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CUAP. VI. CARACTÈRE DE LA PRÉDICATION

nislres itinérants des méthodistes, c'est de pouvoir répéter le môme discours en huit ou dix endroits dans leur arrondissement. On conçoit quelle facilité cela leur donne pour l'améliorer; d'autant plus qu'il n'est point écrit. Aussi n'avons-nous personne qui acquière aussi promptement la véritable éloquence. La diction des méthodistes laisse souvent beaucoup à désirer; mais, sous ce rapport môme, ils sont quelquefois étonnants, et l'on ne peut contester qu'en somme leurs discours ne produisent plus d'effet que ceux de nos lettrés.

Tout ceci s'applique également aux presbytériens du Cumberland, sur lesquels nous aurons à revenir plus lard, et qui ne se trouvent qu'à l'Ouest et dans le Texas. Ils ont aussi leurs prédicateurs itinérants, et la plupart d'entre eux n'ont pas fait d'éludés régulières. 11 en est à peu près de môme des ministres baplistes. Je dis à peu près, attendu qu'ils n'ont pas l'avantage des prédications itinérantes, et que beaucoup d'entre eux sont trop occupés de leurs affaires temporelles pour consacrer de longues heures k l'étude. Toujours est-il qu'ils ne manquent pas d'éloquence ni d'énergie. Par fois un peu familiers, ils ne laissent pas de produire un grand effet. On voit qu'ils sont plus occupés des idées que du langage, plus désireux de loucher les cœurs que de gagner des applaudissements.

Quelques touristes se sont divertis à jeter du ridicule sur ces ministres de Christ, dont ils se plaisent à exagérer l'ignorance et te défaut de culture, afin

d'en amuser leurs lecteurs. Malheureux ! qui n'ont pàs su apprécier l'excellence des travaux de ces hommes humbles, plus utiles à la classe de leurs auditeurs, 1 que ne le seraient les savants docteurs des universités. Je les ai vus à l'œuvre, presque dans toutes les parties des Etats-Unis, et s'il en est, j'en conviens, qui, par leur ignorance, leurs bizarreries et leur incapacité, compromettent le saint ministère et font à la religion plus de mal que de bien,* somme toute ces ministres qu'on appelle des ignorants et des enragés (ranters) sont une grande bénédiction pour le pays. Celui qui traiterait les Américains de sauvages, parce qu'on ne trouve pas partout au milieu d'eux les raOnements du luxe parisien, ou les somptuosités de Londres, ne dévoilerait pas plus son défaut de bon sens, que s'il venait à mépriser la simple prédication d'un homme qui monte dans la chaire, l'esprit riche de connaissances religieuses acquises

1 Ce n'est pas à dire que ces prédicateurs « illettrés » n'aient pour auditeurs que des pauvres]et des ignorants. Soit dans le nord, soit dans le sud, ils sont suivis au contraire par bon nombre d'hommes marquants. Mais il est une gloire qu'il ne faut pas leur ôter, c'est d'avoir su plus que personne « annoncer l'Evangile aui pauvres. ^

* Sans se joindre à ceux qui déclament contre les études qu'on impose généralement aux jeuues gens qui veulent entrer dans le saint ministère, il est permis de se demander si les universités et les académies ne se convertissent pas trop aisément en une sorte de manufacture de ministres, et s'il n'en sort pas bien souvent des hommes qui, « par leur ignorance, leurs bizarreries et leur incapa- » cité (pour ne rien dire de plus), compromettent le saint ministère » et font i la religion plus de mal que de bien T • ( TraducUur.)

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par une lecture assidue des Saintes-Ecritures et des meilleurs commentaires, et le cœur plein d'amour pour Dieu et pour les âmes, quoiqu'il n'ait pas fréquenté les jardins d'une académie , ni étudié les finesses de l'art oratoire. Plus de 20,000 localités, en Amérique, doivent aux travaux de tels hommes le bon ordre, le tranquillité, le bonheur qu'on y voit régner, aussi bien que l'humble et sincère piété qui réchauffe tant de cœurs et embellit tant de foyers. C'est a leurs travaux encore qu'où peut attribuer l'esprit conservateur qui caractérise nos campagnes ; car personne n'a mieux su qu'eux inculquer les doctrines qui produisent l'obéissance aux lois et le respect pour les magistrats. Jamais ils ne furent plus utiles que les deux dernières années, où ils eurent k lutter contre les principes anarchiques des soi-disant réformateurs, religieux et politiques. Aussi n'y a-t-il personne qui soit plus cordialement haï de ces démagogues, dont heureusement les projets rencontrent toujours moins d'amis et de défenseurs. «Rien,» dit le journal la Providence, dans son numéro de juillet 1842, «rien n'a plus irrité les ennemis des lois et du bon ordre que la noble contenance du clergé, qui s'est unanimement élevé contre leurs doctrines révolutionnaires.»

Mais je dois traiter de la prédication sous un point de vue plus élevé et tout à la fois plus importaut, je veux dire son efficacité pour le salut des âmes.

Ce qui, d'abord, caractérise la prédication américaine, c'est la simplicité. Nos ministres instruits adop-

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tent généralement la forme ordinaire dos sermons. Le grand but. qu'ils se proposent est de présenter le vrai sens d'un texte, et non de produire de l'effet par des vues neuves, plus ou moins recherchées, ou comme on dit, philosophiques. Quant à la forme du style, on préfère aux ornements de la rhétorique , un langage tout naturel et môme familier. Ceux de nos prédicateurs qui tiennent le plus à la clarté, emploient les expressions d'origine saxonne plutôt que celles dont l'étymologie est latine, ces dernières étant moins bien comprises par le peuple. En général on vise à la force plus qu'à la beauté. Même simplicité dans le débit; rien d'étudié ni de théâtral. Ce n'est pas exclure l'animation ou la véhémence; mais la manière est toujours telle que l'attention de l'auditeur se porle sur ce qu'il entend et non sur celui qui parle. C'est donc la vérité toute nue qui fait son chemin dans les cœurs. A l'exception des méthodistes, qui ont probablement hérité cette mauvaise habitude de leurs premiers évéques, Coke et Àsbury, nous ne connaissons guère aux Etats-Unis ce qu'on pourrait appeler le chant britannique , mais , en général , chacun prêche du ton dont il parle.

Tout cela réuni donne à la prédication américaine un caraclère particulièrement sérieux. Grâces à Dieu, nos ministres, en général, sont des hommes convertis. On voit qu'ils sentent l'importance infinie de leurs enseignements. «Nous croyons; c'est pourquoi nous parlons. » C'est la foi qui anime leur zèle et qui inspire leurs discours. Ils comprennent ce qu'il y a

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