UNIVERSITÉS, FACULTÉS, COLLÈGES
Le recensement de 1840 porte à 173 le nombre dçs universités et collèges ou facultés, et celui des
étudiants à 16,233 ; mais ces chiffres comprennent y outre les écoles de théologie, de médecine et de droit, diverses autres institutions inférieures. On sera plus près de la vérité si Ton réduit le premier de ces nombres à 103 et le second à 9,607. Encore est-il à observer que plusieurs de ces établissements commencent à peine, bien que reconnus par la loi , et de plus on compte souvent parmi les étudiants des facultés , les jeunes gens qui ne sont encore qu'élèves d'une école préparatoire. Je ne pense donc pas qu'on puisse évaluer à plus de 9,000 le nombre réel des étudiants.
Il serait absurde de comparer nos facultés avec les grandes universités d'Europe. Le cours des études y est fort différent; et bien qu'on ne néglige guère aucune branche de la science, on ne la creuse généralement pas autant. Mais, à tout prendre, le système qu'on suit dans les collèges américains est bien plus en rapport avec la destinée future des élèves.
La plupart de nos institutions scientifiques ont eu pour fondateurs des hommes pieux. Voici comment la chose se passe à l'ordinaire. Après avoir organisé un comité , l'on ouvre une souscription , et quelques hommes de marque dans la contrée consentent à remplir l'office de curateurs. Gela fait, on demande à la législature de l'Etal une charte de fondation et un secours pécuniaire qui ne va jamais au-delà de quelques mille dollars. Ce sont les intéressés qui doivent recueillir d'ailleurs la somme nécessaire pour acquisition du terrain, construction des édifices, achat d'une bibliothèque, d'un cabinet de physique, etc. Il
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faut beaucoup d'argent, on le conçoit, et c*esl admirable avec quelle promptitude on le recueille dans les Etats même de l'Ouest; ce qui ne veut pas dire, il s'en faut bien, que les chrétiens de l'Est ne leur viennent pas en aide.
Des cent trois collèges actuellement existants, il en est soixante-un qui se sont ouverts dans les dernières vingt-cinq années. Abstraction faite des subsides accor^ dés parles Etats, il n'est pas probable qu'aucun d'eux ait coulé moins de 10,000 dollars à leurs fondateurs. Pour plusieurs, la dépense a dû s'élever à 50,000 dollars, si ce n'est plus/ et dans le même temps où l'on fondait ces nouveaux établissements, on dépensait des sommes considérables pour agrandir les anciens collèges de Yale, de Nev^-Jersey, de Rutgers, de Williams, de Hamilton , et, somme toute , je pense qu'on peut sans exagération estimer à 2,000,000 de dollars, ou au moins à 1,500,000 le produit des souscriptions volontaires qu'on a faites depuis 1816 pour l'érection et la dotation des collèges. ^
le ne sache pas qu'à l'exception des universités de Virginie, d'Âlabama, de Michigan , de celles d'Ohio et de Miami, l'une et l'autre dans l'Etat d'Ohio, des collèges de Je£ferson, au Mississipi et à la Louisiane, il y
* Aingi le collège de Pensylvanie à Gettysbarg; le collège central à DaoYille (Kentuchy) ; le collège d'Ulioois à Jacksontille ; le collège V^estern Reserve (Obio) ; pour ne rien dire de quelque» collèges catholiques dont les frais de construction doivent avoir été considérables. Le bâtiment de l'Université de New-York a certaioemenl coûté deux ou trois fois celte somme.
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en ait aucun autre dont la dotation soit entièrement due à l'Etat. Il se peut aussi que les universités de la Caroline du Nord et de Géorgie , puis le collège de Columbia dans la Caroline du Sud, reçoivent de leurs Etats respectifs des secours considérables, mais il n'est pas probable que ee soit dans une mesure suffisante. Le congrès lui-même a de temps en temps voté des fonds pour le collège de Columbia, qui, situé prè^ de la ville de Wbashinglon, rentre sous la juridiction du gouvernement central ; mais encore avec ces fonds n'a-t-on jamais pu se passer de souscriptions volon* taires.
Il n'eiiste pas plus de six ou sept collèges ou universités sur lesquels le pouvoir civil exerce une surveillance directe ; et il est bien qu'il en soit ainsi. Ni les législatures particulières, ni le congrès lui-même, ne sont bien placés pour régir des institutions de cette nature. Partout où Tautorité s'est réservé ce droit et où elle Ta exercé , l'on a vu se flétrir sous ses mains inhabiles l'arbre qu'elle avait planté. La politique n*a rien à faire avec l'école. C'est un principe si généralement compris maintenant , que les législatures des Etats n'hésitent pas à donner la sanction des lois aux collèges que fonde toute association de citoyens connus et recommandables. Elle nomme en qualité de curateurs ou directeurs, les individus que la pétition leur recommande, en las autorisant à pourvoir euxmêmes aux vacances éventuelles. Après quoi , les curateurs prêtent serment de ne rien entreprendre contre les lois et la constitution ni <te la république entière,
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ni de l'Etat auxquels ils appartiennent ; et revôtus ainsi d'une charge en quelque sorte publique, on leurre^ connaît le droit d'administrer comme ilsTentendent le collège en projet. Aussi longtemps qu'ils restent fidèles k leur serment 9 dans les limites de la charte de fondation, cellen^i demeure parfaitement iuTiolable. C*estun principe qu'un arrêt de la cour suprême des Etats-Unis a solennellement proclamé.
J'ai dit que nos collèges ont presque tous une origine religieuse. Pour faire sentir combien cela est vrai^ il me suffira d'indiquer le fait suivant : c'est que , des cent trois collèges actuels , il en est douze qui sont sous l'influence de l'église protestante èpiscopale, onze sous celle des méthodistes , douze sous celte des baptistes, quarante-un sous celle des presbytériens et des congrègationalistes ; il en est un qui est luthérien , un autre réformé allemand, deux réformés hollandais, deux presbytériens du Gumberland ; onze d'entre eux appartiennent aux catholiques romains , un aux unitaires, un enfin aux universalistes: il n'en est que sept dont je ne connaisse pas la couleur religieuse. Pour faire ce calcul , j'ai rattaché chaque collège à l'église qui lui a donné son président, ou directeur, le ne pou* vais prendre une meilleure base , et si ma règle souffre des exceptions, ces exceptions ne sauraient être nombreuses. Dans tous les cas, elle nous fournit des données certaines sur le caractère particulier de la foi qui anime chacun de ces établissements.
il y a donc QUATaE-viNOi^DEux collèges et universités qu'on doit envisager pomme soumis aui: préoieuses
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influences de la foi orthodoxe et évangélique. Leurs présidents, et, je puis ajouter, beaucoup de leurs professeurs, sont connus par leurs principes relijpeux et la pureté de leur foi. Â deux ou trois exceptions près, ce sont tous des ministres de l'Evangile etils comptent parmi eux des hommes qui occupent un rang éminent dans l'église. Quant aux sept collèges dont j'ignore Tesprit religieux, il est probable que l'Evangile y exerce aussi une action bienfaisante ; quoi qu'il en soit, j'ai lieu de croire que six d'entre eux appartiennent aux protestants.
Je n'ai pas besoin de dire combien nous avons de grâces à rendre à Dieu de ce qu'un si grand nombre de nos jeunes gens , et ceux mômes que distinguent leur position sociale et leurs talents, soient élevés en de tels collèges. Dans la plupart, les étudiants lisent la Bible chaque dimanche sous la direction de leurs professeurs. Tous les jours il y a un enseignement religieux et des réunions de prière. Aussi le Seigneur a-t-il souvent visité ces écoles des effusions de son Esprit.
Qu'on ne croie cependant pas que cette action religieuse qui s'exerce sur les étudiants, ait pour motif secret de les convertir d'une secte évangélique à une autre. Un père presbytérien peut en toute sûreté confier son fils à un collège épiscopal , méthodiste ou luthérien. Je parle ici d'après des faits à moi bien connus. Plusieurs des dignitaires les plus distingués de l'église épiscopale ont fait leurs études à Princetown (New-Jersey), université toute presbylérienDe^ fondée
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par des presbytériens. Ce fut là qu'ils reçurent leurs premières impressions religieuses , et je suis persuadé qu'ils sont prêts à déclarer que jamais aucun des chefs de l'établissement n'essaya de les attirer au presbytérianisme. Bien plus, si Ton eut à leur parler sur ce sujet, ce fut plutôt pour les engager à demeurer dans l'église où ils étaient nés.^
Il n'est qu'une seule de nos universités où se trouvent réunies les quatre facultés des lettres, de droit, de médecine et de théologie; c'est l'université de Har- ¥rard à Cambridge, près de Boston. Aussi devrait-on plutôt donner aux autres le nom de collèges ou de facultés. Dans plusieurs des universités ainsi'nommées, il y a pourtant une faculté de médecine. Nous avons, en revanche , un collège qui pourrait bien recevoir le nom plus relevé d'université, puisqu'il est décidément tout aussi complet que celui de Harveard quant à l'enseignement et qu'il a un plus grand nombre d'étudiants;
je veux parler du collège de Yale» à New-Haven (Connecticut).
L'université de Harward est d'ailleurs la première de nos institutions scientifiques en rang de date. Elle fut fondée en 1638, huit ans après les premiers établissements coloniaux de la baie de Massachusets et
* (Test àPrincetown que furent élevés et convertis l'évéque actuel de rOhio, le rér. D' M'Uvaine, homme éminent, et le rév. IK JohnSy coadjuteur de Tévêque de Virginie, ecclésiastique moins connu, mais non moins distingué. C'est aussi là que TévéqueBobarl avait fait ses études , et qu'il avait quelque temps rempli les fooctioiis de sous-mattre.
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dix-huit aas après qu'on eutjelé les fondements deNew^ Plymoulb. La Nouvelle-Âugleterre ne devait pas compier alors plus de 5,000 colons. Ils avaien ta peine traoé quelques avenues dans les forêts ^ qu'ils conçurent le plan d'une université, ou si Ton veut d'un collège. El voilà ces puritains dont on s'évertue maintenant à te^ nir la mémoire! Quels ne furent pas les effortsdeces nobles exilés pour réussir dans leur entreprise 1 Le conseil-général commença par accorder à l'institution naissante une somme égale au revenu annuel de toute la colonie. John Harvvard, qui n'était arrivé sur ses bords que pour y mourir, légua la moitié de sa fortune et toute sa bibliothèque au collège qu'on avait tant à cœur d'ériger. Plymouth et le Gonnecticut envoyèrent leurs petites offrandes, ce que firent aussi les villages éloignés que renfermait le territoire actuel du Maine. On y affecta le produit d'un bac sur la rivière. Toutefois les familles puritaines, même les plus pauvres, s'imposèrent un don qui devait être, au plus bas, de douze pences, ou un picotin de blé, ou sa valeur en Wampumpeag;^ puis les magistrats, et les colons un peu riches s'élargirent autant qu'il leur fut possible. Long* temps la Nouvelle-Ânglelerréta'eutpas d'autre collège, et c'est là que se formèrent les grands hommes de notre pays. Pendant un siècle et demi, Hàrward fut pour l'église de Dieu le foyer d'une vraie lumière et une source d'eau rafraîchissante; mais depuis cinquante ans à peu
* Coquillages dont ks Indiens d'Amérique se senrtient oomme moyen d'échange.
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prèSy il est hélas I entre les mains d'hommes qui aDDon* cent un autre évangile que celui qui faisait la joie de ses pieux fondateurs. C'est la t)iéologie unitaire qui y a maintenant établi son trône.'
Le second collège que fondèrent les colons améri* cains fut celui de Guillaume et Marie, à Williamsbourg, en Virginie, l'an 1693 ; le troisième, celui de Yale, en 1700; le quatrième, celui de Princetown (New- Jersey), en 1746. L'université de Pensylvanie date de 1755; le collège de Columbia, à New-York, de 1754; l'université de Brown, de 1764; Ruigers et Dartmouth, de 1770. Ce sont les seules doutl'existence soit antérieure à la révolution.