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INFLUENCE DES CONDITIONS DU SUJET

tissus, nous verrons que la régénération est une propriété générale de la matière vivante, et le temps n'est pas peut-être très-éloigné où nous pourrons dire que : Tous nos tissus se régénèrent.

ARTICLE II

INFLUENCE DES CONDiTiONS DU SUJET.

§ I. — Influence de la nutrition.

L'état de santé ou de maladie du sujet doit être pris en sérieuse considération, et nous ne saurions trop insister sur un certain nombre de rapports qui existent entre la nutrition et la régénération. Sans vouloir confondre complètement la naissance, y compris la régénération et la reproduction, avec la rénovation moléculaire continue, ou nutrition, comme l'ont fait Harvey el Leibnitz, nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer que la régénération et la nutrition se touchent par un très-grand nombre de points; et c'est là ce qui très-certainement a fait dire que la nutrition est une génération continuée (1).

Il est pour nous évident que toute mauvaise nutrition amènera une mauvaise régénération. Le sujet devenu malade, atteint de quelque diathèse dégénérée en cachexie, présentera une régénération de ses tissus incomplète, et les nouveaux éléments produits, ne trouvant pas leur nourriture suffisante, mourront à la période embryonnaire et constitueront le pus.

Tous les jours, nous pouvons nous apercevoir, en chirurgie, de la vérité de ces faits.

Pour les maladies osseuses, eu particulier, nous avons eu bien soin de nous renseigner dans quelques recherches que nous avons faites sur l'ostéomyélite, de l'état de la nutrition du malade, et chez presque tous les enfants que nous avons examinés, nous avons pu noter souvent une alimentation insuffisante, des fatigues exagé-

(1) Claude Bernard, De la Physiologie générale^ p. 130.

rées,etc., toules conditions qui amènent rapidement une véritable, misère physiologique.

Nous ne devons pas être étonné d'après cela de voir la régénération s'effectuer beaucoup mieux et beaucoup plus rapidement chez un individu dont la nutrition est excellente. Chez les êtres snpérieurs atteints de ce qu'on appelle des diatbèses, des cachexies, nous voyons des régénérations imparfaites, et des suppurations interminables. Si chez un enfant cachectique nous sectionnons, par exemple, le tendon d'Achille, nous pourrons voir la suppuration s'établir, et nous n'obtiendrons pas alors de régénération, mais une cicatrice tendineuse, qui mettra uif certain temps à se produire, et cela, qu'on le remarque attentivement, bien que nous ayons pris toutes les précautions désirables pour mettre la plaie à l'abri du contact de l'air.

§ U. — Influence de Tétat pathologique.

Une question assez difficile à résoudre et sur laquelle nous n'in-« sisterons pas, car elle demanderait de grands développements, est la suivante : La scrofule, la syphilis, la goutte, l'alcoolisme, etc., retentissent-ils sur*la régénération ou sur la cicatrisation?

Des distinctions doivent être établies, et nous dirons d'abord que dans ce que l'on est convenu d'appeler la première période de ces maladies, il est peu probable que l'on puisse noter une action manifeste de la diathèse.

La scrofule, la syphilis n'agissent pas sur la régénération et la cicatrisation en tant que diathèses spéciales.

Pour la syphilis, par exemple, nous pouvons dire que nous avons fréquemment opéré des malades, sans que nous ayons vu aucune modification dans la marche des plaies vers la guérison. M. Ricord n'admet pas du reste l'influence de la syphilis sur la cicatrisation. Mais, lorsque la scrofule, la syphilis, etc., auront à la longue amené

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Si l'indisidu chez lequel nous ^oulons avoir une rrirénéralion e.st allcint de quelque maladie aiguë, les éléments ne se reproduin.nt pas. Ce lait est surlout ol)S«M'vé dans les mala«lies qui [présentent des njodilicalions tn^s-,i:randes dans la crase du sang, malarlies que l'on a ap|;eléei.. dans ces derniers tenips, maladies dyscrasiques i(ié\ie typhoïde, etc.).

On sait du resle avec quelle facilité se produit le pus dans ces ciiconslances, l'on pouirait pi'csque diie avec quelle facilité meurent h.'S nouveaux éléments eudiryonnaires produits.

iians his lièvres éruplives, il n'est pas rare de voir le tra- \ail de régénération s'arrêter complétenient et dans l'observation que nous citons plus haut (suture des tendons, oLs. XIX, p. 215), nous vo\ons que la suture n'est pas suivie de régénération, parce cju'une (ièvre éruptive. la rougeole, a éclalé.

Les accidents observés dans ce cas nous semblent évidemment dus au trouble amené par la fièvie.

L'élat fébiile seul peut nuire à tout travail de régénération, et il suKit de qurl(|ues jours d'élévation de température pour amener un arrêt complet dans l'évolution des tissus.

A la suit(î de lésions traumaliques graves et surtout lorsque les os sont atteints, la fièvre Iraumalique, l'infection putride et puru- Irnle empêchent toute cicatrisation, et toute ossification dans le cas particulier de plaie de l'os.

Nous devons aussi signaler l'influence toute particulière de i'érysipèle qui, dans le plus grand nombre de cas, arrête tout travail de régénération. Dans d'autres cas, au contraire Térysipèle est salutaire et active des travaux de régénération languissants. — M. Ricord a observé quelques faits de ce genre fort curieux.

Mais ce qui prouve surtout Tinduence de certaines maladies générales sur les éléments et sur la régénération, c'est ce que l'on observe si une maladie, telle que la fièvre typhoïde, survient au moment où un tissu s'était complètement régénéré. Ce tissu se ramollit en effet, la gangrène peut survenir et entraîner à sa suite des accidents sérieux. Ce phénomène a surtout été vu pour les fractures, et le cal à la suite de maladies dyscrasiques a pu se ramollir (Ramollissement du cal). M. Ollicr a cité un assez grand nombre de ces cas intéressants où Ton voit la rétrocession du travail réparateur se faire sous certaines influences morbides.

Après une ablation sous-périoslée du premier métatarsien, dit M. Ollier, la gaîne périostique était dure, de consistance cartilagineuse; un noyau avait même la résistance du tissu osseux, quand nn érysipèle survint qui fit tout disparaître.

Dans une autre observation, après une ablation du maxillaire supérieur, une masse osseuse s'était reformée, entourée de masses fibreuses qui paraissaient éprouver le processus de rossification. Une fièvre typhoïde légère se déclara, et, au dixième jour, los paraissait réduit de volume, les tissus qui reulouraient avaient maigris et s'étaient résorbés, de telle sorte que le \oIume de la masse cicatricielle avait notablement diminué.

Un enfant de quatorze ans chez lequel on avait pratiqué une ré^ section du coude, soulevait déjà son bras, le sortait seul delà gouttière et commençait à fléchir l'avant-bras ; une fièvre typhoïde survint) et au dix-huitième jour le coude était vacillant, les os mobiles les uns sur les autres ; l'articulation n'avait plus de fixité.

Toutes les pertes que pourra faire l'organisme agiront dans le même sens que les maladies que nous venons de citer, et les saignées s'op-

Démarquât. — Régénérations, 1^

27f INFLCEN':!-: IiE L T^TAT P\'l H'iLOGIOIT.

posoroiil dans ceilaiiis cas à tout travail comjilet de réf:énéralion.

rs(.)us sommes loin aussi d'admoltre l'opinion de M. Piorry qui j)rétend que les animaux qu'il avait saii^nés présentaient une cicatrisation très-rapide.

HeNvsnn (I) a cité plusieurs cas de fractures non consolidées à la suite de sai,iinées.

Chaque fois que Torpanisme sera ohlii^é rie fournir des matériaux de nutrition pour un ti'a>ail su)i])lémentaii'e quelconque, la réiK'Uénition pourra dans quelques cas élre entravée.

Pendant la grosse^^sc notamment, l'on a observé des fractures qui ne s'étaient pas consolidées.

Dupuy araj)porté en cnV't,dans le Jomnal de médecine de Bordeaux en 18")ii, une observation on l'on voit que le travail de consolidation d'une fiacture a été réidlement arrêté pendant tout le temps de la «grossesse.

Aslley Cooper a du reste cité des faits semblables.

Dans d aiitres observations, au contraire, l'on a vu la consolidation se faire réj.'uli''rement.

C'est en amenant une nutrition défectueuse que les mauvaises conditions hy^uiéniques nuisent à la régénération.

Un animal placé dans un lieu malsain et humide, avec une alimentation insuffisante, et chez lequel nous enlevons une partie osseuse, cartilaiiineuse, etc., ne présentera pas le phénomène delà réuénéiation.

Nous avons pu constater cette diderencc, dit M. Ollier, à propos des résections sous-[)rriostées et des transplantations du périoste que nous pialiquions h une époque, tantôt à la campagne et tantôt à Paris, h l'école Pratiipic ou dans des lieux insalubres. Dans le premier cas nous avions des ossifications rapides et abondantes : dans le second, nos animaux mouraient le plus souvent avec des ossifications incomplètes oui peine commencées.

I) Uewsoii, Jnui /i'O 'l.''i Proijrf''^y (. I\, p. 101.

Ces faits observés chez les animaux se rencontrent malheureusement trop souvent aussi chez Thomme, et il n'est pas rare de voir dans nos hôpitaux, au moment où il y a de l'encombrement, nos fractures no pas se consolider, nos résections ne pas donner de résultats satisfaisants, nos plaies enfin ne pas marcher vers une régénération rapide, et la cicatrisation être entravée par des complications multiples.

Dans les temps où Thospitalisme laissait à désirer sous bien des rapports, on avait abandonné un certain nombre d'opérations ; à mesure que nos conditions hygiéniques deviennent meilleures, les régénérations que nous sollicitons dans nos opérations sont de plus en plus faciles et satisfaisantes.

Nous reviendrons du reste plus loin sur Tinfluence des conditions hygiéniques qui servent h la régénération, mais, comme ces conditions retentissent directement sur la nutrition du sujet, il était nécessaire de les signaler dès à présent.

En résumé, la misère, l'alimentation insuffisante, les saignées répétées, la grossesse, les maladies aiguës, la fièvre, les affections dites dialhésiques (mais seulement alors qu'elles sont arrivées à la période de cachexie)^ portent une profonde atteinte à la vie de nos éléments et nuisent par conséquent à la régénération.

Nous ajouterons enfin que, si c'est à des conditions de nutrition que nous devons le pou de vitalité de nos éléments, c'est aux mêmes conditions que nous devons leur production exagérée.

N'est-ce pas en eiTetà une mauvaise nutrition que nous devons celte hypergenèse excessive d'éléments anatomiques qui constituent les tumeurs dites cancéreuses? Après l'ablation de ces tumeurs, si nous n'avons pas soin d'agir énergiquement sur l'état général de façon à modifier la nutrition, nous observerons presque toujours des régénérations fatales.

Gomme l'a bien fait remarquer M. Robin : « C'est daus les troubles de la génération normale que se trouve être la cause de la production des tumeurs », nous ajouterons que ces troubles de

27() iNTiJ kn<:k Di-: l'âge.

régcnéralion ol de iiéiJcralioiiso Irouvenl Irès-ceilaineiiieiit sous la (lépoiidance de la nulrilion.

La iiuîrilinii Jio s'acconiplissaiil pas pliysiologiqnement, nous n'avons pas d'abord une génération d'éléments analomiqnes modelée, il V a cxauéralion de ^^énéralion : si nous enlevons ensuite la tumeur produite, la génération continuera, car le milieu dans lequel vivent nos éléments n'aura pas changé, et nous aurons fatalement une récidive, c'est-à-dire une régénération des tissus primitivement enlevés.

§ III. — Influence de rélge.

Si la propriété de régénération est une propriété inhérente à l'organisme pendant toute la vie, il faut noter cependant que son éneigiese ralentit à mesure que Tanimal avance en âge.

Nous avons dit, en elfet, au commencement de notre travail que

plus l'animal était jeune, plus la régénération se produisait avec facilité. Les larves des reptiles nus sont plus capables de réparer leurs pertes que lorsque l'animal est passé à l'état adulte.

Nous avons aussi sii^nalé ce fait, que les larves d'insectes reproduisent leurs parlies perdues plus facilement avant leurs métamorphoses qu'après. — Chez certaijis animaux, dès que la mue cesse ou lorsqu'ils sont parvenus à l'état adulte, toute régénération devient impossible. Ce fait intéressant est observé chez les araignées. Chez les larves d'insectes, l'on peut voir les antennes se reproduire, mais lorsque les individus sont devenus adultes, la régénération n'est plus observée.

Ces particularités que nous avons notées chez les êtres inférieurs, nous allons les retrouver chez les êtres plus parfaits en organisation.

Pourlhomme, Ton piuit niéine dire jusqu'à un certain point ([ue la régénération est une propriété qui est proportionnelle à l'âge du sujet, i'elle proposition ne seiait pas, d'après certains auteurs, absolument vraie, et, chez les .sujets d'un âge tris-tendre^ les régénérations seraient loin de s'accomplir toujours régulièrement.

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