‹ De la religion aux États-Unis dÁmérique (volume 2)Chapitre 31 sur 111 · UT · texte numérisé non relu

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Nouvelle-Angleterre; mais, à l'époque môme où V colonies allaient se trouver en conflit avec la coi ronne, celle-ci eut à lutter, dans la mère-patrie, conti de telles difficultés, que l'Amérique se vit par gran bonheur oubliée.

Sa prospérité d'ailleurs avait marché de front, di rant ces vingt années, avec l'extension des colonie Les huttes étaient remplacées par de bonnes habiti tiens. Le commerce faisait de rapides progrès. 0 avait acquis une telle habileté dans la constructio des navires, qu'on lançait à la mer des vaisseaux c 400 tonneaux. L'industrie manufacturière comme) çait aussi de s'introduire.

On calcule qu'avant la convocation du long pari ment il arriva dans les seules colonies de la Nouvell Angleterre vingt et un mille colons. Cent quatre-vinf dix-huit vaisseaux les avaient transportés au travers ( TAtlantique, et le coût total des plantations fut i 1,000,000 de dollars; émigration et dépense consid râbles pour ces temps-là; car, dans l'été de 1832, port de Québec a vu débarquer plus de cinquao mille personnes apportant avec elles un capital su passant 3,000,000 de dollars.'

Les vingt années suivantes présentent un spectac bien différent. Ce fut l'époque de la guerre parli mentaire et du protectorat de Grom^rell. Non-seul( ment il y eut peu de nouveaux arrivants dans les col nies, mais encore on vit quelques hommes arden

< Banerofl^i HUt. of UnU. U. I, 415.

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retourner en Angleterre pour y prendre part à la lutle; en sorte que, de 1640 à 1660, la population des pro* TÎDces transatlantiques diminua plutôt que de s'ao croître.

Mais ce qui est particulièrement digne d'observation, c'est la prospérité spirituelle des colonies durant cette première période de leur existence. En 1647^ la Nouvelle-Angleterre comptait quarante- trois églises unies dans une même communion. L'an 1650,1e nom** bre des églises était de cinquante-huit, et celui des communiants de sept mille sept cent cinquante. En 1674, il y avait plus de quatre-vingts congrégations, dont les membres épars faisaient tous une profession fidèle de la foi. On comptait douze ou treize églises dans la colonie de Plymoutb, quarante-sept dans le Massachusets et le New-Hampshire, dix-neuf dans le Connecticut, trois à Long-Island et une à Martha- Vineyard.* C'est donc avec raison qu'un de nos pieux historiens s'exprime en ces termes : « La Nouvelle- Angleterre ne doit jamais oublier qu'elle est une colonie religieuse et non une colonie de commerce. Elle porte écrite sur son front la profession d'une doctrine pure, d'un culte spirituel et d'une discipline évangélique.* »

S'il est vrai que les colons de la Nouvelle-Angleterrre ont été « la portion la plus pauvre du peuple

i Frine^i Chniiian HiUcry; BnmerswCt History of thê FirH Ckmreh.

* Prince, CkriH. IM., p. 66.

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de Dieu dans le inonde entier, » et qu'ils ont eu en partage le moins riche territoire des États-Unis, il n'en est que plus frappant de voir comment leur industrie et leurs mâles vertus multiplièrent leurs ressources et métamorphosèrent ces ingrates collines en an délicieux jardin. Malgré les obstacles que leur opposa la jalousie de la Métropole, leur commerce et leurs manufactures firent de continuels progrès, et leur population a fini par couvrir une grande partie des vastes territoires compris dans la charte de leur fondation.

Qu'on tourne en ridicule , tant qu'on voudra, les « pères de la Nouvelle - Angleterre , > les rires de l'ignorance et des préjugés n'ôtent à personne ses Trais mérites. Je ne prétends pas que leurs actes aient tous été marqués au coin d'une parfaite sagesse. Ils mirent à quelques-unes de leurs lois une rigidité déraisonnable et injuste ; ils en eurent même de ridicules, j'en conviens.* Ils fondèrent certains usages mr des vues erronnées de la propriété. L'on n'essaiera pas non plus de nier qu'ils n'aient été intolérants en-

Ml y a beaucoup de porsoDoes qui , dans leur ignorance on par de tristes préventions, ont publié sur les puritains delà Nouvdle- Angleterre bien des mensonges, ou pour le moins bien des exagérations. C'est ainsi qu'on a vu des voyageurs européens transcrire dans leur Journal certains échantillons de ce qu'ils appellent «le Gode bleu du Connecticut, » extraits que de candides lecteurs ont tenus comme parfaitement authentiques. Or, il se trouve que la plupart de ces lois prétendues n'ont jamais existé. C'est nne fabrication manifeste, comme l'a démontré le professeur Kinsby, dans un discours de Jubilé prononcé à New*Haveii il y a peu d'JtODées.

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vers ceux qui ne partageaient pas leurs convictions religieuses. Ils persécutaient les quakers , les baptistes, et ils avaient en horreur les catholiques romains. Mais tout ceci résultait des erreurs alors presque universelles sur les droits de la conscience et sur ceux du gouvernement civil en matière religieuse. Cependant, il nous est permis de dire que, sur ce point même, la Nouvelle-Angleterre fut en avant de la plupart des autres peuples.

Pour ce qui est du traitement qu'ils firent aux tribus indigènes, il faut avouer aussi qu'en voulant mal à propos leur appliquer la législation de Moïse , ils prirent à leur égard des mesures cruelles et iniques. C'est ainsi, par exemple, qu'ils réduisaient en esclavage les Indiens que la guerre faisait tomber entre leurs mains; sans parler des torts graves dont quelques individus se rendirent coupables envers eux. Je ne pense pas, néanmoins, que, depuis le commencement du monde, aucune nation civilisée ait colonisé des contrées barbares en traitant moins mal leurs habitants. En général, partout où nos colons trouvèrent des Indiens, ils acbet^èrent d'eux la portron de territoire qu'ils voulaient occuper. Il n'y a d'exception que pour les conquêtes fruit de la guerre, et ce furent des cas assez rares. On ne saurait dire non pli^ qu'ils soient demeurés indifférents aux intérêts spirituels de ces pauvres peuples. Je montrerai plus tard qu'ils firent, à cet égard, beaucoup plus que les autres colonies américaines, et j'expliquerai d'où vient qu'ils ne firent pas davantage.

Rapprochons, en terminant, les traits généraux du caractère religieux des fondateurs de la Nouvelle-Angleterre. Plus tard nous ferons connatlre en détail leur économie ecclésiastique.

Remarquons d'abord qu'ils étaient animés d'un grand amour pour la Bible, ou plutôt que la Bible était leur tout. Non contents d'y puiser leurs principes religieux, ils en déduisaient leurs lois civiles. En toutes choses, ils se référaient a à la loi et au témoignage. » S'ils n'entendirent pas toujours les Ecritures le mieux possible, il n'en est pas moins vrai que nul peuple ne les respecta davantage et n'en fit l'étude avec plus de soin. C'est à eux que le mot célèbre de Chillingworth s'applique dans toute sa vérité : La ' i Bible est la religion des protestants.

En conséquence , la foi des fondateurs de la Nouvelle-Angleterre était amie des lumières : ils mettaient un très-haut prix à l'instruction. Beaucoup de leurs pasteurs surtout furent des hommes d'un esprit fort cultivé. Ils avaient fait leurs études aux universités d'Oxford et de Cambridge, et quelques-uns apportèrent avec eux une réputation européenne. Parmi ces hommes d'élite, je citerai, outre Cotton, Wilson et Hooker dont j'ai déjà parlé, un Dunsteret un Cbauncey qui furent l'un et l'autre présidents ou directeurs du collège de Cambridge, et je ne saurais oublier les Thatcher, les Whiting, les Shermau , les EUiot. Tous entendaient à fond la théologie, lisant également bien l'hébreu, le grec et le latin. Quelques-uns étaient versés dans les mathématiques, tels que Sherman elWa-

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tertowD. Ils s'honoraient de Tamitié de Baxter, de Howe, de Selden, de l'illustre Milton, ces flambeaux du puritanisme en Angleterre, et ils entretenaient avec eux une correspondance suivie. Ils prouvèrent d'ailleurs l'intérêt qu'ils portaient à l'instruction, en établissant des écoles et des académies. Huit ans après la fondation de la colonie du Massacbusets, ils érigèrent à grands frais l'université de Harward, à Cambridge, près de Boston. Ce fut là que, durant soixante ans, les hommes les plus éminents de la Nouvelle- Angleterre firent leurs études.

Ils sentaient après cela que le christianisme est le plus grand bien dont l'humanité puisse jouir. Entrervoyant, semble-t-il, l'aurore du règne universel du Messie, ils gagnèrent le Nouveau-Monde avecladou-^ ble espérance d'étendre le royaume de Christ par la conversion des tribus païennes et de fonder pour leurs enfants un empire où TËvangile exercerait son glo* rieux pouvoir. Convaincus par leur expérience que, dans l'ancien monde, la vérité était en quelque sorte à la chaîne,, ils soupirèrent après des contrées où ils pussent servir Dieu selon sa Parole. A cet effet ils se dévouèrent aux fatigues et aux souffrances du désert. Pauvres si l'on veut, quand on les compare à d'autres, ils appartenaient la plupart toutefois à de bonnes familles auprès desquelles ils eussent pu vivre à l'aise. Ainsi, dévouement à Dieu, esprit de renoncement et de sacrifice, c'est encore ce qui caractérisait leur religion.

La foi des colons s'associait d'ailleurs à un noble

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patriotisme. Quelques-uns d'entre eux avaient été long^ temps bannis d'Angleterre; d'autres n'avaient eu, dans la mère-patrie, qu'une marâtre. L'Angleterre ne cessa néanmoins d'être pour eux une terre chérie. Leur cri de départ ne fut point : Adieu Babylone! adieu Rome I mais, Adieu chère Angleterre ! ^ Bien qae traités avec mépris par Jacques I^ et par son fils, ils ne parlaient que de leur désir d'étendre les domaines de Leurs Majestés. Les colons de Plymouth, on s'en souvient, quittèrent la Hollande de peur que leurs enfants ne cessassent d'être anglais. Malgré tout ce que leur avait fait souffrir le haut clergé de l'Eglise établie, rien ne put éteindre l'amour qu'ils portaient à cette Eglise et au grand nombre d'enfants de Dieu qui demeuraient dans sa communion.

Enfin, et nonobstant les apparences contraires, l'on doit admettre que leur religion ne pouvait qu'être favorable à la liberté de conscience. Par défkut de lumières, ils ne surent pas d'entrée mettre leurs lois et leurs institutions en rapport avec les principes; mais l'esprit de leur religion, qui les avait pour ainsi dire constitués en Angleterre les défenseurs des droits du peuple contre la domination cumulée du trdne et de l'autel, devait les amener tôt ou tard à reconnaître dans toute leur étendue les droits de la conscience.

Non, les pères de la Nouvelle-Angleterre ne furent pas des individus sans valeur, soit que nous les consi-

< Toyex Midhâr'ê Mtignaiia, b. IH, c. i, s. là.

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iérioDs eux-mêmes ou que nous nous rappelions les Qoms des serviteurs de Dieu avec lesquels ils firent sause commune en Angleterre. Car, à ceux que nous ivoDs cités, on pourrait ajouter les Lightfoot, les Gale, les Bunyan, les Bâte, les Charnock, les Flavel, et tant l'autres moins connus qui se trouvèrent parmi les ieut mille que la restauration priva de leurs chaires iaos l'Eglise nationale.

Tels furent les hommes qui fondèrent les colonies de la Nouvelle-Angleterre, et dont, à la sixième génération, Tesprit survit en bonne mesure dans leurs descendants. À Texceplion de quelques milliers d'Irlandais et d'Allemands arrivés naguère à Boston et attires villes du littoral , à l'exception encore des fils des huguenots qui s'établirent jadis dans ces proviu*oes, elles sont entièrement occupées par les descendftDts des puritains anglais qui en furent les premiers coloiis. Mais, pour avoir le chiffre total de leur posté- Hté en Amérique, il faut sortir de ces limites. Outre 1m deux millions et un quart d'individus qui, en 1840, composaient la population des six Etats de la Nouvelle- Angleterre, on estime au moins à pareil nombre ceux qtti^ en divers temps, passèrent à New-York, puis daos les parties septentrionales de l'Ohio, de Tlndiana, de riUinois et sur tous les points du Michigan et du Wisconsin, sans parler de ceux qui vivent épars dans le reste de l'Union. Or, partout, les fils des puritains portent avec eux la religion de leurs pères, et partout leur présence est un bienfait.

Qu'elle fut donc beUe la mission des fondateurs de

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la Nouvelle-Angleterre! comme ils l'ont glorieuse ment remplie ! et de quels riches résultats le Seigneur ne l'a-Uil ptts couronnée I

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