‹ De la religion aux États-Unis dÁmérique (volume 2)Chapitre 54 sur 111 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

EFFETS DE LA RËYOLUTION D* AMÉRIQUE SUR LA RELIGIOlf.

Les vingt-cinq premières années de l'existence nationale des Etats-Unis furent une longue crise où la religion courut les plus grands dangers. D'abord vint la guerre de l'indépendance, qui y à la lettre, absorba tous les esprits. Ce n'était pas un léger embarras, en effet, pour un peuple alors si peu nombreux, répandu sur un vaste territoire, divisé en treize colonies isolées les unes des autres, ou peu s'en fallait, sans trésor public, sans gouvernement central, uni parle seul lien d'un même patriotisme! Â la guerre succéda Tépuisement; et cependant il fallait que cette jeune nation , maintenant détachée de la mère-patrie, vécût de sa vie

propre, et qu'au sein d'inquiétudes et d'agitations de I. 16

2bà LA RELIGION EN AMÉRIQUE. UT. Ht

toute espèce, le gouvernement de chaque Etat et celui du pays se donnassent leur organisation. Â peine le pouvoir centeal estril coDâtitué et lee Etato commencent-ils l'apprentissage du système fédératif , que la révolution française éclate comme un volcan et menace d'envelopper l'Amérique dans sa lave brûlante. Pour défendre l'honneur de leur république, ou plutôt son existence, les Etats-Unis durent enfin déclarer la guerre à la France , et ce ne ftit qu^à Tavénement de Bonaparte au consulat qu'un traité de paix vint assurer, pour le dehors du moins, quelque repos à nos contrées.

De ces vingt-cinq années, les huit premières surtout furent vraiment funestes aux églises de toutes les communions.. Sans parler des préoccupations générales qui détournaient si fort la pensée des intérêts de l'éternité, l'on vit les jeunes hommes s'éloigner du toit paternel et de la maison de Dieu pour vivre dans l'atmosphère démoralisante des camps ; en quelques lieux des congrégations entièrement dispersées, des églises brûlées ou converties en casernes et en hôpitaux, plus d'un pasteur massacré , l'activité pastorale interrompue, les travaux d'évangélisation généralement suspendus, les collèges et les séminaires fermés fkute d'étudiants et de professeurs; on vit enfin la morale publique s'altérer à maints égards et par des causes de tout genre. Le christianisme est une religion de paix; les orages de la guerre flétrissent et jettent au loin les feuilles de l'arbre que le Seigneur a planté pour la guérison des peuples.

iCMAPé I. EFFETS »E tk RÉtOtDt. tfjiÈÊÈAlQ. HH

Qu'A me soH permis dé transcrire ici un ffagttvetttd'uûe lettre écrite à cette époqtie par un digne ecclésiastique allemand. ^ C'est tme lecture qu'on ne satK rait faire sans demander à Dieu qu'il écarte tbut ce qui pourrait troubler la paix actuelle des nations.

«Dans le pays entier ce sont d* immenses préparatifs de guerre, et presque tout le monde est soldat. Im^ possible de décrire l'ardeur générale. Si Ton metéent hommes en réquisition, il s'en présente aussitôt le double, et cenx qu'on refuse se retirent la douleui' dans l'âme. L'histoire n'ofFre point de spectacle pareil. Des districts qu'on aurait pu croire ùfe devoir s'ébranler qu'au bout de quelques années, ont couru aux armes dés qu'ils ont connu les résultats de la bataille de Lexington* Les quakers eux-méibes et les menno- Dites, oubliant les principes de leur secte, font l'exer* dce militaire. A toute heure on entend le tocsin dans les rues* Cette agitation, hélas! n'est pas médio^ crement nuisible à la piété. Nous sommes toujours sur le qui-vive, courant après les noîiveUes , comme les Athéniens de jadis; et au milieu des bruits divers qdî circulent, que de cœurs qui se ferment àpla douce vofx' de la Parole de Dieu I Le Seigneur châtie son peuple, mais le peuple n'a pas l'air de le comptiendre. Ceux que les calamités de la guerre n'ont pas encore atteintSy se flattent d'y échapper ; et les autres, pleiiiâf

*Le révérend D' Helmuth, anciennement pasteur à Philadelphie. Sa lettre se trouve dans le recueil intitulé : HaUùche Nachrichleny p. 1367-68.

au LA RBUGION Blf AMÉRIQUE. UY. lU

de fureur^ ne pensent qu'à la vengeance. H y a, dans Tarmée américaine^ beaucoup d'ecclésiastiques qui servent en qualité de chapelains ou même d'officiers. J'en connais deux en particulier , dont l'un est colonel, et l'autre capitaine. Le pays brûle d'un parfait enthousiasme pour la liberté. De la Nouvelle-Angleterre jusque dans la Géorgie^ le peuple, sur ce point, n'est qu'un cœur et qu'une âme. S'il est un petit nombre d'individus qui pensent autrement, toujours estil qu'ils n'osent manifester leur opinion. Â Philadelphie, les étudiants anglais et allemands, organisés en compagnies, ont endossé l'uniforme et s'exercent au maniement du fusil. Plaise à Dieu qu'on en vienne une fois à combattre pour la liberté spirituelle avec le même zèle et le même ensemble qu'on met à conquérir l'indépendance politique I ^

On comprend qu'il fallut du temps pour que les Eglises se remissent quelque peu d'une si effroyable secousse. Toutefois, et par la grâce du Seigneur, nonseulement elles retrouvèrent de la tranquillité dans la paix qui fut donnée au pays, mais encore on peut dire que, depuis cette époque et malgré quelques temps d'arrêt, elles n'ont cessé de croître et de se fortifier dans la vie qui vient de Dieu.

11 n'est pas facile d'évaluer le nombre exact de ministres et d'Eglises qui existaient aux Etats-Unis avant leur séparation d'avec l'Angleterre, mais l'estimation suivante ne doit pas être fort loin de la vérité :

CHAP. I. EFFETS M LA REYOLUT. d'AMÉRIQ. ÎV6

Eglise épiscopale : 250 ministres ( au plus ] , 300^ églises; presbytériens, en 1788: 177 ministres, 419* églises ; luthériens: 25 ministres ^ 60^ églises; réfor^ mes allemands : approximativement les mêmes chirfres; réformés hollandais , en 1784: 30 ministres, 82^ églises; Téglise associée, en 1776, 13 ministres, 20 églises ; moraves : 12 ministres, 8 églises; congrégationalistes: 575 ministres, 700 églises; baptistes, en 1784: 424 ministres, 471^ églises.

Les méthodistes, au moment de la révolution , ne formaient pas un corps à part. Confondus avec l'église épiscopale, aucun de leurs ministres n'avait reçu l'ordination.

Quant aux catholiques romains , suivant le calcul de l'évéque Ëngland , le nombre de leurs prêtres ne dépassait pas 26, et leurs congrégations s'élevaient à plus du double.^

D'après les meilleurs renseignements y il ne parait donc pas que la totalité des ministres de l'Evangile aux

^ D'après un grand nombre de documents que nous avons consultés avec soin.

* Hisiory of Ihe Presbyterian Church in Ihe UnUed Slales, by D' Hodge, part. H, p. 50i.

' D' Schmucker^s Retrospect^ etc.

^ Voyez V Esquisse historique sur l'Eglise hollandaise réformée, qui trouvera place ailleurs dans notre ouvrage ( Liv. Vf ).

' yiew of Ihe Baplisl Churchesin America (American Quarterly Register, vol. XIII et XIV. )

" Lettre de monseigneur England de Cbarlestown au conseil central de la société pour la propagation de la foi à Lyon, publiée dans les Annales de la Propagation de la foi, Mai 1838, vol. X.

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EttU-Ums s'élevât, en 1775, au-*delà de qaalorze mille, et les oongrôgations au-delà de mille huit cent cinquante.* La population des colonies, àcetle époque, était d'environ 3,500,000 individus ^ dont près de

500,000 étaient esclaves. D'où il suit qu'il y aurait eu un ministre pour 2,500 âmes. On n'y voyait d'ailleurs aucun évèque , ni parmi les catholiques, ni parmi les protestants.

Il s'y trouvait neuf collèges et deux écoles de médecine ; mais il n'existait aucun établissement public où l'on enseignât le droit et la théologie.

Tel fut en gros l'étal des choses durant les dix premières années de notre existence nationale.

Dès que le gouvernement central et les gouvernements des Etats eurent pris leur assiette , ce fut avec eux que les églises durent s'entendre. C'est donc le moment d'exposer de quelle manière se rompit le lien

^ Voici, mais toujours par approximatioû, oe qui me parait le pkii exact :

Ministres. Eglises.

Episcopaux 250 aoo.

Baptistes 350 380.

CongrégatioDaUstes 575 700.

Presbytériens 1^ 300.

Lutliériens 25 60.

Réformés allemands 25 60.

Réformés hollandais .... 25 60.

Associés 13 20.

Moraves 12 8.

Catholiques romains .... 26 52.

14il im».

a«AP« u. LB sTMokiiB vauiiiT4UB. sur

qui unissait au {mmiyoif civil, soii le €ongrôgali0Da-lisme dausle nord^ soit Teiûscapat daps le sud. Nous: dirons quels furent les résultats de cette ruptui;e et quelles smI actuellemeot les relations des églises avec, l'Etal. Mais il est bon de rappeler auparavant lesobs^ tacles que im SYSTàms voLONXAiftB dut nécessairement rewoulrer en Amérique, et nous lâcherons de le &ire sans tri^ revenir sur nos pas.

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