‹ De la religion aux États-Unis dÁmériqueChapitre 103 sur 153 · CHAP. II. PREMIÈRE* MISSIONS INDIENNES · texte numérisé non relu

CHAP. II. PREMIÈRE* MISSIONS INDIENNES

sérablequi se puisse, mais encore qu'elle est nécessairement destructive de l'humanité.

On n'a pas encore montré comment il faut s'y prendre pour que les hommes civilisés se partagent un même coutinent avec les peuples barbares, sans que ceux-ci finissent par être supplantés et finalemenl détruits. Un nouveau monde étant donné, monde riche en productions naturelles et possédant tout ce qui est propre à attirer sur ses rives des nations policées, il est aisé de calculer l'époque où celles-ci, par l'accroissement naturel et par l'émigration, rempliront ce monde nouveau et déplaceront les peuplades errantes qui l'habitaient sans l'occuper. En de telles circonstances, et pour préserver ces peuplades d'une extinction totale, il faut opérer la fusion des deux races, ce qui ne peut guère avoir lieu tant que l'une des deux demeure étrangère à la civilisation, si ce n'est qu'on la réduise en une sorte de servitude ; ou bien il faut permettre à la race sauvage de continuer, sur un territoire déterminé, ses habitudes vagabondes et désordonnées. Ce fut le premier de ces systèmes que les Espagnols adoptèrent à Mexico et dans l'Amérique du sud ; mais les colons anglais y eurent une répugnance invincible, en sorle qu'il ne leur resta d'autre parti à prendre que de laisser aux Indiens leur existence propre.

Or cela même ne fut pas aussi facile qu'il peut le sembler à première vue. Si les hommes étaient tous ce qu'ils devraient être, l'on eût vu les Indiens demeurer paisibles possesseurs de la portion du sol qu'ils n'a- 11. 24

vaient pas vendue, sans troubler les nouveaux venus dans leurs demeures et sans être troublés eux-mêmes dans les leurs. Mais qu'attendre de l'homme déchu, malgré ce que l'Evangile fait pour le relever ? A mesure que s'accrut le nombre des colons, ils désirèrent de nouveaux territoires, et les indigènes ne firent pas difficulté de les leur vendre, aussi longtemps du moins qu'ils n'aperçureutpasles limitesdesdomaiues qui leur restaient. C'est ainsi que les blancs poussèrent les hommes de couleur toujours plus à l'ouest. D'un autre côté, ceux-ci trompèrent cruellement l'espérance qu'on avait entretenue de les voir adopter les mœurs et les coutumes de la civilisation. Enveloppés d'une peau d'animal ou d'une grande pièce de coton jetée sur leurs épaules, ' ils faisaient de fréquentes visites aux Européens de leur voisinage. Après avoir musé quelque temps autour des habitations et reçu les présents qu'on leur offrait, ils retournaient a leurs misérables cahutles, saus éprouver le moindre désir d'échanger leur triste existence contre les douceurs de la vie civilisée. Rien ne pouvait les dégoûter de leurs habitudes d'enfance, ni leur faire aimer les travaux et l'activité de l'industrie.

Les colons ne négligèrent aucune occasion d'engager leurs voisins à essayer de mœurs plus humaines. Il ne se faisait guère de traité avec eux, où l'on ne stipulât eu leur faveur la remise d'objets unies, tels, par exemple, que des instruments d'agriculture. Mais hélas ! on les payait aussi eu eau-de-vie, ce poisou qu'on envisagea si longtemps comme d'une absolue

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oécessité. Après cela, nos gouverneurs coloniaux ne manquèrent jamais d'exhorter fortement les chefs indiens et leurs conseils à quitter la vie sauvage ; mais ce furent paroles perdues. Le peu qu'on obtint de leur part, est dû aux missionaires que leur envoyèrent essentiellement les églises des colonies. Ils réussirent, en plusieurs cas, à donner aux Indiens parmi lesquels ils travaillaient, une teinture de civilisation; et c'est à cela que ces tribus sont redevables de leur existence actuelle. Car il est avéré que celles où le christianisme ne put s'infiltrer quelque peu, et où l'agriculture et les arts ne firent nuls progrès, ont complètement disparu, soit par la destruction de tous les individus dont elles se composaient, soit par leur fusion avec d'autres tribus non civilisées.

L'on eût obtenu sans doute de meilleurs résultats, si l'esprit missionnaire des premiers colons se fût reproduit chez les nouveaux arrivants. Mais ce fut la cupidité seule, hélas! qui détermina bon nombre d'Européens à gagner les rivages de l'Amérique, et tout moyen de s'enrichir leur parut bon. Puis, chez les descendants mêmes des premiers colons, nous avons dit comment les cruautés commises par les Indiens en de trop fréquentes guerres, ne purent qye refroidir le zèle qu'ils avaient d'abord montré pour la prospérité de celle race malheureuse.

Au nombre des circonstances défavorables, il ne faut pas négliger de noter les chartes royales dont j'ai parlé dans mon premier livre. On sait eu quels termes elles conféraient aux colons des droits absolus sur

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l'immense territoire qui se déployait devant eux. Se fondant là-dessus, ils purent se croire autorisés à s'eti emparer par toutes les voies imaginables. De là vint qu'à la longue les pauvres Indiens n'eurent plus un seul endroit où ils fussent en repos. A l'exception du résidu des populations indiennes , à moitié christianisées elcivilisées, qui occupentcertains districts de la Nouvelle-Angleterre et de l'Etat deNew-York , il ne s'en trouve plus nulle part dans les Etats Atlantiques. On a beaucoup blâmé la marche suivie depuis quelques années par le gouvernement des Etats-Unis ; mais si l'on avait adopté plus tôt cette marche pleine de sagesse, si les tribus que les chartes royales dépossédaient eussent été recueillies dans un vaste et bon territoire en dehors des limites coloniales, je ne doute pas qu'on n'eût vu d'heureux effets produits par les faibles efforts que jusqu'ici l'on a tentés en vain, dans le but de les civiliser. Mais encore où auraiton trouvé jadis, en dehors des limites tracées par les chartes, un territoire assez vaste pour contenir toutes les tribus indiennes? L'acquisition de la Louisiane vint combler celte lacune; et, mus par une véritable philanthropie, des hommes aussi bienveillants qu'en eût jamais l'Amérique , ne tardèrent pas à voir le parti qu'on pouvait tirer de cet événement, et attirèrent sur ce sujet l'attention de l'autorité. C'est en conséquence de cela qu'on a mis à part toute la contrée qui s'étend entre les Etals actuels d'Arkansas et de Missouri jusqu'au grand désert américain , contrée vaste et en plusieurs lieux fertile , où le gouverne-

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