DU RENOUVELLEMENT DE L.\ MATIÈRE
dans les êtres organisés, la matière change sans cesse et la forme se conserve. Tout change ^ns cesse, la structure, la grandeur, les proportions, la forme moins souvent, il est vrai, que la matière; il n'est pas un être qui n'ait ses métamorphoses au moins pendanl une partie de sa vie, comme ses transmutations durant sa vie entière. »
« Vivre, c'est, en même temps, changer et demeurer sans cesse (I), >) a dit Hipp. Royer-CoUard.
T^ous voyons Bichat adopter cette idée de tourbillon vital, et on trouve, dans ses ouvrages, de nombreux fragments se rattachant à ce sujet : « Ce que 1 animal était à une époque, il cesse de l'être à une autre ; son organisation reste toujours la même, mais ses éléments varient à chaque instant. »
Tandis que certains auteurs, le plus grand nombre, ont admis ce renouvellement incessant pour les fluides organiques, d'autres ont nié qu'il s'exerçât dans la trame solide.
Millier (2) n'hésite point à affirmer que tous les tissus, à l'exception du système nerveux, donnent des signes d'un changement de matériaux. Nous comprenons, il est vrai, difficilement pourquoi cette distinction à l'égard du tissu nerveux; ne se régénère-t-il pas, ne se nourrit-t-il pas ?... A l'appui de son assertion. Millier cite la coloration des os par la garance que Belchier, Duhamel, Flourens, et plus récemment E. Joly ont reproduites.
Flourens (3) a cru pouvoir tirer de ses expériences la conclusion que la mutation continuelle de la matière existait. Dans l'os qu'il examine, pensait-il, aucune des parties qu'il y avait, il y a quelque temps, n'existe plus, et bientôt il n'y aura plus aucune de celles qu'il a aujourd'hui.
« Il y a donc formation continuelle de couches nouvelles, résorption continuelle de couches anciennes, en un mot, mutation continuelle de la matière, et pour emprunter ici à G. Cuvier une admi-
{{) Royer Collard, Gazette médicale. 1848.
(2) Mlûler, Manuel de Physiologie. 2* édition. Paris, 1851.
(3) Flourens, Traité sur la théorie erpérimentale des os. Paris, 1847.