‹ De la religion aux États-Unis dÁmériqueChapitre 102 sur 153 · LIV. Vlll · texte numérisé non relu

LIV. Vlll

Bible. indienne, Tune à 1500 exemplaires, l'autre à 2000. Il est à remarquer que ce furent longtemps les seules Bibles imprimées en Amérique. Eliot, nommé dès lors l'Apôtre des Indiens, mourut en 1690 à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, en prononçant ces belles paroles : cO joie du ciel 1 sois la bienvenue.* Ses travaux et ceux des ouvriers qu'il enrôla dans cette bonue œuvre, eurent pour résultat la conversion de bien des âmes; et ces «Indiens priants* , comme on les appelait, formèrent divers établissements autour de Boston.

Mais Eliot ne fut pas le premier à prêcher avec suc- . cès l'Evangile aux aborigènes. Thomas Mayhew commença près d'eux sa carrière missionnaire, Tan 1643, dans l'île appelée Martha's Vineyard. En 1646 , il partit pour l'Angleterre, où il allait solliciter des secours. Le vaisseau périt sur mer. Son père, propriétaire de l'île, bien qu'âgé de soixante-dix ans, voulut remplacer le fils qu'il venait de perdre; il lui fut donné d'annoncerl'Evangile jusqu'en 1681, qu'il mourut âgé de quatre-vingt-treize ans. Son petit-fils lui succéda ; et pendant cinq générations, c'est-à-dire jusqu'à ZacharieMayhew,morten 1803, âgé dequatre-vingt-sept ans, cette respectable famille fournil des pasteitts aux Indiens qui vivaient à Martha's Vineyard.

Parmi les chrétiens qui, du temps d'Eliot, annonoè- * renl l'Evangile aux naturels du pays , il faut nommer Treal, Tupper,Cotton, de la colonie de Plymouth ; puis Goskin, Thatcher et Rawson, du Massachusets; Fftoh etPierson , du Conuectrcul. Par leur ministère ou put

CtfAI». II. PRBAItKItKS SUSSIONS INDIENNES. 363

compter en 1675, dans quatorze élablissements d'Indiens priants, vingt-quatre congrégations, et autant de prédicateurs indigènes. Outre l'instruction religieuse, on formait les Indiens à l'agriculture el aux arts les plus nécessaires à la vie.

Ce fut celle môme année que le roi Philippe , chef de la tribu des Pokanokels, ertcité par sa haine pour l'Evangile et plus encore peut-être par la jalousie que lui inspirait le pouvoir croissant des colons anglais, porta la guerre sur leur territoire, sans y avoir élé nullement provoqué. Le résultat en fut l'extermination de son parti ; et cela ne put avoir lieu sans dommage pour les établissements«des Indiens priants. L'on conçoit tout ce que les progrès de l'Evangile en souffrirent. Cependant l'œuvre des missions reprit bientôt après une nouvelle vie; si bien qu'en 1696 il y avait, dans la colonie du Massachusets trente églises d'Indiens; et deux ans après on y évaluait à 3000 le nombre des âmes converties.

ARhode-îsland, au Conneclicut et à Long-Island, les travaux missionnaires furent moins heureux. îl y eut toutefois des conversions opérées parmi les Narraganselts, les Pequods, les Nanticks, les Mohegans. el les Monlauks. Ces sauvages, amenés a l'Evangîte, formèrent longtemps des établissements chrétiens dont on voit encore quelques restes aujourd'hui.

Tout cela se faisait sans qu'il y eût de société de missions en Amérique. L'an 1762, la législature du Massachusets reconnut légalement une société qui venait de se former à Boston, pour la propagation du

LA HEL1G10N EN AMKKlQUIi.

L1Y. Vlll

christianisme parmi les Indiens du Nord ; mais la couronne refusa de ratifier cet acte colonial. L'Amérique devait en toutes choses subir l'influence de la métropole; or, il existait à Londres des sociétés de missions auxquelles il fallait se rattacher. La première de ces sociétés était née, en 1649, des succès obtenus parles travaux missionnaires des colons. Il s'en forma d'au* 1res encore ; mais une portion considérable de leurs ressources provenait des Américains eux-mêmes, et il y avait, soit à Boston, soità New-York, des comités qui agissaient au nom des sociétés de la mère-patrie.

En 1734, John Sergeant commença ses travaux parmi les Mohegans, qu'il recueillit autour de lui, a Stockbridge dans le Massachusets. C'est de là qu'où les a nommés les «Indiens Stockbridge.» A cet homme excellent, mort en 1749, succéda le célèbre Jouathan Edwards, qui avait été pasteur à Norlhampton. 11 vaquait à ses humbles travaux de Stockbridge, lorsqu'il écrivit ses chefs-d'œuvre sur le libre arbitre et sur le péché originel. Après avoir passé six aus avec les Indiens, il fut appelé à la présidence du collège de Princetown, New-Jersey. Lors de la révolution américaine, les Indiens Stockbridge , dont un grand nombre étaient devenus chrétiens, se retirèrent dans les contrées centrales de l'Etat de New-York, de là dans l'Indiana, puis à Green-Bay, et finalement à l'est du lac Winnebago, où ils sont maintenant fixés. Us y possèdent une église et un missionnaire.

Pendant que Sergeant évangélisailà Stockbridge,les Moraves commençaient une mission en Géorgie, d'où

CHAP. If. PREMIERES MISSIONS lffMBlttfRg. 365

ils furent, par les difficullés qu'on leur fit, contraints de se retirer bientôt en Pensylvanie. A leur demande, illeur vint de Herrnhut plusieurs missionnaires, dignes serviteurs de Dieu, qui, en 1740, mirent la main à l'œuvre parmi les Mohegans des frontières du Connectiez! et de New-York. Mais, poursuivis par la méchanceté des blancs, ils durent se réfugier à Bethléhem en Pensylvanie, emmenant avec eux tous les Indiens qui consentirent à les accompagner. Ils y demeurèrent plusieurs années et souffrirent beaucoup durant la guerre de l'Angleterre et de la France de 1755 à 17b3. Delà, ils se transportèrent sur les rives du Haut-Susquehanna, puis au-delà des frontières occidentales de la Pensylvanie, où ils joignirent quelques Indiens convertis par l'excellent David Leisberger, de l'Alleghany. Ils u'élaient pas au bout de leurs migrations ; car en 1772 ils transférèrent leur établissement au bord duMuskingum (Ohio), où ils jouirent pendaut quelque temps d'une grande prospérité spirituelle. Du Muskingum ils allèrent au Sandusky , autre rivière de l'Etat d'Obio. Après bien des souffrances, occasionnées par la guerre delà révolution, ils plantèrent enfin leurs tentes près de la Tamise, dans le Haut-Canada, où ils bâtirent la ville de Fairfield , leur résidence actuelle. •

Co fut en 1743 que David Brainerd commença sa belle mais trop courte carrière parmi les Indiens. Mort à l'âge de trente ans, il fut remplacé par son frère John. Depuis l'an 1783, que ce dernier remit son âme au Seigneur , les Indiens amenés à la foi par son

ministère reçurent les soins pastoraux des ecclésiastiques de leur voisinage ; les choses allèrent ainsi jusqu'en 1802, époque où les Indiens de Brainerd se joignirent à ceux de Stockbridge.

L'an 1748 , le révérend Éléazar WheeJock ouvrit à Lebanon, dans le Conneclicut, une école pour les jeunes Indiens. C'est là que furent instruits le prédicateur indigène Occum , et Brant, ce célèbre chef. Le collège de Lebanon fut plus tard transporté à Hanovre, New-Hampshire , où il existe encore confoudu, je crois, avec le collège de Darroouth ; mais son vrai nom a est l'École de charité de Moor. »

Un des missionnaires les rçlus remarquables que nous a)ons eus parmi les Indiens, est je révérend Samuel Kirklandqui commença, l'an 1764, ses prédications aux Onéidas do l'État do New-York, et les continua durant quarante ans environ.

Tels sont les anciens travaux missionnaires des chrétiens de l'Amérique du Nord. Sans prétendre qu'ils n'eussent pu être plus considérables, on voit pourtant qu'ils ne furent pas absolument nuls, et qu'on est fort injuste envers les Etats-Unis quand on les accuse de n'avoir rien fait pour éclairer les Indiens. On oublie d'ailleurs les difficultés que les colons eurent à vaincre; les guerres entre la France et l'Angleterre, qui les mirent eux-mêmes on hostilités continuelles avec les indigènes, luttes à la fois longues, sanglantes et cruelles, qui ne pouvaient que laisser une profonde exaspération en des cœurs non chrétiens ; car si toute guerre est affreuse, rien n'est horrible comme une

Cn\P. 11. PRFM1FRKS MISSIONS INDIENNES.

guerre avec ces peuples sauvages , et Ton ne s'en fait pas une juste idée, quand ou ne les connaît que par ouï dire. Aussi ne faut-il pas trop s'étonner qu'il y ait eu de la part des colons mêmes, une irritation et des ressentiments qui les aient empêchés de songer aux missions. Je ne m'arrête pas à décider de quel côté se trouvaient les premiers torts; mais qu'il me soit permis de le redire en passant. Ton se trompe gravement lorsqu'on s'obstine à les imputer toujours aux Américains.

On oublie encore que les églises des colonies n'étaient ni riches, ni nombreuses; de sorte qu'à tout prendre, celles de la Nouvelle-Angleterre, et peul- -êire aussi de New-York et de New-Jersey , firent pour les missions autant de sacrifices qu'à présent , toute proportion gardée.

On oublie enfin la longue guerre de la révolution, et celles qui suivirent , d'abord avec la France , puis avec l'Angleterre. Durant ces époques de trouble, les chrétiens des États-Unis pouvaient-ils diriger leur activité du côté de l'évangélisation des Indiens, de ces Indiens qui, pendant tout ce temps, se montrèrent si peu bienveillants envers nous, pour ne rien dire de plus. Ce n'est doue que depuis 1815 qu'on a vu se rétablir entre eux et les États-unis des relations amicales. Alors il s'ouvrit réellement auprès des naturels une porte à l'Évangile. Grâces à Dieu, nos églises n'ont pas manqué d'utiliser ceite heureuse circonstance, et elles continuent de le faire avec ùn zèle croissant.

368 Ut RELIGION KN AMÉRIOUK. LlV. VlH

Ce n'est pas d'ailleurs une pelile tàcbe que celle de christianiser et de civiliser des sauvages qui, de temps immémorial, ne connaissent d'autres occupations que la chasse et les combats, et qui, lorsque ces occupations leur manquent, ne savent faire autre chose que de s'étendre, comme leurs chiens, près de leurs mi- - sérables huttes, tandis que les femmes cultivent une chélive plantation de maïs, apprêtent les animaux tués à la chasse et font à elles seules tous les travaux domestiques. Leur aversion pour l'activité régulière de la vie civilisée est telle qu'on ne saurait le croire sans l'avoir vu. Il ne semble pas que leur âme soit jamais traversée par une pensée quelque peu élevée; tout ce qu'il leur faut, c'est de dissiper leur vie comme le firent leurs pères, pour mourir ensuite au milieu des vagues et obscures visions d'un monde inconnu. En un mot, aussi longtemps que leurs forêts seront debout et qu'ils y pourront trouver du gibier, il ue saurait leur venir à l'esprit d'adopter les habitudes de la civilisation.

Il est des personnes qui ne cessent de faire entendre leurs complaintes sur ce que les tribus aborigènes de l'Amérique du nord disparaissent de plus en plus. Mais que signifient ces lamentations? Vaudrait-il mieux peutêtre que ce vaste continent fût occupé par quelques cent mille barbares, rôdant au sein des forêts et se faisant une guerre perpétuelle, plutôt que d'être couvert d'une population chrétienne et civilisée? Ignoret-on que la vie sauvage est non-seulement la plus mi-

Page 1