LOI DK JEFFERSON SUR LA TOLERANCE
Peut-être ne sera-t-on pas fâché de connaître cette célèbre loi que Jeflerson se glorifiait d'avoir rédigée et soutenue : la voici :
« Considérant que le Très- Haut a créé les âmes libres; considérant que tout ce que Ton fait pour les intlticncer par des châtiments temporels, par l'oppression, par la privation des droits civils, ne tend qu'à engendrer des habitudes d'hypocrisie et de bassesse, et cela en opposition manifeste avec les vues du saint Fondateur de notre religion (lequel, étant le Maître de nos corps et de nos Ames, eût pu employer, pour nous ramenc^r à lui, la contrainte, et corporelle et spirituelle, ce qu'il n'a pas fait); considérant que l'impie présomption des législateurs et des princes , tant civils qu'ecclésiastiques . qui , bien qu'hommes
faillibles , et non inspirés , se sont arrogé Tempire sur la foi d*aulrui et ont voulu imposer leurs opinions et leur manière de voir, est précisément ce qui a établi et maintenu, dans la plus grande partie du monde et durant les siècles, toutes sortes de fausses religions ; considérant qu'il y a du péché et de la tyrannie à contraindre un homme ù payer des impôts pour la propa* gation d'une foi qui n'est pas la sienne ; considérant même que forcer quelqu'un à payer tel ou tel ministre de sa propre communion, c*est lui ôter ta précieuse liberté d'allouer ses contributions au pasteur particulier dont il se plairait à prendre la conduite pour modèle, et dont il apprécie le plus la sainte éloquence ; que c'est priver les ministres eux-mêmes de ces récompenses temporelles, qui, méritées par leurs travaux et leur zèle, ne peuvent que les stimuler toujours plus à se dévouer de tout leur cœur a l'instruction de riiumanitc ; considérant que nos droits civils n'ont pas plus de rapport avec nos convictions religieuses qu'avec nos opinions en physique et en géométrie; considérant que priver un citoyen de la confiance publique, ne lui accorder des emplois que s'il professe ou abjure certaines doctrines religieuses, c'est injustement le dépouiller des privilèges et des avantages auxquels il a un droit naturel et égal à celui de tous ses concitoyens ; considérant que ce système a pour effet de corrompre dans sa source la religion même cju'il se propose de favoriser , puisqu'on lui gagne des partisans eA offrant le monopole des honneurs et des salaires , moyen corrupteur an plus haut point ; considérant que, s*il y a dd crime à écouter de telles tentations , il n'y en a pas moins à les faire naître ; considérant que permettre au magistrat d'intervenir dans les questions de doctrine et de restreindre la profession ou la propagation de certains principes à raison delà fâcheuse ten* dancc qu'on leur suppose , est une erreur funeste qui détruit toute liberté religieuse, puisque le magistrat lui-même demeure juge de cette tendance, qu'il prendra pour règle de son jugement ses propres opinions, et qu'il approuvera ou condamnera celles des autres suivant qu'elles cadreront ou non avec les