir, opéré le 14 février 1869, a étésacriGé le 4 mars.

L'opération avait consisté à mettre le tendon à nu après l'avoir bien isolé de sa gaine. [Voir planche H, fig. 6, 7 et 8.)

On avait de plus interposé une bandelette de diachylon pour empêcher la gaine de se recoller au tendon.

Voici ce qu'on constate après 18 jours. Dans le point où le tendon a été dépouillé de sa gaine, il y a une masse fongueuse, demitransparente et très-vasculaire qui résulte de la prolifération du tissu cellulaire adhérent au tendon.

Si on fend cette masse fongueuse et le tendon auquel elle adhère, on voit qu'elle se continue avec le tissu cellulaire qui sépare les faisceaux tendineux.

Observation XII. — Un. lapin fort et vigoureux a été mis en expérience le 14 février 1869. La gatne du tendon d'Achille a été

ouverte dass Télendue de 2 centimètres, et à 21 millimètres le tendon a été réséqué. (Voir planche 11^ fig. 9, et planche III, fig. 9 et 10.)

L'animal, très-bien portant, a été sacrifié le 21 mars 1869, c'està-dire, au bout de 35 jours. On constate que les deux bouts du tendon rétracté mesurent une étendue de 5 centimètres et que dans toute cette étendue un tendon très-beau, très-fort s'est reconstitué aux dépens de la gaine ouverte et mise au contact de Tair.

Le tendon nouveau, dans son point d'adhérence avec le tendon ancien, présente un épaississement notable. C'est dans ces deux points qu'il é^t le moins étendu.

Une gaine de nouvelle formation, composée de matière celluleuse, existe autour du tendon. Mais elle est tellement confondue qu'il est impossible de l'en séparer.

Je n'ai point borné mes observations au tendon d'Achille, j'ai pratiqué encore un certain nombre de sections du tendon rotulien, et j'ai pu étudier son mode de régénération ; cette étude nous a paru intéressante, car le tendon rotulien n'est point contenu dans une gatne constituée comme le tendon d'Achille. Voici donc les principales modifications que l'on observe dans ce cas particulier. L'atmosphère celluleuse qui entoure le tendon rotulien s'organise, les lamelles du tissu cellulaire augmentent de volume, prennent un aspect gélatineux au bout de quelques jours, et c'est aux dépens de cette gaine qui rétablit la continuité des deux bouts du tendon divisé, que le nouveau tendon se reproduit par suite du travail de multiplication ou de prolifération des éléments. Cette constitution primordiale d'une gaine explique parfaitement la lenteur de la reproduction du tendon rotulien chez l'homme et les animaux.

Observation XIII. — Lapin. Section du tendon rotulien. Autopsie après 4 jours.

Épanchement sanguin sous-cutané considérable. Écartement de 2 centimètres entre les deux bouts ; ceux-ci sont réunis par une lame celluleuse qui enveloppe l'articulation du genou au niveau de la

i72 . RËGfiiNËRATION DES TENDONS.

section. On ouvre la gataecoUuIeuse; elle est épaissie par une matière demi-liquide (rès- fortement colorée par le sang; au-dessous d'elle, le coussinet adipeux qui tapisse la face interne de l'ariicle est infiltré de sang et perd son aspect jaunâtre normal ; il est devenu gélatineux, les condyles du fémur sont intacts; le peu d'épanchement sanguin qui existe, semble ramassé dans l'intervalle qui sépare les surfaces articulaires au niveau du ligament voisin et du tissu adipeux qui l'enveloppe.

Observation XIV. — Lapin. Section du tendon rotulien.

Autopsie 7 jours après Texpérience.

Écartement de 2 centimètres entre les deux bouts ;^ ceux-ci sont réunis par la lame celiuleuse qui, normalement, enveloppe la totalité de la capsule fibreuse de l'articulation, mais cette lame diffère totalement, dans la partie comprise entre les deux bouts, par sa couleur, son épaisseur et sa densité. Elle est d'un rouge violacé dû h l'épanchement sanguin qui s'est fait dans l'épaisseur et au-dessous de la gaine celiuleuse. Son épaisseur est au moins triple des parties saines environnantes, sa densité est celle du tissu gélatineux, sa face profonde, au niveau de l'interligne articulaire, est tapissée par le coussinet adipeux lui-même, épaissi et infiltré de sang. Enfin les deux bouts du tendon se continuent brusquement avec la masse cellulaire interposée; un peu d'épanchement sur les surfaces articulaires, surtout au niveau du ligament croisé.

Observation XV. — Lapin. Section sous-cutanée du tendon rotulien au niveau de son insertion au tibia, application de coUodion ; lapin sacrifié 14 jours après la section.

Entre les deux bouts, distance de 2 centimètres et demi dans la flexion, et de 1 cent, et demi dans l'extension; on constate, une production membraneuse d'aspect séreux, en rapport, en dehors, avec le tissu cellulaire, en dedans, avec l'articulation ; sa surface externe est lisse et polie, l'interne rouge et bourgeonnée : on constate un peu de sang épanché entre lès surfaces articulaireSi dans les parties profondes distinctes, entre les ligaments croisés.

Observation XVI. — Lapin. Section du tendon rotulien. Autopsie après 25 jours.

La patte gauche présente un tendon rotulien long de 4 centimètres dont deux centimètres et demi pour la partie reproduite entre les 2 bouts sectionnés ; la partie nouvelle est épaisse, lisse en dehors, bourgeonnée et rosée en dedans; il n'y a point d'épanchement interarticulaire. Le tissu nouveau ne ressemble pas au tissu tendineux ancien, il est opalin, non transparent, légèrement rosé. Le tendon du côté opposé, sain, est blanc nacré, long de 2 centimètres.

Observation XVII. — Lapin. Section du tendon rotulien. Aulopsie après 37 jours. Le tendon nouveau a 5 centimètres, dont 2 centimètres et demi pour la partie régénérée, mais non encore complètement tendineuse. Le nouveau tendon est divisé en deux suivant sa longueur ; une moitié a été desséchée pour être soumise à un examen ultérieur. La partie du tendon sain, ancien, donne des cellules avec prolongement suivant leur grand axe, disposées en séries parallèles. Une partie du tendon nouveau donne des cellules en tout identiques aux cellules du tendon sain, sauf leur disposition essentiellement irrégulière. Le tendon nouveau s'effile sans dilacération, tandis que le tendon sain se dilacère. Les fibres du tissu sain, entre lesquelles sont interposées les cellules, sont disposées en faisceaux serrés, les uns parallèles, les autres entre-croisés.

Traité par C^H^O*, le tendon sain contenant plus de fibres de tissu cellulaire et moins de substance amorphe interposée, disparaît totalement à la vue. Le tissu nouveau, plus riche en substance amorphe, est encore visible après l'action de l'acide.

Observation XVIil. — Lapin. Section du tendon rotulien delà patte gauche.

L'examen est fait après 42 jours; on constate alors la formation d'un nouveau tendon, dont 3 centimètres appartiennent à la régénération. Ce tendon est fort bien constitué.

Observation XIX. — Section du tendon rotulien.

Autopsie 50 jours après l'opération. Régénération du tendon long

de 11 millimètres. Il présente une transparence qui contraste avec l'opacité (le la portion ancienne. La dureté est fibro-cartilagineuse.

ARTICLE VllI

ÉÏIDE MlCHOSCOriQL't:.

11 nous restait, pour accomplir notre démonstration, h recourir à Tétude microscopique du phénomène. Cette étude était d'autant plus précieuse, qu'en France, du moins depuis l'apparition des idées nouvelles professées en Allemagne, aucune étude suivie du sujet n'avait été faite. C'est ce que nous avons entrepris avec l'aide de M. Bouchard, jeune agrégé très-distingué auquel je suis heureux de témoigner ici toute ma reconnaissance pour l'appui qu'il m'a prêté dans mes observations microscopiques.

Laténotomie étant une opération très-simple, on a rarement l'occasion de faire l'autopsie de sujets ayant succombé à la suite de cette opération. Quand cela a lieu, c'est toujours une maladie intercurrente qui survient et enlève l'opéré. Cependant il existe un certain nombre de faits empruntés à divers auteurs; nous avons essayé en outre de combler les quelques lacunes qu'une observation trop peu fréquente avait laissées subsister, en expérimentant sur des animaux, et ce sont les résultats que nous avons obtenus qui ont été énumérés ci-dessus.

Deux jours après la section tendineuse, on voit, h la face interne de la gaîne, une substance molle, gélatineuse, infiltrée de sérosité, tellement adhérente à la gaîne qu'elle paraît faire corps avec elle et qu'elle ne s'en sépare par aucune ligne de démarcation précise.

Un fragment de cette substance enlevé avec des ciseaux courbes et examiné h l'état frais, montre des faisceaux de tissu lamineux, des vaisseaux et des fibres élastiques; l'existence de ces éléments à une période aussi peu avancée prouve qu'il s'agit là d'un tissu

préexistant. Ces éléments, en effet, ne peuvent être autres que ceux de la gatne dissociés en quelque sorte par le gonflement des couches les plus internes de la gaine inflllrée de sérosité.

On voit déplus avec les éléments indiqués plus haut, un nombre considérable de cellules sphériques de 0,008ià 0,010 millim. de diamètre, très-régulières, extrêmement transparentes, tellement qu'on ne peut les reconnaître, au milieu des autres éléments, qu'avec une très-grande attention. Sur les bords de la préparation, ces éléments étant mis en liberté et nageant dans la sérosité, sont plus facilement reconnaissables. Leur contenu parait homogène ; quelquesuns cependant, renferment déjà quelques granulations graisseuses. Si l'on ajoute de l'eau à la préparation, ces cellules se gonflent en conservant leur forme parfaitement sphérique ; leur transparence parait encore augmenter etbientôt on découvre, dans leur intérieur, un noyau ovoïde ou deux noyaux qui sont à peu près sphériques. L'addilion d'une solution légère d'acide acétique fait apparaître de suite ces noyaux en les rétractant un peu, et l'action de ce réactif ne tarde pas à faire disparaître l'enveloppe cellulaire. Quel que soit le réactif employé, eau ou acide acétique, on reconnaît toujours que les granulations graisseuses qui existaient dans quelques-unes de ces cellules étaient extérieures au noyau.

Le jour suivant, ces cellules, sans être plus nombreuses, sont beaucoup plus évidentes par suite de leur répléiion par d'abondantes granulationsgraisseusesquileur donnent l'apparence mûriforme des corps de Glilge, dits aussi corps granuleux de l'inflammation. Ces cellules sont évidemment des leucocytes. Quelle est leur origine? Sont-ce les globules blancs du sang extravasé qui, par leur mouvement amiboide, auraient quitté le caillot et se seraient insinués entre les éléments de la gaine tuméfiée? Sont-ce des globules blancs en circulation dans les capillaires do cette gaine, qui sôus l'influence de l'état de conjonction do ces vaisseaux en seraient sortis suivant le mécanisme indiqué par Cohnheim? Sont-ce, au contraire, des éléments cellulaires résultant de la prolifération des corpus-^

ne RÉGÉNÉRATION DES TENDONS.

cules coDJonctifs de la gaine? Peut-on admettre enfin, suivant certains auteurs, qu'ils n'auraient pour origine, ni le sang, ni les éléments conjonctifs et qu'ils se seraient développés de toutes pièces au sein et aux dépens du plasma qui infiltre la gatne et jouerait ainsi le rôle d'un blastème? En réalité, aucune de ces hypothèses n'est démontrée, et si nous avons quelque tendance à croire que ces cellules sortent des vaisseaux par un procédé ahalogue à celui que M. Gohnheim a observé chez les batraciens, dans la congestion provoquée mécaniquement , il faut dire que les autres hypothèses ne sont pas rigoureusement cOntrouvées. Celle qui peut cependant être considérée par beaucoup comme la plus vraisemblable, celle qui fait dériver ces cellules des éléments du tissu conjonctif, nous parait pourtant inexacte parce que, à une époque rapprochée de la lésion, les éléments du tissu conjonctif qui ont déjà proliféré, ne présentent cependantpas les éléments intermédiaires qui pourraient servir de transition entre les corpuscules fusiformes et étoiles et les cellules granuleuses. Notons aussi dans la sérosité qui baigne le caillot et à la surface de la substance gélatineuse, l'existence de flocons très-transparents, qui sous le microscope ont un aspect très-filamenteux ou onduleux, et qui gardent ce caractère même après l'action de l'acide acétique ; particularité qui nous a fait supposer que dans ces conditions d'irritation, la gaine sécrète une substance analogue à celle que Ton rencontre assez souvent à la surface de la synoviale articulaire enflammée, et qui parait être de la mucine.

C'est par des coupes longitudinales, pratiquées perpendiculairement à la surface, sur des gaines préalablement desséchées, qu'on peut apprécier exactement les modifications que subissent les cor«puscules conjonctifs, modifications dont on peut suivre l'évolution des parties profondes aux parties les plus internes de la substance gélatineuse. On reconnaît aussi sur ces préparations que les éléments fibreux, lamineux ou élastiques, qui se trouvent môme dans la portion la plus interne de cette substance gélatineuse, sont

bien des dépendances de la gaine ; de telle sorte que la masse gélatineuse en question doit être considérée non comme un exsudai ou un produit de sécrétion déposé à la surface interne de la gaine, mais comme un gonflement des couches les plus internes de celte dernière, gonflement qui résulte à la fois de rinfiltration séreuse du tissu, de l'accumulation des leucocytes dans ses interstices et de la multiplication des éléments conjonctifs. Celle multiplication, sur les coupes pratiquées comme nous venons de l'indiquer, appa* ratt' de la façon suivante après coloration par le carmin et Taddition d'un peu d'acide acétique : les portions extérieures de la gaine ne présentent pas de modification appréciable ; les éléments conjonctifs s'y montrent comme corpuscules fusiformes, dirigés habituellement dans une direction parallèle h l'axe du tendon. Vers les parties internes, ce corpuscule se gonfle, le noyau grossit et devient évident. A mesure qu'on pénètre davantage du côté de la face interne, on voit un étranglement du noyau, les corpuscules beaucoup plus gros, renfermant deux, quelquefois trois noyaux ovoïdes ou sphériques ; puis ces noyaux paraissent être mis en liberté par la disparition de la membrane cellulaire, et les parties internes de la substance gélatineuse montrent au milieu des flbres élastiques respectées parle processus morbide et par l'acide acétique, un grand nombre de noyaux ovoïdes à contours assez nets. (Noyaux embryoplastiques de Robin.)

Les jours suivants, alors que la substance gélatineuse devient plus ferme et moins infiltrée de liquides, ces noyaux sont devenus plus nombreux et une grande quantité d'entre eux se sont enveloppés d'une couche de protoplasma qui présente des prolongements anguleux et quelquefois rameux vers les deux pôles du noyau, lien résulte la formation de gros et grands corps fusiformes qui s'isolent facilement du tissu ambiant et qu'on voit nager librement dans le liquide de la préparation.

Cet isolement facile des corps fusiformes ne dure pas longtemps ; bientôt ces éléments, devenus plus petits^ s'anastomosent par leurs

Dbmauqdat. — Régénérationsi \2

prolongements ramifiés et prennent tout à fait le caractère de corpuscules étoiles, formant par les anastomoses de leurs prolongements, un réseau serré et irrégulier sans direction prédominante de Taxe des cellules. La substance interposée est peu abondante et amorphe. Ce tissu nouveau est vasculaire. Telle est la constitution delà masse qui englobe le caillot, au moment où elle contracte des adhérences avec les bouts tendineux,

Plus lard, ces corpuscules conjonctifs s'amincissent, s'effilent et prennent une direction qui, sans être régulière, devient plus généralement parallèle à l'axe du tendon. En même temps, la substance intercellulaire devient fibrillaire striée longitudinalement , mais n'est cependant pas décomposable en fibres qu'on puisse facilement isoler. Telle est la constitution delà cicatrice, quand elle a atteint le terme extrême de son développement.

On voit donc que c'est réellement la gaîne qui sert à former la cicatrice tendineuse, que c'est elle qui fournit les matériaux de ce qu'on appelait la régénération tendineuse. C'est sa substance même qui forme les premiers essais de cette restauration ; mais bientôt ces éléments préexistants deviennent accessoires, englobés et perdus dans les éléments de nouvelle formation dus à la prolifération des corpuscules conjonctifs. Et ce sont ces éléments nouveaux qui plus tard deviennent des corpuscules étoiles et forment la charpente du tissu fibreux interposé aux deux bouts du tendon sectionné.

Nous devons dire maintenant ce que deviennent les extrémités du tendon sectionné et par quel procédé elles se soudent à cette substance qui s'interpose à elles, et forme dans l'intervalle qui les sépare un cordon fibreux. Vers le quatrième jour, avons-nous dit, les bouts tendineux commencent à se gonfier vers le niveau de la section, ce gonfiement deviendra graduellement plus considérable et finira par donner à ces bouts tendineux l'apparence de massues.

Du quatrième au cinquième jour, ces bouts tendineux, déjà modifiés, mais nullement émoussés, et montrant d'une façon trèsnette leur section abrupte avec les inégalités que cette section a pu

produire et qui nesont pas effacées, commencentà contracter adhérence avec la substance gélatineuse qui à ce moment est déjà beaucoup plus ferme et englobe complètement le caillot. Peu à peu eofin, Tadhésion du tendon avec le tissu interposé marche de la périphérie au centre^ devient complète; il n'y a plus seulement contiguïté, il y a continuité réelle entre les deux tissus, le tissu tendineux et le tissu de cicatrice.

L'examen histologique, va nous donner l'explication de ces faits. Des coupes longitudinales faites sur ce tendon, le premier ou le second jour, ne font pas découvrir de modification appréciable dans son tissu, et quand on a rendu transparentes et homogènes, par rac-* tion de l'acide acétique, les fibres tendineuses dont la réfringence et la striation onduleuse voilaient le tissu conjonclif interstitiel, on ne trouve pas que les cellules de ce dernier soient encore impressionnées, môme au voisinage delasection, par le traumatisme quia déjà déterminé dans la gaine une si vive irritation. Vers le troisième jour, l'irritation devient apparente dans le tendon et le tissu conjonctif, étudié sur une coupe longitudinale traitée par l'acide acétique, montre, si on l'étudié en allant des parties éloignées vers les parties rapprochées de la section, un gonflement graduellemeiit croissant des corpuscules fusiformes très-minces et très-allongés, qui se renflent et laissent apercevoir leur noyau vers le point sec-^ lionne ; dans les points oîi il est en contact avec la gaine et en con-f . tinuité avec elle par quelques tractus cellulcux, le gonflement des corpuscules conjonctifs est plus considérable, et déjà on aperçoit une multiplication des noyaux dans leur intérieur. Les jours sui«vants, la prolifération augmente, les éléments fusiformes sont beaucoup plus volumineux, et dans une étendue considérable, des éléments nouveaux s'isolent et forment des traluées longitudinales entre les fibres dissociées des tendons, lesquelles fibres d'ailleurs ne paraissent pas modifiées par ce travail qui se fait autour d'elles et gardent sous le microscope la même section abrupto et le même aspect que le premier jour.

i.so hkgeni::ration des tendons.

Ces rlijiiieiits nouveaux ainsi accumulés dans l'épaisseur du t^Midon, vers sa surface de seclion, auiiuieulenf le volume de rori^^inie en ce point, et sont la cause de celle disposilion eu massue quiî prennent les l»ouls tendineux. C'i^st aussi h ces éléuients que Ton doit allriliue!' radIn''sion du len.lon avec le lissu interpos»^, adhésion qui marche 1l' la péii|)héri(î au centre. Les celhiles nouvelles, résultant de la prolifération des corpuscules coujonctifs du tendon, prennenl, eu elYel, assez vile la disposilion fusiloi'mo. sans Cire jamais très-allonj^érs, et au niveau de la section ^'enclievélrent avec les élémenls au'ilogues que la uaïuc a produils. Il se fait ainsi un 3 jonction du lissu conjonclif des teudonsavec le lissu nouveau interposé entie les d(Mix houts, et bienfot la fusion est ass-z intiuie [)our que la séparalio/i ne puisse pas élie opérée par la ti-action.

C(\s amas linéair.'S de cellules (pii divisiMit le l)out (endiueux en hrins ini^uaux à !a façon d'un pinceau, persisti'ut très-longtemps avec ces caractères el foruKMil do pelits tractus visibles même à r(eil nu, assez souvent vasculaires. Les lilues lendirieuseseni^lobées dans c(î lissu de nouvelle formation, perdent à la longue leur as- [M'ct nacré el leur strialion, et apparaissent comme des lambeaux un peu eflilés, jaunàli'es et légèrement granuleux.

Disons maiulenant deux mois du cainol. Il acte englobé dans la sulislance grdalineusc; qui doit ccmstiluer la cicatrice, a perdu par absorption son sérum el eue pai'tie de Thémalosine qui a abandonné les globules à l'état do dissidutioîj. Lesulobules restent avei* la librine et une [)artie de riiémalosim; et subissenjL Ie< Iransformalions régressives liii)ituell(\s qui réduisent le caillot à uiîo masse pulpeuse sans consistance, riche en granulations protéiques el graisseuses et en granules ou (juelquefois en cristaux rhomboédriques d'hématoidiue.

La prolifération du tissu ambiant empiète sur cette masse qui ne lui oiïie pas de résistance el la pénètre. Ce qui est soluble disparaît lolalement par résorption, mais les granulations graisseuses et les granules (rhémaloïdine persislent beaucoup plus longtemps

ANALOGIE ENTRE L\ RÉGÉNÉRATION TENDINEUSE ET OSSEUSE. i8l

el constituenl la tache ocreuse que nous avons signalée dans l'épaisseur de la cicalrice; Si l'on pratique une coupe du tissu cicatriciel au voisinage de cette tache, on \oit que les granulations collectées dans le point le plus foncé s'insinuent dans les cellules fusiformes et cheminent dans ces cellules par l'intermédiaire des canalicules plasmatiques. Les cellules qui sont à la périphérie de la tache sont complètement remplies par les granulations, et à mesure qu'on s'éloigne de la tache, elles en contiennent demoins en moins ; on les trouve également dans les canaliculesanastomotiques. Il semble donc naturel d'admettre que ce système de canaux ramifiés et anastomosés sert à la diffusion, à la dissémination de ces derniers vestiges du caillot que leur insolubilité empêche d'être repris par l'absorption. Peut-être la disparition totale de la tache ocreuse et des granules pigmentaires est-elle due à la communication de ces réseaux avec les radicules lymphatiques.

ARTICLE IX

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