‹ De la religion aux États-Unis dÁmérique (volume 2)Chapitre 92 sur 111 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

PUISSANCE DU SYSTÈME VOLONTAIRE POUR LA «UÉRISON DES MAUX EXISTANTS. — • SOCIÉTÉS DE TEMPÉRANCE.

Après avoir montré comment la religion se soutient au milieu de nous par le libre concours des fidèles, j'ai maintenant à décrire les effets du svstôme volontaire, lorsqu'il s'agit d'attaquer les maux qui désolent la so-

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ciélé. Vient en première ligne Tin tempérance, un des plus terribles fléaux qui aient jamais ravagé le genre humain.

Il n'est pas facile d'offrir en peu de mots le tabfeau des dévastations que l'ivrognerie faisait aux Etals-Unis. La longue guerre de la révolution, puis celle de 1812 à 1815, contribuèrent puissamment à enraciner ce mal. Ensuite l'abondance même des biens de la terre ne fil que les développer. Grâce à la fertilité de notre sol, nous produisons une grande quantité de froment, de seigle et de maïs. De ces deux derniers se fait la liqueur spiritueuse appelée Wtskey. La fabrication de ce poison prenait un développement toujours plus considérable, et rien ne semblait pouvoir l'arrêter. D'un côté, le gouvernement n'était pas dans des circonstances financières qui eussent autorisé un impél dont on aurait frappé celle production, et d'un autre côlé, Topinion universelle, ou peu s'en faut, donnait l'eau-de-vie comme une boisson qui, prise en dose modérée, était non pas bienfaisante seulement, mais indispensable à la santé , et propre à soutenir les forces de rhomme dans ses pénibles travaux.

Cette peste gagnait d'année en année toutes les classes de la société. L'on voyait des hommes intempérants s'asseoir sur les sièges de la justice, tenir les rênes de l'état et même monter dans les chaires de la vérité. Trop souvent, hélas! l'ivresse paralysa l'intelligence du médecin et rhabileté de l'opérateur; en sorte que, de toutes manières, ce que Dieu avait destiné à soutenir l'existence de l'homme touniait à sa destruction.

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Est-il nécessaire de dire la pauvreté, les maladies, les crimes, les châlimenls, la misère, en un mot, que ces déplorables habiludes entraînaient après elles. La société tout entière était sous ce fléau. Il y avait peu de familles qui ne complassent dans leur sein quelques victimes ; et quoique chacun vit ce mal affreux et le sentît , nul pendant longtemps ne songeait à l'arrêter. Mais il y eut enfin des hommes qui , avec larmes , se mirent à prier; et le Dieu de nos pères, Celui qui fut avec eux sur TOcéan et dans les sombres déserts, pour les guider de son œil et les couvrir de sa protection, daigna par sa grâce entendre ces prières et les exauça.

L'an 1812, il se fit de grands efforts pour attirer l'attention des chrétiens sur les maux croissants de rinterapérance , et plusieurs églises provoquèrent à cette occasion un jour de jeûne et de supplications. L'année suivante on fonda la Société du Massachusets pour la répression de l'intempérance, et ses travaux furent d'une incontestable utilité. « La plaie toutefois ne s'arrêtait point encore. » Mais, loin de laisser tomber Taffaire, on la reprit avec une nouvelle vigueur. On sentit qu'il ne s'agissait pas ici de demi-mesures. C'était trop concéder que de permettre l'usage, même modéré, des liqueurs distillées.

C'est pourquoi l'on proposa de proclamer en principe l'abstinence totale de ces liqueurs , comme boisson, et la ville de Boston vit, en 1826, la Société Américaine de tempérance se conslituer sur celte base. Aussitôt la presse fut mise en mouvement pour faire connaître cette institution nouvelle, et l'on s'assura

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de quelques agents capables d'en défendre publiquement les principes. Les succès furent considérables. En peu d'années le pays se couvrit de sociétés analogues, dont les membres se comptaient non par milliers, mais par centaines de milliers. Des individus de toutes les classes et de tout âge épousèrent cette noble cause, et bientôt elle eut pour patrons des ministres de TËvangile, des jurisconsultes, des juges, des législateurs, des médecins.

Non-seulement les Sociétés de tempérance n'ont pas cessé de recruter de nouveaux membres, mais elles en sont même venues à donner de l'extension à leurs principes. Maintenant, c'est l'abstinence de toute boisson enivrante qu'elles se prescrivent. De cette manière on a mis de côté l'usage même du vin , soit parce que le vin qu'on nous vend est ordinairement frelaté et qu'il enivre facilement^ soit parce qu'il n'est nullement nécessaire aux gens en santé, et que plutôt il leur est nuisible. Mais la raison principale, c'est qu'il y avait, de la part de ceux qui ont le moyen d'acheter du vin , un exemple à donner aux pauvres, et cet exemple ils l'ont donné.

Il est à observer toutefois que , dans tout ce travail des Sociétés de tempérance , il n'y avait rien qui fût directement propre a ramener au bien les ivrognes de profession. Or, on croyait pouvoir en évaluer le nombre à trois cent mille au moins. Plusieurs pensent qu'il était de cinq cent mille quand on commença de penser à cet objet, et personne n'osait concevoir l'espérance que les ivrognes consommés pussent en aucune ma-

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nière être relirés de leur misère. C'élail déjà beaucoup , semblail-il , de prévenir le mal chez ceux qui, sans l'aclion préservatrice desSooiélésde tempérance, auraient pu s'y laisser entraîner. Cependant quelques ivrognes , çà el là , revenaient de leur mauvais train ; mais on peut dire qu'en somme on n'avait rien fait pour eux.

Enfin 5 Dieu lui-même se chargea de cette œuvre, et comme l'histoire en est simple et admirable ! Quelques habitants de Baltimore, ivrognes de profession, qui avaient la coutume de se réunir chaque soir dans une taverne du plus bas étage pour s'y livrer à des orgies, et cela depuig plusieurs années, s'y rendirent un jour comme à Torcjinaire. Il se trouva'qu'ils étaient encore tous de sens rassis. Sans qu'on sache trop pourquoi, leur entretien se mit à rouler sur leur misérable 'vie. Les voilà qui se racontent les uns aux autres leur triste histoire et tous sont frappés du tableau qu'ils viennent de se faire à eux-mêmes de leur profonde dégradation. Sur quoi l'un d'enireux, prenant la parole : Et si nous mettions un terme à nos désordres! si nous nous formions en association de lempérance ! Aussitôt dit , aussitôt fait. L'on prend du papier, l'on y écrit le règlement de l'association, et on le signe sur le lieu même. La nuit suivante, nos hommes se réunissent de nouveau ; ils reprennent li3urs récits de )a veille, ils pleurent sur leurs égarements et se fortifient dans leurs bonnes résolutions. Presque tous les soirs ils se revoient; mais ce n'est plus au cabaret. Il s'agissait mairi tenant d'attirer à eux leurs compagnons I. 31

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de débauche, etc'est ce qu'ils firent avec un succès inespéré. Une sainte flamme venait de s'allumer , et elle se répandit de proche en proche. Quelque incroyable que le fait paraisse, il n'en est pas moins vrai y qu'en peu de semaines, quatre cents ivrognes entrèrent dans l'association , et qu'au bout de quelques mois, on comptait k Baltimore deux mille individus que Dieu avait retirés, par ce moyen ,' d'habitudes d'ivrognerie plus ou moins invétérées. Tout ce mouvement ne tarda pas à devenir public. Les journaux en racontèrent l'étonnante nouvelle. Le pays entier fut dans Kadmiralion. Les chrétiens élevèrent leur cœur à Dieu, pleins de reconnaissance , et ils prirent un nouveau courage. Les gens de bien se*firent un devoir d'accueillir ces. ivrognes convertis, les encourageant à persévérer.

Ce n'est pas tout. On invita la Société de Baltimore à députer quelques-uns de ses membres dans les autres villes, et bientôt on y vit arriver ces apôtres de la tempérance , comme on les appelait. C'est par eux qu'à New-York, à Philadelphie, à Boston , à Albany , à Pittsbourg, à Cincinnati et ailleurs^ des centaines et des milliers d'intempérants furent retirés de leurs désordres ; et de ces villes, comme d'autant de centres, rayonnèrent dans tout le pays de nouvelles délégations d'ivrognes régénérés.

Ce fut le 6 août 1840 que commença ce grand mou* vement; et maintenant on évalue k 75,000 le nombre des ivrognes corrigés. Ils vont retomber, dira-t-on; et ce ne sera^ hélas! que trop vrai pour plusieurs.

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MaÎB jusqu'à présent il en est peu qui n'aient persisté. Et si l'on me deoiande l'explication de ce fait, je répondrai qu'après Dieu il est dû à la puissance 4e Yêsprit de corps. Partout existe quelque bande d'ivrognes devenus tempérants. Ils se rencontrent et s'encouragent. On les connaît et on leur témoigne une affection bien propre à les affermir. Jamais le monde ne vit rien de pareil, et quelle preuve éclatante qu'il ne faut point désespérer d'une bonne cause! C'est le Dieu puissant et bon qui a conduit toute celte affaire. Beaucoup des ivrognes que nous venons de voir ramenés par l'influence indirecte des Sociétés de tempérance , se sont dès lors rapprochés des assemblées chrétiennes , ils ont été convertis par l'esprit du Seigneur et les voilà maintenant « assis aux pieds de Jésus, » habillés et dans leur bon sens. »

Je ne dois pas charger ce livre d'un plus grand nombre de détails sur cette œuvre spéciale. Je me résume en disant qu'une partie considérable de notre population est à celte heure sous l'heureuse influence de l'abstinence totale des boissons enivrantes. En 1826, il paraît qu'il se fabriquait et se consommait anuuelleuient aux Etals-Unis 60,000,000 de gallons de . wiskey, sans compter les importations d'eau-de-vie, de rhum, etc. Celle évaluation est au-dessous de la vérité, comme tous en conviennent. Eh bien, eu 1840, d'après un recensement exact, il ne s'est distillé que 36,343,336 gallons de wiskey ; ce qui offre une différence de 23,000,000, tandis que, pendant ces quatorze années, la population s'est accrue de &,0()0^000 .d'in-

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dividiis. Et cette réforme s'est opérée uDiquement par le moyen des associations volontaires.^ Quelle preuve de la puissance qui nous est donnée pour vaincre le mal, lorsque nous nous appuyons sur les vrais principes! — Les recettes de la Société Américaine de tempérance furent, en 1841, de 10,347 dollars.

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