NOMBRE DES SECTES EVANGELIQUES
On ne cessede parler en Europe des milliersde sectes qui se disputent le territoire des Etats-Unis, et l'on ne manque pas d'attribuer tout ce mal à la liberté. 11 vaut la peine d'examiner celte opinion.
Nnl doute qu'une liberté illimitée, telle qu'est la nôtre, n'ait pour effet naturel de multiplier les sectes. 11 y aura toujours entre les hommes différentes manières de voir en religion, et ces différences tendent à se traduire en communions distinctes partout où il y a possibilité de le faire. Supprimez la liberté, les choses ne se passeront pas de la sorte; mais en iront-elles mieux? Cédant à la contrainte, el se rangeant ostensiblement sous une certaine organisation ecclésiastique, tout un peuple adopte la foi et le culte sanctionnés par les lois! Mais cet acquiescement purement extérieur et forcé aura-t-il jamais quelque valeur morale?
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Au reste » et pour ce qui concerne les: oemmuflions évaugôliques des Etats-Unis, mes lecteurs auront été frappés, je pense, de voir que leur multiplicité ne tient point à l'abus qu'on aurait fait de la liberté, ou à l'esprit de secte; mais simplement à l'extrême diversité d'origine des colons. Venus en grand nombre, et quelquefois par bandes assez compactes, de plusieurs points différents de l'ancien monde, ils désirèrent tout naturellement de conserver le culte particulier qui avait fait leur joie dans leur pays natal, et pour lequel aussi la plupart du temps ils avaient été persécutés. Voilà d'où résulte que nous avons eu en Amérique, non-seulement l'épiscopat, le congrégationalisme, le baptisme et le méthodisme d'Angleterre, puis le presbytérianisme d'Ecosse, d'Irlande et du pays de Galles; mais encore les systèmes ecclésiastiques des réformés hollandais et allemands, des luthériens , des morayes, des menuonites, etc. Au fait, nos communions évangéliques ne sont que le reflet, ou plutôt les rejetons des communions semblables qui existent eu Eurppe et qui nous ont été léguées par elle. S'il y a des exception?, elles ne portent que sur des points trop secondaires pour qu'on y voie des différences réelles.
Mais je puis donner à cette dernière observation plus de généralité ; car après tout, qu'on veuille bien revoir i'exposé que j'ai fait des doctrines que professent toutes les églises évaugéliques, et Ton admirera l'accord qui règne entre elles sur ce point. L'on pourrait démontrer, je crois, qu'il existe dans ces églises une unité de foi tout aussi réelle que celle des
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églises évangéliques des Irois premiers siècles de l'ère chrétienne.
Et même au point de vue purement ecclésiastique, où le manque d'uniformité se fait vraiment sentir, nous avons vu qu'on peut aisément grouper toutes ces communions en quatre ou cinq grandes familles. Ët en effet , dans chacune, de ces familles , il y a d'église à église une grande facilité de relations; par exemple, un ministre passe de Tune à l'autre, sans qu'il soit question de le consacrer de nouveau.
Bien plus, si Ton en excepte quelques principes d'ordre ecclésiastique sur lesquels les épiscopaux, les baptistes et les quakers sont diamétralement opposés, les chrétieus évangéliques des Etats-Unis n'ont à vrai dire qu'une manière de voir. C'est pour tous et partout la prédication de la repentante envers Dieu et de la foi en Notre-Seigneur Jésus- Christ qui est l'affaire essentielle. J'en puis fournir une preuve péremptoire.
J'ai déjà parlé de l'Union américaine en faveur des écoles du dimanche. Cette grande et respectable société a, dans son conseil directeur, des laïques qui se trouvent appartenir à toutes les branches principales de l'église protestante évangélique. 11 y a des épiscopaux, des congrégatioualistes, des baptistes, des près* bytériens, des luthériens, des réformés allemands et hollandais, des méthodistes, des quakers et des moraves.Ce conseil publie chaque année uu grand nombre de livres k l'usage des écoles du dimanche, et naturellement ces livres ne doivent rien contenir qui puisse blesser la conscience de quelqu'un des membres du
conseil, ou qui attaque les principes dislinctifs de la communauté religieuse dont il est membre. Eh bien ! dans l'automne de 1841 , le révérend docteur Hodge, professeur au séminaire Ihéologique de Princetown, fut invité parce corps à rédiger un livre qui exposât les doctrines chrétiennes qu'admettent toutes les corn, munions évangéliques. Cet ouvrage, notre digne professeur l'a exécuté, non-seulement à la satisfaction du comité, mais encore, j'ai lieu de le croire, à celle de tous les chrétiens évangéliques. Il a pour titre : Le Chemin de la vie, et il traite du péché , de la justification, de la foi, de la repen tance, de la profession chrétienne, de la sainteté. Sous tous ces chefs, les doctrines fondamentales de l'Evangile sont exposées par l'auteur avec solidité et daus la forme la plus simple.C'est un livre que personne ne saurait lire sans éprouver une vive joie ; car il montre précisément l'accord parfait qui règoe entre les. communions évangéliques, non pas sur quelques doctrines, mais sur tout un système.
Ces communions , telles qu'où les voit aux Etats- Unis, ne sont en définitive que les branches d'un même arbre, ou les différents corps d'une arméo. Chaque brigade , ou si l'on veut, chaque régiment a sa bannière distinctive ; mais, malgré la confusion apparente avec laquelle celle masse marche à l'ennemi, tous y occupent la place que le chef leur a assignée et se meuvent par sou ordre. Convenons que, dans la mêlée, il leur arrive, hélas ! par moment, de tourner leurs armes les uns contre lesaulres; cependant ces méprises sont de courle durée, et le sort de la bataille
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n'en est point trop compromis. Pour le dire sans figure, toutes ces communions ne sont que des sections de l'église visible de Jésus-Cbrist.
Je ne prétends pas que la multiplicité des sectes soit sans inconvénients, surtout dans les contrées nouvellement colonisées et où par conséquent la population est clair-semée. Il y a là affaiblissement réel pour l'église. Mais, avec l'augmentation de la population , le mal diminue. Par le ministère d'hommes capables et actifs, la vérité gagne du terrain, les fidèles se réunissent en églises, les congrégations prennent de la consistance ; si les plus faibles finissent par se dissoudre, c'est au profit des communions évangéliques plus solidement établies. En dernière analyse, il n'estpas rare, surtout dans les districts de la campagne, que le nombre des sectes devienne moindre à mesure que s'élève le chiffre des habitants.
Quels que soient au surplus les inconvénients de la multiplicité des sectes, je ne sais s'il n'y aurait pas plus de mal encore à ce qu'elles se fondissent toutes en une ou deux grandes communions. Quand les différences qui caractérisent les diverses églises d'une localité ne portent pas sur des points essentiels, il résulte de la diversité même, que chaque fidèle a le choix entre plusieurs cultes également bons quant au fond, mais où peut-être son âme ne trouverait pas également la nourriture qu'il lui faut. Privé de cette ressource, on se verrait dans la triste alternative, ou de suivre des prédications qui n'édifient pas pleinement, ou de s'abstenir du culte public. El que serait-
ce si la conscience ne pouvait s'accommoder ni de l'un ni de l'autre de ces deux cultes , seuls établis dans la localité? Mieux vaut encore avoir des églises en nombre disproportionné peut-être avec celui de la population totale.