CHAP. V. LES CHARTES ROYAUS
beaucoup de cas il n'était pas facile de détermiDer ce que la justice exigeait réellement. Il s'agissait de sauvages qui erraient en d'immenses contrées sans songer seulement aies cultiver, et qui, même pour leurs chasses, avaient en général plus d'espace qu'il ne leur en fallait. Leur ôter quelques centaines ou quelques milliers de milles carrés ne semblait pas leur imposer de grandes privations, et c'est ainsi que la conscience des colons se tranquillisait. Or, sans prétendre les excuser, il s'agit pourtant de savoir si d'autres à leur place en eussent usé mieux.
Malheureusement aussi l'on peut accuser les colons d'avoir, par leur impatience, suscité de grands embarras au gouvernement central. Ainsi, dans l'affaire de la Géorgie, il y a peu de temps, le congrès avait résolu de traiter avec les Indiens qui habitaient encore cet Etat, afin qu'ils s'en retirassent et que les Géorgiens eussent de la sorte une compensation pour les territoires qu'ils cédaient à l'ouest. Mais il était entendu que le traité se ferait à l'amiable et que, dans aucun cas, on n'userait de la contrainte. Cependant le temps s'écoulait, la population de la Géorgie s'accroissait, les établissements des hommes blancs touchaient ceux des hommes à peau rouge, et l'on pressait vivement ces derniers de vendre leurs terres et de se reculer à l'ouest. Comme ils s'y refusaient avec ténacité, la Géorgie invita le gouvernement central à remplir ses engagements. Celui-ci, tout en activant les négociations, ne cessait de recommander la douceur; mais cela n'empêcha pas que les colons , et indirectement l'Etat
de Géorgie lui-même, do se laissassent aller à bien des mesures vexatoires. EuGn Ton vendit à des prix élevés les domaines des Indiens; ils reçurent en outre un territoire au-delà du Mississipi, et je ne doute pas qu'ils n'y soient mieux après tout que dans leurs anciennes demeures.
Pour en finir avec les embarras de cette nature, embarras qui naissaient tous des anciennes chartes, le gouvernement de TUnion , cédant aux instances d'hommes excellents, a pris, il y a quelques années, la résolution de réunir, dans une vaste contrée à l'ouest du Missouri et de l'Àrkansas, tous les Indiens épars dans les Etats. Ces contrées, n'étant réclamées par aucun d'eux, furent considérées comme appartenant au domaine public. Là se sont déjà rassemblés les Ghérokies, les Chocklav^s, les Chickasas, les Gricks et plusieurs moindres tribus. Bientôt , il n'y aura plus sur le territoire des États-Unis que les Indiens qui , préférant y rester, s'incorporent aux colons et par là même à la république en qualité de citoyens. Je nourris, pour ma part, l'espérance que la grande communauté d'indigènes qui se forme à l'ouest du Missouri et de l'Àrkansas constituera tôt ou tard un des Etats de l'Union et enverra ses représentants au Grand-Gonscil de l'Amérique du Nord.
CHAP. VI. COLONISATION DE L JNTÉRlBUtt. tl