‹ De la religion aux États-Unis dÁmérique (volume 2)Chapitre 56 sur 111 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

LB SYSTÈME VOLONTAIRE; DIFFICULTÉS QU'iL RENCONTRA

2" Dam un pays ioul nouveau, avec une population éparse el un étal

social peu affermi.

L'entretien du culte par les efforts spontanés des fidèles suppose un développement religieux assez considérable chez un peuple ; c'est pourquoi l'on peut envisager comme un obstacle au système volontaire, en Amérique, tout ce qui y entrave les progrès de la piété ;

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et au premier raog^ nous pouvons mettre la nouveauté même du pays, celte circonstaDce que bien des personnes estiment avoir été plulôl favorable.

La vie du colon est toute semée de tentations, dont l'effet est de lui faire négliger les intérêts de son âme. En se séparant de sa famille, s'il en a une, ou du moins eu s éloignant de tout ce qui exerçait sur lui quelque influence morale, il se voit privé, non pas toujours de secours religieux que peut-être il ne possédait pas chez lui, mais de cette contrainte qu'impose l'opinion publique et qui Tavait préservé jusqu'alors des péchés les plus criants. Il s'agit pour lui d'essayer une nouvelle existence, dans une position qui ne ressemble à rien de ce qu'il a vu. Il va former des connaissances, et il ne pourra pas toujours les choisir parmi ce qu'il y a de mieux. El puis la préoccupation qui accompagne les soins et les travaux d'un premier établissement, surlout quand il est question d'y gagner péniblement sa subsistance ; cette préoccupation , dis-je, nuit prodigieusement aux progrès de la piété dans l'individu , et empêche , on le conçoit , qu'elle n'exerce sur la communauté l'empire qui lui appartient.

Dès l'origine, ces maux durent se faire sentir dans une certaine mesure, et ils n'ont cessé d'agir jusqu'à ce jour. Sans parler des volées d'étrangers qui s'abattent chaque jour sur les plages américaines, pour se rendre , comme ils disent, dans le fond de l'ouest^ il est chaque année aussi des milliers de citoyens , nés sur les côtes de TAtlanlique , qui abandonnent leurs

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maisons pour s'établir dans les^ immenses forêts des régions occidentales. Les dangers moraux de cette nouyelle position sont plus grands pouir eux que pour personne. Leur éloignement les soustrait presque toujours à l'influence de la religion; et ceux qui n'ont pas une bien décidée , risquent de perdre bientôt ce qu'ils avaient pu recevoir do bonnes impressions dans leur lieu natal ; car pour des chrétiens^ même affermis, une position semblable appelle à un redoublement de vigilance et de prières.

Considérez ensuite combien la population des Etats- Unis est clair semée; et il faudra du temps encore avant qu'elle se proportionne à l'étendue du territoire. J'ai dit que celui sur lequel le gouvernement américain élève des prétentions, mesure une surface de passé deux millions de milles carrés. En ne tenant compte que des pays actuellement occupés, nous avons encore une superficie de 1,000,000 de milles. C'est évaluer au plus bas les vastes contrées qu'occupent nos vingt-six Etats, avec les trois territoires et le district de Washington. Or, la population totale de la république, en y comprenant la race noire, était, en 1840, de 17,068,666 individus; c'est-à-dire, en moyenne, 17 personnes environ par mille carré. Si cette population était également répartie dans tout le territoire, il faudrait, pour avoir 1,200 âmes sous les soins d'un même pasteur, réunir les habitants épars sur une surface de soixante-douze milles. Mais ce n'est pas ainsi que vont les choses. Quelques-uns des anciens Etats sont assez peuplés, sans l'être plus qu'il ne

SKti LA MUAIO» EN MÉWiWJl. Wf.M

le faul, pour faciliter rentretien dm Aglises*6t du mi^ nistère. Le Massachusets, qui a la plus forte papiikitioo relalivement à son territoire, compte^ 102 inditi** dus par mille carré; le Gonneclicut et RtMdMsIaiid, de 70 à 80; New Jersey, Delaware, Marylatod et New^ York, de 40 à 50. Pour résumer le tout en uq^ not, la population des Etats le long de T Atlantique, à fexceiv tion de la Floride, est, en moyenne, de 28 individus par mille carré; dans les onze Etals et les deux ter* ritoires de la vallée du Mississipi, elle est auHiessowi de 10 individus.

Il faut avoir vu les choses de ses propres yeux, pour se faire une idée des difficultés que rencontre tout établissement religieux dans ces contrées de l'ouest, oè, d'année en année, la population s'avance au sefin des forêts, sur les pas des Indiens. Un petit nombre de fitmilles, clair semées, s'y occupent à renverser des arbres énormes et à défricher quelques pièces detenrain. Un an ou deux après, le nombre de ces familleta doublé. Au bout de cinq ou six ans, la contrée prend quelque apparence de civilisation ; mais il faut bien du temps encore avant qu'il y ait assez de monde pour bâtir des églises à portée de tous et pour avoir de» ministres qui fonctionnent chaque dimanche.^

Et s'il y a des obstacles dans l'état de dispersion

^ 11 est un point dont l'auteur peut sembler ne pas teuhr conij^e; c'est la diversité des sectes , qui fait que là même où U y aurtU de quoi former une église, il ne s'en forme point toutefois par un effet de la diversité de vues qui existe entre les chrétiens; mais c'est un sujet sur lequel il reviendra plus tard. {Ttad.)

d^woMfifilatîw wcon MUe, il ii^y mafiiside meindves'^tansl'aceroiifieiiieDt rapide de lu peipnlatioo des pays té elle oommence à se serrer. La diflBculté, en effets derient double. Il s'agit d'augmenter le nombre des églises et des ministres dans les lieux où il en existe déjà, tout en s'efPorçant d'en établir là où il n'y en avait point encore. Pour comprendre ce que je veux dire, il faut se rappeler qu'en 1790 la population des Etat&-Unis était de 3,900,000 âmes environ ; en 1800, de 5^300,000; en 1810, de 7,200,000; en 1820, de 9,600,000; en 1830, de 12,900,000; en 1840, de 17,000,000. Il n'est personne qui ne puisse aisément calculer la moyenne annuelle de l'augmentation dans chacune de ces décades; mais ce qu'il est diflScile d'évaluer d'après ces chiffres, c'est ce qu'elle fut chaque année. Quoi qu'il en soit, nous voyons que, de 1830 ^ 1840, le nombre augmenta de 420,000 individus par an, terme moyen; et, pendant la décade actuelle de 1840 à 1850, l'augmentation annuelle excédera le nombre de 500,000 âmes, à moins de calamités imprévues.

Pourvoir d'églises et de pasteurs un peuple qui s'accrott avec une telle rapidité, n'est certes pas chose facile, on en conviendra. £t toutefois, il le faut, sous peine de voir la masse de la nation tomber dans le paganisme que certaines personnes lui présagent. Je dirai plus tard si ce mal est réellement à craindre, et qnel est le système qui nous en préservera. Je me borne, pour l'heure, à constater la grandeur des difl9cultés.

2S6 LA IBLIGION BN AlliRlQCB* LPT* m

Je n'oublierai pas, enfin, de mentionner rémigration continuelle qui se fail des anciens Etats dans les nouveaux, et même celle qui, des établissements aasex récents de ces derniers Etats, se porte en d'autres lieux. Il résulte de là qu'une église peut tout à coup se voir privée de ses meilleurs appuis. Et, pour le dire d'une manière générale, la population flottante des Etats- Unis, dans les villes mêmes de l'Est, est si considérable, qu'il y a là pour les églises un élément d'instabilité que nul autre pays ne saurait offrir au même degré.

Il faut cependant avouer qu'ici le bien est à côté du mal. Ce qui est un inconvénient pour les anciennes provinces, se tourne en avantage pour les plus récentes : car les familles chrétiennes qui s'y transportent ne tardent pas à y former le noyau de nouvelles églises.

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