CHIP. X. ÉTUDE DE SES INSTITUT. RELIG
politique, de la présence, au milieu de nous, des coIods originaires de Hollande, de France et d'autres parties du continent européen, sans oublier ceux d'Ecosse et d'Irlande.
Quedeshomme3 babilués aux spéculations philosophiques déterminent à priori le genre de religion qui s'adapte le mieux aux institutions démocratiques, toujours restera-t-il k voir si les faits sont d'accord avec la théorie. Je me permets d'appliquer au second ou-vrage de M. de Toqueville cette réflexion toute simple. Il y a quelque chose de fort séduisant dans les inductions d'un esprit ingénieux, et l'on se laisse aisément aller à les prendre pour la réalité, mais encore ne fauir il pas trop donner à l'imagination dans les questions de cette nature.
Pour m'en tenir à deux ou trois seulement des assertions de M. de Toqueville qui montrent combien il a mal compris l'Amérique religieuse, il dit quelque part: a Aux Etals-Unis, la majorité se charge de fournir aux individus une foule d'opinions toutes faites, et les soulage ainsi de l'obligation de s'en former qui leur soient propres. Il y a un grand nombre de théories en matière de philosophie, de morale ou de politique, que chacun y adopte ainsi sans examen , sur la foi du public ; et si l'on regarde de près, on verra que la religion ellemême y règne bien moins comme doctrine révélée que comme opinion commune. ' »
Or, quoi qu'on veuille penser de l'Amérique, il est
^ La démocraiie en ÀmM^uei â* partie, tome f, cbap. S«
impossible de trouver un pays où cette observation «yit moins vraie. Nulle part le peuple n^est plus ardent à demander qu'on lui rende raison de tout; c'est une exigence de chaque moment, .un fait qu'on peut dire universel. Nulle part les prédicateurs ne sont plus appelés k développer les arguments qui démontrent la divinité du christianisme; ce sujet se traite sur tous les tons et sous toutes les formes, et il n'y aurait pas moyen de faire autrement.
M. de Toqueville dit encore : « Aut Etats-Unis, les sectes chrétiennes varient à l'infini et se modifient tons cesse ; mais le christianisme lui-même est un fait ifttabli et irrésistible qu'on n'entreprend point d'attaquer ni de défendre... Les Américains, ayatit admis sans examen les principaux dogmes de la religion chrétienne, sont obligés de recevoir de la même manière un grand noDhbre de vérités qui en découlent et qui y tiennent. * »
Voilà certes de quoi surprendre un Américain qui eoniHttt un tant soit peu son pays. Il faut être bien 'ptéoccupé d'une théorie pour s'écarter à ce point de 1& réalité. M. de Toqueville n'oublie pas que la so«
, < La démoercUie m Amérique^ 2* partie, tome L chap. 1. — L'ouvrage de M. de Toqueville a, sans contredit, un très-grand mérite, itlrtotit la première partie; mais le but dans leqdel il l'a écrit lui adiit souvent voir les objets sous un>faux jour. GelK ti'empéehe pa^ qu'en bien ^e$ choses il ne soit vraiment exoellent^ eljo ne connais pas d'étranger qui ait mieux saisi l'esprit de nos institutions. Toujours est-il que, pour le pénétrer parfaitement, il faut en quelque tovte Tanolr suoé^avec leWt. •
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cîèté anglo-américaine doit son existCDce à la religion; mais ce qu'il parait oublier, c'est que la religtoti des colons n'était point celle qui interdit le libre examen, et qui fait un devoir d'accepter comme vrai ce qui est cru généralement, n'importe la gravité de l'objet. Ce ne fut là, dans aucun temps, le caractère' i}u véritable protestantisme.
Rappellerai-je, après cela, cette autre assertion du même auteur, que, < dans les pays démocratiques, l'esprit humain tend an panthéisme? > Je demanderai quels sont les faits, anciens ou modernes, qui justifient cette thèse. — Mais c'en est assez. Tout ce que je yeux en citant ici l'ouvrage, d'ailleurs si remarquable, de M. de Toqueville , c'est de montrer qu'il ne faut pas songer à expliquer par des raisonnements à priori, x}uelque ingénieux et quelque plausibles qu'ils soient, les phénomènes que présente l'état religeux de l'Amérique.
Il sera plus sûr de nous rappeler purement et simplement quel était le caractère des premiers colons venus d'Angleterre. Pour nous rendre compte des mstituiions chrétiennes qu'ils fondèrent dans le Nouveau-Monde, ne perdons pas de vue leur point de départ.
'C'est une histoire digne du plus haut intérêt, que celle du christianisme dans la Grande-Bretagne, à la prendre dès les ptefflierésiècleSéL'JÊvangile y est apporté par des missionnaires de l' Asie-Jfineùse. «Lés hommes de race ciahique le reçoivent. D'accord avec les>icbrétieiis> de l'Irlande et 'de *la/ France^ ceux 4te
TÂDgleterre repoussent les prétentions de Rome. Celle-ci 9 venant à la suite de l'invasion saxonne, se soumet les chrétiens qu'elle accuse d'hérésie. Les Anglo-Saxons se convertissent à leur tour, mais bientôt ils se brouillent avec la hiérarchie papale. Après quoi vient la conquête par les Normands, et, avec elle, de nouveaux efforts pour consommer l'assujetlissement spirituel de l'église britannique et irtandaise. Mais Dieu se suscite de fidèles témoins parmi les Anglo-Saxons. Wickliffe et quelques autres élèvent contre Rome une opposition redoutable qui fait luire enfin l'aurore de la réformation.
Telle est la suite des événements dont se compose l'histoire religieuse de l'Angleterre jusqu'au XVP siècle. La réformation, dont nous voyons à cette époque les heureux préliminaires, se lie incontestablement, dans la Providence de Dieu, avec la résistance persévérante et fidèle que les anciennes églises avaient opposée à Terreur. Le feu sacré couvait sous la cendre , et, débarrassé des décombres dont les siècles l'avaient recouvert, il s'enflamma de rechef au souffle de TEs- -prit de Dieu et au contact de sa Parole.
C'est ainsi que la nation anglaise ressaisit la lumière, et que se prépara le peuple qui devait fonder, dans le Nouveau-^^Monde , un empira chrétien. Les :Colons durent à l'Ëvangile leurs meilleures qualités. Leur amour même pour la liberté politique provenait des luttes qu'ils avaient dû soutenir, en Angleterre, dans l'intérêt de la conscience; luttes longues et douloureuses où la foi seule put les affermir. Ce fut la
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religion qui les fil abaûdonuer leur pays oalal^ plutôt que d'accepter uue tyrannie qui menaçait leurs âmes immortelles.
Sous le poids des persécutions, ils examinèrent les grandes questions des droits de l'homme, la nature et Té tendue du pouvoir civil, le point enfin où l'obéiasance cesse d'être un devoir. On peut leur appliquer ce que Mackintosh dit de Bunyan : a Les traitements cruels qu'il essuya lui firent résoudre en son esprit le problème de la liberté religieuse, jusqu'à pouvoir confondre, par le raisonnement, les plus subtils et les plus savants de ses persécuteurs. » Les Américains ont transmis à leur postérité des convictions chèrement, acquises, et leur postérité n'a ni répudié ni di*lapidé ce noble héritage.
Les institutions politiques des colonies puritaines de la Nouvelle-Angleterre doivent donc s'expliquer par leur religion, et non leur religion par leurs institutions politiques. Cette remarque s'applique également aux autres colonies. Et si le lecteur veut savoir ce qu'étaient ces puritains, qu'il lise l'éloge qu'en a fait une plume qu'on ne saurait suspecter de partialité pour leurs principes religieux, quels que soient les rapports qu'on voie entre ces principes et la politique.
«Les puritains ét£^ient des hommes dont le caracr tère s'était formé dans la contemplation d'êtres supérieur^ à l'humanité et d'intérêts éternels. Non contenus de reconnaître l'action générale du gouvernement suprême de la Providence , ils attribuaient tous les événements à la volonté du Grand Etre pour la puis-
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^arvce duquel rien n'est trop vaste et dont la vigilance -ne trouve rien de trop petit. Le connattre) le servir, jouir de sa faveur, tel était à leurs yeux le grand but d^ leur existence. Ils avaient en pilié les hommages cérémonieux que d'autres sectes substituent à la pure adoration de Tâme. Au lieu de recueillir en passant les tueurs que la Divinité nous envoie, comme au travers d'un voile, ils n'aspiraient à rien de moins qu'à coihtempler d'un œil ferme son éclat éblouissant, et à s'entretenir avec lui face à face. De là venait leur mépris pour toutes les distinctions de la terre. Quelle diiférence peut-il y avoir entre le plus élevé et le plus chélif des mortels, quand on les voit àTintervalle incommensurable qui les sépare Tun et l'autre de €elui sur qui les puritains tenaient leurs regards attachés! lis n'admettaient pas de plus grand titre de noblesse que d'avoir part à ses grâces; et se confiant en cette prérogative, ils foulaient atix pieds les avantages et lés honneurs du monde. Si leurs noms notaient pas portés au registre des armoiries du royaume, ils les savaient inscrits dans le Livre de vie. Si une foule de valets ne se pressaient pas à leur suite, ils recevaient les services des anges mêmes de Dieu. Ils avaient pour palais une maison qui n'est pas faite de main d'homme, et pour diadème une couronne de gloire que rien ne peut flétrir. Ils possédaient de plus grands (résors que le^riches de ce siècle ; ils parlaient un langage plus subliAieque les orateurs les plus éminents; ils étaient nobles, d'une noblesse antique remontant à la création^ et ils avaietit tous été revéïtus delà prè^
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trise par Timposition des mains du Tout-Puissant ! Le plus petit d'entre eux était un être au sort duquel se rattachait une mystérieuse et solennelle importance. Les esprits de lumière et les anges de ténèbres devaient prendre on îAlérèt ettrèm^ à ses moindres actions, et avant que les cieùx et la terre eussent été créés, il fut destiné à jouir d'un bonheur dont la durée ne se mesare pas à celle des cieux et de la terre ! Les évétiemeâls que Thomme politique, avec sa courte vue, attribue aux causes secondes, le puritain les voit dirigés d'en haut à son intention. C'est ponr lui que les empires naissent, fleuris^nt et succombent. Cest pour lui que le Dieu fort proclame sa volonté par la plume d'un évangéliste, ou la harpe d'un prophète. Il eut pour libérateur quelqu'un qui n'est pas d'une trempe ordinaire, et ce n'est pas non plus d'un ennemi vulgaire que son Sauveur Ta délivré. Sa rançon se trouve dans les sueurs d'une agonie surhumaine et dans le sang d'un saérifice divin. Quoi de plus ! c'est en sa faveur que le soleil fut obscurci, que les rochers se fendirent, que les morts ressuscitèrent, que la nature entière s'émut aux souffrances de son Dieu ! » ^
* Sdinéurgh i?evîfir., yoI. XLII, 339.
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