Manière de les provoquer
Il faut d'abord se souvenir que le caractère de U prédication dans les églises congrégationalisles de la
CBAP. VIII. RÉVEILS KEMGIEUX. 0$
Nouvelle -Angleterre est essentiellement didactique . Lors donc que l'attenlioD vieut à se porter vivejneuj sur les choses de Dieu, il y a déjà dans les esprits uoe idée claire et nette des vérités divines. Elles ont été exposées avec détail, et démontrées de point eu point; surtout ces doctrines humiliantes que l'homrue aime tant à défigurer et à calomnier. Or, dans les temps de réveil, on ne change rien au fond delà prédication, seulement elle devient plus chaleureuse et plus pressante. Elle ne consiste pas, comme on pourrait le croire, en de simples appels au sentiment, quelque forts et justes qu'ils pussent être. Il s'agit toujours d'introduire la vérité dans l'àme du pécheur; d'utiliser les circonstances pour lui faire toucher au doigt en quelque sorte V évidence des doctrines qu'il admettait peut-être dans la spéculation, mais qu'il ne crut jamais d'uue foi réelle ; on prévient ses objections, on lui enlève tous prétextes dilatoires , on le presse par les plus puissants motifs à se mettre immédiatement à l'œuvre; ou le contraint pour ainsi dire à recevoir avec obéissance la vérité. Rien de plus simple après tout qu'une telle prédication; mais, partant d'un cœurquj déborde et s'appuyant sur de nombreuses expériences, on ne saurait croire tout ce qu'en un temps de réveil elle est capable de produire.
La doctrine maîtresse sur laquelle on insiste alors particulièrement, est celle de la nouvelle naissance , et de la nécessité absolue d'une intervention directe de Dieu pour opérer le changement du cœur. Et toutefois, ou plutôt eo conséquenpe de cela , nul np.niau-
que de presser avec une nouvelle force la doctrine du devoir, ou de l'obligation qui est imposée au pécheur de se mettre à l'œuvre immédiatement, comme je le disais tout àl'heure. C'est le seul moyen à employer pour que le pécheur sente sa coulpe ; car il n'y a faute que là où le devoir est violé, et le renouvellement du cœur par le Saint-Esprit suppose nécessairement qu'où a reconnu ce qu'il y a de coupahledans le péché. Chacun sent combien il doit être difficile de convaincre les pécheurs impénitents, et c'est précisément ici qu'est le nœud. Les pécheurs impénitents ne croient pas que Dieu puisse exiger d'eux, dans leur état actuel, qu'ils deviennent saints à l'instant môme. Il est impossible, pensent-ils, qu'il leur commande de faire, sans l'influence de son Esprit, une chose qui, si jamais elle se fait, devra être attribuée k celte influence. Ils estiment donc qu'à cette phase de leur développement il doit y avoir quelque part comme un terrain neulre , une halte , pour y attendre «les moments du Seigneur, » ainsi qu'on s'exprime d'ordinaire. Ils ont fait leur portion de l'œuvre en se réveillant de leur sommeil ; c'est maintenant à Dieu de faire la sienne en renouvelant leur âme. Et cette manière de voir n'est pas seulement le propre des pécheurs irrégénérés. Quelques théologiens l'ont partagée et défendue dans leurs écrits ; elle exerce une grande influence sur bien des gens qui peut-être ne l'accepteraient pasen termes exprès. Car c'est une opinion fort générale, que les pécheurs non convertis ne sont pas tenus à autre chose qu'à profiter diligemment des moyens de grâce. Qu'ils lisent la Parole , qu'ils
prient, et le Seigneur ne saurait leur refuser le renouvellement du Saint-Esprit. Il Ta promis à la siucérité de leurs désirs et de leurs efforts : or, notez bien pourtant qu'avant la conversion ces efforts et ces désirs ne sont pas la vraie sainteté.
Ce sont ces principes mêmes qui dominaient la Nouvelle- Angleterre antérieurement au réveil de 1735, et qui avaient contribué pour beaucoup au déclin de la religion. Aussi Jonathan Edwards envisagea t-il comme un point important de les rectifier, et dès lors on a mieux compris la marche à suivre. Il faut, disait Edwards, prêcher au pécheur le devoir qui lui est imposé de se repentir immédiatement; insister sur ce que Dieu ne doit rien à un homme non régénéré, et bien établir que, ni au point de vue de la justice absolue, ni au point de vue des promesses de grâce, l'homme n'a rien à prétendre de la part de Dieu pour aucune des choses qu'il ait pu faire avant de se repentir et de croire. Quand le célèbre Whitefield visita l'Amérique en 1740, il fut extrêmement frappé de la puissauce que l'adoption de ce point de vue donnait à notre prédication. Voici ce qu'il écrivait à un de ses amis en Angleterre : « Comment ne pas reconnaître que, malgré toutes nos œuvres, Dieu peut nous refuser sa miséricorde? Voilà ce que prêchent MM. Teunent, et c'est pour cela que j'aime leur prédication. Avant de guérir, il faut la blessure profonde. Ils savent qu'il n'y a de promesses faiLes qu'aux croyants; aussi ne se hâtent-ils point irop de rassurer ceux que leurs péchés travaillent. Je crains
(f àvoir commis beaucoup d'imprudences en cet endroit, et d'avoir consolé les âmes trop promplemenl. Que le Seigneur me pardonne te passé, et qu'il m'enseîgné à mieux dislribuèr désormais la Parole de vie. *
Voici encore, contre celte disposition à consoler trop tôt, quelques mots remarquables du docteur Nelllelon, qui avait une grande expérience des réveils, e Què prétendez-vous donc faire? Voulez-vous encourager le pécheur dans son mauvais train et prendre parti contre Dieu? Vous essayez de le tranquilliser dans le temps où duré encore sa révolte! Quand le pécheur est alarmé, deux pensées pèsent sur lui : celle du devoir qui lui est imposé de se repentir, et l'horrible crainte de ne se repentir jamais. Mais si vous lui dites d'attendre * les moments de Dieu. * ou quelque chose dé semblable, vous détruisez en lui le sentiment du devoir dont je viens de parler. Vous le déchargez à cet égard de tous soins, et vous le jetez, autant qu'il est en vous, dans une profonde indifférence. Vous lui ôtez aussi loute appréhension pour l'avenir, accroissant de là sorte son apathie, si même vous ne l'exposez pas à se croire converti, parce qu'il compte sur Dieu pour produire une fois la conversion dont il a besoin. C'est pourquoi, bien loin de le calmer par de tels discours, vous devez, au contraire, vous efforcer d'àugmenter la détresse de son âme. Tout accablé qu'il vous paraisse, pesez encore sur lui ; dités-lui de se soumettre à Dieu, et vous verrez qu'il te fera. Je ne nie pas qu'il n'y ail eu dès âmes converties en sui-
CHAt». VIII.
ttÉVEILS RELIGIEUX.
vant Fautre procédé; toais cfoyez bien que cè ttii plutôt èn dégît du système que grâce k son eWellenceî Et les professes, direz-votis, ne leè oubïiêz-vous past Les promenés! il n'y èn a point pouf* les dieurs impénitents, étcominent vddlèz-vtitis d>'on fë^àrde au* promesses tant qu'bn est dans ses péchés? Jè distingue rintrë \e#prdrhesses et les {tiviiàtiôks. Lès honinSes sont invités k ië repentir, niais il n'y a de promèsses ojtte poW ceux o>ï se repèntent. i C'est de la sorte que nous avorté toujours présenté ce 1 sujët. Les promesses dè Dieu àppartrennènt à l'alliance, et la condition nWhspensable de l'alliance, c'eét la repentance ët fa foi.
Mais quarid le pécheur hhpénitent ëét àinsi pressé de donrièfr (Atit d'un coup son cœur k Dieu : c Je ne le puis, » se dit-il; « Christ lui-même a déclaré que c'est au-déssus de taes forcés. Je ne saurais donc l'envisager côffltaè mon devoir immédiat, et jë suis en droit d'atleridré jusqu'k ce què le pouvoir m'en ail été donné cfen-âalit. » C'est ertcore ici que le clergé de la NouveUe-Àriglètëire suit les princrpës posés par Edwards. !1 èst âisé de distinguer en théologie , comme on le fait dans les affairés de là vie, entre l'impossibifité naturelle et F impossibilité niorate. « Vous n'êtes pas 1 Jncfcpabïes dans le sens qtiè vous Tentendéz. Vous avez toutes les facultés qui constituent l'être Moral. Celui qui à la capacité dè fafre le tàal possède, par la nature même des choses, celle de faire le bien. Votre je ne puis revient donc kje ne veux. Ce Jésus* sur les paroles duquel vous vous appuyez pour vôtfe è*fcùse, ri. èt-
pliqué de quelle nature est votre incapacité lorsqu'il * dit : « Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir » la vie. * * Oh! Jérusalem! combien de fois n'ai-je » pas voulu rassembler les enfants comme une poule » rassemble ses poussins sous ses ailes, et wu* ne l'avez » pas voulu. »
Le docteur Dwight pajiant sur ce sujet : e Le mot, dit-il, qui exprimerait Je mieux cette impossibilité d'obéir à la loi de Dieu, serait celui de mauvais vouloir ou de répugnance, plutôt que celui d'incapacité. Un enfant n'est pas plus capable d'obéir à ses parents quand leur volonté s'oppose à la sienne. Il me semble que, dans l'un et l'autre cas, i! s'agit d'une incapacité de nature parfaitement semblable. Quand donc il est question d'aller à Christ, c'est le mauvais vouloir qui nous barre le chemin. » 1 Et cette manière de voir n'appartient pas seulement à la Nouvelle-Angleterre. Un illustre théologien écossais, le docteur Witherspoon, qui fut président du collège de Princetown, s'exprime en ces termes sur l'impossibilité dont je parle: «Voyez, je vous prie, quelle sorte d'impossibilité nous avons là. Ce n'est pas une impossibilité naturelle ou physique, mais une impossibilité morale. Non pas un manque de pouvoir, mais un manque de vouloir. » 2
Après cela, je ne dis pas que le réveil des âmes soit à la seule condition de présenter ainsi la vérité , je fais seulement observer que les pasteurs de la Nou-
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'.Théologie, sermon CXXXJll.
.?<JEpvre„vol.U, p. 279. ,
velle- Angle terre, et en grande partie ceux aussi des églises presbytériennes, marchant sur les traces des Dwight et des Wilherspoon, y voient le gage assuré et la cause de leurs succès. Tout est gagné, pensentils, quand on peut aborder les pécheurs impénitents, comme un père aborde son enfant indocile, et quand on parvient à les convaincre que leur vrai mal gît * dans la répugnauce qu'ils éprouvent à faire ce qu'ils doivent. C'est avec une grande liberté qu'on leur rappelle alors leurs obligations, et avec une incroyable facilité qu'on réussit de la sorte à porter dans leur conscience la conviction de péché. Un écrivain qui fut eu mesure d'étudier à fond nos réveils dit à celle occasion : «Quelles que soient en théorie les opinions.des ministres de la Parole sur la dépravation de l'homme, sur son incapacité pour le bien, sur la régénération, il est de fait que. s'ils obtiennent quelque fruit de leurs travaux, ainsi qu'on le voit dans les réveils, ce n'est jamais qu'en parlant aux pécheurs comme si on les croyait réellement capables de se convertir à Dieu , et inexcusables par cela même de ne pas le faire. On peut saisir avec plus ou moins de clarté ce point difficile, en découvrir la philosophie, ou l'exposer selon les Ecritures mieux que d'autres ne le feraient; toujours est-il que les prédicateurs que Dieu bénit, s'y prennent tous, au fond, de la même manière.
Mais en accordant, dira-t-on, que c'est un devoir pour les pécheurs de se convertir à Dieu sur-le-champ, n'est-il pas vrai pourtant qu'ils ne le feront pas sans
une assistance d'En-Haul? Pourquoi donc les presser avec tant d'instance? Pourquoi multiplier les motifs, comme si vous espériez de changer leurs cœurs parla simple force morale de la persuasion ? Ne faut-il pas, après tout, que vous attendiez, aussi bien qu'eux, «les moments du Seigneur?» — Pour répondre, il nous suffirait de rappeler l'exemple que Dieu lui-môme nous adonné.<rFaites-vousun cœur et un esprit nouveaux, * car pourquoi mourriez-vous?» C'est par la persuasion que Jésus-Christ et les Apôtres pressaient les hommes de se repentir, el précisément de la manière qu'ils les invitaient aux actes les plus ordinaires de la vie. La Bible tout entière est pleine d'avertissements, d'instances, de sollicitations, présentant au geDre bumain, dans sa perdition, tous les motifs que les intérêts de deux mondes peuvent fournir pour déterminer à agir droitement et sans tarder. Or, il n'est pas trop difficile de voir quelques-unes au moins des raisons de cette marche que Dieu lui-même a suivie. En se mettant sérieusement à vouloir donner son cœur à Dieu, le pécheur apprend mieux que par toute autre voie sa dépravation naturelle, le déuûment profond où il est de ce qui constitue la vie de Dien et son impuissance à y suppléer. Rien de plus convenable pour dompter son orgueil el sa confiance en lui-même. Cette démonstration pratique de sa misère est précisément ce qu'il faut, pour le placer dam l'état où Dieu le veut avant de lui accorder l'influence régénératrice de sa grâce.
Ensuite, il est incontestable que, pour sanctifier,
l'Esprit de Dieu opère par la vérité. La présence de la vérité dans l'âme est donc aussi nécessaire au résultat ( du moins quant aux adultes ), que l'influence régénératrice elle-même. Quoique l'apôtre Paul eût pour doctrine constante que les rachetés sont engendrés de Dieu, il ne pensait pas se rendre coupable d'arrogance en disant aux Galates : «Je vous ai en- » gendrés par l'Evangile. » Sans affirmer qu'il y ait toujours exacte proportion entre les grâces que le Saint-Esprit accorde et la manière plus ou moins sage et ferme dont on adresse aux consciences les vérités du salut, je ne crains pas d'affirmer que c'est là ce qui arrive ordinairement. Quoi qu'il en soit, nous n'avons pas, quant à nous, d'autres moyens d'action sur nos semblables; et si la doctrine de l'infirmité humaine nous détourne tant peu soit-il d'employer celui-là; si nous ne sollicitons pas les pécheurs, au nom de la vérité et avec une ardeur semblable à celle que nous y mettrions en supposant qu'ils se pussent convertir eux-mêmes, nous devons sérieusement nous demander si notre orthodoxie. n'aurait point perdu son équilibre. Ah ! combien il est à craindre que des hommes, d'ailleurs excellents, ne se soient fréquemment trompés sur ce point, entraînés qu'ils étaient par un motif fort respectable, celui de glorifier les doctrines de la grâce! «Que de fois, dit Walton, n'a-t-on pas entendu comparer les prédicateurs de l'Evangile aux Israélites sonnant de la trompette autour des murs de Jéricho ! Or, sans doute que l'homme qui prêche n'a pas plus, en lui-même, le
pouvoir de convertir les âmes, que les sacrificateurs des Hébreux n'avaient celui de renverser ces murailles. Mais les instruments sont-ils dans les deux cas également impuissants? Les vérités de l'Evangile ne seraient-elles pas plus adaptées à la conversioo des pécheurs, que le son des cors ne l'est à la destruction d'une ville? Ce n'est pas honorer le Saint-Esprit que de vanter son influence aux dépens de la vérité qu'il a révélée. Il met sa gloire à tourner nos âmes vers Dieu, en se conformant aux lois de notre conslitution morale, c Sanctifie-les paria vérité! » telle fut la prière du Sauveur ; et je suis persuadé qu'à fin de compte, les ministres de l'Evangile dont les travaux auront été le plus bénis, seront ceux qui auront vu de plus haut la puissance régénératrice contenue dans la Parole de Dieu. C'est là ce qui donne à la prédication sa solennité, sa vie, son autorité ; c'est ainsi que l'on captive l'attention de ses auditeurs, et qu'on produit en eux la conviction du péché.
J'ajouterai, pour troisième considération, ce que disait Edwards : a C'est bien nous qui faisons, mais c'est Dreu qui produit; et ce qu'il produit devient en nous une action véritable. »' Ainsi, le résultat de la grâce régénératrice est une sainte activité. N'est-il donc pas infiniment plus raisonnable de penser que Dieu donnera sa grâce à ceux qui «s'efforcent d'entrer par la route étroite,» plutôt qu'à ceux qui l'attendent passivement? Qu'on explique la chose comme
* Efticacious grâce, sec. 64.
CUAP. VIII.
RKVBILS RELIGIEUX.
on le voudra, le fait est que, dans nos réveils religieux, nous avons constamment obtenu d'éclatants succès, en pressant les pécheurs de se convertir à Dieu, et en leur parlant comme s'ils pouvaient le faire tout d'un coup et sur-le-champ. Parmi les nombreux exemples de ce genre qui me reviennent à l'esprit, je if en rapporterai qu'un seul.
Il s'agit d'un jeune homme qui venait d'entrer dans un de nos collèges. Peu après son arrivée, faisant vers le soir visite à un ami, il lui dit qu'on l'avait, dès son enfance, instruit à regarder la religion comme la chose la plus importante de la vie, mais qu'il n'avait point encore su en faire son affaire personnelle ; que son changement de demeure, son éloignement de ses amis et le vide de la solitude le portaient à désirer le salut, et qu'il voudrait bien en connaître le chemin. Un long entretien s'ensuivit; et l'ami consulté s'y proposa, non pas de dire à son ami ce qu'il aurait à faire lorsqu'il serait retourné daus sa chambre, mais de l'amener, si telle était la volonté de Dieu, à embrasser d'uue seule fois le Sauveur, et avant même la fln de la conversation. Dans ce but, il lui parla longtemps sur le caractère de Dieu et de son Christ, sur la manière dont le Seigneur l'avait traité durant sa révolte passée, et sur celle dont il s'était conduit lui-môme envers le Seigneur, malgré les invitations constantes de sa miséricorde. Pour lui faire bien sentir la chose, il lui parla de ses parents dont le souvenir avait si fort remué sou âme ; et, comparant ce qu'il sentait pour eux avec ce qu'il aurait dû toujours ressentir pour
Dieu , il cherchait k produire à la fois en son cœur de la repen lance et de la confiance. J'entre dans ces détails, afin de montrer par quelle voie toute simple il faut s'y prendre, môme auprès de ceux qui ont reçu l'éducation la plus religieuse. Après avoir traité ces sujels avec un intérêt croissant et une grande solennité : « Eh bien , » dit-il à son ami, t trouverez-vous jamais un moment plus favorable pour épancher devant Dieu les sentiments que nous venons de décrire ? Sûrement qu'il vous faut, pour cela même, un secours d'Eu-Haut. Dieu peut sans injustice vous le refuser, mais il peut aussi vous l'accorder. Qui sait s'il ne vous dounera pas la repen tance? Voulez-vous donc que nous nous approchions ensemble du trône de la grâce , non pour nous préparer à l'action, ou y disposer nos cœurs, mais pour agir immédiatement , j'entends pour exprimer la tristesse que vous occasionnent vos péchés , et l'espérance que des cœurs reconnaissants trouvent dans le sang de Christ ? » L'un el l'autre se jellent alors à genoux, et, remplissant le devoir qu'ils venaient de s'imposer, ils consacrent solennellement leur âme à Dieu. Puis, ils lisent le cinquante-cinquième psaume, le cinquantième chapitre d'Esaïe et quelques autres endroits de l'Ecriture. Cela fait , ils se remettent à prier avec une nouvelle ferveur, et quatre heures se passent de la sorte. Il fallut se quitler pour le reste de la nuit; mais le lendemain matin, notre cher jeune homme dit à son ami: * J'espère avoir donné mon cœur à Dieu, et hier au soir même avant de nous séparer. » Jamais, dès lors, cette espérance ne lui fut
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enlevée. Nombre d'années se sont écoulées. Membre aclif et dévoué de l'Eglise de Christ, il atteste par sa vie tout entière qu'il ne s'était point fait illusion sur la réalité de sa foi.
Telle est donc la conclusion où m'ont conduit mes □ombreuses expériences. C'est qu'il ne faut point séparer la doctrine de Y activité de l'homme , de celle de Yaction de Dieu, deux principes que tant de gens estiment inconciliables. On doit les combiner l'un avec l'autre, et de leur force réunie presser avec vigueur les pécheurs impénitents. Etablir une de ces doctrines à l'exclusion ou à l'amoindrissement de l'autre, c'est dans une égale mesure enlever k l'Evangile sa puissance. Prêcher l'action divine sans inviter le pécheur k donner immédiatement son cœur à Dieu . c'est lui dire d'attendre tranquillement dans sou péché qu'il plaise à Dieu d'agir. Lui prêcher le devoir , comme s'il ne tenait absolument qu'à lui de le remplir, et en oubliant, avec les Pélagiens, la nécessité de l'action du Saint- Esprit, c'est lui dire, non plus sans doute d'attendre le moment de Dieu, mais de choisir lui-même son propre moment, et ce moment ne viendra jamais, vu la répugnance de son mauvais cœur. Vous y prend rezvous à la manière des Arminiens, en lui parlant d'une grâce toujours prête à l'aider, aussitôt qu'il la réclamera, sauf toutefois s'il y a refus prolongé? Soyez sûr alors qu'il ne résistera pas k la tentation de renvoyer à un temps plus favorable une œuvre qu'il pense pouvoir faire aussi bien tard que tôt. Mais au contraire pressez le pécheur, en lui rappelant à la fois ces deux
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vérités. Dites-lui que son devoir est d'aller à Dieu ; montrez-lui les puissants motifs qui l'y sollicitent, l'horrible crime que renferme tout délai , et les intérêts immenses qui peuvent se décider pour ou contre lui dans l'espace d'une seule heure; encouragez-le fortement à lutter contre la mort spirituelle sous laquelle il se débat ; pressez-le de profiter des dispositions bienveillantes de la miséricorde divine; attirez son attention sur les miracles que la grâce de Dieu opère autour de lui, considération si énergique, surtout dans un temps de réveil ; sachez enfin lui représenter comment Dieu pourrait avec tant de justice lui retirer entièrement sa faveur s'il persévérait dans ses retards; faites ainsi, et vous aurez maintenu bien unis tous les éléments du système de grâce qui , seul , est la puissance de Dieu pour sauver lésâmes.
En terminant ce que j'ai à dire sur cette portion de mon sujet, je citerai encore les paroles du révérend docteur Griflin, qui fut d'abord professeur à Andower et qui est mort président du collège de William , au Massachusets: « Il faut attribuer, dit-il, l'abondance des réveils religieux dans la Nouvelle-Angleterre aux vues claires qu'on y professe sur l'instantanéité de la régénération , sur le péché qui souille tous les actes moraux de T irrégénéré et sur le devoir de se soumettre immédiatement à Dieu. Partant de là , nos prédicateurs partagent leur auditoire en deux classes, et trar cent entre elles deux une profonde ligne de démarcation. Quand un pasteur s'imagine qu'après tout la portion non régénérée de son troupeau qui prie et vit
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d'une manière morale, marche passablement bien , et qu'elle peut, sans nul risque, attendre que la soumission du cœur vienne en son temps , il mettra naturellement peu d'insistance dans sa prédication, et Ton ne voit pas ce qui l'engagerait à alarmer la conscience. S'il pense que ses ouailles ne peuvent finalement rien taire de plus que ce qu'elles font en attendant les moments du Seigneur, il se gardera bien de les incommoder et de les fatiguer inutilement; pourquoi les contraindrait-il d'entrer tant que la porte n'est pas ouverte? Mais celui qui monte dans la chaire, sérieusement persuadé que tout homme irrégénéré, quel que soit le réveil de sa conscience, est un ennemi de Dieu; qu'il lui résiste de tout son cœur et qu'il continuera de résister si ou le laisse en cet état ; que ce pécheur enfin doit naître de nouveau pour cesser d'être un ennemi de Dieu, et pour faire quoi que ce soit de vraiment saint; celui qui jette les yeux sur la portion non régénérée de son auditoire, en se disant que tous ceux qui la composent sont daus la stricte obligation de se rendre immédiatement , qu'ils n'ont aucune bonne raison pour différer, que leurs moindres délais les rendent dignes de l'éternelle réprobation ; celui qui seul au fond de son cœur que rien, absolument rien ne peut remplacer la régénération, celui-là, croyez-le, ne se contentera pas de penser que dans dix ans peutêtre les âmes chéries qui lursont confiées deviendront les amies de Dieu , d'ennemies qu'elles étaient, et que dans dix ans peut-être elles seront délivrées de la condamnation : il faut , pour lui , qu'elles le soient
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maintenant. Oh ! comme il va prier et prêcher! Il ne donnera de repos ni à Dieu , ni au pécheur ; et il fera presser sur eux de tout son poids l'obligation immédiate , urgente, immense qui leur est imposée de se convertir. A l'ouïe d'une telle prédication, les pécheurs se tournent vers Dieu, ou sinon ils se sentent toujours plus misérables; un moyen terme n'est plus possible ; ils ne sauraient demeurer à leur aise dans leur incrédulité. >
Après cela , j'en viens à la seconde question que je me suis posée. On peut la dire résolue par ce qui précède; mais il est bon de la soumettre à un examen spécial , et j'ai à cœur de montrer par quelle influence un réveil religieux, bien dirigé, produit de si grands effets.