‹ De la religion aux États-Unis dÁmérique (volume 2)Chapitre 81 sur 111 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

ÉCOLES DU DIMÀNCHB.

De tous les moyens de faire du bien, il n'en est pas de plus simple , ni à la fois de plus puissant que les écoles du dimanche, institution dont l'histoire est trop connue pour que j'essaie de la refaire.

Ce fut à la fin du siècle passé qu'un Âuglais de Glocester, M. Robert Raikes établit une école du di-

* Le président actuel de cette uoiversité, Josiah QuiDcy, D' mt droit, vient d'en publier une histoire volumineuse et fort intérêt santé.

U6 LA UUGIOH EN AMftftlQCB. UT. H

manche qui devint en quelque sorte le^ermeetk modèle de toutes celles qu'on fonda plus tard.

Le premier essai qu'on en fit aux Etats-Unis , eol lieu en 1790, sous l'impulsion des méthodistes ; mais par une raison quelconque , cette tentative n'eut pas de suite. Peu après , il se forma, à Philadelphie , une société dont l'évèque White fut le promoteur, et l'on établit au profil des pauvres un petit nombre d'écolds dont les directeurs recevaient une légère* indemnité. Dès le commencement du siècle on vit, en divers lieux, des chrétiens réunir spontanément et gratuitement des écoles de cette nature; et vers 1816, le nombre en devint assez considérable pour attirer l'attention da public. Alors se formèrent à Philadelphie, à New-York et ailleurs, des associations ayant pour but d'imprimer des livres d'épellatiou et de cantiques, et des catéchismes bibliques. Quelques individus se firent remarquer par le zèle qu'ils apportèrent à cette œuvre, entre autres M. Divie Béthune esq. qui fit les frais d'un grand nombre de livres destinés aux enfants des écoles du dimanche.

En 1823, il fut question de fonder une société <oar tionale qui se proposât la tâche d'étendre à toutes les portions du pays le bienfait de ces institutions. Cest de là que naquit l'Union Américaine en faveur des écoles du dimanche. Cette société se compose d'hommes excellents appartenant à toutes les dénominations, en sorte qu'aucune secte proprement n'y est représentée. Le comité d'administration est tout entier de laïques habiles et dévoués, membres de diverses ^i-

CHAP. XIY. ÉCOLES DU DIMANCHE. ii7

ses« La plupart résident à Philadelphie ou dans le voîH sinage , attendu que c'est le centre des opérations de la société.

Elle se propose d'ailleurs un double objet : de fonder des écoles du dimanche partout où c'est possible^ et de publier des livres propres à servir de manuels, ou à former les petites bibliothèques annexées aux écoles. Pour atteindre le premier de ces buts , elle a des missionnaires spéciaux, ordinairement ministres de l'Ëvangile, lesquels parcourent le pays en toussens^ tenant des assemblées publiques, afin d'exciter rinlér; rét en faveur des écoles du dimanche et d'en solliciter la fondation immédiate. Puis ils les mettent en train ; et après avoir choisi les personnes qu'ils jugent les plus propres à la chose, ils leur donnent les directions nécessaires pour continuer sans eux.

En 1830^ la société résolut d'établir une école du, dimanche dans tous les lieux des États occidentaux de la vallée du Mississipi qui n'en étaient point encore pourvus. Trois ans après, elle prit une résolution pareille en faveur des Etats du Sud. On conçoit quel dénloiemenl d'activité il fallut. Le nombre des missionnaires alla jusqu'à cinquante. Que d'écoles ils eurent à relever, à fonder, à encourager ! : Pendant ce temps la société ne perdait pas de vue 3es publications et elle les continua sans relâche. Outre les. Jivres d'école proprement dits, cartes géographi-^ ques,; tableaux, elle a pour les bibliothèques de T^nfance.430 volumes dont la collection coûte epvirpn 75 dollars. Parmi les ouvrages qu'elle; a publiés il vaut

ifS LA RELIGION EN AMÉilQVB. LIT. I?

la peine de noter une Géograpbie de la Bible , une Histoire Naturelle d6 la Bible , un Dictionnaire de la Bible, les Antiquités de la Bible , des Biographies extraites de TEcrilure, une carte de la Terre-Mainte el un Livre de Questions, en plusieurs volumes. Tous ces livres sont franchement protestants , mais ils ne renferment rien qui puisse effaroucher les membres d'une communion particulière. C'est un grand avantage ; car la société se trouve ainsi en mesure de soutenir des écoles dans des localités où nulle église ne serait assez considérable pour en avoir une à elle seule. Elle publie de plus un journal qui paratt tous les quinze jours et qui est rédigé de manière à intéresser également les enfants, les instituteurs et les parents.

A côté de cette grande association, il existe, en faveur des écoles du dimanche, d'autres sociétés non moins actives, qui se rattachent à quelques églises particulières. Ainsi , les épiscopàux , les baptistes , les méthodistes , les luthériens, ont chacun la leur. Les presbytériens seuls n'en possèdent point ; ce qui n'em* pèche pas qu'ils ne publient de leur côté des livres destinés aux bibliothèques des écoles du dimanche. Naturellement^ ces sociétés spéciales exposent dans leurs livres les doctrines et les joints de discipline qui distinguent leurs églises , et il n'y a nul mal à cela, puisque leurs écoles ne sont fréquentées que par des enfants qui appartiennent aux membres de leurs troupeaux. Cela ne veut pas dire pourtant que chacune de ces publications porte le cachet de la secte d'où elles émanent, ni que lé^ sociétés spéciales n'achètent ja*

MAP. XIV. iCOLBS DU DlMAFfCRB. 119

maïs aucan des livres émis par la Société ÂHiéri-* eaine.

II esl impossible de dire combien le goût des bonpes lectures doit se répandre au moyen des bibliolhèc[iies enfantines dont je viens de parler. Chaque dinancbe, les élèves reçoivent ub ou deux volumes qu'ils lisenl pendant la semaine et qu'ils rapportent le dimanche suivant. La vente des livres faite par l'Union Améri-r eaine, pendant l'année 1841, a produit 55,506 dollars, et, si l'on y ajoute celle des autres sociétés, on aura bien un total de 100,000 dollars au moins^ Puis il faudrait encore tenir compte de ceux qu'on achète chez les libraires.

Nous avons dit que la collection des ouvrages publiés par la grande association est de 430 volumes ; mais il ne faut pas oublier ceux qu'on doit aux autres sociétés et dont le nombre est bien aussi fort. La col** lection des livres méthodistes monte elle seule à 940 volumes; en sorte qu'on peut bardimeal évaluer à 850 volumes la collection complète des livres excel-^ lents que nous pouvons mettre dans les mains des en-^ fiants. L'on n'y a épargné ni peines ni argent; et toutefois je ne prétends pas qu'aucun de c^s livres ne laisse rien à désirer, quoiqu'il n'y ait peut-être nqUe part de recueil meilleur. C'est une tâche difficile que d'écrire convenablement pour les enfants. Des personnes de grands talents s'y sont dévouées ces der^ nières années; mais, d'un autre côté, la demande de livres pour Tenfance est devenue si générale , que les libraires en font une spéculation, el s'ils produisent

1^20 LA RBLIGION BN AMÉRIQUE. LIV. H

quelques bons ouvrages , il en est d'autres auxquels un comité de révision n'eût sûrement pas laissé voir le jour.

Les écoles du dimanche se réunissent en différenls lieux. Quelquefois c'est à l'église, ou dans les salles qui en dépendent et qu'on y a ménagées exprès. Quelquefois aussi c'est la maison d'école , ou une maison particulière qui sert à cet usage. En été , l'on prend , s'il le faut, une simple grange ; et j'ai moinnème dirigé une école du dimanche qui se tint, plusieurs mois, dans la grande cuisine d'une ferme ; c'était au New- Jersey. .

Pour ce qui est des heures de réunion, elles varient beaucoup , suivant les localités. Dans les villes , les écoles ont ordinairement lieu deux fois par dimanche, à huit ou neuf heures le matin et à deux heures ; elles durent une heure et demie environ. Dans les villages, elles se prolongent volontiers pendant deux heures et ont lieu, immédiatement avant ou après le culte public. J'ai connu un pasteur dont la paroisse s'étendait à plusieurs milles à la ronde. Comme il avait beaucoup d'écoles du dimanche, il réunissait en classe biblique les membres adultes de son troupeau et leur expliquait la portion de l'Ecriture qui devait servir de texte dans toutes les écoles. Cela se faisait avant le service du matin. Après quoi, le pasleur employait son après-midi à visiter Tune ou l'autre des dix ou douze écoles que ses paroissiens dirigeaieill en divers lieux. Alors il s'adressait aux enfants et aax Ofiattres

CHAP. XIY. ÉGOLBS DU DIMANCHE. kM

avant tout, mais aussi aux parents et à la multitude réunie pour l'entendre.

Si d'ailleurs je dois dire un mot de la manière dont on dirige ces écoles, je remarquerai que chacune d'elles a d'abord un directeur, ou une directrice, sui-vaut que Técoie réunit les enfants des deux sexes, ou qu'elle renferme seulement des filles. Les écoliers sont, d'après leur âge et leur capacité, divisés en classes, qui apprennent toutes la même portion de l'Ëcriturey j'entends, c'est bien clair, les classes dont les enfants savent lire. L'école, ayant été ouverte par une prière que prononce le directeur ou quelque autre personne, chaque classe, composée ordinairement de six ou huit individus, récite à son répétiteur particulier la leçon du jour. Puis le répétiteur prenant le Livre de questions, que tous les élèves possèdent, leur adresse celles qui se rapportent au passage récité. Les enfants doivent avoir préparé leurs réponses durant la semaine, ou par leur propre travail, ou avec l'aide de leurs parents. Â ces questions prévues , le répétiteur ajoute les questions supplémentaires qu'il juge utiles pour faire mieux comprendre le sujet traité. C'est une heure environ qu'on emploie à cet exercice. Après quoi les enfants vont rendre au bibliothécaire les lièvres qu'on leur avait prèles huit jours auparavant et on leur en donne d'autres. Cela fait, le directeur, ou le pasteur, s'il est présent, adresse à toute l'école une courte allocution sur l'ensemble du passage qu'ils ont étudié. On chante un cantique et l'école se termine parla prière.

jâ

kM ' LA RlLIGf<Hf EN AJiiAiQUE. ClTw IV

S'il est d6s enfanls qu*i ne sachent pas lire, od les prend à pari et on leur donne une leçon de lecture. Souvent on a vu des personnes âgées se joindre à cette étude des petits^, étude, hélas I qu'elles n'avaient pas encore faite ^ et se mettre ainsi rapidement en état de lire la parole ^e 2>ieu.

Il existe des éeoles du dimanche pour les hommes de couleur:, même dans les Etats à esclaves , là da moins où l'on permet de donaer qudque in9truct΀Ni à ces tfialbeureux. Aucuae loi du reste ne peut empôôher qu'on leur parle de l'Evangile. Aussi voit-on en Géorgie^ à la Caroline du Sud et ailleurs tpeutêtre, des propriétaires pieux qui réunissent les^claves le dimanche, et qui leur disent et redisent quelques passages de la Bible jusqu'à ce qu'ils les sachent par ccBur ; puis ils prient et chantent avec ^ux. Ces écoles, qui ont commencé seulement il y a quelques années , se multiplient sensiblement , et déyà elles ont fait un bien immense, surtout celles où l'on peut eosejgoer la lecture. Il est des milliers et des4ix milliers d'iesclaves maintenant qui lisent la Bible et font de giTSifids progrès dans la connaissance du salut.

Les écoles du dimanche ont assez souvent ^pour directeurs des anciens d'églises ou des diacres ; quelquefois des avocats pieux et d'autres hommes instruits. Dans le voisiuage des collèges et des séminaires tbéologiques , ce sont aussi des étudiants bien dispo* ses, et ceux surtout qui se vouent au ministère. On prend en général pour répétiteurs des jeunes gens de l'un et de l'autre sexe appartenant aux égiiM». Sans

CnàP. XIV. iCOLBd DU DIMANCHE. (fiS

doute qu'on appelle de préférence à cet office ceux qui se distinguent par leur piété ; mais s'il ne s'en trouve pas, on se contente du sérieux dans l'esprit et d'une vie régulière, et il arrive presque toujours qu'en enseignant les autres, ces honnêtes jeunes ^ens se forment eux-mêmes à la parole du Seigneur. Ce qui est à regretter, c'est que la plupart du temps, en devenant femmes et mères, celles qui s'occupaient avec le plus de fsèle et de succès d'une école du dimanche, se laissent empêcher par les soins domestiques de continuer ces belles fonctions. Il en est pourtant dont le dévoûment sait triompher de tous les obstacles.

Quant aux jeunes hommes^ il leur est plus facile de poursuivre leur œuvre jusqu'au bout, et c'est ce que plusieurs d'entre eux ne manquent pas de faire; en sorte que nous avons souvent parmi nos répétiteurs des hommes d'âge et d'expérience, qui aident à ce travail leurs jeunes collègues. Il n'est même pas trèsrare de voir des hommes haut placés dans l'Ëlat, qui emploient une partie de leur dimanche à instruire les enfants d'une de ces écoles. J'ai connu plusieurs gouverneurs, des membres du congrès, des législateurs, des juges, des légistes distingués, des maires'de nos cités, qui étaient et sont encore à présent d'humbles répétiteurs dans des écoles du dimanche. Le chancelier actuel de l'université de New-York dirigeait une école pareille dans le temps où il était procureurgénéral de son Etat, et plus tard encore lorsqu'il fut appelé à siéger au sénat de la nation. Maintenant, il est simple répétiteur, et c'est une joie pour lui que de

,Uik LA RELIGION EN AMÉiUQIIE. LIV. 1¥

s'associer aux humbles jeunes gens qui foui cette œuvre vraiment céleste.

L'boDorable Benjamin Butler, actuellement décédé, faisait les fonctions de répétiteur dans une école du dimanche, alors même qu il était revêtu de la charge élevée de procureur-général des Etats-Unis. Le grandjuge Marshall et le juge Washington , membres de la •cour suprême , furent de chauds partisans de ces institutions. L'un et l'autre acceptèrent la vice-présidence de r Un ion Américaine en faveur des écoles du dimanche. Cinq ans avant sa mort, j'ai vu, dans un jour de fêle, le grand-juge Marshall traverser la ville de Richmond , en Virginie, à la tête de toutes les écoles du dimanche. Enfin , le Président Harrisson , qui fut, en sa jeunesse, un soldat à mœurs rudes et sûrement peu religieuses, mais qui, vers la fin de sa vie, avait pris goût aux choses de Dieu, s'employa pendant plusieurs années comme répétiteur d'une classe de jeunes femmes dans une chétive école du dimanche, sur les bords de TObio. C'est là, pour ainsi dire, que les suffrages du peuple allèrent le chercher; car le dimanche même avant le jour où, devenu le premier magistrat du pays, il quitta sa demeure pour se rendre à Washington, et hélas ! un mois avant sa mort prématurée, il avait, selon sa coutume, dirigé sa pe* lile classe biblique!

Si je me suis arrêté longuement sur ce sujet, c'est à raison de sa grande importance. Une école du dimanche est quelque chose de si simple qu'on peut en commencer une partout où deux. ou trois personnes

CVA9. XIV. ÉCOLBS DU DIMAMGHB. IM

s'y sentent disposées. J'ai .même connu un individu qui faisait tout le travail à lui seul, passant plusieurs beurres du dimanche à instruire quelques douze ou vingt enfants qui se groupaient autour de lui. Je sais une dame que sa santé empêchait de suivre hors de chez elle une école du dimanche , et qui y suppléa durant des années, en recevant daqs son salon une classe de jeunes demoiselles. Que tous les pays chrétiens voient se manifester un esprit semblable , et ils ne tarderont pas à présenter un aspect bien différent de celui qu'ils offrent actuellement à nos yeux attristés.

Il est naturellement impossible de donner le nombre exact dos écoles du dimanche qui existent aux Etats^ Unis. On en comptait 16,000 il y a sept ans , de 130,000 à 140,000 répétiteurs, et un million d'écoliers, en y comprenant environ 100,000 adultes. Ces chiffres doivent être maintenant bien plus considérables. Quoi qu'il en soit, quels heureux effets n'est-on pas en droit d'attendre d'une institution qui met chaque .dimanche un si grand nombre d'âmes en contact direct avec la parole de celui qui a dit : « Ma parole » ne retournera point à moi sans effet ! »

C'est par milliers et par dizaines de milliers que l'on compte les enfants et les répétiteurs qui ont été éclairés et sauvés au moyen des leçons reçues et données par eux dans les écoles du dimanche. Mais un volume ne suffirait pas pour raconter les bénédictions dont ce système d'instruction religieuse a été l'instrument. C'est bien à lui qu'on peut justement appliquer, et à doublé titre, ce que le célèbre Adam Smith dit de l'instruc-*

LA mÊUÊ/Um BU AMftMQCB. U¥. 1?

tion du peapto en général : qu'il n'y a ^ pour les natiODS ée Miiye^^rttes pt<tts iiûfaillibles m moin» diapendieuses*

Page 1