CHAPITRE IX
3« EjptU qu'ils produisent.
A ne voir que l'homme , instrument dans !a main de Dieu , la conversion des pécheurs dépend de deux choses : il faut leur présenter, avec clarté et d'une manière vivante , les vérités divines , et , par des prières non interrompues , les chrétiens doivent obtenir du Saiut-Esprii qu'il donne efficace à la vérité. J'ai donc
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à faire voir ce qui, dans ces temps d'intérêt particulier pour la religion , tend à animer les prières et les efforts du peuple de Dieu , tout comme à faciliter l'action de l'Evangile sur les cœurs impénitents, et à lui donner une plus grande efficace pour le rauger «sous l'obéissance de la vérité. » Me référant à ceux des principes primitifs de notre constitution intellectuelle, qui, d'un aveu général, exercent un grand pouvoir sur la volonté, je montrerai que les réveils religieux font à nos forces morales les appels les plus entraînants. Je donnerai par là ce qu'on pourrait appeler la théorie , ou la philosophie des réveils. Ou verra que ce ne sont pas des temps de simple excitation, ou de fanatisme ,'et qu'il n'y a rien, dans leurs effets, qui ne s'explique par les grandes lois de l'activité humaine. Le lecteur , j'espère , ne m&ccusera pas d'oublier le fait , que le Saint-Esprit est l'auteur de tout bien dans le coeur des pécheurs impénitents, comme dans celui des chrétiens. Mais voici la gloire de cet agent suprême, c'est qu'en distribuant ses grâces sanctifiantes , il n'annule pas les lois constitutives de notre nature morale. En disant que son influence marche d'accord avec les grands principes de notre organisation intellectuelle, je ne dis rien d'offensant pour le Saint-Esprit, mais plutôt je lui rends la gloire qui lui est due.
1. Les scènes que déploie un réveil religieux ont pour effet d'exciter au plus haut point chez les chrétiens leurs désirs spirituels, ce qui signifie la ferveur de leurs prières, condition indispensable de tout succès Une égijse apprend que le Saiat-Esprit a été répandu
sur une ville du voisinage. Quelques-uns de ses membres sont allés voir la chose, et ils viennent faire rapport de ce qui se passe, savoir, que le peuple de Dieu a retrouvé son zèle d'autrefois et sa première charité. Plein de joie et d'espérance, il abonde en supplications et en efforts pour sauver les pécheurs. Ils ont vu la foule se pressant dans les lieux d'assemblée, écoutant avec le plus profond silence et témoignant par son extérieur tout le sérieux et la solennité de ses pensées. Tels qui peu de jours auparavant vivaient dans la plus entière indifférence et dans le train du péché , ont maintenant fléchi sous le poids des accusations de leur conscience ; plusieurs même, réconciliés avec Dieu par le sang de Christ, ont déjà trouvé la joie du salut auprès du Sauveur. Au reste, tout ce mouvement, disent les députés de l'Eglise, se fait avec le plus grand ordre, et l'on ne saurait y voir autre chose que l'effet naturel de la vérité divine dont le Saint-Esprit imprime le sceau dans les cœurs. Voilà ce qu'ils racontent; voilà ce qui est incontestable , et comment la sensibilité des chrétiens ne s'en émouvrait-elle pas? Sous l'impulsion des désirs qui se réveillent de la sorte, quoi de plus naturel que de les voir c renonçant à toutes leurs idoles, » se prosterner devant le Seigneur en déplorant leurs infidélités, pleurer sur les multitudes qui les entourent et que leurs péchés menacent de la perdition, prononcer enfin du fond de leur âme la prière touchante du prophète : c 0 Seigneur ! ravive tou œuvre » en ces temps; en ces temps fais-fot connaître; et * au sein inême'de ta colère, souviens-toi de faire mi-
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RÉTBILS RELIGIEUX.
* séri corde. » Et si la grâce de Dieu daigne accorder à leurs demandes une effusion pareille du Saint-Esprit, combien ces saints désirs ne deviendront-ils pas plus fervents et plus impérieux. Avec quelle chaleur les parents ne solliciteront-ils pas lesalul de leurs enfants, Tépoux celui de son épouse, l'ami celui de son ami, et lequel d'entre eux ne dira comme le patriarche Jacob : « Je ne te laisserai point aller que tu ne m'aies » béni. » Maintenantplus tant de réserve, ou pour mieux dire , plus rien de celle lâcheté ordinaire qui empêche les chrétiens de parler et d'agir ouverlement dans la cause du Rédempteur. Tout absorbés par ces triomphes de la grâce divine, les fidèles n'ont qu'une seule question à la bouche : « Seigneur, que veux-tu que je » fasse » pour ton service? Tels sont, j'en conviens, les désirs de l'Église en tout temps , mais qu'ils sont faibles à l'ordinaire , en comparaison de ce qu'on les voit devenir à l'époque d'un réveil !
2. Si l'on me demandait pourquoi les réveils sont si fréquents en Amérique et si rares en Europe, voici quelle serait ma première réponse : c'est que de ce côté de l'Atlantique les chrétiens comptent sur des réveils , et non pas les chrétiens de l'ancien monde. Nous envisageons ces temps de rafraîchissement venant d'En-Haut, comme faisant partie de la béuédiclion qui reposa sur nos pères, et l'expérience des quarante dernières années nous a prouvé que si nous en cherchons la continuation, dans l'esprit même de ceux qui en eurent les prémices, ce ne sera pas inutilement. Mais il n'y a pas de raison pour qu'ils ne dé-
passent pas nos frontières. Le Saint-Esprf t a plus d'une fois, par exemple, visité nos stations de l'île de Ceylan. Les îles Sandwich ont été naguère le théâtre d'une des plus magnifiques œuvres de la grâce de Dieu que le monde ait jamais vues. L'Ecosse eut jadis des temps de rafraîchissement, et de réjouissants indices annoncent que le Seigneur veut y faire revivre l'esprit des pères dans les enfants. Au sein de toutes les églises évangéliques de l'Europe, on a pu voir aussi des époques d'intérêt plus qu'ordinaire pour la religion ; et cet intérêt y deviendrait même un véritable réveil, dans le sens que nous donnons à ce mot, si les églises dont je parle savaient, comme leurs sœurs d'Amérique, compter avec une ferme confiance sur ces manifestations éclatantes de la grâce du Saint-Esprit.
Mais laissons de côté ces considérations générales ; il est évident que rien n'est propre à remplir de courage et d'espérance le cœur des chrétiens , comme la pensée que Dieu est au milieu d'eux avec une provision extraordinaire de sa grâce. Il faut avoir vu soimême la chose pour se faire une juste idée de la puissance d'un réveil à cet égard, et des appels redoublés qu'il adresse aux affections les plus énergiques
• dé notre nature morale. Dieu répand son Esprit sur la ville voisine ! Dieu est ici avec l'effusion de son Esprit! Dieu vient d'appeler tel de mes amis dans son royaume! Dieu a changé le cœur d'un grand nombre de gens! Les pécheurs les plus endurcisse courbent devant lui! Tels sont les cris qu'on entend de toutes parts. Mais si le
. Seigneur est là, ne viendrait-il point aussi parmi noust
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S'il est au milieu de nous , que n'y fera pas sa présence? S'il a pris à lui ceux qui étaient comme moi, et a mon avis des pécheurs pires encore, pourquoi ne me ferait-il pas la même grâce? Ces raisonnements sont tout simples et ils se font. Bien plus, la conviction est telle, l'attente est si vive, qu'on a vu des hommes fuir loin d'un réveil , par crainte d'être , malgré eux , enveloppés sous l'influence divine qui s'y manifestait, ïl m'en revient un exemple que je me plais à citer.
Un étudiant d'un de nos collèges, après avoir pendant quelque temps combattu, par le raisonnement et par des plaisanteries, les mouvements de sa conscience fortement excitée à la vue d'un réveil éclatant qui avait lieu dans l'institution , obtint, moyennant quelque excuse plausible, la permission d'aller chez lui : c'était au vrai pour se soustraire à des influences qui devenaient de plus en plus irrésistibles. Il se précipite du côté de son village natal, et il y arrivait sur la fin du jour, tout joyeux d'échapper au réveil, lorsqu'il rencontre une foule qui revenait de la maisoiMe Dieu. « Qu'est -il arrivé, que se » passe-t-il donc? » telle fut sa première question dès qa'il fut sous le toit paternel. « Un réveil religieux 3 vient précisément de commencer, » et plusieurs de ses amis, les plus légers, sont en ce moment même fortement travaillés par le sentiment de leur péché! Alors il comprend, comme cet homme des temps anciens, qu'il est inutile de vouloir fuir la présence de Dieu. Lés agitations de sa conscience reprennent avec ufte force qui s'accroît du douloureux souvenir
de sa lutte récente contre le Saint-Esprit. Il se met surle-champ à chercher la vie éternelle, et par la grâce de Dieu, peu de jours après, il trouve le Sauveur qu'il avait essayé de fuir. Aussitôt il retourne à son 'collège, il va voir ceux qu'il avait arrêtés par ses discours et par son exemple, il les invite dans sa chambre pour le soir même, leur disant qu'il a une histoire à leur raconter. C'était, on le comprend, sa propre histoire, qu'il termina par ces mots : « Allez et faites de même. »
3. On doit concevoir ensuite combien un réveil religieux a de puissance sur les sympathies. En établissant un culte public, le Seigneur a résolu que nos affections sociales et sympathiques jouassent un grand rôle dans la cause de la religion. Il serait vraiment bien étrange qu'il en fût autrement. Si nous voyons Satan exploiter si bien ce principe énergique de notre nature, pour entraîner des millions d'âmes à la perdition, en leur faisant suivre la multitude dans le mal, comment le Saint-Esprit ne s'en servirait-il pas, tout au moins quelquefois, pour amener d# hommes en foule dans le chemin de l'obéissance et de la vérité? Celte disposition à nous émouvoir parce que d'autres autour de nous sont émus et excités, n'est pas nécessairement le fruit d'une impulsion aveugle et qui fasse agir tête baissée ; la raison peut lui servir de guide el la rendre féconde. C'est ce qu'on accorde en toutes choses, sauf en religion. Mais qu'y a-t-il donc de si mystérieux et de si déraisonnable à prétendre que le Saint-Esprit, après avoir réveillé dans une âme les
meilleurs sentiments, en communique l'impression de proche en proche dans une progression croissante? Pourquoi ne se servirait-il pas de la sympathie, aussi bien que de l'attention, de la mémoire et des autres facultés de l'âme, pour nous amener à la connaissance de Dieu ? Qu'il agisse de la sorte en temps ordinaire ; que la conversion d'un individu soit fréquemment le moyen par lequel bon nombre de ses relations obtiennent cette môme grâce ; voilà ce que des expériences mille fois répétées nous attestent. Au lieu d'une conversion, ayez-en plusieurs à la fois; que cela arrive au sein de circonstances d'ailleurs favorables, comme le sont celles d'un réveil, et la sympathie s'exercera nécessairement avec plus de force et sur un plus vaste champ. On verra des centaines de personnes se rendre aux assemblées, simplement parce que le courant les y porte. Une fois entrées, la solennité des prières et des discours, le recueillement profond de la multitude, leur feront peut-être, pour la première fois en leur vie, concentrer leur attention sur la Parole qui leur est prèchée et se l'appliquer avec impartialité. C'est ainsi que « la conviction de péché » va se commencer en leur âme, et quoi de plus propre à la développer que l'émotion môme de leurs alentours et les entreliens de ceux que leur conscience agite depuis plus longtemps? Dès ce moment l'heure du combat a sonné. Il s'agit de c faire effort pour entrer par la » porte étroite; * car « le royaume des cieux se prend » par violeuce et les violents le ravissent. » Les images dont je viens de me servir sont sorties de la bouche
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mêine du Sauveur. Elles décrivent admirablement les péripéties d'un réveil religieux; et je ne saurais voir eu conséquence, dans l'intérêt extraordinaire qui se manifeste alors pour les choses du salut, rien qui ne se concilie avec l'entière possession de soi-même, et avec la présence de l'Esprit sanctifiant.
Qu'il y ail des abus possibles ; que, sous la conduite d'hommes faibles ou inconsidérés, ces scènes magnifiques ajent quelquefois dégénéré en scènes de désordre et d'excitation toute charnelle, c'est ce qu'on ne saurait nier, mais ce donl on ne saurait faire un argument, contre le rôle que joue ici la sympathie. Quelle est de nos facultés celle dont on ne peut faire abus? Est-ce à dire qu'on n'en fasse jamais un usage légitime e|> bjen. conduit? Rappelons-nous d'ailleurs que s'jl y a danger d'unç part, il y a danger égal de l'autre. Qn meurt de paralysie aussi bien que de la fièvre. Et lorsque tant de millions d'àraes demeurent plongées dans un sommeil, affreux avant-coureur delà m,ort seconde, faut-il donc être si méticuleux et éplucher avec tant de minutie les moyens de réveiller à salut ces êtres qui périssent?
Au rqste, et nos réveils le prouvent toujours davantage, le fait est que les sympathies morales peuvent être fortement excitées, sans qu'il y ait trace de cette agitation nerveuse qui pousse à des manifestations vraiment désordonnées. Sous ce rapport, les réveils de la Npuvelle-Àpgle terre se sont beaucoup améliorés dans le derpier siècle* Durant l'œuvre remarquable de 1735, la prédication puissante de l'Evangile prpdui-
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sait ud tel effet sur de certaines personnes que, dans leur angoisse, souvent elles poussaient des gémissements et des cris au sein même des assemblées. Le clergé n'encourageait sûrement pas celle véhémence» d'expression, mais peut-être la croyait- il jusqu'à un certain point inévitable , et en conséquence- il la tolérait. A mesure que le grand réveil de 1740 à 1743 se développa, ces pratiques devinrent plus communes et passèrent môme à l'état formel de crises physiques. De vives discussions s'ensuivirent, et beaucoup de personnes conçurent de fortes préventions contre tout l'ensemble de l'œuvre. C'est pourquoi, lorsque les réveils recommencèrent sur une grande échelle, à la fin du siècle passé, nos ministres congrégationalistes s'eutendirent, dès le premier moment, îour s'opposer à ces écarts. Ils résolurent entre autres [ue leurs assemblées, surtout celles du soir , ne dueraient jamais plus d'une heure ou d'une heure et lemie, afin de prévenir la fatigue et l'agitation des erfs. Puis ils cherchèrent à faire comprendre que la" résence du Saint-Esprit se reconnaît au silence et au espectueux recueillement d'une assemblée, et non as au bruit et à la confusion. Ils y sont parvenus si ien que, dans les trente années où je me suis trouvé êlé à bien des réveils religieux, je n'ai vu qu'une* ule fois interrompre le silence des assemblées parlelque manifestation bruyante, encore dois -je dire* le ce fut très-peu de chose. Notre expérience atteste me que cette excitation désordonnée n'est en aucune çon nécessaire; et, par ce que nous voyons en d'au-
8i LA EBLIGIOlf KN AMÉRIQUE. LIT. T
très sectes, nous ne pouvons que déplorer des écarls qui ont pour grave inconvénient, non-seulement de créer des préventions, mais encore de tenter les âmes à prendre ces mouvemeuts fébriles pour une sainte influence de l'Esprit de Dieu.
4. La plus grande publicité qu'un réveil religieux donne aux doctrines du salut et les scènes frappantes qu'il offre aux regards, excitent souvent chez les hommes les plus légers un esprit d'examen qui tourne tout entier à la gloire de Dieu et à leur propre conversion.
Combien de gens que la seule curiosité fit suivre la foule dans la maison de Dieu , et sur lesquels la prédication de l'Evangile produisit le même effet que celle de saint Paul sur plusieurs des Athéniens qui , par la même cause , s'étaient réunis au Champ-de- Mars pour l'entendre ! Combien qui, après avoir constamment nié, ou mis en doute les doctrines de la grâce, furent amenés, par tout ce qui se passait autour d'eux, à écouter enfin d'un cœur droit les arguments qu'où leur présentait, jusqu'à ce que, frappés par l'évidence de vérité que leur offraient non-
seulement la Parole de Dieu, mais encore la vie et la conversation des chrétiens régénérés, ils en vinrent, comme ceux dont parle l'épître aux Corinthiens, c à être convaincus par tous, à être jugés par tous, » ei, tombant sur leur visage, à adorer Dieu en décla- » rant que Dieu était réellement l'auteur de tout » cela. » « C'est ici le doigt de Dieu. » Combien même qui ne vinrent que pour se moquer et pour blasphémer, et qui sentirent les écailles tomber de leurs yeux
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au plus fort de leur iniquité, et se mirent à crier avec le persécuteur d'autrefois : « Seigneur, que veux-tu » que je fasse ? »
5. Chacun sait les résultats admirables qu'on obtient, en portant sou âme tout entière sur un objet, par les efforts prolongés d'une attention concentrée: c'est comme les flots de lumière que le microscope solaire réunit sur le point soumis à l'œil de l'observateur. Or, nulle part uue telle attention n'est plus nécessaire qu'en religion. Avant de sentir le danger infini de sa position, il faut que le pécheur s'en fasse une juste idée : c'est le premier pas de la conversion, et c'est un pas impossible à celui dont les pensées ne se sont pas solidement fixées sur la contemplation des choses divines, objets si vastes, si loin de nous, si répugnants à notre cœur naturel ! D'où vient que tant de geus qui entendent chaque dimanche la prédication de l'Evangile, et qui en reçoivent d'ailleurs quelques bonnes impressions, ne font cependant que peu de progrès dans la connaissance de Dieu? C'est qu'on n'a pas le moyen d'entretenir, durant la semaine, ces bonnes impressions. Si, au coutraire, on parvenait à arrêter sur les objets religieux les pensées d'un homme qui n'est même que faiblement ému; si, de plus, on écartait de sa vue tout ce qui peut le distraire, on s'étonnerait des progrès rapides que la couviclion ferait en son âme.
Mais voilà ce qu'il n'est pas aisé d'obtenir des pécheurs impénitents : ils ont tant de légèreté d'esprit, si peu l'habitude des pensées spirituelles; ils sont tel-
lement étrangers à la prière, et si ignorauts des sentiments avec lesquels il faut s'approcher de Dieu, que tout le temps qu'ils donnent à la contemplation se passe en rêveries confuses ; c'est un vrai chaos que leur âme; et, de guerre lasse, souvent ils finissent par ne plus vouloir penser. Lors donc que leur attention s'éveille quelque peu, il ne suffit pas de les renvoyer à leur Bible et à la prière du cœur; il leur faut, en outre, un guide expérimenté qui, écartant du chemin les obstacles, les fasse regarder à chacun de leurs pas, et jette une lumière toujours nouvelle sur leurs sentiers. C'est le grand principe des réveils. Comme tout semblç promettre, pour un moment donné, l'effusion de grâces extraordinaires, on fait aussi, dans le but d'amener les impénitents sous l'aotion puissante et prolongée de la vérité, des efforts extraordinaires qui ne sauraient se répéter pendant plusieurs mois: on multiplie les assemblées religieuses de manière à perpétuer les impressions salutaires, sans pourtant qu'on aille jusqu'à la fatigue; en sorte que le pécheur demeure, pour ainsi dire, dans une atmosphère lumineuse où il sent de plus en plus les puissances du monde à venir. La prédication do chaque soir ne dure qu'une heure; mais tout ne finit pas avec le sermon. A la fin de Faction, il se fait un service spécial pour les personnes qui se donnent comme étant à la recherche de la vérité ; on les invite à demeurer encore une demiheure, et le prédicateur leur tient quelque discours plus intime et plus immédiatement relatif à leur situation. Pendant ce temps l'église s'est retirée dans la
sacristie, ou en quelque autre local convenable, et d'un même cœur elle implore les grâces du Saint-Esprit sur l'assemblée qui est demeurée dans le temple. Le partage qui se fait alors a quelque chose de solennel et de saisissant : un père se sépare momentanément de son enfant, un époux de sa femme, un ami de son ami, les uns pour prier le Seigneur, les autres pour l'écouter; mais, au foud, c'est une seule et même pensée.
Le grand objet qu'on se propose dans la réunion de ceux qui cherchent la vérité (inquirers) , c'est de les amener tous ensemble au but, de prévenir et de réfuter les objections, d'empêcher qu'ils ne perdent leur temps à se préparée, de placer devant leurs yeux les motifs propres à les déterminer immédiatement; c'est de les conduire au trône de la grâce, pour qu'ils y expriment leur repentanec, leur foi en Christ, et qu'ils se consacrent avec décision au service de Dieu. Après quoi, on les invite à se réunir de nouveau le jour suivant , ou dans la journée s'il doit y avoir un service le soir, ou le soir s'il ne doit pas y avoir de service avant le surlendemain : c'est ce qu'on appelle Yassemblêe de ceux qui cherchent (the meeting for inquiry) , et ce que nous appellerions volontiers la cathéchisation des candidats. C'est là que le pasteur s'entretient quelques instants avec chaque individu sur l'état particulier de son âme ; puis il leur répète à tous l'injonction d'aller à Christ immédiatement. Il fixe d'ailleurs une heure où il offre de recevoir ceux qui désireraient d'être seuls avec lui. Bientôt un certain nombre d'entre eux sentent leur cœur s'ouvrir à l'espérance. Après les
avoir examinés avec soin, le pasteur les forme en associations de prières , les encourageant à s'occuper aussi désormais du salut des autres, et il les réunit fréquemment pour les instruire sur les caractères de la vraie piété. Si^ de leur côté, les membres de l'église font leur devoir, ils s'occupent activement de leur famille et de leurs voisins ; et leurs travaux, convenablement dirigés, présentent la religion sous un aspect tout nouveau el bien propre à saisir les cœurs. Elle devient une des grandes réalités de la vie, au lieu d'être une simple prédication. C'est ainsi que, par mille voies différentes, les rayons de la vérité divine portent à plomb sur les pécheurs impénitents, et avec une force, une continuité qu'ils ne sauraient avoir en temps ordinaire; sans compter que les prières du peuple de Dieu contractent alors une ferveur en harmonie avec les scènes solennelles que le Seigneur fait passer sous les yeux de son église.
6. Ce que nous avons encore à dire sur les facilités qu'offrent les réveils religieux, c'est que d'eux-mêmes ils éloignent plusieurs des causes qui, en temps ordinaire, ferment l'accès des âmes aux vérités du salut. Quelques mots seulement là-dessus.
Quand l'intérêt pour les choses de Dieu prend ce large développement, Ton voit disparaître, ou du moins diminuer la fausse pudeur, ou si l'on veut la réserve excessive qui empêche bien des chrétiens de s'ouvrir, même en particulier, sur les sentiments personnels que la religion leur inspire. Alors, au contraire, on s'attend à ce que chacun dise franchement ■
ce qu'il est; et pour peu qu'on y mette de tact, on ose questionner le premier venu sur Tétai de son âme, sans blesser son orgueil et sans émouvoir sa colère.
La crainte de se faire remarquer, cet obstacle si puissant à l'ordinaire, surtout chez les jeunes gens, perd aussi, à l'époque d'un réveil, presque toute sa force. Au lieu de se singulariser en prenant part au mouvement, on se singulariserait plutôt en y demeurant étranger.
Alors aussi Ton envisage avec moins de répugnance et d'effroi, l'obligation où l'on sera, si Ton devient religieux, de renoncer à certaines affaires, de changer quelques habitudes, en un mot, de modifier son genre de vie. Qu'un homme, par exemple, ail une profession peu honorable, si ce n'est même immorale, comme" le serait la fabricatiou ou la vente des liqueurs spiritueuses, il lui sera moins difficile d'en faire le sacrifice, s'il n'est pas seul à devoir prendre ce parti. Futil jusqu'ici retenu d'entrer dans l'église par la crainte de ne pas savoir diriger son culte de famille (car il sait qu'au milieu de nous on ne reconnaît pas pour chrétien celui qui vit sans autel domestique), il se sent encouragé par l'exemple de tant do gens, autour de lui, qui commencent à la fois ces exercices de dévotion. En effet, j'ai connu, dans une petite localité, douze individus, tout simples et sans culture intellectuelle, qui, à peu de jours de dislance, se mireut, les uns après les autres, à célébrer un culte dans leur maison.
Durant ces époques de réveil, il faut encore le remarquer, tous les plaisirs ordinaires de la vie sont suspeudus, pour ceux du moins qui prennent quelque part au mouvement, et Ton sait combien ces plaisirs détournent l'ajlenlion de dessus les choses sérieuses, en excitant l'imagination et les sens.
Les affaires mêmes cèdent le pas aux grands intérêts de réternité. Le peuple de Dieu s'arrange de manière à consacrer une bonne partie de son temps à la prière et à la fréquentation des assemblées; les chefs de familles donnent à leurs subordonnés, enfants, commis et domestiques, toutes les facilités désirables.
On comprend, d'après tout cela, combien les temps de réveil religieux doivent être favorables à la conversion des pécheurs.
7. Ce n'est pas tout encore. S'il est vrai que l'enfer soit pavé de bonnes résolutions, c'est parce que ceux qui les forment ne voient jamais arriver le moment de les réaliser; mais il est également vrai qu'un réveil coupe court à tous ces ajournements. C'est maintenant qu'il faut se décider, ou jamais. Quiconque a tant soit peu de religion, sait très-bien qu'il n'y aura pas de temps plus favorable à son salut. Tout alors le conjure de prendre un parti et de prendre le meilleur. Ces jours de grâce sont courts, et l'on peut n'en pas revoir de pareils; la vérité y est prêchée avec une clarté et une vigueur peu communes; on y est l'objet d'une vive sollicitude de la part de ses amis chrétiens ; les nouveaux convertis, ceux qui viennent de «goûter d combien le Seigneur est bon, » sont si instants dans
leurs sollications ; on voit une si grande quantité ^individus se mouvoir dans le même sens, qu'il n'y a pas moyen de ne pas s'écrier avec une pleine conviction : « Cest maintenant le temps favorable; maintenant est » le jour du salut ! »
Et puis, les pas s'y font l'un après l'autre, et chacun d'eux conduit à un pas plus décisif. « Céderai-je aux » instances de mes apis, et me trouverai-je régulière- » ment aux assemblées? » Pour s'y résoudre, l'effort ne eoûte pas beaucoup encore, c Resterai-je après le » service et me déclarerai-je à la recherche de la vé- » rité ? » Ici la lutte avec l'orgueil est plus grande; mais si la victoire tourne du bon côté, l'on est infailliblement sur le chemin des conquêtes. « Àssisterai- » je à la réunion des candidats? Demanderai-jô au » pasteur un entretien pour lui ouvrir mon cœur et » lui dévoiler le monde d'iniquité qu'il recèle? » Chaque résolution devient une garantie en faveur d'une résolution nouvelle; chaque démarche est une sorte d'engagement, et quand ce ne serait que pour être conséquent avec soi-même , on irait jusqu'au bout; mais on le fait après tout par de plus nobles motifs. Quoi qu'il en soit, il est aisé de voir que les divers exercices usités dans un réveil mettent sans relâche le pécheur h l'épreuve; le forcent pour ainsi dire à se décider sur-le-champ, et que, moyennant la grâce divine, ils lui fraient admirablement la voie du royaume de Dieu.
8. Puis il y a chez les chrétiens, et surtout chez les nouveaux convertis, à l'époque d'un réveil, tant de
vie et de joie, que la religion devient attrayante pour les pécheurs irrégétiérés.
En temps ordinaire, la piété se présente aux impénitents, et surtout aux jeunes gens, sous un aspect assez sombre. C'est que le monde, hélas ! n'offre aux yeux des chrétiens rien qui puisse provoquer l'expression de leur joie. Trop souvent aussi, la chaleur de leurs affections va s'affaiblissait t, ou du moins ils la concentrent au fond de leur âme, et ils ne cherchent leur bonheur que dans l'intimité de leur communion avec Dieu. Mais, en temps de réveil, tout est changé. Quel délice pour les fidèles, que de voir ces triomphes de la grâce de Dieu, et avec quels saints transports ils en expriment leur reconnaissance! La ferveur de leur premier amour se renouvelle. Dans leurs relations avec les inconvertis, on les voit déployer tout à la fois une tendresse et uue fidélité inaccoutumées : c'est de tout leur cœur qu'ils les exhortent à se tourner vers la croix de Jésus-Christ. Les effets en sont quelquefois bien saisissants. Frappés du tendre intérêt que tant de gens leur témoignent, les pécheurs impénitents commencent à envisager la religion sous une tout autre face. Dans un réveil assez récent, une dame élant entrée chez un marchand connu par son incrédulité, se souvint qu'elle ne lui avait jamais parlé de son âme, quoiqu'elle se servit à son magasin depuis quelques années. Sans autre préambule, la voilà qui raconte au marchand ce qui se passe dans la ville, les conversions étonnantes qui s'étaient opérées chez quelques-unes de leurs connaissances ; puis elle lui
demande s'il n'y a personne de sa maison qui participe à cet heureux mouvement. À mesure qu'elle parle, on voit son interlocuteur saisi d'une émotion croissante , jusqu'à ce qu'enfin s essuyant les yeux : cjene comprends pas, dit-il, ce qui inspire, aux dames qui se servent chez moi, tant de sollicitude pour ce qui me concerne. Il en est déjà plusieurs qui m'ont entretenu de ce sujet, et j'en ai vu même qui en parlaient à mes ouvriers. Il faut que la religion soit tout autre chose que je ne le pensais. »
L'effet est plus frappant encore lorsque les impénitents voient la joie briller sur la physionomie et dans les discours des nouveaux convertis. Tout homme porte en sa conscience le sentiment qu'il n'est pas dans la droite voie. Son cœur a des vides que rien encore n'a pu remplir. Quand donc il aperçoit autour de lui tant de gens qui ont trouvé le bonheur près de Dieu, quel puissant appel aux affections les plus profondes de sa nature morale, surtout s'il a déjà quelque conviction de ses péchés et de la déception des jouissances terrestres! C'est l'histoire de l'enfant prodigue : « Combien n'y a-l-il pas de gens dans la maison de » mon père qui ont du pain en abondance, et moi je » meurs de faim!» Il y a quelques années que deux jeunes dames, profondément émues par le sentiment de leurs péchés, se rendirent chez leur pasteur après une réunion du soir. Comme il les exhortait vivement, par la considération de l'amour de Christ, à accepter sur-le-champ l'offre du salut, l'une d'elles, qui avait couvert son visage avec sa main et s'appuyait ainsi
sur la table, s'y laissa tomber tout d'un coup avec une vive et profonde émotion. Après quelques instants d'un silence solennel, elle soulève son visage où brillait la plus douce joie, et mettant un genou en terre devant son amie : <i Julia, » lui dit-elle avec une simplicité enfantine , « Julia , aime Christ. Il est si
> magnifique. Viens avec moi et aime-le. * L'effet de ces paroles fut inconcevable, « Elle est entrée et je * reste dehors! » décrie Julia. a L'une est prise et » l'autre laissée 1 » Mais elle se trompait; car ce fut par là que, ce soir même et avant qu'elle eût livré sa paupière au sommeil, la grâce de Dieu conduisit son. âme à Jésus-Christ.
9. Il est à remarquer enfin , daas les réveils religieux ; la solennité toute particulière que produit la pensée de la présence immédiate de Dieu, l'Esprit sanctifiant, et l'impression que cette sérieuse pensée produit sur les âmes.
Tout ce qui est surnaturel saisit vivement le cœur humain : c'est dans notre nature. Habilement exploitée par l'Adversaire, cette disposition a précipité des millions d'aines sous l'esclavage des superstitions les plus dégradantes. Or, n'est-il pas digne de l'Esprit de toute grâce qu'il s'en serve à son tour pour amener les élus de Dieu à la liberté que Christ leur a procurée. Voilà ce qui arrive dans uu réveil. « Que ce
> lieu est redoutable ! C'est ici la maison de Dieu et la » porte du ciel. » Telle est, au milieu des scènes d'ailleurs si émouvantes, la pensée de tous ceux qui croient à l'existence du Saint-Esprit et à la réalité
de sod action. Dans les enfants de Dieu, c'est quelque chose de semblable à ce que devaient éprouver ceux qui portaient devant l'armée des Israélites l'arche de l'alliance, séjour particulier de la gloire de l'Eternel. Quant aux ennemis de Dieu, cette même pensée les saisit comme le feraient leur lit de mort et l'approche terrible du jugement dernier. « Ne contristez pas l'Esprit. * Tel est le redoutable avertissement que les messagers du Très-Haut font incessamment retentir à leurs oreilles, c Ne contristez pas l'Esprit, » c'est ce que leur disent, avec les plus vives instances, ceux qui ont goûté depuis peu les douceurs de sa grâce régénératrice, t Ne contristez pas l'Esprit, » leur crieront encore les malheureux qui laissèrent échapper le jour favorable de la grâce du Seigneur. C'est ainsi qu'une femme de ma connaissance, qui avait vu plus d'un réveil sans vouloir se soumettre, résistant à sa conviction et renvoyant toujours de se convertir, arriva finalement à l'instant suprême. Comme on la sollicitait de profiler des derniers instants que le Seigneur lui accordait, elle répondit que c'était parfaitement inutile, qu'elle avait volontairement résisté à la grâce de Dieu , et qu'elle se sentait maintenant abandonnée de lui, par une juste malédiction. Rien ne put lui faire changer d'opinion. Elle descendit dans la tombe en répétant à ses aleutours : « Ne contristez pas l'Esprit. » Ce furent les derniers mots qui sortirent de sa bouche avant de passer dans l'éternité.
Je termine ici la courte esquisse des commence-