‹ De la religion aux États-Unis dÁmérique (volume 2)Chapitre 16 sur 111 · COLONISATION DB L'INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

COLONISATION DB L'INTÉRIEUR

Il s'écoula, comme on a pu le voir, cent vingt-cinq ans depuis la fondation de la Virginie jusqu'à celle de la Géorgie. Les premiers développements des treize provinces coloniales se firent d'ailleurs avec une extrême lenteur. Il fallait dix à vingt ans pour qu'on pût regarder une colonie comme définitivement assise. Celle de Virginie, la plus ancienne, manqua plusieurs fois se dissoudre, et l'on doit vraiment admirer la persévérance des colons, qui, ravagés par les épidémies et les attaques des Indiens, voyaient encore une partie des leurs se rembarquer pour l'Angleterre.

Il n'y avait parmi eux que peu de gens riches. D'ailleurs, ce n'était pas le temps des paquebots somptueux ou des vaisseaux marchands confortablement disposés; en sorte que le voyage se faisait sur de petits navires où s'entassaient les passagers. Les nombreux inconvénients de la traversée n'étaient guère propres à fortifier l'âme contre les dangers et les peines de l'avenir. A mesure qu'on approchait des côtes, les émigrants ne voyaient devant eux que de noires forêts. Tout leur offrait l'aspect le plus étrange. Nulle apparence de culture dans le pays, pas un village, point de maisons où trouver un abri, et pardessus tout cela, des habitants d'un extérieur aussi

terrible que repoussant. Plusieurs arrivèrent dans la mauvaise saison, alors que la nature a son aspect le plus sombre. Pour leur premier gtte, ils durent se contenter de pauvres cabanes dressées à la hâte ; et durant bien des semaines, ils ne comptèrent qu'un petit nombre de jours favorables aux travaux qu'exigeait leur établissement. Les habitants les plus pauvres de la mère-patrie goûtaient les jouissances du luxe, à côté des privations infinies que s'imposaient nos pèlerins. Et il leur faudra des années avant qu'ils aient suffisamment éclairci les forêts qui obstruent le pays, qu'ils se soient construit des maisons tant soit peu commodes, et qu'ils les aient entourées d'un petit jardin. Cependant, les maladies et la mort ne cesseront d'assiéger chaque famille. Le pèlerin déposera successivement dans la tombe ses amis les plus cbers, ceux qui partagèrent ses labeurs et ses sollicitudes. Puis viendront les attaques des sauvages, dont les coups meurtriers décimeront plus d'une fois la colonie. Les semaines et les mois vont se prolonger, et le soir, après les fatigues de la journée, le pauvre colon ne saura pas, en commençant le repos de la nuit, si le terrible cri de guerre de l'Indien ou l'incendie de sa case ne le réveilleront pas en sursaut. Hélas! quelle plume pourrait décrire les cruelles alarmes de tant de familles, dans toutes les colonies et durant de si longues années? Qui dira l'agonie d'un père qui, recevant le coup mortel, voit le tomahawk levé sur sa femme et sur ses enfants, ou ceux-ci traînés dans une captivité mille fois pire que la mort? Eu de telles cir-

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coDstances, il n'est certes pas'^urprenant que les établissements européens ne fissent pas des progrés fort rapides.

Toutefois ils se fortifiaient peu à peu. A l'époque de la révolution d'Angleterre, en 1688, c'est-à-dire, qualre-vingt-un ans après Toccupalion de la Virginie et soixante-huit ans apr^s celle de Plymouth, on évaluait à 200,000 âmes environ la population des douze colonies : la Géorgie n'existait pas encore. Le Massachusets, y compris le Maine et Plymouth, pouvait en compter. . . . 44,000 Le New-Hampshire et Rhode-Island ,

chacun 6,000, soit 12,000

Le Counecticut. ... de 17,000 à 20,000 Ce qui fait, pour la Nouvelle-Angleterre, un total de 76,000 New-York n'en comptait pas moins de 20,000

New-Jersey 10,000

Pensylvanie et Delaware 50,000

Les deux Carolines et leurs dépendances, environ 8,000

Après avoir, pendant maintes années, tenu leurs établissements serrés le long des côtes, ou du moins k une certaine proximité de la mer, les colons se mirent à explorer les forêts de l'intérieur et à s'y porter aussi loin qu'ils le pouvaient, sans trpp de danger de lapairt des indigènes. Là où leurs attaques étaient le plus à redouter, on s'éloignait les uns des autres le moins possible, et l'on se groupait de manière à former des villages. C'est ce qui eut lieu surtout dans la Nouvelle-

Angleterre, où, le sol n'élant pas très-ferlile, on dut s^adonner au commerce et k Tindustrie. Et comme d'ailleurs la pêche était une des principales ressources des colons de cette contrée, ils furent lents à s'écarter des côtes et des points qui leur offraient les meilleurs porls.

Il n'en fut pas de même vers le sud. La Virginie s'occupait essentiellement de la culture du tabac, et trafiquait avec les indigènes. Dans la Caroline, la plupart des bras étaient employés à manufacturer le goudron, la térébenthine et la résine, ou à cultiver le riz, l'indigo, puis le coton. Il en résulta que leurs établissements se dirigèrent vers l'intérieur, autant que le leur permettaient les dispositions des Indiens; mais, d'un autre côté, l'on ne vit point s'élever chez eux de ville un peu considérable. A présent même, les cinq EtaLs atlantiques du sud ne renferment que deux cités dont la population excède vingt mille âmes: Baltimore dans le Maryland, et Gharleston dans la Caroline du Sud.

A l'époque de la guerre de la révolution, en 1775, les colonies avaient à peine atteint les monts Apalacbes, et leur population tout entière se mouvait sur la bande de terre qui descend de ces montagnes jusqu'à l'océan Atlantique. Il est vrai qu'après le traité de Paris de 1762, traité par lequel l'Angleterre acquit les deux Canadas et la vallée du Mississipi, moins la Louisiane, un petit nombre d'aventuriers passèrent au-delà des monts. Quoique cette émigration à l'ouest ait continué durant la .guerre de la révolution, je

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