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subira des hommes de bien, par le seul motif que leur foi était proscrite. Bunyan fut, sous le règne de Charles II, le premier individu qu'on ait puni pour crime de non-conformité. Puni, c'est le mot dont se sert Southey; mais il se fût mieux exprimé s'il eût dit : persécuté, et encore persécuté à cause de ses ver-
tus. Oui, Bunyan fut un homme vertueux , et tout ce qu'on pourrait alléguer pour justifier la hiérarchie anglicane qui le fit jeter en prison, justifierait également la hiérarchie romaine qui poussa sur le bûcher Latimer et Ridley. Quelle chose étrange, que les principes de la tolérance religieuse soient si difficiles et si longs à inculquer aux esprits même les plus libéraux ! Les disciples de Christ n'y ont guère plus d'aptitude que les autres, et l'on peut dire hardiment qu'ils ne les eussent jamais compris, si l'Eglise naissante n'eût élé détachée de l'Etat et s'ils ne s'étaient vus dans l impossibililé d'armer en leur faveur le bras séculier. Jean, l'apôtre, n'y entendait rien encore, lorsqu'il voulait que le Seigneur fit descendre le feu du ciel sur les Samaritains, ou bien lorsque, de concert avec les autres, il voulait empêcher qu'un fidèle (un Bunyan de cette époque) chassât les démons au nom de Jésus, parce qu'il ne les suivait pas. Et si le Sauveur eût sanctionné l'union de l'Eglise et de l'Etat* jamais, j'en suis convaincu , ses disciples n'eussent appris ce que c'est que la tolérance chrétienne. Partout où l'on verra uue secte quelconque spécialement protégée par le gouvernement, on ne saura pas tout ce qu'enferme le principe de la liberté religieuse. Eh quoi!