OUBN. DE I.\\!«AT. ET DE I.A PIIYSIOL. — T. VIII
la strangulation, 116 jours après l'opération, il y trouva le cristallin régénéré transparent, de forme ronde et un peu aplati. Son diamètre était de k ïjh"' (9 millim.), tandis que celui du cristallin normal était de !x 3/4"' (9 1/2 millim.); mais d'avant en arrière, c'est-à-dire dans son épaisseur, il n'avait que la moitié du cristallin normal. A sa partie inférieure le cristallin régénéré présentait un espace triangulaire opaque de 2"' (h millim.) de long. L'exploration microscopique démontra que le cristallin était composé de cellules cristalliniennes, caractéristiques, rondes et polyédriques, les plus petites de 0,006-0,010"', les plus grandes de 0,013— 0,030"', et de tubes d'un diamètre de 0,0035"' — 0,0070"'. Ces derniers, ramassés en grumeaux, étaient plus délicats que les tubes normaux dont le diamètre était de 0,0025 — .0,0055'". Dans l'œil du second lapin adulte, tué également 116 jours après l'opération, le même expérimentateur trouva un cristallin régénéré de 3 1/2'" (7 l//i min.), — tandis que le cristallin normal avait h 1/2"' de diamètre (9 1/4 mm.), — aplati et adhérant à la cicatrice de la cornée. Il était transparent et avait à son centre et un peu au-dessous de celui-ci un espace opaque, jaune et rempli d'une substance granuleuse. L'investigation microscopique y démontra l'existence des mômes éléments que dans le cristallin régénéré du premier lapin.
De ces expériences, Valentin conclut à la régénération du cristallin, régénération qu'il expliquait, d'après la théorie de Schwann, par l'épanchement dans la capsule cristallinienne, du blastème (cytoblastmasse) et la naissance des cellules et des tubes. Il émit l'opinion que les parties léséesde la capsule cristallinienne ne se régénèrent pas, que la régénération du cristallin ne peut avoir lieu qu'en tant que la capsule cristallinienne reste à sa place, que c'est à elle qu'est due la forme du cristallin régénéré, et, en dernier lieu, qu'à la régénération du cristallin coopèrent les vaisseaux de 1' iris et du corps ci li aire.
ninchens v. Valentin ( Henle u. Pfeifer, Zeilschrift /'. ration. Afedicin. 1844, 1 Bd 3 partie). Voyez aussi C. Chr. Schmidt's Jahrbiiclwr d. gesammten Mcdic'm. Jahrg. i8/i4, .'12'"" Bd. n° 2.
CHliZ QUELQUES MAM1U1FÈUE&, 49
Si nous ajoutons à tous ces expérimentateurs : Dieterich (1), cité parTextor ('2), qui avait observé la régénération partielle d»1 cristallin après la lésion de sa capsule, Ballîng et Gruljy (de Vienne), cités par ce même Texlor (3), qui firent des expériences sur des animaux et obtinrent des cristallins régénérés, Ross (à), cité par Hyrll (5), qui Gt également des expériences sur des lapins, feu S chel (6) père, qui dans sa remarquable « Iconographie ophthalmologique » parle, en passant, de ses expériences sur des lapins, mais qui conclut à la non-régénération du cristallin, enfin Hanmann (7). cité par Desmarres (8), qui, par contre, conclut à la régénération du cristallin, sans toutefois appuyer par des expériences personnelles cette conclusion, nous aurons terminé la liste des savants qui se sont occupés d'une manière spéciale de la régénération du cristallin.
Depuis Valentin, personne ne s'occupa de la régénération du cristallin, et on serait porté à croire que ses expériences avaient été considérées comme couronnement de l'œuvre édifiée par ses prédécesseurs, et que les anatomistes, les physiologistes et les ophlhalmologistes avaient accepté comme suffisamment démontrée la régénération du cristallin extrait, sinon chez l'homme, du moins chez les animaux. Il n'en fut rien cependant, et nous avons déjà insisté dans nos préliminaires sur la différence d'opinions qui existe encore aujourd'hui parmi nos savants confrères à l'égard de cette question. On peut donc dire que Valentin ouvrit une nouvelle voie à ceux qui, comme nous, devaient après lui reprendre la question de la régénération du cristallin.
(1) * Fiied. Chr. Dielerich, Ueber die Verwundungen des Linsensy sternes. Tubingen, 1824.
(2) K. Textor, Ueber die Wiedererseugung der Krystallinse. 18/12, p. 34.
(3) K. Textor, /. c., p. 34. {Subslanlia lenlis crystallinue in cane regeneratur. Gruby.)
(4) Ross, Handbuch der chirurgischen Analornie. Année?...
(5) nyrll, Handbuch der lopographischcn Analomie. 1 Bd. p. 232. 18G5. (6; Siebel, Iconographie ophthalmologique. Paris, 1852-59, p. 269.
(7) Hanmann, Ueber Reproduclio lenlist von docteur Hanmann zu Rostock. In Huflland's Journal der praktischen Heilkunde. Janvier 1842.
'8) Desmarres, Traité théorique et pratique des maladies d'yeux. Paris, 1858. Y éd., t. III, p. 38fi.
20 B. M1LL10T. — RÉGÉNÉRATION RU CRISTaLUN
En 1867, nous fîmes une communication à l'Académie des sciences (1) dans laquelle, tout en donnant une nouvelle et complète démonstration de la régénération du cristallin, nous consignâmes les résultats de nos recherches microscopiques sur des cristallins régénérés de quelques animaux mammifères. Un an après nous publiâmes en langue russe, in extenso, le même travail que corrobora en quelque sorte, plus tard, Philipeaux, dans une communication que lit en son nom Vulpianàla Société de Biologie (2). Phi lipeaux pratiqua l'extraction du cristallin normal au moyen de la kératotomie inférieure sur six lapins âgés de trois ans (voy. pl. I, fig. 3 et li). a Unde ces lapins » , dit-il dans sa communication, « a été examiné 15 jours après l'opération : la capsule était tuméfiée, épaissie, et elle paraissait contenir déjà un rudiment de tissu cri s— tallinieq. Un second lapin a été examiné 25 jours après l'expérience. La capsule était beaucoup plus épaissie que chez l'animal précédent; l'épaississement siégeait surtout au voisinage du bord adhérent de la capsule. Chez le troisième lapin, sacrifié ZiO jours après l'expérience, l'épaississement était encore plus prononce ; le tissu de cet épaississement, semblable à celui du cristallin, formait un anneau complet en dedans de la circonférence de la capsule. Les trois autres lapins ont été examinés : l'un au bout de GO jours après l'opération, un autre au bout de h mois et le dernier au bout de 5 mois et 20 jours. La régénération était de plus en plus avancée'; et chez les deux derniers elle était complète ou à peu près : le cristallin avait recouvré sa forme lenticulaire, et, chez le dernier, il avait presque son volume normal. »
Ces expériences, "dont les résultats, c'est-à-dire les cristallins régénérés, furent mis sous les yeux des membres de la Société de Biologie, dans la séance du 23 avril 1870, présidée par M. Brown- Séquard, confirmèrent nos recherches ainsi que celles de nos prédécesseurs, ut: lecteur comprendra facilement l'importance que
(1) Comptes rendus de l'Académie des sciences. 28 janvier 1871.
(2) Philipeaux, Expériences montrant que le cristallin peut se régénérer dm tes mammifères par une formation nouvelle dans la capsule cristallinienne, in Gazelle médicale, 1870, n° 46, p. 577 (séance du 23 avril 1870 de la Société de Biologie).
nous attachons, personnellement, aux expériences de Philipeaux, si nous lui apprenons qu'elles furent entreprises à l'insu des nôtres, et qu'elles nous donnèrent gain de cause contre certains ophtalmologistes qui, parfaitement ignorants de la question qui nous occupe, n'en opposèrent pas moins à notre travail une négation aussi impuissante que de mauvais aloi.
RÉSUMÉ DES EXPÉRIENCES ET OBSERVATIONS FAITES PAR L'AUTEUR SL'H LA RÉGÉNÉRATION DU CRISTALLIN.
Avant d'exposer les expériences que nous entreprîmes sur des animaux pour étudier les phénomènes qui se produisent dans leur appareil cristallinien, après l'extraction du cristallin normal, nous devons dire que nos douze premières expériences furent faites à la fin de 1862, à Kiew, où nous eûmes l'honneur de démontrer à la Société des médecins de Kiew, dans sa séance du 21 septembre 1863, deux yeux de lapin avec des cristallins régénérés. Toutes les expériences que nous fîmes à Kiew étaient entreprises sur des lapins, et ce ne fut que plus lard, à Paris, que nous pûmes, gràoe aux professeurs Robin et Raynal, à ce dernier surtout, qui mit à notre disposition des moutons, des brebis et des chiens, les reprendre sur une grande échelle. Nous avons fait l'extraction du cristallin normal, par la kératotomie, 19 fois chez des lapins, 17 fois chez des chiens, 2 fois chez des moutons, 2 fois chez des brebis, Il fois chez des chats, 3 fois chez des cochons d'Inde, 2 fois chez des rats, en tout Z|9 fois. Sur ces trois derniers animaux, ainsi que sur quelques lapins, nous avons fait nos expériences dans le laboratoire d'histologie de la faculté de médecine de Paris.
Afin d'extraire plus facilement le cristallin, nous chloroformions les animaux après avoir préalablement introduit dans leujjs yeux quelques gouttes d'une solution d'atropine, et ce n'est que dans les cas où les animaux du laboratoire appartenaient à d'autres expérimentateurs, et où nous opérions inopinément, ou bien dans ceux où l'iris, ainsifcque nous avons pu le constater
22 B. MILLlOir. — RÉGÉNÉRATION DU BRISTALMN
chez les chiens, se dilatait suffisamment sous l'influence du chloroforme, que nous n'employâmes ni ce dernier, ni l'atropine.
Le procédé opératoire que nous employâmes dans nos expériences était le suivant : après avoir dilaté l'iris, nous chloroformions l'animal ; nous incisions ensuite l'angle externe de l'œil chez ceux des animaux qui avaient la fente palpébralc petite ; nous fixions le globe oculaire au moyen de petites pinces (de Blômmer), et portant la lame du kératotome de Beer ou de celui de Zehender parallèlement au plan de l'iris, nous la faisions pénétrer à l'extrémité externe du diamètre transversal delà cornée. Quand la pointe du couteau avait traversé celle-ci, nous poussions l'instrument de dehors en dedans et nous obtenions, en continuant la section cornéenne, un lambeau supérieur ou inférieur, selon que le tranchant du couteau était tourné en haut ou en bas. Afin de nous faciliter l'extraction du cristallin, nous tâchions de faire la section delà coynée le plus près possible de la conjonctive, et nous obtenions ainsi un lambeau grand et régulier, ce qui cependantne nous réussissait pas toujours. Dans quelques cas, avant de terminer la confection du lambeau nous laissions une petite bride étroite de cornée que nous ne coupions, soit avec de petits ciseaux, soit avec le petit couteau mousse de Desmarres, que lorsque nous avions fait l'incision de la capsule eristallinienne. Au début de nos expériences, nous faisions l'ouverture de la capsule par le procédé ordinaire, c'est-à-dire qu'après avoir terminé la section de la cornée, nous faisions, à l'aide du kystilome, l'incision longitudinale ou cruciale de lacrislalloïde antérieure. Plus tard, ayant compris l'importance de ce temps d'opération, nous tâchâmes de faire à la capsule eristallinienne une incision simple et demicirculaire, et correspondant, à peu près, à l'insertion de la zonule deZinn, ce qui, théoriquement parlant, devaitnous donner un lambeau capsulaire pareil à celui de la cornée. Pour faire l'incision de la capsule eristallinienne, nous employâmes soit le kystilome, soit l'aiguille à cataracte ordinaire, soit celle de Cheselden, soit une aiguille genouillée. confectionnée sur nos indications par Lûer (pl. I, fig. 1, b), soit enfin l'aiguille de Cheselden modifiée (pl. T, fig. 4, a). Nous devons dire que nous n'ob-
tînmes pas un grand bénéfice de l'aiguille genouillée. Dans les cas où le cristallin, après l'incision de sa capsule, ne sortait pas de lui-même ou n'était pas expulsé spontanément (ce qui arrivait lorsque les contractions spasmodiques des muscles de l'œil étaient fortes), nous obtenions sa sortie en pressant légèrement, au moyen de la curette de Daviel, sur la partie du globe oculaire opposée à la section cornéenne.
Afin de nous faciliter l'incision demi-circulaire de la cnstalloïde antérieure de la capsule, nous faisions, dans quelques cas, l'excision d'une partie de l'iris ou bien nous dilacérions ce dernier au moyen de petits crochets mousses. H nous est arrivé aussi quelquefois d'introduire, avant d'opérer la section delà cornée, l'aiguille à cataracte dans la chambre antérieure, de faire l'incision de la capsule, et, après avoir attendu quelque temps, de passer aux autres temps de l'opération. AGn de tenir les lèvres de la plaie cornéenne le plus longtemps possible affrontées, nous réunissions les paupières par une ou deux sutures qui tombaient ordinairement entre le 3e et le 5e jour. Ces sutures tombaient plus tôt, si le résultat de l'opération était négatif, c'est-à-dire si la suppuration de l'œil se déclarait. Nous avons tenu quelques-uns de nos animaux dans des lieux obscurs-, à quelques autres, dans le but de garantir leurs yeux opérés, nous fixions leurs propres oreilles, au moyen de sutures, au-dessous des orbites. Nous devons dire cependant que toutes ces précautions ne contribuaient pas toujours à nous faire obtenir des résultats plus favorables que ceux que nous obtenions sans elles.
Parmi les phénomènes qui se produisaient dans nos expériences après r opération de T extraction du cristallin, nous devons mentionner : 1° la guérison de la plaie cornéenne, sans complication aucune, le rétablissement des fonctions de l'iris, en un mot, et, d'une manière générale, l'issue favorable de l'opération ; 2° l'inflammation peu intense de la cornée et de l'iris. Dans ce cas, l'inflammation se terminait par une résolution pure et simple, ou bien elle était suivie d'adhérences (le plus souvent de filaments) de nrifl avec la cicatrice de la plaie cn nccnnc ou avec celle de la capsule cristallinienne, restée à pa place après l'ope-
2'l B. MILLIOT. — RÉGÉNÉRATION DU CRISTALLIN
ration de l'extraction du cristallin el renfermant ou non un cristallin régénéré ; ou bien enfin elle donnait lieu à de fausses membranes constituées par du tissu conjonctif de nouvelle formation et du pigment, et tapissant la capsule cristallinienne (cataractes siliqueuses) ; 3° la panopbtbalmie el, comme conséquence, l'atrophie plus ou moins prononcée de l'œil. Ici nous observions, à côté de la procidence de l'iris, le ramollissement de l'humeur vitrée ; l'apparition çà et là de flocons formés par des cellules modifiées de l'humeur vitrée ; l'inflammation du corps ciliaire, de la choroïde, de la rétine; le décollement de cet te dernière, son ratatinement; l'absorption de l'humeur vitrée etla formation d'une espèce de cordon, qui allait comme une chalaze, de la papille du nerf optique à la cristalloïde postérieure et que constituaient la rétine dégénérée (apparition au milieu de ses éléments du tissu conjonctif), la membrane hyaloïde du corps vitré etiles cellules modifiées de ce dernier. Les cristallo'ïdes se retrouvaient avec difficulté au milieu des tissus modifiés el pour la plupart liés entre eux par du tissu conjonctif de nouvelle formation.
Pour examiner les changements qui s'opéraient dans l'appareil cristallinien, après l'extraction du cristallin normal, nous enlevions la cornée du globe oculaire en la coupant avec de petits ciseaux tout autour du cercle extérieur de l'iris et en la laissant quelquefois attachée à la sclérotique au moyen d'une toute petite bride. Nous coupions ensuite avec ces mêmes ciseaux, au milieu du globe oculaire, la sclérotique, la choroïde, la rétine et l'humeur vitrée, et nous divisions ainsi l'œil en deux moitiés, l'une antérieure et l'autre postérieure ; enfin nous éloignions tout à fait la cornée en coupant sa bride, et nous enlevions l'iris et ce qui restait d'humeur vitrée du côté de la cristalloïde postérieure.
L'examen pratiqué delà sorte sur li9 globes oculaires extirpés chez différents animaux nous montra que : sur 19 yeux de lapins le cristallin s'était régénéré 7 fois; sur 17 yeux de chien. 5 fois; sur 2 yeux de bélier, 2 fois ; sur h yeux de chat, 1 fois ; sur 3 yeux de cochon d'Inde, 2 fois; en tout 17 cristallins régénérés. La non-régénération du cristallin eut lieu : 12 fois chez les lapins, 12 fois chez les chiens, 2 fois chez les brebis, 3 fois chez les
CHEZ OIKI.QI'KS MAMMIFKRKS . '25
chais, l l'ois chez les codions d'Inde el 2 l'ois chez les rats ; en tout 32 Fois.
Forme des cristallins régénérés , — Les cristallins régénérés, obtenus dans nos expériences, avaient la forme : 1° du cristallin normal extrait, c'est-à-dire, ils étaient arrondis dans leur partie équatoriale, mais toujours plus ou moins aplatis de devant en arrière, c'est-à-dire dans la direction de leur axe (diamètre antéro-postérieur) (pl . I, fig. 3,B); 2° d'wn anneau formé par la partie équatoriale de la capsule cristallinienne. Ici les bords de la cristalloïde antérieure, produits par la lésion au moment de l'opération, se recroquevillaient, s'éloignaient du pôle antérieur et adhéraient à la cristalloïde postérieure au moyen d'une substance amorphe ; la cristalloïde postérieure formait ainsi, seule, la fossette de Vanneau cristallinien, c'est-à-dire, l'espace qui se trouvait au milieu de l'anneau constitué, dans les cas à résultat positif, par des éléments du cristallin, et dans les cas à résultat négatif, par du tissu conjonctif de nouvelle formation, du pigment, etc. (voy. pl. I, fig. 2, d) ; 3° d'un fer à cheval formé par l'anneau dont les cristalloïdes étaient adhérentes dans un endroit quelconque. La fossette annulaire se présentait ici agrandie par suite de sou prolongement jusqu'à l'endroit interrompu de l'anneau (voy. pl. II, fig. 2, a, et pl. VI, fig. 3, a) ; h" demi-lunaire par suite de ce que le cristallin régénéré formait un bourrelet qui n'occupait qu'une partie quelconque de l'équaleur de la capsule cristallinienne, dont les cristalloïdes étaient, partout ailleurs, adhérentes l'une à l'autre (voy. pl. VI, fig.-l, B. a'); enfin 5° la forme irrégulière, à surface bosselée, par suite de produits inflammatoires occupant la fossette cristallinienne, ou bien la surface antérieure de la capsule, et par suite de l'apparition d'éléments cristalliniens, par endroits seulement de la partie équatoriale de- cette môme capsule.
Nous avons examiné presque toutes les préparations du cristallin régénéré, soit plus ou moins complètement, soit partiellement, immédiatement ou bientôt après l'extirpation des yeux chez les animaux opérés. Afin de nous faciliter l'examen microscopique de ces préparations, nous y n joutions les solutions de 5 pour 100
26 B. MILLIOT. — RÉGÉNÉRATION DU CUISTALLIN
d'acide sulfurique, de 20 pour 100 d'acide acétique dilué et de 10 pour 100 de potasse caustique. Pour colorer nos préparations nous avons employé une dissolution de carmin, peu riche en ammoniaque ; pour les durcir nous avons employé une solution de bichromate de potassium, 3 parties pour 100 d'eau, et enfin pour les conserver nous avons employé de la glycérine pure ou bien un mélange en parties égales : de glycérine, d'une solution concentrée d'icbthyocolle et d'une solution saturée d'acide arsénieux, auxquelles nous ajoutions un peu de camphre (mélange de Legros).
Avant de décrire la structure intime du cristallin régénéré, nous croyons utile d'entrer dans quelques explications sur ce que nous entendons par régénération du cristallin, et, lorsque celle-ci a lieu, quelles sont les phases de son évolution.
Phénomènes observés après l'extraction du cristallin normal. — Après l'extraction du cristallin normal des yeux, les cristalloïdes se rapprochent ordinairement l'une dè l'autre, à l'exception de leurs parties lésées par l'aiguille à cataracte, et s'adossent, pour ainsi dire, sauf les cas où la substance corticale crislallinienne est restée en place au moment de l'opération. Après le rétablissement de la chambre antérieure, l'augmentation de l'humeur aqueuse et sa pression sur l'iris qui s'ensuit, ce dernier s'éloigne de la cornée, prend la forme d'un entonnoir et s'applique contre la capsule crislallinienne vidée. Au moment de l'incision de la cornée, de l'évacuation instantanée delà chambre antérieure et de l'extraction du cristallin, l'iris se trouve gorgé de sang ; et lorsque plus tard la chambre antérieure se rétablit, ce qui a lieu très-vite dans les cas d'opérations réussies, il s'opère un dégorgement de ce même iris. Le dégorgement s'accompagnail-il de déchirures de quelques vaisseaux capillaires de l'iris et de légères exlravasations? Nous ne saurions l'affirmer. Lorsque l'iris était enflammé, même légèrement, le produit inflammatoire était surtout manifeste entre le bord pupillaire de l'iris et la capsule crislallinienne, correspondait très-souvent au pôle antérieur de l'appareil cristallinien, c'est-à-dire, dans nos expériences, à la fossette annulaire des cristallins régénérés, et était presque toujours suivi d'un dépôt pigmontaire del'uvée. On voyait bientôt après
apparaître, soit sur la fossette annulaire, soit entre l'iris et la cristalloïde antérieure, des vaisseaux capillaires et du tissu conjonclif. Malheureusement nous n'avons pu poursuivre et, par conséquent, nous ne pouvons préciser le moment de la formation des vaisseaux capillaires, ni la fréquence de l'apparition de ces derniers; mais ce que nous pouvons affirmer, c'est que cette apparition était loin d'être rare.
Dans les expériences à résultat négatif, accompagnées d'inflammation de l'iris, du corps ciliaire, etc., le tissu conjonctif de nouvelle formation se développait non-seulement dans la cavité de la capsule cristallinienne, mais aussi sur sa surface antérieure et concourait à la formation d'une membrane épaisse qui adhérait soit au bord pupillairede l'iris, soit à la cicatrice cornéenne. Dans les expériences accompagnées également d'inflammation des parties voisines de l'appareil cristallinien, mais à résultat positif, le produit inflammatoire se résorbait et la pupille reprenait sa forme plus ou moins normale ; il arrivait cependant assez souvent qu'entre la surface antérieure de la capsule du cristallin régénéré et le bord pupillairede l'iris et de la cicatrice cornéenne il restait des adhérences minces, délicates et filiformes.
Les changements qui avaient lieu dans la capsule cristallinienne après l'extraction du cristallin, sont non moins intéressants à signaler que ceux des parties qui l'avoisinent, et que nous venons d'indiquer. Le cristallin, remplissant entièrement la capsule cristallinienne, ne peut en sortir facilement que dans le cas où cette dernière est incisée à sa partie équatoriale sur la distance d'au moins la moitié de sa circonférence, ou bien lorsque les cristalfoïdes, antérieure ou postérieure, sont fendues dans différentes directions. Après l'ouverture de la capsule cristallinienne, par le procédé ordinaire, c'est-à-dire par une incision verticale, transversale oa cruciale, nous obtenions dans nos expériences des fentes insuffisantes pour l'extraction du cristallin; .aussi celui-ci, pendant sa sortie lente ou prompte, par exemple, lorsque les muscles de l'œil se contraclaient spasmodiquemenl ou bien, au moment de la pression du globe oculaire par la curette de Daviel, les agrandissait, pour ainsi dire, lui-même. Cet agrandissement
des fentes de la capsule était toujours eu raison directe de la vitesse avec laquelle sortait le cristallin. Doué d'une certaine élasticité, le cristallin passait, néanmoins, bien rarement àtravers les fentes, relativement petites, de la capsule cristallinienne, et encore cela n'avait-il lieu que lorsque sa sortie était lente. Il est bien entendu que tout ce qui vient d'être dit ne se rapporte nullement aux cas où le cristallin, pendant sa sortie, laissait dans sa capsule une certaine partie de sa surface corticale.
L'agrandissement forcé des fentes capsulaires, produit par les cristallins à leur sortie, avait lieu bien rarement dans une seule et unique direction. Ainsi, par exemple, la capsule cristallinienne, ouverte au moyen de l'aiguille dans la direction du diamètre horizontal de l'appareil cristallinien, était trouvée, à l'examen du globe oculaire extirpé, ouverte aussi dans la direction du diamètre perpendiculaire du même appareil (voy. pl. VI, fig. 2). Lorsque, pour la première fois, l'agrandissement forcé par le cristallin des fentes capsulaires attira notre attention, il nous semblait naturel que cet agrandissement s'étendît non seulement jusqu'à la partie équatoriale de la capsule, mais encore jusqu'à une certaine partie de la cristalloïde postérieure. Cependant, plus tard, nous nous convainquîmes que cet agrandissement forcé n'avait lieu qu'au détriment delà cristalloïde antérieure et n'aboutissait pas toujours à la partie équatoriale de cette dernière, par suite peut-être de la résistance que lui oppose la zonule de Zinn. N'ayant fait qu'un petit nombre, d'observations concernant l'agrandissement des fentes capsulaires, nous ne pouvons ni ne voulons nous prononcer d'une manière positive sur la forme et l'agrandissement de ces fentes. Nous dirons néanmoins qu'il nous est arrivé d'observer, après l'extraction dilïîcile du cristallin normal, des fentes à la cristalloïde postérieure et antérieure de la capsule, sans pouvoir constater l'existence des fentes équatoriales. Dans ce dernier cas, l'humeur vitrée cédait . à la contraction des muscles du globe oculaire, et ayant devant soi une ouverture faite à la capsule cristallinienne, la traversait et apparaissait soit dans la chambre antérieure vidée, soit dans la plaie cornéenne où parfois elle faisait hernie. Cet écoulement de l'humeur vitrée à travers l'ouverture capsulaire
CHEZ QUELQUES MAMMIFÈRES. 2i>
était accompagné d'épanchement sous-rétinien qui se résorbait dans les eus d'extraction à terminaison favorable, ou bien, dans les opéra tic us à terminaison défavorable, produisait ledécollement de la rétine sur une étendue plus ou moins grande. Ce décollement prenait peu à peu de plus grandes dimensions, comprimait l'humeur vitrée et l'atrophiait; la rétine se ratatinait et prenait, avec l'hyaloïde, la forme d'un cordon allant de la papille du nerf optique à l'appareil crislallinien, c'est-à-dire à la crisîalloïde postérieure à laquelle elle adhérait.
Pour éviter l'agrandissement forcé des incisions de la crisîalloïde antérieure et rendre ces dernières aussi peu étendues que possible, nous avons tâché, malheureusement trop tard, de leur donner la forme demi-circulaire et correspondant à l'incision corneenne. Nous faisions notre incision au niveau du bord pupillaire de l'iris moyennement dilaté, c'est-à-dire à l'endroit correspondant à l'insertion de la zonule de Zinn à la crisîalloïde antérieure de la capsule cristallinienne. Nous devons dire cependant qu'en procédant ainsi, et malgré tous nos efforts, nous n'avons pu obtenir que des incisions demi-lunaires. Pour inciser plus commodément la capsule, nous avons employé, soit l'aiguille genouillée spécialement confectionnée pour nous par Lûer (voy. pl. I,fîg. 1, b), que nous introduisions dans la chambre antérieure vidée, parallèlement au plan de l'iris ; nous relevions ensuite le manche de manière à le rendre perpendiculaire à la capsule, et lui communiquions un mouvement de rotation pour faire l'incision demicirculaire, soit l'aiguille de Gheselden, légèrement recourbée et tranchante des deux côtés à son bout (voy. pl. 1, fig. 1, a). Nous avons trouvé ce dernier instrument bien supérieur à notre aiguille genouillée, dont l'introduction dans la chambre antérieure n'est pas facile, et don! le maniement exige non seulement beaucoup" d'habitude, mais encore une certaine habileté.
Nous espérions que le cristallin, dans les cas de sorties difficiles, communiquerait un agrandissement forcé à noire incision demicirculaire, c'est-à-dire dans la direction parallèle à l'équateur de l'appareil crislallinien ; mais il en fut tout autrement. Dans quelques-unes rie nos expériences, non-seulement il agrandissait
30 B. MILLIor. — HÉGÉNÉKATIO» DU OlliSTALLIN
l'incision dans une direction différente, niais quelquefois même dans une direction perpendiculaire à la nôtre. Nous mettons cependant de côté, jusqu'à de nouvelles expériences, la solution de cette importante question, comptant la reprendre plus tard; nous la mettons de côté d'autant plus volontiers, qu'au lieu des incisions demi-circulaires projetées, nous en faisions en réalité de demi-lunaires.
Après l'ouverture de la capsule cristallinienne, par un des procédés mentionnés, les bords de l'endroit lésé de la cristalloïde : 1° ou bien se recroquevillaient, après s'être éloignés du pôle antérieur, laissant une place vide qu'occupait la cristalloïde postérieure, lorsque celle-ci n'était pas lésée, ou la membrane de l'humeur Yilrée, quand celte dernière réoccupait sa place dans les expériences où son écoulement avait eu lieu. Ces bords recroquevillés, éloignés plus ou moins de l'endroit qui correspond au pôle antérieur de l'appareil cristallinien, restaient libres dans les premiers moments qui suivaient l'opération et permettaient à la nouvelle buineur aqueuse de la chambre antérieure d'agir sur le contenu de la partie équatoriale intacte de la capsule cristallinienne. Peu de temps cependant après l'opération, ces bords adhéraient à la cristalloïde postérieure de la capsule, au moyen d'une substance amorphe ou d'un tissu conjonctif nouvellement formé, et coopéraient par là à l'occlusion de la partie équatoriale de la capsule cristallinienne et à la formation (clans les cas où celte dernière était remplie de substance corticale restée après l'extraction du cristallin, ou d'éléments du cristallin régénéré), de Vanneau cristallinien (Krystallwulsl) de Soemmering, de différentes formes et grandeurs, à commencer d'un anneau régulier et bien dessiné, et terminant par un bourrelet demi-lunaire occupant une partie très-minime de la circonférence de l'appareil cristallinien. Nous avons rencontré l'anneau cristallinien régulier bien souvent après l'écoulement de l'humeur vitrée, et aujourd'hui encore nous doutons que sa formation soit possible sans cet écoulement, plus ou moins marqué, à travers la cristalloïde postérieure lésée de la capsule cristallinienne ; 2° ou bien les bords de l'endroit lésé de la cristalloïde antérieure de la capsule, recroque-
CHj:/ QUfciLQUbS .M.V.M.MIKÉRLS. 31
villes ou non, se rapprochaient et se soudaient, de sorte que la capsule cristallinienne, remplie par le cristallin régénéré, reprenait sa forme primitive et présentait son ancien aspect. La partie de la capsule cristallinienne qui n'était pas lésée par l'aiguille, c'est-à-dire surtout sa partie équatoriale, contenait dans la suite de l'opération : a. c-u de l'épithélium de la capsule cristallinienne et des tubes cristalliniens, en nombre plus ou moins grand selon qu'était plus ou moins difficile la sortie du cristallin; b. ou un liquide amorphe et hyalin, de l'épithélium de la capsule et des tubes et fibres cristalliniens ayant subi, dans les cas où ils étaient en petite quantité, la transformation granuleuse (voy. pl. III, fig. 2 et 3) ; ou enfin c. un liquide amorphe, des globules de sang et des parties de l'humeur vitrée dans les cas d'écoulement de celte dernière.
Nous ne saurions attribuer la transformation granuleuse des tubes et fibres cristalliniens uniquement à l'influence de l'humeur aqueuse, parce que, dans une de nos expériences, nous trouvâmes, chez un vieux chien il est vrai, ïhl\ jours après l'opération, des fibres cristalliniennes en transformation granuleuse (voy. pl. III, fig. 3, e). Quant à ce qui concerne l'épithélium de la capsule, ce dernier restait intact et adhérent à la surface de cette dernière, dans les cas où l'extraction du cristallin s'opérait lentement et sans difficulté ; mais dans les cas où la sortie du cristallin se faisait rapidement, l'épithélium était arraché par endroits de la surface intérieure de la capsule cristallinienne, et entraîné au dehors avec le cristallin sur lequel on pouvait l'apercevoir à l'œil nu, en forme de petites taches demi-transparentes.
Ce que l'on doit entendre par cristallin régénéré. — Dans l'intérieur de la partie équatoriale de la capsule cristallinienne, les cellules formatrices de Becker donnaient naissance aux tubes cristalliniens par leur alignement en séries linéaires (voy. pl.V, fig. 2, b), exactement comme dans les yeux des embryons ou de très-jeunes animaux (1). A côté de la découverte, faite par
(1) Voyez Histoire du développement de l'œil humain, par F. A. d'Ammon (Annales d'ocutistique. 1860).
32 ». MILMOT. — UÉÛÉKÉHATION UL CIUSÏALL1.N
Meyer(l),de la zone nucléaire (Kernzone,voy. pl.I.lig. 5, 6), celle de F. J. Becker, professeur à Helsingfors, des cellules formatrices (lîildungszellen), de la partie équatorjale de la capsule cristallinienne, occupera une place importante dans l'histoire delà structure de l'appareil cristallinien (2). Tout en passant sous silence, comme n'entrant pas dans le plan de ce travail, la question de la formation des tubes cristalliniens et les opinions, à cet égard, de divers savants entre autres de Baboukbine (3), de Zernow (h) et d'hvanow (5), nous devons dire que nous partageons l'opinion de Becknr, d'après laquelle les cellules formatrices de cet auteur donnent naissance aux tubes cristalliniens. Dans nos expériences nous avons vu, maintes fois, leur alignement par séries linéaires. Bans les cas où, après l'opération, il restait dans la capsule eristallinienne une certaine quantité de substance corticale, cet alignement avait également lieu, et les cellules formatrices étaient en nombre plus ou moins grand selon que ia quantité des vaisseaux capillaires, de nouvelle formation, disséminés sur la surface antérieure de la cristalloïde antérieure, était plus ou moins forte.
Nous avons dit qu'entre l'iris et la capsule crislallinicnne il se formait du tissu conjonctifeldes vaisseaux capillaires disséminés sur la surface antérieure de cette dernière (pl.V, Gg. 2, d). L'apparition de ces vaisseaux capillaires et l'augmentation delà vitalité du corps ciiiaire et de l'iris nous expliquent pourquoi l'action des cellules
(1) *H. Mcyer, Beitrag su der Streitfrageueber die Enlwickelung der Linsenfasein (Arch. f. Anatomie und Physiologie, 1851).
(2) F. J. vonBecker, Untersuchungen ueber den Bau der Linse bei dem Mcnschen u. den Wirbelthieren (Archiv f. Ophlhatmologic v. Arll, Donders und v. Graefe. Bd. IX, U""' Abth. 1863).
(3) * Babouchin, Beilrllge sur Enlwichelungsgeschichte des Auges (Wiirsb. A'aturwissensch. Zeitschr. 1864).
(i) 3epuou-b, 0 MHKpocKOiimiecKcurb erpoeniu xpj'CTa.iuua y >ie.io- DBKa n nosBOuo'iiibixi) iKiiBOTflbixb. /J,nccepTau,ui. MocuBa, 1867.
Zum tnikroscopischen Bau der Linse beim Menschen u. bei den Wirbelthieren, v. Zernoff in Moskau. (la Archiv f. Ophthalmologie v. Arll, Donders u. v. Gratfe. 1867, T. XIII, Abth. II, p. 521-546.)
(5) HBanoBi), MaTepia.ib ajw Hopanubiiofi u naTOJioraieCKOH aaatomïh xpycTa.uuîa. /^iiccepTai^iH. C. rieTep6yprb, 1867.
Ivanow, Matériaux pour servir à l'anatomie normale et pathologique du cristallin. Thèse inaugurale. Saint- l'étersbourg, I8P7.
CHLZ QUELQUES MAMMIFÈRES. 33
formatrices devient plus, grande et pourquoi la régénération du cristallin a lieu relativement assez vite. Comme preuve que la régénération du cristallin est en raison directe de l'augmentation de la vitalité des organes environnants, nous citerons ce fait que, dans certains cas de nos expériences où la réaction de ces organes était nulle et la terminaison de l'opération très-favorable, la régénération du cristallin n'avait néanmoins pas lieu.
Nous avons déjà dit plus haut que dans le cas où, après l'extraction du cristallin normal de sa capsule, il en restait dans cette dernière quelques parties, celles-ci subissaient la transformation granuleuse ; mais là où le nombre des tubes cristalliniens, restés dans la capsule, était en quantité tant soit peu notable, ils continuaient d'exister sans subir cette transformation et faisaient même partie du cristallin régénéré, lorsque cette régénération avait lieu. Dans d'autres cas moins favorables, ces mêmes tubes devenaient plus larges, c'est-à-dire s'hyperlrophiaient.
Circonstances défavorables à la régénération du cristallin. — Après avoir décrit, dans des termes généraux, l'évolution du cristallin régénéré, nous devons mentionner, en passant du moins, les circonstances défavorables au milieu desquelles se trouvait, dans nos expériences, la capsule crislallinienne après l'extraction des cristallins. Si même nous mettons de côté les lésions étendues de la capsule cristallinienne, les phénomènes inflammatoires des organes qui l'environnent et l'épanchement qui s'ensuit, écrasant pour ainsi dire sa vitalité, il suffit de mentionner : l'adhérence qui si souvent a lieu entre les bords de l'endroit lésé de la cristalloïde antérieure avec la cristalloïde postérieure, la pression que subit, après l'opération de l'extraction, la capsule de la part des humeurs vitrées et aqueuses, etenlin l'absence de l'augmentation de l'activité de l'iris et du corps vitré après un certain laps de temps écoulé depuis l'opération, activité si nécessaire pour accélérer la formation des éléments du cristallin, pour comprendre les difficultés que doit surmonter l'appareil cristallinien, pour arriver à un cristallin régénéré ; et cependant la force régénératrice de la capsule crislallinienne est si grande que malgré toutes ces entraves elle régénère le cristallin, et jusqu'à tel point, que
JOURS. DE l,'A*AT. ET DE LA PIITSIOI.. — T. VIII (1872). 3
3/l B. MILL10T. — RÉGÉNÉRATION *DU CRISTALLIN
s'il n'atteignit jamais dans nos expériences le volume du cristallin normal, il acquit dans l'une d'elles la moitié de son volume, et dans une autre il la dépassa. On comprend que dans ces cas les animaux pouvaient reconquérir plus ou moins la vue normale, et, en effet, ils la reconquéraient.
L 'examen microscopique de la partie de l'appareil cristallinien restée dans l'œil après l'extraction du cristallin normal, démontra :
1° Dans les cas où la régénération du cristallin avait lieu, et surtout dans ceux où l'animal était sacrifié plus ou moins longtemps après l'opération, non-seulement l'existence des mômes éléments analomiques que dans l'appareil cristallinien normal, mais encore une disposition analogue à celle des éléments cristalliniens normaux ; ainsi nous avons constaté dans ces cas: l'épithélium, les cellules de Robin (pl. III, fig. 3, c), la zone nucléaire de Meyer (pl. I, fig. 5, b) ; les tubes et fibres cristalliniens avec les espaces interfibrillaires (pl. IV, fig. 3, e, e') ; cependant, dans la plupart des cas, ces derniers éléments étaient plus grands qu'à l'état normal.
2° Dans les cas où la régénération du cristallin avait lieu, mais où les animaux étaient sacrifiés bientôt après l'opération : de l'épitbélium de la capsule cristallinienne à l'état normal (pl. III, fig. 3, b) des cellules de Robin (pl. III, fig. 3, c, et fig. h, c), de tubes cristalliniens restés, après l'extraction du cristallin, normaux ou modifiés et ayant la forme de massue courbe ou de matras (pl. I, fig. 2, e, et pl. II, fig. 1, b), de globules de Morgagni (pl. VI, fig. 3, g), enfin de cellules formatrices éparscs dans un liquide hyalin ou agglomérées et alignées par séries linéaires (pl. III, fig. 3, d, fig. h, f,d, et pl. V, fig. 2, b) ; ces dernières s'observaient quelquefois dans les cas où la capsule cristallinienne ne contenait ni tubes, ni fibres cristalliniens.
3° Dans les cas où la régénération du cristallin n'avait pas eu lieu : du tissu conjonctif de nouvelle formation (pl. 1. fig. 2, c, et pl. III, fig. 1, a), de vaisseaux capillaires, de granulations, doj grains et de cellules pigmenlaires (pl. V, fig. 2, a), de globules de sang et de pus, de cristaux d'bémaloïdine, de cellules du corps
CIli'.Z QUELQUES MAMMIFÈRES.. 35
vitro rappelant les globules de pus (pl. 'VI, 6g. 2, b), de l'épîthc- Hum de la capsule, de cellules formatrices ordinairement éparses, •et de cellules fusiformes (pl. III, flg. 1, f, f) ; dans quelques cas les cellules formatrices étaient alignées par séries linéaires et supplantaient, pour ainsi dire, les éléments étrangers à la capsule, en les atrophiant, grâce à la force d'organisation dont elles sont douées.
Après avoir fait ressortir ces trois formes distinctes de structure des appareils cristalliniens, avec cristallins régénérés ou non, nous devons dire que leur structure microscopique ne présentait pas toujours des différences aussi tranchées, et qu'il arrivait bien souvent que les éléments sus-menlionnés, tous ou en partie, existaient en même temps dans la capsule cristallinienne.