CHAPITRE VI
CARACTÈRE RELIGIEUX DES PREMIERS COLONS
Etat de Niu^Tcrk.
Pour dire maintenaDt quelques mots sur les Etats qui se trouvent entre la Nouvelle-Angleterre et les provinces du sud, nous avons à passer eu revue les Etats de New- York, de New-Jersey, de Delaware et de Pensylvanie.
«C'est aux vives agitations du monde entier que New-York et les autres colonies doivent leur existence, » dit Técrivain distingué que je cite souvent. * «La fortune de l'Amérique se ressentait de tous les évé; nements importants de l'Europe. Qu'un des Etats de l'ancien monde eût des circonstances prospères, il cherchait à augmenter ses richesses par des plantations dans l'ouest. Une secte était-elle persécutée, elle fuyait au Nouveau-Monde. Les collisions qu'amena laréformation entre les dissidents anglais et la hiérarchie aoglicane colonisèrent la Nouvelle-Angleterre. Cette même réformation, en émancipant les Provinces- Unies , amena des établissements européens sur les bords de THudson. Et si la Hollande et F Angleterre se partagent la gloire d'avoir fondé les premières colonies
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des Etats-Unis, elles se parlagrent aussi celle de leur avoir enseigné la liberté. Nos pères reçurent de l'Angleterre le principe du gouvernement représentatif, et de la Hollande celui du système fédératif. »
Ce furent donc, pour le répéter, les Hollandais qui découvrirent les fleuves de THudson et du Gonnecticut, peut-être même le Delaware.En 1614, cinq ans après que Henri Hudson eut navigué sur le premier de ces fleuves, les Hollandais construisirent quelques buttes dans Vtle de Manbattan , où Ton voit maintenant la ville de New-York.
Après quelques essais tentés par des négociants d'Amsterdam, la Compagnie hollandaise des Indes-Occidentales obtint, en 1621 le monopole du commerce sur toutes les côtes de l'Atlantique dont la Hollande réclamait la possession. Il ne parait pas que la Compagnie se proposât la colonisation de ces «entrées : tout ce qu'elle voulait, c'était de faire avec les indigènes le commerce des peaux et des fourrures. Mais au bout de peu d'années, les familles de ses facteurs s'étant beaucoup accrues, ce qui n'était d'abord qu'un comptoir prit l'aspect d'une colonie. La Nouvelle-Amsterdam, avec sa flotille hollandaise rangée le long de ses quais, promettait de devenir, tôt ou tard, une ville florissante. La colonie s'étendit de proche en proche jusqu'aux lieux appelés plus tard New-Jersey.
Malgré quelques différends au sujet des limites de leur territoire, il y avait alors harmonie parfaite entre les Hollandais et leurs voisins les puritains. En 1627, le gouverneur de la Nouvelle-Hollande, ou de la Nou-
velle*Belgique, comme oo l'appelait quelqueCpis, fil à la colonie de Plymouth une visite de poUtasue «t d'amitié. H fut reçu « au son des trompettea, » dîwai les mémoires. Ou jeta les bases d'uu traité d» coniir merce e^ de bon voisinage. « Nos enfaxitSy après uOfls, ^ souviendront toujours du bon «ccueil qD9 novi avons reçu dans votre pays, et ils ne ceaserool d» fiifi des vœux pour votre prospérité i p aiofii paplèrfpt kw voyageurs.
Quoique cette colonie gagnât du terrain^ «llo m faisait pas cependant les progrès qu'on 9Ût pv aspé|p|r. Au lieu de la protéger et de TencQurager» la nèr^ patrie l'abandonnait à la merci d'une oorpoia^ commerciale dont les vues étaient as^s étroit9a« On ne lui donna pas toujours des gouverneurs |or| twgWi L'indigne Kiefl, par exemple négligeant d'apWMT les Indiens irrités, laissa détruira par eux les ovi/siK» de Staten-Island. Puis attaquant en pleine paix une tribu d'Algonquins, il en massacra de saqg froid ump grande partie. En sorte que, pendant deux auDéea 4Q<- (ières, de 1643 à 1645, les Hollandais se virent, par représailles, assaillis sur tous les points, et menacés d'une ruine totale. Des bords du Raritau hi ceux du Conneclicul, il ne resta pas une seule ferme intacte. On voyait les malheureux colons fuyant leurs habilations en flammes, et tous ceux qui en eurent les moyens ro^agn<>rei)( la Hollande. Ce fut dans cette guerre que p/M*il, avec toute sa faniille moins un .seul individu, U célèhiv Anne Uutuliiusou, une des (emr- HUiu les plus cxlraui>Jii))iire^ <|c )io^ lti|M>èts^ . .
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Maia ce oe fui pas la guerre seulement qui nuisit tui progrès de la oolonie y on peut dire que ce fut amsî le manque dinstitutions politiques un peu lib^ rales> et l'obstination que la Compagnie des Indes mit à ]m pefuser.
. Les fondateurs de la Nouvelle-Hollande étaient des twtmrs d'un caractère hardi et entreprenant, dont Ib priftcipal mobile fut, sans contredit, le désir de §Rgnar de l'argent. Cela n'empêche pas qu'ils n'offrent 4b rîntérèt sous le point de vue religieux. Elevés dans y^gliae nationale hollandaise, ils apportèrent aveq ws un attacbemeni trèsrfort k ses doctrines, à son eoite et k ses institutions. Les soins qu'exigeaient leilM entreprises commerciales ne tes détournèrent fMili d'aviser de bonne heure à ce que l'Evangile leur m prêché dans sa pureté. Eu 1619, ils érigèrent une église à la Nouvelle -Amsterdam, maintenant Ne w- VMrk , et ils eurent pour premier pasteur le révérend Bverafd Bogard. Ce fut à la même époque, si ce n'est auparavant, que s'organisa l'église d'Albany.
Jusqu'à l'an 1764, on ne se servait que du hollandais dans le culte public, c'est4--dire, juste un siècle depuis que la colonie fut tombée au pouvoir des Aurais. Le nouveau gouvernenienl avait fait tout son paisible pour que la langue anglaise dominât seule. Il ouvrit des écoles publiques où on l'enseignait. Pui» était venu, en 169S, par )a protection spéciale du gouverneur Fletoher, r^^laMisstîmenl de l'église épiscopalç anglicane. Cela, joint aux etforls qu'on faisait d'^illqil^ mvifv ^Uciiuire ce but, ue iariln y^ a porlei
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ses fruils. Les jeunes colons commeocôrent par demander que l'on ftt usage de la langue anglaise daoi une partie des services, ou qu'on bâtit de nouvelles églises pour ceux qui parlaient de préférence celte langue. Leur demande rencontra la plus vive opposition de la part de ceux qui craignaient qu'avec It langue maternelle ne disparussent aussi les bonnes vieilles doctrines, les liturgies et les catéchismes de leurs ancêti es. Enfin le révérend docteur Laidlie, ministre écossais fort distingué, membre d'une église presbytérienne en relation avec les Hollandais réformés, fut prié de se rendre à Nev^-York pour y célébm le service en anglais. C'était l'année 1764. Dès oe moment, la langue hollandaise disparut insensiblement, et c'est à peine si l'on en trouve maintenast quelques traces.
Au moment où la Nouvelle-Hollande devint ane possession anglaise, sa population pouvait être de dix niille âmes, la moitié de celle de la Nouvelle- Angleterre à cette époque. Dès lors, sans doute, les émigrationsde Hollande continuèrent d'avoir lieu, mais dans une^si faible proportion, qu'il ne vaut pas la peine d'en parler. Du reste, tous ceux qui parlaient des ports hollandais pour F Amérique n'étaient pas des Hollandais. Les Provinces-Unies servaient d'asile aux protestants que rintolérance chassait d'Angleterre, d'Ecosse, de France, dllalie et d'Allemagne ; * et
1 On n'a pas manqué de reprocher à la Hollande sa grande tolérance. D^ns leur Filie d'auberge, Beaumont et Fletcher font dire â
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de là, aouveut ils s'embarquaient pour le Nouveau- Monde. Ce fut le cas, par exemple, de Robert Livingston, le père de celte famille nombreuse dont on rencontre des membres dans toute TUnion, mais qui honora surtout l'Etat de New-York. Il était fils do révérend John Livingston, ministre écossais, homme pieux et célèbre, qui, après avoir dévoué de longues et utiles années à sa patrie, fut jeté en Hollande par la persécution, et y passa le reste de ses jours en qualité de pasteur de l'église écossaise de Rotterdam.
Par diverses raisons, TEvangile ne fit que tardivement quelques progrès parmi les colons hollandais de l'Amérique. Sans parler de ce que leurs premiers établissements eurent de précaire ensuite des fréquentes attaques des Indiens , leurs églises demeurèrent longtemps et sans nécessité sous la dépendance de la classe ou presbytère d'Amsterdam. Quoique ce corps fût animé du meilleur esprit, la distance où il était des colonies ne permettait pas qu'il leur donnât toujours pour conducteurs spirituels les hommes les plus propres aux circonstances. Et puis, leur développement religieux eût été bien plus rapide, si l'on* eût introduit cinquante ans plus tôt la langue anglaise dans le culte public.
Malgré ces obstacles , l'Evangile ne laissa pas d'y
nu de leurs personoagcs : « Je suis mattre d'école, Monsieur, et je voudrais conférer avec vous sur l'érection de quatre nouvelles sectes à Amsterdam. « Et André Marwal , dans sa Jktcripiion de la HoUande, prétend qu'il ne faut pas chercher à Rome l'église uni- Tersdle (cathMique), mais à Amsterdam.
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4tra aouoncô avec sucoès, déjà sous le gouYeraoneBi de la Hollande. Aussi les mœurs de œs eoiniDUoaQtdi étaient-elles d'une pureté remarquable et Téducatioi y fut-elle en honneur dans tous les rangs , surtOit depuis qu'on eut adopté des formes de gouyernoMil plus républicaines. La Hollande y eoYoya des fiasft teiirs 11 ès-fidèlesy et plus tard on vit bon iiomboa df jeunes gens qui, se consacrant au saint miaisténv allaient faire leurs éludes dans la métropole. Entre lu premiers, je oilerai le révérend Frelinghuyse» qui arriva de Hollande en 1720, et s'établit à Raritaa. far ses talents et la solidilé de ses doctrines, oethonune fut un grand bienfait pour la colonie naissiiite. S laissa cinq fils, tous ministres, et deux fillea f uî époif seront aussi des ecclésiastiques* Parmi les colootqtti' firent leurs éludes en Europe, je dois nommer le rêvé* rend J. H. Livingston, docteur en théologie , mort Tao 1S25, après avoir été de longues années un des ecclé* siastiques les plus distingués des Etats -^ Unis. Cet homme, qui semblait destiné à jouer uq grand rôle dans l'histoire de l'Eglise, consacra sa vie tout entière à raccomplissemenl des devoirs obscurs de sa charge pastorale; mais l'influence de ses travaux et de ses vertus ne s'en fera pas moins sentir longtemps au sein de l'église dont il fut l'ornement.
Les Hollandais ont, dans toute l'Amérique, une nombreuse ]xostérité. On en trouve beaucoup dans les «•onlrée> nord (M ouest de TKlal île Ne>v-York; mais f'esl siivloul au .sud de tel Klal et dans la |mrlie orienlale de NeNv-Jei\sc\, qu'ils tunn^Uli It^ gJtH)^ 4ft^i^
DHAT. VII. LU nam. COL.-*MSWriBllftSY. lit
popolation. Bien qu'on tourne quelquefois en ridieule leur simplicité, leur lenteur, leur attachement aux fîeîUea coutumes, on ne peut en généraf que rendre |wtice à leur piété et à leur moralité; c'est une des neiUeuves souches de la nation américaine» U en 68t parmi eui qui ont pris rang au nombre de poi hommes d'état vraiment distingués. Ces fils d'une palm qui donna le jour aux Grotius et aux Jean de WiU, ont fourni à notre république un président et dnuE vice^rprésidents.
Quelques-uns d'entre eux sont jusqu'à ce jour derr meures fidèles à l'église de leurs ancêtres; mais la phiparloiit embrassé d'autres communions, etnotam* ment* celle de l'église épiscopale.
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