CHAP. 1. LA LIBERTÉ RELIGIEUSE. V
le mot même de tolérance , appliqué à la religion, ne suppose-t-il pas l'existence d'un pouvoir qui ne devrait pas exister , et d'un pouvoir tyrannique par essence? Ne suppose-t-il pas que vous, autorités terrestres, vous voulez bien condescendre à me permettre d'exercer mon culte? Vous me le permettez! Mais avez-vous plus vocation à me le permettre , que je n'en aurais moi-même à vous permettre de suivre votre religion? Mon autorité n'est-elle pas ici égale . à la vôtre? Vous me le permettez! Mais Dieu me le permet, Dieu me le commande, et vous osez bien dire que vous me tolérez! Qui est-ce donc qui a le droit de s'interposer entre Dieu et ma conscience ? Il y a dans votre tolérance même de la tyrannie ; car vous n'avez point le droit de vous ingérer en cette affaire. Or toutes les fois que l'Eglise et l'Etat s'unissent, il y a intervention de l'autorité en matière spirituelle ; et, dans ce pays même, s'il pouvait arriver qu'une secte quelconque obtînt le patronage de l'Etat, c'en serait fait de notre liberté religieuse, maintenant si parfaite.
» Sous le règne de la reine Elisabeth , le poète Soulhwell, auteur d'une des plus belles hymnes que possède la langue anglaise, homme d'ailleurs qui paraît avoir été vraiment dévot, subit une mort violente et ignominieuse, pour être venu en Angleterre avec l'intention de prêcher la religion catholique , crime qu'il se fit un honneur de confesser hautement. Eh bien ! l'on eût dû lui laisser pleine liberté de prêcher ; car si la religion prolestante ne peut résister à l'action de la prédication papiste, il faut qu'elle
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torabe. Une religion qui a besoin de la, torture et de l'Inquisition , et de la flamme des bûchers ; une religion qui craint de rencontrer ses ennemis , à visage découvert, sur le terrain delà vérité; une religion, en un mot, à laquelle l'Esprit de Dieu ne suffît pas, ne mérite en aucune façon qu'on l'adopte , ni qu'on fasse quoi que ce soit pour la maintenir. Et quand une église établie ne peut subsister sans opprimer les autres, ou seulement sans nier aux autres leur titre d'église, il ne faut pas la laisser debout... »
Chez nous donc, l'hérésie ne constitue point un délit ; chacun jouit d'une égale liberté religieuse ; la loi n'intervient jamais en matière de foi; et cependant, pour le redire, nos gouvernements ne sont point indifférents a la religion. Comme preuve frappante de cette assertion , je me plais à rappeler que chaque année, en automne, les gouverneurs de la plupart de nos Etats désignent un jour d'actions de grâces et de prières qu'ils recommandent aux églises de célébrer à l'honneur du Très-Haut. Les chrétiens des diverses dénominations regardent généralement comme leur devoir d'obéir à cet appel. Les affaires sont suspendues, les églises s'ouvrent, et l'après-midi tout au moins, il se fait des prédications dans toutes les parties du territoire de la république. 1
1 Voyez Appendice II.