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CHAPITRE III

ÉGLISES COWGRÉGATIONNELLES.

Au point de vue de la doctrine ou de la foi, les églises congrégationalistes d'Amérique ne diffèrent pas des églises évangéliques de l'un et de l'autre hémisphère ; mais leur organisation et leur discipline sont à beaucoup d'égards fort différentes. Il existe en Angleterre un corps respectable de dissidents, connus jadis sous le nom d'indépendants, et qui se sont depuis peu donné celui de congrégationnels -, mais le

congrégationalisme anglais n'est pas , il s'en faut de

1 La fondation du séminaire tbéologique de New- York, appartenant à cette église, est due en grande partie à un M. Jacob Sherred qui, avec une générosité digne d'un prince, a donné «0,000 dollars pouT*cet objet.

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plusieurs choses , ce qu'on appelle ainsi aux Etats- Unis. L'exposé suivant montrera les points de ressemblance et ceux de désaccord.

C'est la Nouvelle-Angleterre qui est le principal siège du cougrégationalisme. Colonisée dans la première moilié du dix-septième siècle par les puritains, cette contrée a conservé des institutions sociales, des opinions et des mœurs tout imprégnées de l'esprit des pèlerins. Il n'est aucun de ces Etats, sauf Rhode- Island, où les congrégalionalisles ne forment la communion la plus nombreuse. Au Massachusels et au Connecticut ils sont probablement plus forts à eux seuls que toutes les autres sectes réunies.

En dehors de la Nouvelle-Angleterre, les congrégalionalisles n'ont pas mis un très-vif intérêt ù. propager leurs institutions. La majeure partie des nombreux émigranls, qui de cette contrée se portent vers l'intérieur^ aiment mieux s'amalgamer à des églises presbytériennes existantes que d'augmenter les divisions entre les domestiques de la foi. Ils suivent sur ce point les avis des pasteurs congrégationalistes de la Nouvelle-Angleterre, qui ont eux-mêmes pour tendance générale de se former partout en associations semi-presbytériennes. Il faut dire toutefois que dans les Elats de New- York, d'Ohio , de Michigan et d'il— linois, puis dans le territoire de Wisconsin et de Jowa, il est bon nombre de congrégations qui , fortement attachées aux formes ecclésiastiques de leurs pères, se refusent à toute fusion avec le corps des presbytériens. El même, depuis la séparation qui s'est faite

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récemment dans cetle dernière église, on a vu s'augmenter le nombre des congrégations qui ne veulent entendre à aucun rapprochement.

On compte environ quinze cents églises congrégationnelles aux Etats-Unis. De ces quinze cents, il en est bien mille qui appartiennent à la Nouvelle-Angleterre. Elles sont desservies par environ treize cent cinquante ministres, et leurs membres, c'est-à-dire, ceux qui y communient, sont au nombre de cent quatre- . vingt mille. Ces chiffres ne comprennent pas les églises d'origine congrégationnelle qui ont rejeté les doctrines de la réforraation, et qu'on désigne sous le nom d'églises unitaires. A l'exception du Maine, où il en existe quelques-unes, du New-Hampshire, de Vermont et de Rhode-Island, dans chacun desquels on en trouve deux ou trois , c'est le Massachusets qui renferme tout ce qu'il y a de congrégations unitaires en Amérique. Il faut y ajouter cependant, hors de la Nouvelle-Angleterre, uue dizaine d'églises au plus qui, pour le fond et pour la forme, ressemblent beaucoup aux églises unitaires de la Grande-Bretagne.

Ceux que, dans l'origine, on désignait sous le nom de pèlerins, celte petite bande d'exilésqui, après avoir fui en Hollande, émigrèrent en Amérique, l'an 1620, et fondèrent à Plymoulh la première colonie de la Nouvelle-Angleterre , ces pèlerins, dis— je, dont j'ai raconté l'histoire dans mon deuxième livre, étaient de véritables séparatistes, relativement à l'église anglicane. Coupables du crime d'avoir voulu instituer leur culte en dehors de la loi, ils durent abandonner leur

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pays natal, s'embarquer clandestinement et de nuit, contme l'eussent fait des gens sans aveu. Mais la masse d'émigranls, tout à la fois plus nombreuse et mieux pourvue, qui, dès Tan 1628 et plus tard, fonda Salem et Boston, Hartford et New-Haven, ces puritains, qui furent, par le fait, la souche du peuple anglo-américain et lui imprimèrent leurs opinions et leurs mœurs, s'envisagèrent comme faisant partie de l'église anglicane, jusqu'au moment où, par leur retraite dans les déserls de l'Amérique, les liens qui les unissaient à la mère-église eurent élé rompus. Il est vrai qu'en Angleterre on les flétrissait du nom de puritains; mais ces puritains formaient un parti dans l'église, et non point une église à pari. Les ministres qui accompagnèrent leur émigration, ou plutôt qui la dirigèrent et qui furent les premiers pasteurs des églises de la Nouvelle-Angleterre, étaient presque tous des ministres de l'église anglicane. Elevés dans ses universités, ordonnés par ses évêques , ils y avaient occupé des places de pasteurs. Comme ils se refusaient à porter la robe blanche du prêtre, a faire le signe do la croix dans le baptême des enfants, sans compter encore d'autres cérémonies qu'ils estimaient superstitieuses, on pouvait à bon droit les appeler non-conformistes, mais cela n'empêchait pas d'ailleurs qu'ils ne s'acquittassent de leurs saintes fonctions , du mieux qu'il leur était possible au sein des mille difficultés qu'on leur suscitait. Ainsi donc, pour citer seulement quelques noms, Cotton et Wilson de Boston, Hooker et Stone de Harlfort, Davenporl et

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Hooke de New-Haven, n'avaient cessé jusqu'à l'émigration d'exercer en Angleterre un ministère officiel etrégulier.Mais, une fois parvenus au bout du monde, comme on disait, ils se crurent affranchis d'un esclavage qu'ils avaient subi à contre cœur ; et, se mettant à étudier leur Bible, ils y cherchèrent des directions sur la manière dont l'église doit êlre organisée et disciplinée. Leurs recherches les conduisirent au congrégationalisme , système qui s'éloigne autant du Brownisme, ou de l'indépendance absolue, que du presbytérianisme.

Après que les puritains d'Amérique eurent organisé leurs églises, ceux d'Angleterre, ayant obtenu la majorité dans le parlement, prétendirent donner à l'église nationale la forme presbytérienne; el ce fut seulement plus tard que, favorisé par Cromwell, le congrégationalisme , ou plutôt le système des indépendant, commença de se faire jour. D'où il suit que le congrégationalisme américain ne doit point sou origine au côngrégationalisme anglais : ce serait plutôt le contraire. Nous avons des églises congrégationnelles dont les documents remontent à deux siècles, landisque, selon toute apparence, il n'en exista point en Angleterre avant l'acte d'uniformité de 1662.

Il faut observer ensuite qu'on ne saurait envisager les congrégationalistes d'Amérique comme des dissidents proprement dits, et qu'ils ne le furent jamais. Pendant longtemps, on l'a vu plus haut, leurs églises constituèrent, dans la Nouvelle-Angleterre, l'église nationale officielle, l'église établie par la loi, tout

comme l'église presbytérienne est actuellement l'église nationale de l'Ecosse. C'est môme daus l'intérêt de ces églises que fut conçue l'organisation politique du pays; et il n'y a rien là qui doive étonner, puisque l'Etat y était né de l'église, et l'on peut dire aussi les défrichements du désert. Non-seulement le congrégationalisme américain ne fut pas une dissidence, mais encore il eut horreur de la dissidence plus que nulle autre secte ; car il ne toléra d'abord dans le pays aucune assemblée différente des siennes ; les anglicans euxmêmes n'y auraient pu célébrer leur culte. Si, plus tard, on permit aux dissidents de s'y établir, si même on les dispensa de contribuer aux frais du culle national, si la loi les reconnut à leur tour et autorisa les taxes qu'ils s'imposaient pour l'entretien de leurs églises, toujours est-il que les congrégationalistes conservèrent la prééminence. J usqu'au moment où il fut reconnu que l'Etat n'a pas à s'occuper des dépenses du culte, ils jouirent du privilège considérable d'appliquer à leurs églises les contributions de tout individu qui n'appartenait pas expressément à une autre communion. Le congrégationalisme des Etats-Unis ne fui donc en aucun temps une dissidence, et il y a de quoi lever les épaules quand on voit les membres d'une certaine secte de la Nouvelle-Angleterre, accuser de dissidence les congrégationalistes au milieu desquels ils vivent. 11 saute aux yeux que, s'il y a là des dissidents, ce sont les épiscopaux, les baptistes et les méthodistes, et non pas les chrétiens dont l'église y est aussi ancienne que le pays lui-même!

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Un poiut sur lequel les congrégalionalistes diffèrent de presque toutes les autres communions, c'est qu'ils n'ont point de formulaires authentiques de doctrine et de discipline auxquels leurs églises se soumettent d'un commun accord. La Sainte-Ecriture est leur unique règle. Cela n'empêche pas qu'entre eux ils ne sachent très-bien ce qu'ils croient et ce qu'ils veulent; ni qu'ils n'aient mis les autres églises en mesure de connaître leurs principes. C'est ce que fît, entre autres, dès Tannée 1644, un de leurs hommes d'élite, John Cotlon, le premier pasteur de la première église fondée à Boston. Son livre est intitulé : Les Clefs du Royaume des deux. De son côté, John Norlou, d'abord pasteur à Ipswich, puis à Boston, donna aux églises réformées de l'Europe un exposé complet du système ecclésiastique de la Nouvelle- Angleterre. Il le fît dans une lettre latine, écrite l'an 1646, en réponse à des questions que lui avaient adressées sur ce sujet les théologiens de la Zélande, par l'organe du Hollandais Apollonius. Deux années après, les autorités civiles du Massachusets ayant convoqué un synode de pasteurs et d'églises à Cambridge, près de Boslon, celte assemblée rédigea toute une organisation ecclésiastique à laquelle on donna le nom de c Plan de Cambridge. » Mais jamais ce règlement ne prit force de loi, bien qu'il ait joui d'une grande estime et qu'on s'y réfère encore quelquefois; il y a d'ailleurs plusieurs de ses dispositions qui sont tombées en désuétude. En 1708, la législature du Conneclicut réunit a Saybrook, un synode qu'elle chargea de revoir le plan de Cambridge.

De là naquit un nouveau règlement qu'on appelle «le Plan de Saybrook.» Adopté par toutes les églises du Conneclicut et revêtu de la sanction légale, il servit pendanl maintes années comme code de la foi et de la discipline. Souvent amendé par la législature, ce plan a subi dans la pratique bien des modifications, et il ne saurait fournir a lui seul une idétf complète du système ecclésiastique du Conneclicut.

Voici quelques données au moyen desquelles mes lecteurs pourront, je pense, comprendre le congrégationatisine actuel de la Nouvelle-Angleterre.

1 . D'après ce système, l'église ne forme pas un corps organisé à la manière des corps politiques, c'est une simple congrégation de fidèles, réunis dans le but exprès et unique de rendre un culte à Dieu et de resserrer les liens de la communion fraternelle. Pour arriver à cette notion , il â fallu s'arrêter au sens littéral et primitif du mot grec &x>.D<ria, ou du mot latin cœlus.

Dans le système papiste, l'universalité des chrétiens forme un seul corps visible et organisé, avec ses magistrats, son pouvoir central et son chef sur la terre. Répudiant cette idée, les premiers réformateurs attribuèrent à chaque église nationale une existence indépendante; et, considérant chacuue de ces églises comme faisant une unité organique , ils lui supposèrent quelque parlune autorité qui avait le droit d'imposer ses lois à l'ensemble : là c'était le clergé, ici les troupeaux, ailleurs le gouvernement civil. Les congrégationalistes rejettent également l'église universelle des papistes, et les églises nationales que la ré-

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