ETUDE ANATOMO-PATHOLOGIQUE
L'ostéomyélite est une maladie infectieuse générale à localisalion osseuse. Celle notion éclaire singulièrement la pathogénie de cette ostéite, sa localisation iniliale, les phénomènes généraux si accusés qui la caractérisent.
L'idée de la spécificité microbienne qui avait prévalu après la découverte de Pasteur à aujourd'hui complètement disparu, el tous les auteurs sont d'accord pour reconnaître, dans l’ostéomyélite, Faclion non seulement du staphylococcus aureus, mais aussi de l’albus, du citreus, du sirepltocoque pyogène, du pneumocoque, du bacille d'Eberth et même des microbes anaérobies dans les ostéites à pus fétide et gangréneux.
Aussi est-ce à la faveur d'une affection pleuro-pulmopaire, d'une fièvre Lyphoïde, ou plus communément grâce à une pelile plaie cutanée (engelure, panaris superficiel -des doigts, furoncle), que les microbes pénètrent dans le sang, viennent se fixer par voie hématogène dans la région de los où la cireulalion est la plus active. Ils y sont amenés par le procédé de lembolie et appelés par l’exagération des phénomènes nutritifs. C’est, en effet,
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une règle qu'une extrémilé osseuse est d'autant plus exposée aux localisations infectieuses que son rôle dans l'accroissement est plus considérable, et que la zone des proliférations physiologiques est aussi la zone d'élection des processus pathologiques.
Le siège imiial de linfection est le « bulbe: de los », c'est-à-dire, pourles os longs,la région juxla-épiphysaire, la portion renflée de la diaphyse comprise entre le canal médullaire central et le cartilage de conjugaison ; pour les os plats et courts, autour des petits points d’ossilicalion secondaires.
Rouge, vineux, le tissu spongieux du bulbe de l'os devient friable, par suite de lPapparition de lostéite raréfiante de Gerdy, qui se développe autour des canaux de Havers agrandis, bientôt remplis de pus. Mais le processus inflammatoire ne se/cantonne pas -dans celte région limitée. En effet, l'os baigne complètement dans la moelle. |
La moelle centrale est en relation intime avec la moclle interstitielle, et celle-ci se continue avec la couche ostéogène d'Ollier, c’est-à-dire la partie profonde qui se trouve immédiatement au-dessous du périoste. L'inflammalion de la moelle centrale peut se manifester simplement sous la forme d'une congestion intense, d'une vascularisalion exagérée, mais le plus souvent il existe de véritables foyers purulents qui communiquent bientôt, par Pintermédiaire des canaux de Favers dilatés, avec les poches purulentes sous-périostées.
Le périoste, congestionné au début, finit par se décoller de l'os, par la production à sa face profonde d'un épanchement purulent. Cette nappe de pus arrive parfois * à entourer loule la diaphyse. Par places, le périoste se ramollit, se sphacèle, et le pus, diffusant sur sa surface
RE er externe, détermine la produclion d’un abcès en bouton de chemise.
Toutes ces lrainées purulentes intra-osseuses délimitent souvent des porlions plus ou moins considérables de la diaphyse, qui constituent les séquestres diaphysaires. |
L'action des microbes, ou plus: vraisemblablement de leurs toxines, tue les éléments cellulaires de l'os; la moelle osseuse est mortifiée par le staphylocoque, comme le Lissu cellulaire Fest dans le phlegmon diffus où dans l’anthrax. La rapidité et l'étendue de ce sphâcèle sont en rapport avec le haut degré de virulence des microbes pathogènes. Ces séquestres diaphysaires, surpris en . pleine vitalité, conservent leur forme et leur aspect ordinaires, seuls leurs bords sont déchiquetés, épineux ; d’où le nom de « séquestres gothiques » qui les caractérise. Leur surface est de couleur blanche nacrée, comme un tissu brusquement anémié par perte totale de sa cireulalion sanguine.
La phase aiguë de cette névrose massive terminée, que se passe-t-il ? Dans un temps plus où moins bref, il se produit une poussée intense d’ostéite hyperplasique qui vient enserrer, englober les séquestres. Des soupapes de sûreté, perforalions que Troya appelle des « foramina », permettent l'écoulement du pus entretenu par la présence des séquestres, et qui demande à s'échapper conslamment en dehors.
Là ne se bornent pas les lésions de lostéomyélite. Les carlilages de conjugaison sont quelquefois atteints à leur tour. Il est exceptionnel qu'une nappe de pus arrive. à occuper la place du cartilage détruit, mais il advient plus fréquemment que celui-ci est érodé, per-
ro foré, et des troubles profonds de l'accroissement de los en longueur peuvent en être la conséquence.
Si le cartilage conjugal est franchi, l'épiphyse peut être complètement isolée, et, baignant dans le pus, peut constituer un véritable séquestre épiphysaire.
Il est une complication des plus redoutables de lostéomyélite, nous voulons parler de larthrite. Son importance, au point de vue de la fonction ultérieure du membre, est parfois d'une importance égale à la lésion de l'os lui-même. L'articulation atteinte peut ne réagir que par la formation d'une hydarthrose ou d’une arthrite plastique ; mais, dans certains cas malheureux, il faut rédouter une vraie arthrite suppurée, complication grosse de conséquences.
Telle est, schémaliquement et dans ses grandes lignes, Jévolulion anatomo-pathologique de l’ostémyélite aiguë d'un os long. |
Aussi intéressantes sont, pour le praticien, les modalités cliniques de ce processus pathologique.