CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
ARTICLE I
N'y a-l-il pas lieu de s'étonner, maintenant que les régénérations des os, de même que celles des nerfs, sont généralement admises, suivies par l'expérimentation, contrôlées par l'examen histologique, de lire la phrase suivante d'Hippocrate (1) : « Dans les sections d'un os, d'un cartilage , d'une partie nerveuse, de la portion mince delà joue, du prépuce, il n'y a ni réparation ni réunion. »
Galien (2) disait : «Quod neque cartilago, neque os generentur, « concessa res est. »
ARTICLE II
Nous trouvons dans Boerbaave (3) les paroles suivantes : a Si « quid ablatum fuerit de corpore, id repleri débet generata iterum <( materia. » ^
On le voit, Boerbaave admettait les régénérations ; Tapborisme que nous venons de citer le prouve clairement.
Jusqu'à la fin du xviu® siècle, le plus grand nombre des auteurs admettait les régénérations.
Mais bientôt Bezoet, Fabre (4), Quesnay, nièrent ce que l'on appelait la régénération des chairs ou des parties molles.
C'est ainsi que Louis nie toute espèce de régénération : « Longtemps j'ai cru, dit-il, à la régénération des parties, et je n'ai été
(l)Hîppocrate, Aphmsmes^ section VI, 19. {Œuvres complètes. Édition Littré, Paris, 1844, t. IV, p. 569.)
(2) Galien, Comm. in aphorismos, XIX, sect. vi.
(3) Boerhaave, De vultiere in génère, aph. 185.
(4) Fabre, Mém. de VAcad. roy. de chirurgie, éd. in-4S t. V, p. 133.
désabusé que lorsque je me suis occupé de ce sujet d'une manière
sérieuse. »
Richerand a dit : « Dupe moi-même de ces prétendues régénérations de nerfs, j*aî répété les expériences de Haighton. La réflexion a peu tardé à m'apprendre que j'aurais dû prévoir le résultat. »
A côté de ces faits, il est juste de dire qu'un grand nombre d'auteurs ont admis la régénération ; nous citerons parmi les plus remarquables Michel Troja, Kœler, Stanley, Charmeil , Meding, Kortum, Bannerth, Graefe, Wallher, Flourens, Ollier, Joly, pour les os; Cruishank, Haighton, Steinruech, Valler,Vulpian, pour les nerfs.
Dans l'École de Barthez et de Lordat, la régénération de la plupart des parties molles et des parties dures du corps humain était regardée comme un dogme (1).
A une époque beaucoup plus rapprochée de nous, nous trouvons encore un assez grand nombre d'auteurs qui nient les régénérations, et dans un rapport présenté à l'Académie de médecine M. Cruveilhier (2) disait : « Le rapporteur de votre commission croit encore pouvoir affirmer qu'il n'y a point de véritable régénération de nerfs ; que les expériences physiologiques et les observations pathologiques qui ont été invoquées en faveur de cette régénération ne sont nullement démonstratives. »
Et M. Roux (3) ajoutait : < Je pense, comme M. Cruveilhier, qu'il n'y a point de véritable régénération. Les parties une fois détruites ne renaissent pas. »
Nous avons enfin assisté, en 1865, à une remarquable discussion soulevée à l'Académie de médecine (4), où la question des ré-
(1) Ruhnholtz, Cotisidérations générales sur les régénérations des parties molles du corps humam, Paris, 1841.
(2) Cruveilhier, Bapport présenté à V Académie de médecine {BulleHn de l'Académie de médecine. Paris, 1836-37, 1. 1, p. 388.)
(3) Houx, Bull, de VAcad. de méd., 1836-37, t. I,p. 305.
(4) Discussion sur la méthode sous-cutanée {Bulletin de l'Académie de médecine.^tim^ 1865-1866, t. XXXI).
générations a tour à tour été défendue par des hommes éminents. lA nous avons pu nous convaincre que des incertitudes fort grandes régnaient, et si quelques savants se déclaraient pour les régénérations, beaucoup semblaient encore hésiter»
Yelpeau (1) notamment se montre très-réservé, et ce n'est qu'avec méfiance qu'il adopterait la régénération des nerfs. Des faits de régénération de tissus, d'organes, de nerfs, de tendons, de musclés même (régénération qui n'est pas encore entièrement démontrée) ont été présentés.
L'observation microscopique, défendue par M. Ch. Robin (2), nous a fait voir ce que l'histologie pouvait donner dans une semblable question ; les résultats auxquels nous sommes arrivés nou&mèmes nous démontrent l'importance de ce moyen d'investigation appliqué à l'élude des régénérations.
Le spectacle de celte divergence d'opinions doit nous servir.
Les exemples d'organes, de tissus qui se régénèrent, se multiplient chaque jour, mais nous ne devons pas nous hâter de conclure à l'impossibilité des observations qui nous sont présentées. A mesure que l'expérimentation physiologique, l'histologie, les seules voies vraiment scientifiques qui nous soient ouvertes dans l'étude d'un pareil sujet, nous permettront d'étudier les différentes phases de la reproduction des tissus, nous n'en doutons pas, des faits inattendus apparaîtront ; et de môme que la régénération des os, des nerfs, a paru à des hommes d'une grande autorité être une chose impossible, de même nous verrons des régénérations peu connues encore s'effectuer et être démontrées d'une façon évidente. Chaque jour de nouveaux faits sont enregistrés ; après les régénérations des os, nous avons vu apparaître les régénérations de» nerfs, puis les régénérations des cartilages, de la rate, des reins, peutêtre du cri^ytallin^ etc., la régénération des tendons est démontrée aujourd'hui d'une façon éclatante.
(<) Yelpeau, BuUelin de V Académie, t. XXXr, p. 791, 931 et 1046. (2) Robin, Bulletin de V Académie, t. XXXI, p. 840, 846.
11 importe donc de se mettre à l'œuvre : expérimeDter, vérifier par l'examen microscopique les résultats obtenus, ne pas repousser les observations qui nous sont présentées qu'après s'être assuré, aidé par l'expérimentation et le microscope, qu'elles ne peuvent «xister ; telle est la voie qui nous est tracée et que nous devons nous garder de ne pas suivre.