CHAPITRE Xn
CARACTÈRE RELIGIEUX DBS PREMIERS COLONS
Lu huguenots françaU.
Ce fut y comme on le sait, sous le règne de François I*' que la réformation se fit jour en France, et Toii sait également la haine que lui porta ce monarque. Il ne put souffrir une religion qui place le pécheur en face de son Créateur et de son Juge sans médiateon humains, et qui enlève à l'homme toute prétention k des mérites personnels. Et puis, il vit bien que le développement naturel des principes de Calvin tendait à mettre en question les droits du pouvoir despotique. Dans le vif intérêt qu'il portait au réveil littéraire de son temps, et par aversion pour la théologie scolaatique de la Sorbonne, il prit d'abord la défense des pères de la réforme, hommes savants et amis des lettres, comme le monarque; mais il n'en fut pas moins, entre les princes, le premier qui ait puni de mort la foi protestante.
Ses successeurs ne l'imitèrent que trop. La persécution, quelquefois interrompue parles difficultés des affaires publiques, reprenait avec une nouvelle force dès que les circonstances le permettaient. C'est ainsi qu'on atteignit l'année 1598, où le roi Henri IV accorda l'édit de Nantes, édit qui était loin de recon-
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naître aux protestants tous leurs droits^ mais qui , du moins» s'exécuta fidôlemeot tant que régna ce prince.
n n'en fut pas de même après sa mort. Sous le régne de son successenr immédiat, et pendant la première moitié de celui de Louis XIV, Tédit de Nantes ne fut guère qu'une trêve mal observée, jusqu'à ce qu'enfin s'exercèrent d'horribles persécutions dont nous ne retracerons pas le tableau. Il n'y eut pas de Boyens qu'on n'employât pour empêcher les protestants de sortir de France, et pour les contraindre à abjurer leurs prétendues erreurs. Ceux qui purent a^enfuir trouvèrent un asile dans les divers pays protestants de l'Europe. Ils y portèrent leur industrie et leup piété. La ville de Londres vit un de ses faubourgs peuplé tout entier de protestants français, et il fut un moment où ils avaient six églises dans cette cité. Mais PEurope ne fut pas seule à recevoir les réfugiés. Ils ifirigèrent aussi leurs pas vers le cap de Bonne-Espé* nmee et vers l'Amérique.
€ Il n'est aucune de nos colonies, dit Bancroft, qui ne leur ait fait le meilleur accueil. Toutes les symparthies religieuses de la Nouvelle-ÀDgleterre se réveillèrent en leur faveur. Plusieurs arrivèrent dans un étal de complet dénûment, n'ayant pu sauver que leurs personnes ; mais les villes du Massachusets se cotisèrent libéralement pour les entretenir, et leur fournirent des terrains à cultiver. Quelques-uns d'entre eux se rendirent à New-York. Cependant il fallait un dimat plus chaud pour des exilés du Languedoc, et la Caroline du Sud devint la principale retraite des
if U LA RBLIftlOM U AUftaïQOB. UV. «
huguenots. Ils étaieot nombreux, car on availdu btia punir de mort l'émigration^ cinq cent mille prota^r tants étaient sortis de France. Ces infortunés aTaient mis encore plus d'art à ménager leur fuite, que lei ministres de la tyrannie n'eu mettaient h les garder.» a Nous quillàmes de nuit notre demeure, m dit f\k^ dith, la jeune femme de Pierre Mapigault, c laîasaot les soldats dans leur lit et leur abandonnant notii maison et tout ce qu'elle contenait. Pensant iHti qu'on nous chercherait partout, nous nous tînmes cachés pendant dix jours à Romans , en Dauphioéi chez une bonne femme qui n'avait garde de nous trahir. Nous étant embarqués à Londres (où ils étaient arrivés en faisant un long circuit par l'Allah magne et la Hollande), nous eûmes toutes sortes de malheurs. La fièvre rouge se déclara sur le navire» Plusieurs des noires en moururent, et parmi eux notBS vieille mère. Nous touchâmes les tles Bermudes, où le vaisseau qui nous portait fut saisi. Nous y dÂpensèmes tout notre argent, et ce fut à grand'peine que nous nous procur&mes le passage sur un autre navire. De nouvelles infortunes nous attendaient à la Caroline. Au bout de dix-buit mois, nous perdtmes notre frère atné, qui finit par succomber à des fatigues ù inaccoutumées. Eu sorte que, depuis notre départ de France, nous avions souffert tout ce qu'on peut souffrir. Je fus six mois sans goûter de pain, travaîJUaQt, d'ailleurs, comme une esclave; et, durant trojs ou quatre ans, je n'eus jamais de quoi satisfaire complètement la faim qui me dévorait. Et toutefois ^ » dit
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oeUe femne, dans ao esprit d'admirable résigaation, « Dieu a fait de grandes choses à uotre égard, eo bous d^onast la force de supporter ces épreuves. »
« Ce fragmeol de Tbisloire d'uoe des nombreuses familles de calvinistes qui se réfugièrent dans la Ca** njiiue, peut nous aider à juger des autres. Echappés d'an pays où la profe&sion de leur culte était punie 4e SMrty où la prédication de leur foi s'expiait sur la loue, où l'on enlevait aux pères leurs enfants pour lot dresser au papisme, ces fugitifs de la France, qui avaieDt les vertus des purilains anglais sans partager leurs vues étroites, vinrent dans une contrée que la tolérance de Shaflesbury avait ouverte aux chréliem de tontes les communions.' Ils y obtinrent des terras, et bîeniât ils y eurent eux-mêmes des fermiers. C'esl là qu'ils puren^sans crainte célébrer leur culte au milieu des forêts, et mêler la voix de leurs psaumes au Muffle des vents qui couraient au travers des grands chêDes. Leur église était à Gharleston. Ils s'y rendaient diaque dimanche de tous les points de leurs plantations éparses sur les rives du Cooper. Oo les voyait, profitant de la marée, arriver en famille sur de légers canots, dans un silence religieux qu'in-** terrompaient le seul bruit des rames et le mouvement
*< Lt CoBstitoiRm ifue Locke avait rédigée pour la CaroUne , et i lafueUt teneroll ftdt allusîont oe proclamait pas régalité des dioits, ina|a siBaplement la tolérance. W est vrai qu'elle s'étendait « aux Julfiiy aux paleos et aux dissidents , » aux « hommes » en uo mol, de toutes religions; » mais l'église épiscopale n'en était pas moins l'église établie par la loi.
da village florissant que mouillait le conflaent dei deux fleures.
» D'autres réfugiés s'établirent sur la rive sud di Santee, dans un pays devenu renommé par son aisance et par les mœurs polies de ses habitants.
» Partout, [aux Etats-Unis, Ton a des monuments de l'émigration française. Lorsqu'éclata la lutte da l'Amérique pour son indépendance, le fils de Judith Manigault mit au service du pays qui avait adopté sa mère, la grande Tortune qu'il y avait acquise. C'est aussi le fils d'un huguenot qui dota le pays de la salle où les orateurs de la Nouvelle-Angleterre, réunis à Boston y firent entendre les premiers accents de la liberté américaine. Lorsqu'on stipulait le traité de Paris par lequel nous fûmes mis au rang des nations, le petit-fils d'un réfugié français, instruit dès son enfance de tout ce que ses ancêtres avaient souffert, oe laissa pas endormir sa juste méfiance, et, par sa puissante intervention , l'on porta jusqu'au Mississipi les frontières de la république. Dans l'Etat qui est à notre frontière septentrionale, le nom du plus ancien collège rappelle la sage libéralité d'un descendant de huguenots. Les enfants des calvinistes de France ont, certes, raison d'avoir en grand honneur la mémoire de leurs pères ! » *
L'émigration des Huguenots en Amérique est un des faits les plus intéressants de son histoire. Mais elle commença plus tôt et fut plus considérable qu'on
< BamcrofVi HUtory, etc., U, 180-183.
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eiJe peQset géoéralemenl. Même ayant le massacre Siia Saiot-Barlhélemy, quelques hommes marquanls Mds le prote3tanlisme proposèrent rétablissement *Mue colonie et d'une mission dans le BrésiL Nul notostant Q'a?ait encore songé aux païens. L'ami-* Aid9Coligny saisit avec chaleur cette idée. Cahiâ ippuya de toute son influence. Il désigna, pour ao4- Dlippsigner les émigranls, trois excelleiils ministres Û^^^ent fait leurs études à Genève sous ses yeux, '(expédition mit à la voile en 1556, mais elle finit iîféral)iemen l* Le commandant étant rentré dans égUse romaine et ayant fait mourir les trois minis*^ W*9 regagna la France en abandonnant aux épées 08 Portugais le reste de la colonie.* Sans se laisser Ôçourager par ce désastre , le bon amiral fit deux Ou^elies tentatives de colonisation, l'une dans la lafoline du Sud , et l'autre dans la Floride ; mais Hea n'eurent pas un meilleur succès que la précé-^l9Qte. U seddblait que le temps n'était pas encore enu d'instituer des colonies chrétiennes. Ni la relt*^ P0n, nîla persécution ;n' y avaient sufiisamment préparé les esprits.
t AuMÎ, quelques années après, le Gascon de Gourgues, exerçant br eux de terribles teprêsailles, les péndaît à des arbreis, non MD du lieu où ils avaient fait mourir ses compatriotes, et il plaait sur leurs cadavres cette inscription ;. f Non comme esfifgnols la marins, mais comme traîtres , brigands et meurtriers. » U faut iii:ç.Q^fl.l^£spaj;poU avaient. ai«^ les huguenots jp non parce iu:ijs Mmnf^ fr^i^iais, mais ^parçq qu'ils étfi^nt lutbérifps; ç;^ linsi' qu'ils s'exprimaient.,. . ^ -.../.„.., i,
17( LA BBLIGION BH AMÉRIQUB. iPf. H
Depuis le liége de La Rochelle jusqu'à la révoci* lion de l'édil de Nantes, il se fit une émigration oontinuelle de protestants français dans les colonies aiH glaises de rAmérique ; mais après le dernier de cei événements^ elle prit une nouvelle activité, oe qu'al^ testent les actes publics des colonies. Ainsi Tau f 6CI, Jean Touton, docteur français, s'adresse au oonml gédéral du Massacbusets, tant en son nom qu'en oeloi d'autres protestants chassés de leur pays pour osm de religion , afin qu'on leur permette de vivre dass la colonie, ce qui leur est accordé sans diflficulté.* En 1686, on fait don de onze mille acres de terre à une autre société de protestants français qui s'étaient réunis à Oxford, môme colonie.' Cette année encore une église française se fonde à Boston , et dix ans après elle a pour pasteur le révérend M. DaiHé. Ua siècle plus tard, les réfugiés ayant cessé de parler U langue de leurs pères, et s'étant amalgamés aux autres communions, ce temple tomba entre les mains de quelques catholiques français.
En 1666, la législature de Maryland accorda la i» turalisatioii aux protestants réfugiés de France; c'est ce que firent aussi la Virginie en 1671, les deux Carolines en 1696 et l'Etat de New-York en 1703.'
Cependant Nevr-York servait depuis longtemps
1 Btime'à American Ânnait.
« niid.
> Si les huguenots demeufrèrent loti^ftemps ^tA h tStrohoe et i Ifew-York ïti^tit d'obtenir la natatslisatfon, cela me protinl point de mauvais vouloir, ni de part, ni d'autre.
^mà». XII. LM MM. Odt.— FAAftÇAt9. 1%
d -ftiile am Hw^enoU. Même avant que la ïlonàflde eèdât ôelle province à T Angleterre, nommément e& 1656, les protestants français y étaient si nombreat que les actes de là colonie se publiaient en françAt^ M^ti Mgtaiiii ' Smith, rhistoriéil#l6 celte pfôvince, ëo«8 dilqo'eu 1706 ils Tonnaient, Après les Holkndais> li*portie la plus considérable et la plus fiche delà pkipulation de New*York. L'existence de Téglise fVaiS^ tfttsê qu^on y voit encore remonte à Une époque fort Mcélée. C'ebt assez aiicienbement aussi qu'elle i'est i^tacbèé à Téglise épiscopale, et toutefois le service «ontinne de s'y faire en /rançais.
'Cti furent exclusivement des réfugiés de La Rochelle ^r fondèrent la ville de ce nom à seize milles au-des^ M» de Nev^-York, sur la rivière de TEst. Après la révolution d'Amérique, ils y parlaient encore communoMient la langue de leurs aticètres. Le docteur Miller, j^fessear d'histoire ecclésiastique dans l'école de Aéôlogie de Princeton ( Nevr-lersey ), cite qnelqéds traita Mtèi^sants sur les foodaleufb de la Noiivi41e^ techelle. Le» huguenots de celte contrée avaient, dit-il, leur église à New-York. Il fallait tout leub ttn^ wwXy évifc celui de leurs femmes et d« Iburs enfi:Ats, lientr tirer parti de leurs terres. Après idônc qu'ils âVaMbVpoii6séleui<s travaux jusqu'au samedi soir, ils s^tfchemibaiienttle bnit et à pied vers la ville, et quand ib hvaient assisté à deux services, ils regagmienl leurs defaieures dans là nuit du diitaanche, pour sete<^
» Baneroft, II, 3te.
176 LA ftEUeiON BH AlliBIQUB. Uf. U
mettre à Touvrage le lundi matin. Heureux de leur position, pourtant si pénible, ils ne cessaient d'écrire en France combien ils étaient reconnaissants àm gr&ces que Dieu leur avait faites. '
En 1679, Ghar]|^ II fit partir, sur deux vaiaseanxet à ses frais , une troupe de huguenots destinés 4 h Caroline du Sud, afin d'y cultiver la vigne et rdivier. Sous le règne de Jacques II, on ordonna des collectes en leur faveur. Le parlement leur vota d'une seule fois un secours de 15,000 livres sterling. L'aa 1690, Guillaume III envoya dans la Virginie une colonie nombreuse de réfugiés, que suivirent neuf lot plus tard trois cents famiUes, puis deux cents et peu après cent autres. En 1782, il n'y eut pas moins de seize mille protestants étrangers qui s'étabUreat dans la Caroline du Sud; la plupart étaient français^
L'année 1733, Jean-Pierre Pury, de Neuchàteli conduisit dans cette même province trois cent soixante-dix familles protestantes suisses, le gouver* nement britannique leur ayant accordé 40,000 aerei de terre et 4 livres sterling , pour chaque émigraot adulte. ^
Dans quelques-unes des provinces, la législatan exempta les protestants français de concourir aux frais du culte établi par la loi. C'est ainsi qu'en 1700 la colonie de Virginie promulgua la loi suivante : c Al-^ tendu qu'un nombre considérable de réfugiés frao* çais étant arrivés dernièrement dans les colonies et
< History ofthe Evangelical Ckurches of NeW'-York,