CHAP. VI. CAKACTÈKK DE LA PRÉDICATION
nistres appartenant aux autres communions évangéliques, ne lisent, ni n'écrivent d'un bout à l'autre leurs discours. Après avoir médité convenablement leur sujet, ils en notent les principaux chefs et montent ainsi en chaire. Ecrire et apprendre par cœur est donc ce qu'il y a de plus rare au milieu de nous. Ce qu'on a écrit, on le lit; mais c'est communément d'abondance que parlent les messagers de la bonne nouvelle ; ce qui ne veut pas dire sans préparation.
Le débit de ceux de nos ministres qui lisent n'est pas on général très-animé. Il l'est toutefois assez pour captiver l'atteution d'auditeurs qui ne prennent pas le son pour le sens, et qui préfèrent à de la déclamation un discours bien raisonné, bien écrit et d'une instruction solide. J'ai vu partout qu'il est moins aisé de lire d'une manière attrayante, que de parler avec chaleur et avec facilité ; malgré cela, j'ai cru remarquer que les esprits cultivés aiment généralement mieux une lecture.
Il y a toutefois chez les prédicateurs qui prêchent • d'abondance plus de vie et de ce qui constitue l'orateur. Peut-être ont-ils moins d'ordre et de clarté dans leurs idées, et leur arrive-l-il aisément de se répéter; mais leur méthode ne les empêchant pas d'être instructifs, il faut convenir qu'elle est plus favorable à la per-* suasion. La vérité est toute pleine de puissance, quand elle a pour interprètes les yeux de l'orateur et l'accent d'une voix qui s'anime.
Le nombre des ministres évangéliques des Etats- Unis qui ont fait des études régulières peut bien s'éle-
ver à 7,000. Quoiqu'il y en ait assez qui ne manquent pas de chaleur dans leur élocution, pris en masse, ils sont plus froids que les grands prédicateurs d'Angleterre et d'Irlande, de France et d'Allemagne, et même de Danemark et de Suède. On ne saurait adresser le même reproche à ceux de nos ministres qui n'ont pas suivi les collèges. Ainsi les méthodistes. Assujettis à quatre années d'épreuves avant de recevoir l'ordination d'anciens, ou prêtres, ils doivent, pendant ce temps, lire certains livres dans un ordre déterminé, mais tout en commençant leurs tournées d'évangélisation. C'est de la sorte qu'ils appliquent au fur et à mesure leurs connaissances, et que celles-ci s'assimilent pour ainsi dire à leur existence même. Et tandis que les études régulières de l'école ont souvent pour effet d'attiédir le zèle des jeunes gens les mieux disposés, on conçoit au contraire que le méthodiste, qui s'envisage comme appelé de Dieu à la prédication de l'Evangile, sente son zèle s'enflammer de plus en plus par la préparation même qui lui est prescrite. Ensuite, comme il ne s'adresse généralement qu'à des assemblées peu nombreuses, composées surtout de gens simples et pauvres, il est moins intimidé qu'un jeune homme qui, pour avoir passé quelques années dans un collège et quelques années encore dans un séminaire, s'est formé un goût si délicat, est devenu si sensible aux plus légères fautes contre la grammaire et la rhétorique, qu'il craint presque d'ouvrir la bouche, afin de ne les pas offenser Tune et l'autre. Le grand avantage d'ailleurs que possèdent les mi-