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CHAPITRE III

LES UMTA1RB8.

On s'étonne beaucoup en Europe que les doctrines unitaires ou sociniennes aient pu se produire et se propager dans la terre sainte des puritains, comme il n'est que trop sûr qu'elles l'ont fait, le me crois, en conséquence, obligé d'expliquer ce phénomène avec tous les détails que comporte la nature de cel ouvrage.

Pour le comprendre, il faut d'abord que le lecteur se fasse une juste idée des principaux usages ecclésiastiques des puritains et des dogmes fondamentaux de leur foi.

Les puritains croyaient que l'homme est, par sa nature, destitué de toute piété véritable; que son développement naturel se fait dans le péché, et que nul ne devient religieux sinon par le changement entier de ses pensées habituelles, de ses affections et de sa conduite, changement dont ils voyaient la source surnaturelle dans l'opération spéciale du Saint-Esprit. Us estimaient ensuite que, pour l'ordinaire du moins, les hommes vraiment pieux ont la conscience de ce qui se passe en leur âme lorsque ce changement s'effectue, et qu'ils sont à même d'en rendre compte , bien que peut-être ils ignorent que ce changement dout ils ont la conscience soit ce qu'on appelle la régénération.

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Et s'il se peut que leur conversion s'effectue sans qu'ils en aient la perception intérieure, il ne se peut toutefois que, plus tard , ils n'en reconnaissent les effets. Ces expériences de la grâce de Dieu sont précisément ce qui les distingue de l'homme irrégénéré, et ils doivent être en état de les raconter à leur tour. Il est des individus que le Saint-Esprit régénère dans leur enfance, et il est permis d'espérer que c'est là ce qui arrive à ceux qui meurent avant d'avoir pu profiter des moyens extérieurs de la grâce. Si, convertis dès leur bas âge, ils parviennent, au contraire, à la maturité, sans doute qu'ils ne se souviendront pas des circonstances de leur conversion, mais ils auront infailliblement la conscience de leur amour pour Dieu et pour la sainteté, de leur repentance, et en général des développements de leur piété; et il est manifeste qu'ils doivent pouvoir rendre compte de tout cela. Les puritains établissaient, en conséquence, que le pécheur converti, arrivé à l'âge de raison, possède une expérience chrétienne dont il peut parler, etd' après laquelle les gens pieux qui l'écoutent déterminent son état spirituel. Et si sa conduite de tous les jours est en harmonie avec le témoignage intérieur de sa conscience, alors, mais seulement alors, on doit le tenir tout à fait pour un homme de Dieu.

Une église, selon la définition admise par eux, une église est une société de personnes fidèles, qui, ayant convenu de se réunir en congrégation pour rendre à Dieu un culte public et s'édifier mutuellement, manifestent que telle estbien leur volonté, en s' assemblant

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régulièrement dans un môme lieu et en se soumettant religieusement à l'ordre divin qui y est établi.' Cette soumission religieuse s'entend d'une soumission volontaire, fondée sur des motifs tout spirituels; puis il ne faut pas oublier que les puritains accordaient le nom de fidèles aux individus seuls qui, étant régénérés, avaient la véritable foi , source du salut.

Par un effet de ce principe , il fallait, pour devenir membre d'une église , en faire soi-même et volontairement la demande ; mais s'il eût suffi de cette formalité , l'église eût été exposée à voir dans son sein des hommes mécbants, étrangers à la connaissance et au sentiment du devoir. Avec de tels hommes, le congrégalionalisme , comme forme ecclésiastique , était impossible. Les récipiendaires devaient donc fournir la preuve qu'ils remplissaient certaines conditions; il fallait qu'ils rendissent compte de leurs expériences chrétiennes; après avoir fait cela d'une manière satisfaisante , ils étaient proposés à la congrégation , et au bout de quelque temps, celle-ci pronouçaitou refusait l'admission; c'est à ce moment que le candidat contractait alliance avec l'église et avec Dieu.

Sur quoi il importe d'observer que, au point de vue puritain, la conversion se prouve et ne se suppose pas. Tout homme étant né dans le péché , si quelqu'un ne donne pas des signes évidents de repentance , il y a présomption légale en quelque sorte qu'il est encore dans ses péchés. Les puritains traitaient donc d'irré-

» Cambridge Plaiform 1648, ch. IV, sec. 4.

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UMTAIIIES.

générés les individus qui ne. fournissaient pas de preuves de leur régénération; jusque-là, ils les classaient parmi ceux qui doivent ou se convertir ou périr.

Or, à l'époque de la colonisation de l'Amérique , et au sein de la chrétienté tout entière, on privait absolument des droits politiques, et les juifs , et les turcs, et les païens et les excommuniés : il fallait nécessairement appartenir à la communiou de l'église établie. On adopta dans la Nouvelle-Angleterre le même principe , mais il y produisit des effets tout autres qu'ailleurs. Comme les églises ne recevaient à leur communion que les régénérés, il restait en dehors un grand nombre d'individus contre la moralité desquels il n'y avait rien à dire, etmôme des hommes très-orthodoxes; mais par cela même que leur orthodoxie ne paraissait pas assez vivante pour qu'on les admît à la Cène, ils se trouvaient, par le fait, déchus aussi des droits du citoyen , puisqu'ils ne pouvaient ni exercer la magistrature, ni prendre part aux élections.

Produit du sol anglais, le système puritain ne prit tout son développement qu'après sa transplantation en Amérique. Ce fut l'année 1648 qu'on l'y formula nettement , et qu'il fit règle pour les chrétiens de la Nouvelle-Angleterre. Mais en 1662 les opinions s'étaient déjà tellement modifiées que , de l'avis du synode général, on adopta un système de jusle-milieu, d'après lequel les individus baptisés dans leur enfance furent euvisagés comme membres de l'église à laquelle leurs parents appartenaient. Il fallait bien toujours, pour les admettre à la Cène, qu'ils parussent régénérés;

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mais, d'un autre côlé, lorsque, arrivés à l'âge de raison, ils faisaient une déclaration publique de leur foi, en promettant de se donner au Seigneur et de se soumettre au gouvernement de Christ dans sou église , ils acquéraient dès ce moment le droit de faire baptiser leurs enfants. Il faut dire aussi qu'ils s'engageaient à les consacrer au Seigneur, et, de plus, que si la vie des jeunes gens , une fois baptisés , devenait immorale , on ne leur permettait pas de ratifier l'alliance. Quoi qu'il en soit, c'était une véritable révolution ; pour devenir membre de l'église, on n'avait plus à faire preuve de sa piété, mais c'était l'église qui devait convaincre le candidat , ou de mauvaises mœurs ou d'hérésie. Du reste, comme le synode n'avait qu'un pouvoir consultatif, sa décision ne fut pas universellement adoptée par les congrégations de la Nouvelle- Angleterre.

11 restait encore un pas à faire , et il se fit. L'an 1704, le vénérable Stoddard, comme on l'appelle, avoua l'opiuiou où il était que les irrégénérés devaient participer a la cène du Seigneur; et trois ans après , il publia un sermon qui justifiait cette doclriue. A ses yeux, la sainte Cène est un moyen de régénération. Les hommes mêmes qui s'estiment non convertis et que l'église envisage comme tels , sont tenus de l'utiliser dans l'intérêt de leur conversion spirituelle. H est d'ailleurs impossible de distinguer les régénères de ceux qui ne le sont pas; pour admettre les uns et exclure les autres, il faudrait avoir un discernement des esprits qui nous est refusé. Telle fut la Ihèse que

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soutint Stoddard. Après une assez courte controverse, cette doctrine finit par être généralement admise dans les églises qui avaient accueilli le système mitigé dont je parlais tout a l'heure ; d'où il résulta que les règles et les principes d'admission furent entièrement renversés* L'église dut recevoir à sa communion tous ceux qu'elle ne pouvait accuser d'hérésie ou d'immoralité.

Stoddart était un calviniste prononcé, et toutefois son système favorisait grandement l'arminianisme. Il enseignait aux impénitents que, pour obtenir la grâce qui sauve , ils avaient quelque chose à faire avant de se repentir. En communiant, le pécheur irrégénéré se flattait de marcher dans la voie même que Dieu avait préparée pour des hommes tels que lui. En conséquence, il ne lui venait pas à l'esprit d'envisager son état actuel comme funeste en soi, et il entretenait le vague espoir que Dieu ne le retirerait pas de ce monde, sans l'avoir auparavant préparé pour le ciel. Ajoutez à cela l'opinion devenue populaire qu'il n'y avait pas moyen de discerner, par leurs expériences personnelles, le régénéré d'avec l'irrégénéré ; et vous comprendrez comme tout ce système était de nature à endormir les consciences.

Vinrent enfin les travaux du grand Edwards et le réveil de 1740, dont il fut le principal instrument. Edwards était petit-fils de Stoddard et son successeur à Nortbampton. L'arminianisme poursuivait ses conquêtes, et avec lui s'augmentait le nombre de ceux qui croyaient pouvoir faire quelque chose pour le ciel i bien qu'encore dans Timpénitence. Edwards 1

prêcha une suite de sermons sur la justification par la foi, et sur quelques sujets analogues. C'était en 1735, et les effets de ces prédications s'étendirent de Norlhamptou à grand nombre de villes du MassachuseU et du Conneelicut. Dans le réveil qui eut lieu, la plupart des convertis savaient parfaitement analyser ce qui s'était passé dans leur âme; on les voyait convaincus de péché, soumis à Dieu et pleins de confiance en Jésus-Christ, seul et tout-puissant sauveur. 11 y eut là de quoi ébranler la thèse deStoddard sur l'impossibilité prétendue de distinguer les régénérés d'avec ceux qui ne le sont pas. Les ministres comprirent qu'il fallait travailler à produire des conversions évidentes par leurs effets. Les individus qui n'avaient aucun signe de leur conversion , commencèrent à craindre d'être encore irrégénérés. A la demande qu'on lui en fit, Edwards écrivit le récit de ces «conversions surprenantes,» et on l'imprima à Londres, avec une préface des docteurs Watts et Guise. Réimprimé à Boston, ce livre eut un nombre considérable de lecteurs et fit une grande sensation des deux côtés de l'Atlantique.

Dans les réveils subséquents, réveils dont nous avons donné l'histoire abrégée, ou obtint toujours les mêmes résultats en parlant du même point de vue. Whitfield, entre autres, consacré en 1736 et arrivé à Boston l'an 1740, insistait fortement sur la doctriue de la régénération. Avec les anciens puritains et avec Edwards , il croyait que l'homme est né dans le péché, et que, s'il n'y a preuve du contraire, on doit envisager chaque individu comme appartenant au péché

et comme héritier de la perdition. Cette doctrine avait eu constamment de nombreux et de notables adhérents au sein du clergé etdes églisesde la Nouvelle- Angleterre ; et chez la pluparl de ceux qui ne la recevaient pas, il y avait plutôt oubli qu'opposition. Or, voici qu'à l'époque de Whitfield et d'Edwards, on l'entendit proclamer avec une force nouvelle. Chacun sait quelle était l'éloquence du premier de ces prédicateurs; et celle d'Edwards, quoique d'un autre ordre, n'était pas moins puissante ni moins propre à produire des effets permanents. D'ailleurs, ils ne se trouvaient pas seuls. Ils eurent pour associés dans celle grande œuvre , bon nombre de pasteurs fidèles de la Nouvelle-Angleterre, en Ire autres les deux Tennent.

Partant de la vérité généralement admise que la régénération du pécheur a ses signes caractéristiques, ils s'adressaient à ceux en qui ce changement n'était pas manifeste, non comme à des chrétiens qui n'ont besoin que d'instruction, mais comme à des ennemis de Dieu et de la justice, comme à des pécheurs impénitents, obligés de se convertir, s'ils ne voulaient aller à la perdition. Ce fut par milliers que, à l'ouïe de celte prédication , les âmes se réveillèrent de leur sommeil et se tournèrent vers le Seigneur. Un grand nombre de gens furent ajoutés aux églises, et parmi ceux qui leur appartenaient déjà, il y en eut une multitude dont le cœur connut enfin le vrai repentir.

Mais tout cela ne se fit pas sans résistance de la part de ceux qui voulaient qu'on opinât favorablement de quiconque ne s'était flétri ni par l'hérésie ni par une

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vie scandaleuse. Là où Ton s'était relâché dans les codditioos d'admission à la sainte Cène, on s'irrita contre les prédicateurs dont tout l'effort se portait à démontrer ce qu'il y a de futile et de funeste en des espérai*ces qui ne se fondent finalement sur quoi que ce soit. On leur reprocha ce qu'on appelait leur esprit de condamnation; on les accusa de manquer de charité ; on préteridit qu'ils usurpaient le droit que Dieu s'est réservé, celui de juger les cœurs; en un mot, c'étaient des fanatiques qui se plaisaient à troubler sans nécessité la paix des chrétiens. Tel fut le langage des membres du clergé qui inclinaient vers l'arminianisme , et celui de leurs sectateurs et de bien d'autres encore. Sur quoi je dois convenir que plusieurs dés conducteurs du réveil méritèrent quelques-uns de ces teptoches; et certes leurs ennemis ne se prévalurent que trop de leurs fautes , pour contrecarrer et arrêter enfin ce beau mouvement.

Dès les premières années, Edwards vit avec Uni de clarté ce qu'avait de défectueux le système d'admission à la Cène iulroduit par son aïeul , qu'il ne put se décider à le suivre plus longtemps. C'est ce qui lui fit publier son Traité sur les qualités requises chez un communiant, et, par un effet du changement survenu dans ses opinions , il donna sa démission en 1750. Cependant sa doctrine était soutenue par d'autres que par lui. Elle se répandit rapidement chez les hommes du réveil , et maintenant il n'est aucune église congrégalionnelle de la Nouvelle-Angleterre qui ue la reçoive et ne la pratique, à l'exception toutefois des unitaires.

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Je ne sais si le système de Stoddarl el celui que j'ai appelé du juste-milieu (half-way covenani) furent abolis par une décision expresse ; mais ce qu'il y a de sûr, c'est qu'ils tombèrent en désuétude , et qu'on en revint purement et simplement aux anciens usages des puritains.

Quant aux adversaires du réveil, comme ils n'avaient cessé de crier contre le défaut de charité de ses promoteurs, et de se plaiudredu trouble qu'ils excitaient, on les vit épuiser tous leurs efforts pour qu'il en allât autrement dans leurs paroisses, et partout où leur influence pouvait s'étendre. Ils parvinrent k ramener en beaucoup de lieux ce qu'ils honoraient du beau nom de calme et de paix , mais ce qui n'était que de l'indifférence et de la torpeur. Pour ne condamner personne , ils admirent tout le monde à la Cène, sauf en cas de scandales éclatants dans la doctrine ou dans la vie ; et voilà comment se forma le trait caractéristique, l'élément fondamental de l'unitarianisme américain. Éviter tout ce qui peut éveiller l'intérêt d'un homme sur son état spirituel ou sur celui des autres, c'est ce que veulent par-dessus tout les unitaires.

Avec cette disposition d'esprit bien arrêtée, tout le reste vint en son temps de la mauière la plus aisée et la plus naturelle. Quand ou fait consister sa religion k ne juger personne et à espérer bien de tous dans tous les cas , on ne saurait s'opposer avec beaucoup de vigueur k l'altération de la foi , ni surveiller avec beaucoup de sollicitude les empiétements de l'erreur. Alors aussi, il faut uu système de doctrine qui u'ait riçu d'a-

larmaol ni d'inquiétant pour les hommes du parti. La révolte du genre humain contre Dieu et le salut purement gratuit, la nécessité d'une expiation par le sang de Christ et d'une régénération opérée par l'influence spéciale du Saint-Esprit; ces doctrines qu'Edwards et d'autres avaieut prêchées, et qui avaient produit tant de mouvement dans les consciences, devaient donc être mises de côté. Il s'agissait pourtant d'éviter toute controverse, atteudu que la controverse aurait pu faire quelque sensation. On laissa donc oublier peu à peu

que le Fils et le Saint-Esprit ont quelque chose d'important à accomplir dans l'œuvre du salut , et Ton en vint insensiblement à faire comme s'ils n'existaient pas du tout. C'est àinsi que l'unitarianisme eut un parti longtemps avant que les doctrines en fussent ouvertement avouées, et, selon toute apparence, longtemps avant qu'un certain nombre de personnes les eussent systématiquement accueillies.

Telle étant l'origine de cette hérésie, il n'est guère possible, on le conçoit, de décrire les phases de son développement. Les chefs du réveil de 1740 affirmaient qu'alors déjà le socinianisme existait dans le pays. On repoussa leur assertion comme calomnieuse; mais les unitaires de nos jours reconnaissent, sans se faire presser, que plusieurs des individus qui dirigèrent l'opposition, étaient bien véritablement unitaires, ou qu'ils le devinrent peu après. L'erreur, toutefois , ne fil pas à cette époque des ravages fort étendus. La plus grande partie de ceux qu'on donne comme ayant formé le parti libéral, n'étaient qu'arminiens, ou tout au plus

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pélagiens ; il y en avait môme parmi eux qui appartenaient décidément au calvinisme.

Les circonstances politiques de nos colonies, depuis 1744 à 1783, permirent au mal de se propager à petit bruit. Ce ne fut pas cependant sans qu'on s'en aperçût d'aucune sorte. L'an 1768, le révérend docteur Hopkins, ayant prêché à Boston sur la divinité de Jésus-Christ, publia son sermon, pour répondre, dit-il, à un besoin du moment; et de loin en loin, nousavons quelque fait de ce genre.

La première congrégation qui arbora franchement l'unitarianisme , fut celle de King's Chapel à Boston. C'était une église épiscopale. So trouvant sans pas- Heur , elle employa comme lecteur M. Freeman , connu plus tard sous le nom du docteur Freeman. En 1785 , trois ans après qu'il eut été appelé par cette congrégation, il parvint à faire admettre une liturgie révisée, d'où l'on avait retranché la doctrine de la trinité. S'étant inutilement adressé à quelques évêques américains, pour obtenir d'eux l'ordination , il fut consacré en 1787 par les marguillers, ou anciens de la paroisse. Pendant plusieurs années, il entretint une correspondance suivie avec les unitaires de la Grande-Bretagne, servant d'intermédiaire entre eux elles personnes qui, en Amérique, adhéraient secrètement à leur doctrine.

Ce fut aussi à Boston, en 1 803, que parut le premier écrit unitaire sorti de la plume d'un Américain. Je veux parler du traité de M. Ballou sur l'expiation. M. Ballou était pasteur de la société universaliste de

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Boston. Mai? il faut savoir que Ymivmalisme en Amérique, est autre chose que ce qu'on appelle de ce nom en Europe. Chez nous, il consiste à croire que les êtres intelligents , hommes et démons (à supposer qu'il y ait des démons), seront tous sauvés. Quelques universalisas pensent que, à leur mort, tous les hommes entrent dans le ciel, d'autres, qu'une partie d'entre eux subiront dans l'enfer, ou plutôt dans un purgatoire, unç punition dont la durée sera proportionnée au nombre et à la gravité de leurs crimes, mais , quoi qu'il en soit, uue punition temporaire. S'il s'est trouvé parmi les partisans de cette doctrine des hommes dignes de respect par leur savoir et leur moralité, toujours est-il que c'est surtout des ignorants et des vicieux qu'elle a été bien accueillie, et l'on ne vit jamais un seul pécheur réformé par elle. Quant k M. fiallou, c'était un homme de quelque talent, mais de peu de science. Ses écrits eurent pour effet de répandre les opinions unitaires parmi les uni versai istes.

Aprèslui un M.Sherman fit, en 1805, unepublication semblable ; maisenviron dans le même temps il se vit congédié de sa place de pasteur, et peu d'années ensuite il abandonna tout à fait le ministère. En 1810, Thomas etNoë Worcester mirent au jour leur «Àrianisme modifié ; » c'était dans le New-Hampshire. La même année l'église deCovenlry, Connecticut, soupçomra de socinianisjne son pasteur, le révérend Àbiel Abbot. Elle porta cette affaire devant la consécration, et k pasteur fut congédié.

Jusqu'alors il n'y avait, ni à Boston, ni dans les alen-

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tours, aucune église congrégationnelle qui se fût déclarée unitaire. Àu commencement de ce siècle , le collège de Harward avait eqcore un président et un professeur de théologie orthodoxes. Ce fut en 1804, qu'à la mort du professeur Tappan, le révérend docteur Ware lui fut donné pour successeur. Comme on s'occupait de son élection, le bruit se répandit qu'il partageait les opinions unitaires, et, pour le faire nommer, il fallut que ses amis déclarassent que c'était une calomnie. Même en 1812, à l'élection du président forkland, ou assure qu'on ne l'aurait pas élu, s'il eût été connu pour un défenseur de l'unitarianisme, circonstance qu'on tient d'un homme qui fait autorité parmi les unitaires.

Il n'y avait non plus alors aucun des pasteurs congrégalionalistes de Boston, ou des contrées voisines, qui eût avoué l'unitarianisme, ni en ohaire, ni par la voie de la presse. Cependant la prédication d'un grand nombre d'entre eux en portait une forte teinte ; plusieurs journaux se constituaient les défenseurs de ce système, et l'on importait ou imprimait une niasse d'écrits unitaires. Lorsque des ministres orthodoxes devaient prêter leur concours à l'ordination d'un pasteur, on ne souffrait pas qu'ils s'enquissept trop à foud de ses vues théologiques. Diverses circonstances signalaient la présence de Terreur et les progrès sourds qu'elle faisait, mais on manquait de preuves suffisantes contre les individus. En attendant, on prêchait et l'on écrivait avec une force croissante contre l'unitapianisme. Le Pauoplisle, journal mensuel donl le pre-

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raier numéro parut à Boston en 1806 , fit de cet objet son affaire essentielle; mais on l'accusait de calomnier le clergé. Cependant, les faits devinrent bientôt trop nombreux et trop palpables pour être cachés plus longtemps.

En 1812, Belsham ayant publié à Londres la vie de Lindsay, un petit nombre d'exemplaires de cet écrit parvinrent en Amérique. Pendant près de trois ans, on réussit à les soustraire au public : mais enfin le docteur Morse, après plusieurs mois de' recherches infructueuses, en obtint un exemplaire. Ce fut l'éclat d'une bombe. On tira de ce livre des détails sur l'unila nanisme en Amérique et on les imprima dans une brochure à part. C'était la correspondance des principaux unitaires de Boston, surtout du docteur Freeman, à dater de 1795, ou environ, jusqu'à 1812 ; correspondance où l'on s'exprimait sans détour sur les moyens qu'on mettait on usage pour semer l'hérésie. Dès lors il n'y eut pas moyen de rester dans l'ombre, etquand ou se vit démasqué, il fallut bien montrer ce qu'on était.

Il est bon dénoter ici les résultats qu'eut cette découverte, sous le rapport ecclésiastique proprement dit. Chaque église congrégalionaliste , c'est-à-dire chaque congrégation de fidèles formant association, dirige ses propres affaires sans ressortir à aucune autorité terrestre. Il était donc impossible d'obliger une congrégation devenue infidèle , à renvoyer son pasteur unitaire. D'autre part , les pasteurs et les troupeaux demeurés orthodoxes avaient la pleine li-

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berlé de rompre toule relation chrétienne avec ceux, qui ne leur inspiraient plus de conûance. Aussi vit-on les ministres orthodoxes refuser leur chaire a ceux qu'ils estimaient entachés d'unitarisuie; ils ne voulurent plus siéger avec eux dans les couférences ecclésiastiques, ni en aucune manière les reconnaître pour des ministres de Christ. Cet état de choses , toutefois, ne se forma qu'insensiblement. Bien des orthodoxes répugnèrent louglempsà qualifier d'unitaire tel ou tel pasteur de leur voisinage; d'autres, par manque d'éuergie, évitaient de prendre uu parti, voulant demeurer en bons termes avec tous. Mais à la longue les différences se tranchèrent de plus en plus, et la séparation complète s'opéra sans qu'il y eût d'excommunication prononcée de part ni d'autre. Maintenant, il n'y a plus qu'un seul lien qui unisse les unitaires et les orthodoxes : c'est une caisse en faveur des veuves des ministres. Chaque aunée la convention générale des pasteurs congrégationalisles se réunit eu session, mais c'est dans le but uuique de régler les intérêts qui se rattachent a cette fondation, riche d'environ 100,000 dollars.

Lorsqu'on eut publié les révélations contenues dans le livre de Belsham , on acquit la certitude que toutes les églises congrégationnelles de Boston étaient devenues unitaires, à l'exception de deux seulement: celles de Old-South et de Parkslreel. La dernière avait été récemment fondée par quelques trinilaires zélés. On estima d'abord à soixante-quinze le nombre des églises unitaires de la Nouvelle-Angleterre, presque h. 20

toutes dans la partie orientale du Massachusels. Mais de nouvelles découvertes montrèrent que le nombre en était réellement plus considérable. Le collège de Harward leur appartenait presque en entier ; et par un changement effectué dans sa charte, changement longuement discuté, mais brusquement voté par la législature, ils assurèrent à leur parti la direction de cet établissement.

Un grand nombre d'églises du Massachusels possédaient des fonds que les hommes pieux des précédentes générations leur avaient donnés pour l'entretien du ministère et pour les autres frais du culte. L'intention des donateurs fut manifestement d'assurer à leur postérité les services de pasteurs instruits, pieux et orthodoxes; aussi avaient-ils confié ces fonds à l'église et non à la paroisse, parce que l'église ne devait, semblait-il, renfermer jamais que des hommes d'une piété reconnue. En 1818, la majorité de la paroisseavec laquelle l'église de First Church, à Dedham, était unie, choisit pour pasteur un ministre unitaire. L'église refusa de le recevoir. Mais un petit nombre de ses membres s'étanl retirés de l'église, acceptèrent pour leur compte le pasteur nommé par la paroisse, et lireut un procès à l'église pour qu'elle eût à leur céder les fonds qu'elle administrait. En mars 1821 , la cour suprême du Massachusels prononça un arrêt qui leur donnait gain de cause, établissant en principe que, dans tous les cas semblables, ceux qui marchent avec la majorité de la paroisse sont l'église et qu'à eux appartiennent les dotations. C'est par cette décision que

plusieurs églises se sont vues dépouillées de leurs biens, de leurs temples, de leurs vases sacrés, et beaucoup d'églises unitaires ne doivent pas à autre chose leur existence. 1

Après une pareille révolution , il n'y eut plus, chez les unitaires, de distinction réelle entre l'église et la paroisse. Les intérêts temporels de l'église furent entièrement au pouvoir de la paroisse, bien que la première continuât de les gérer. D'ailleurs , comme il n'entre pas dans leur esprit que les pécheurs irrégénérés n'appartiennent point à l'église , il était pour eux sans importance de la maintenir distincte du reste de la population. En général, si l'on n'a pas jugé à propos de licencier, pour ainsi dire, les églises, il se trouve par le fait que, dans la plupart des cas, elles n'existent plus; il n'y a plus que la paroisse et le pasteur, et celui-ci administre les sacrements à tous ceux qui le désirent, saus faire aucune différence. Selon quelquesuns de leurs écrivains , il est résulté de là que ces cérémonies sont tombées en assez grand discrédit , et que peu de personues se soucient d'y participer. Il n'y a donc plus de discipline sur le troupeau ; il n'y en a guère davantage sur les membres du clergé. Si quelque pasteur mène une vie entièrement immorale, on

1 C'est UD6 observation générale qui a été faite et qui est pleine d'instruction; savoir, que l'unitarisme, socioien ou arien, n'importe, ne subsiste en corporation, que dans les lieux où, à défaut du Seigneur Jésus-Christ qu'il renie, il a pour soutien, ou le trésor public, ou des dotations destinées primitivement à soutenir le pur évangile. ( Traducteur. )

ne songe point à le destituer, ni même à lui adresser des censures : on laisse aller les choses jusqu'à ce que, perdu de réputation, il voie que uul ne veut plus de son ministère, et alors il rentre de lui-même dans la vie privée. 1

En 1825, on évaluait à 120 le nombre des congrégations unitaires; et maintenant (1844) on le dit de 230. * On peut expliquer cet accroissement de diverses manières.

En 1825, on n'en était pas encore venu à se prononcer nettement d'un côté ou d'un autre; en sorte que plusieurs des ministres dont la position était alors indécise se manifestèrent sans doute plus tard.

L'ouvrage de Ballou et ceux de quelques autres écrivains de même trempe, par les succès qu'ils eurent en plusieurs lieux chez les universalistes, disposèrent ces derniers à entretenir l'unitarisme. D'un autre côté, les unitaires avaient une forte tendance à recevoir la doctrine du salut ûnal de tous les hommes. Et puis , l'unitarisme est la religion des gens comme il faut, plus que l'universalisme , en sorte que ceux qui professent celte dernière doctrine sont fortement tentés de changer de nom , la seule chose souvent qu'il reste à faire. C'est ce qui arrive surtout à la mort du pasteur, lors-

1 Encore cela vaut-il mieux que dans les pays où l'Etat entretient jusqu'au bout des pasteurs avilis. (Traducteur.)

•En 18*1, d'après l'édition de Glascow, il était déjà de 230. En sorte que, s'il y a eu progrès considérable depuis 4826, on voit que maintenant ces églises demeurent dans un état stationnaire, tandis que le nombre des églises évangéliques s'augmente de jour en jour. (Traducteur.)

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qu'il se présente, pour le remplacer, un ministre unitaire qui ait quelque talent de prédication.

Comme nous l'avons dit , l'unitarisme dut ses succès à l'aversion que beaucoup de gens éprouvaient pour l'examen de piété qu'on exigeait des candidats. Cependant , on voulait appartenir à une église et célébrer la Cène; rien donc n'était plus simple que de s'agréger à une société qui n'exige aucune confession de foi et n'exerce point de discipline. Il est vrai que les associations qui se constituent sur celte base se dissolvent aussi aisément qu'elles se forment.

Après cet exposé , que nous nous sommes efforcé de rendre aussi bref que possible, nous avons quelques renseignements encore à donner pour qu'on puisse juger de ce qu'est l'unitarisme aux Etat-Unis.

En 1787, il s'était formé une «Société pour propager l'Evangile parmi les Indiens et autres dans l'Amérique du Nord. » Elle fut légalement reconnue par l'Etat du Massachusels, et posséda bientôt un fonds capital de 9,000 dollars. Comme elle se recrutait ellemême et que la majorité de ses membres passèrent à l'unitarisme, elle finit par tomber entièrement sous la direction de cette secte. Elle emploie maintenant ses revenus à entretenir deux ou trois prédicateurs parmi les restes des tribus indiennes qu'on rencontre dans la Nouvelle-Angleterre.

Il existe en outre une ou deux sociétés peu importantes, qui se trouvent de la même manière entre les mains des unitaires, bien quelles n'aient point été fondées par eux. Ils n'ont d'ailleurs aucune organisa-

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tion pour les missions étrangères. Quant à la Société biblique, ils y versent quelques contributions; mais lo montant n'eu est pas connu.

L'Association unitaire américaine est leur principal centre d'activité. Elle a pour objet, selon ses statuts, de « répandre la connaissance du pur christianisme » et d'en soutenir les intérêts dans tout le pays.» Son seizième rapport annuel donne la liste de 117 ecclésiastiques devenus membres à vie par le paiement d'une contribution de 30 dollars. Le nombre total des membres à vie est de 374. Durant l'année expirant en mai 1841, elle a dépensé la somme de 4962 dollars, savoir, environ 80 dollars en sus de ses recettes. Les frais d'administration s'élèvent aux trois septièmes environ de la somme totale ; ils se composent de 1,800 dollars pour le salaire de l'agent; 100 dollars pour frais de voyages, et 200 pour loyer du bureau de la société.

Cette association a publié 179 traités divers, dont le prix varie de un à six centimes. Durant l'année 1840-41, elle a aidé de ses subsides seize congrégations pauvres : dix dans la Nouvelle-Angleterre , trois dans l'Etat de New-York et trois dans les Etats de l'Ouest. Le secours le moins élevé fut de trente dollars, et le plus considérable de trois cents. Elle a dépensé en outre 570 dollars pour ses missions, dont 530 dans les portions occidentales de la Nouvelle-Anglelerre.

L'exiguilé de ces chiffres n'accuse pas la parcimonie, mais l'indifférence religieuse des unitaires. Ceux

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de Boston jouissent en général d'une grande fortune, et ils savent faire de magnifiques donations aux établissements littéraires et scientifiques, comme à certaines institutions de bienfaisance.

Il y a tout lieu de croire que leurs églises renferment quelques individus vraiment régénérés. lis leur appartenaient avant que ces églises passassent ouvertement à l'unitarisme. S'ils y demeurent, c'est par habitude , par attachement pour les lieux où leurs pères célébraient leur culte, ou par d'autres causes semblables. Elles ont aussi des hommes d'une moralité sévère et presque puritaine, qui, ayant dès leur enfance une grande vénération pour le christianisme, dont cependant ils ne firent jamais une étude sérieuse, demeurent fidèles à leur église devenue unitaire, comme ils y eussent été fidèles si cette même église fût demeurée orthodoxe.

La philosophie des unitaires américains fut d'abord celle de Locke, d'après laquelle toutes nos idées , ou du moins leurs éléments constitutifs, nous viennent par les sens. Leur apologétique chrétienne était naturellement en rapport avec leurs principes philosophiques. Ils croyaient aux miracles, parce qu'il leur semblait souverainement improbable que les apôtres s'y fussent trompés, ou qu'ils eussent voulu tromper les autres. Ils estimaient non moins improbable que les écrits qui porteut leur nom ne fussent pas d'eux, ou qu'on eût pu y interpoler le récit des miracles. Us envisageaient ces prodiges comme un témoignage

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que Dieu avait rendu à la vérité de l'Evangile, témoignage de la force duquel les sens étaient juges. Toutefois, ils n'admettaient pas l'infaillibilité des écrits apostoliques, tels que nous les possédons. Les auteurs du Nouveau-Testament, pensaient-ils, ne furent pas inspirés de telle sorte qu'ils fussent à l'abri de toute erreur dans les faits et dans le raisonnement; et ils envisageaient généralement comme des corruptions du texte sacré, les passages les plus décisifs au sujet de la Trinité, de la divinité de Jésus-Christ, ou de la personnalité du Saint-Esprit. La Bible n'était leur guide que dans la mesure où ils jugeaient euxmêmes qu'elle dît la vérité. Leur religiou consistait donc à conformer ses pensées et sa vie à des principes qui, selon toute probabilité, viennent de Dieu, mais qui nous sont transmis par un livre d'où l'erreur n'est point exclue.

Il y a dans un tel système grande place pour l'imagination et pour le développement arbitraire du sentimentalisme religieux ; mais il n'est pas possible qu'à la longue il satisfasse pleinement une église. 11 laisse à découvert des besoins spirituels qui ne manquent jamais de se manifester en bien des âmes. Aussi y a-t-il eu de la part des hommes sérieux d'entre les unitaires, une tendance constante de retour vers l'orthodoxie, et c'est ce qui -a mis des bornes à l'accroissement de la secte. A l'heure qu'il est , la ville de Boston compte presque autant d'églises congrégationalisles orthodoxes que d'unitaires, et ceux qui fréquentent le culte orthodoxe sont de beaucoup

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les'plus nombreux. Il eu esl de même des contrées voisines.

Il y a peu de temps que le transcendentalisme allemand fit son apparition parmi le clergé unitaire ; mais il s'y est répandu rapidement. Ses adhérents ne sont pas en général de profonds penseurs ; je ne sais même s'ils comprennent bien la philosophie qu'ils ont embrassée et les preuves sur lesquelles s appuient ses Ihéories. Ils se flattent que, par elle, ils n'auront plus besoin de fonder leur foi et leurs espérances sur des probabilités, dont les plus fortes ne sont après tout que des probabilités, mais qu'ils obtiendront une connaissance intuitive et infaillible de ce qui est essentiel en religion. C'est un beau champ qu'ils ouvrent de la sorte aux rêveries de la pensée, et il y a là de quoi séduire les esprits contemplatifs et enthousiastes.

La discussion publique de ces nouvelles doctrines commença l'an 1836, par un article du Christian Examiner. On y soutenait que notre foi ne saurait s'appuyer sur les miracles; que le récit des miracles, quelque attestés qu'ils soient, ne prouve rien en faveur d'une religion dont la vérité n'a pas été préalablement démontrée ; qu'il faut donc commencer par établir rationnellement la vérité de la doctrine chrétienne, avant de croire les miracles qui la recommandent à l'attention du genre humain. Les unitaires de la vieille école crièrent à l'incrédulité, attendu qu'on leur enlevait le seul argument par lequel ils soutinssent le christianisme. La controverse se pro-

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longea, non sans amertume ; mais kt vieille école ne fit rien pour se séparer d'une cause qu'elle envisage pourtant comme celle de l'incrédulité.

L'unilarisine transcendental est ouvertement accusé de panthéisme, et il u'est pas douteux que plusieurs de ses publications n'y aboutissent. Quelques-uns de ses défenseurs, marchant sur les traces de Benjamin Constant, prétendent que toutes les religions, depuis le fétichisme jusqu'au christianisme le plus épuré, ne sont qu'un développement, plus ou moins parfait , du sentiment religieux commun à tous les hommes. Dans leur manière de voir, tout individu qui a des pensées religieuses a reçu quelque inspiration divine. Moïse, Minos, Numa et un petit nombre d'autres furent favorisés d'une inspiration au-dessus de l'ordinaire ; Jésus de Nazareth en a reçu une part plus considérable que personne. Ce n'est pas à dire qu'il ait joui de l'infaillibilité suprême, et il ne serait pas impossible que nous n'eussions tôt ou tard un révélateur plus parfait de la volonté divine. Christ n'est d'ailleurs , en aucun sens, le médiateur entre Dieu et les hommes. Pour être vraiment chrétiens, nous devons, sans auoun intermédiaire quelconque, soutenir avec Dieu les relations que Jésus soutint lui-même.

Les partisans de ces doctrines impies les publièrent de loin en loin dans les journaux et ailleurs. Au printemps de l'année 1841 , elles furent exposées sans déguisement dans un sermon de consécration à Boston. Plusieurs des principaux ministres unitaires de la vieille école assistaient à la cérémonie et y prirent

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part. On dit que quelques-uns d'entre eux, parlant h leur tour , prononcèrent des paroles où les auditeurs attentifs pouvaient voir un désaveu des doctrines du sermon ; mais ni alors ni plus tard ils ne songèrent a les condamner d'une manière explicite. Cependant il y avait eu parmi les auditeurs trois ministres évangôliques qui avaient pris des notes durant le sermon. Quelques semaines après, ils les publièrent dans plusieurs journaux religieux, en sommant les ecclésiastiques présents à la consécration , de déclarer s'ils envisageaient le prédicateur comme un ministre de Jésus-Christ. L'attention publique s'éveilla. Plusieurs laïques éclairés, appartenant aux unitaires, appuyèrent la demande. Un plus long silence devenait impossible. Les journaux se remplirent d'articles où des ministres unitaires désavouèrent le sermon et déclarèrent que les doctrines en étaient celles du déisme. Quant a la question de savoir s'ils reconnaissaient à l'auteur le caractère de ministre chrétien, ils l'éludèrent avec une grande habileté. D'autres prêchèrent et écrivirent en sa faveur. Du reste, il n'y eut rien de changé dans sa position ecclésiastique. Quelques-uns de ses collègues se plurent à le justifier publiquement en lui confiant leur chaire. De tout cela résulte que l'aveu formel de doctrines comme les siennes, n'est poiut un obstacle à ce qu'on appartienne régulièrement au clergé unitaire. .. ,

Telle est l'histoire de cette secle. Si l'on me demandait maintenant pourquoi les progrès n'en furent

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pas arrêtés par l'autorité ecclésiastique, ma réponse serait facile.

Dans le Connecticut, où il n'y eut qu'un ou deux ministres qui embrassèrent l'unitarisme, tandis que l'église demeurait orthodoxe, il fut aisé de couper court au mal , en congédiant ceux qui l'eussent propagé. Dans le Massachusets, les choses durent se passer autrement. La contagion gagna peu k peu et de proche en proche, sans qu'on pût, à l'origine, convaincre personne de la receler dans son sèin ; et quand elle finit par se manifester, la majorité des corps ecclésiastiques l'avait contractée. 11 n'y avait alors plus moyen d'écarter de la masse ceux qui pouvaient achever de la corrompre.

Ce qui sauva la Nouvelle-Angleterre d'une apostasie universelle, ce fut, à en croire les congrégationalistes, leur doctrine sur l'indépendance réciproque des églises. Si le synode de 1662, au lieu d'être simplement consultatif, avait eu autorité sur toutes les congrégations, il leur eût imposé le halfoay covenant, ou le système de juste-milieu dont j'ai parlé plus haut; tandis qu'un grand nombre d'églises purent le rejeter. 1 De même, un demi-siècle après, le synode leur

1 Ne serait-on pas beaucoup mieux fondé à dire que, si les pasteurs et les troupeaux de la Nouvelle-Angleterre eussent été unis par un lien plus étroit, l'on eût signalé l'erreur bien plus vite, et qu'on eût pu en arrêter aussi plus aisément les progrès ? C'est comme en Angleterre, où beaucoup d'églises presbytériennes, richement dotées, ont passé au socinianisme ; mais elles n'étaient presbytériennes que de nom ; et, par le fait, elles possédaient une grande indépendance les unes à l'égard des autres.

eût imposé les principes de Stoddard, principes en vertu desquels on aurait reçu à la Cène les pécheurs irrégénérés; car celte opinion avait pour elle le plus grand nombre et les hommes les plus influents. Et quaud Edwards, après le réveil de 1740, proclama de nouveau l'ancienne doctrine sur les qualités requises pour être membre d'une église, s'il y eût eu un pouvoir ecclésiastique central, et lui et sa réformalion eussent à la fois succombé. Voyez enfin ce qui se passe en 1815, Au moment où l'unitarisme se montre ouvertement, il a pour lui la majorité des corps ecclésiastiques, et s'il y avait eu quelque part dans ces corps une autorité suprême, toutes les églises eussent subi, et pour longtemps, les doctrines unitaires. Sans doute qu'avec un corps représentatif réunissant les délégués des églises de toutes dénominations, la majorité eût été orthodoxe ; mais les unitaires étaient assez puissants pour rejeter sa juridiction et se suffire à eux-mêmes, comme ils le font maintenant. Supposez enfin que le gouvernement eût possédé le droit d'intervenir, il eût pu empêcher tout au moins une partie du mal. Mais il ne l'eût pas fait; car les principaux pouvoirs de l'Etat se trouvaient alors dans les mains des unitaires, et ils le sont encore, sauf uu petit nombre d'exceptions.

L'indépendance mutuelle des églises permit aux plus orthodoxes de retenir la vérité, en théorie et eu pratique, tout comme elle facilita les travaux auxquels ils se livrèrent pour la défendre et la propager. C'est par là que l'erreur ne cessa d'être tenue en échec,

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jusqu'à ce que la vérité pûl enfin rallier ses forces et reprendre le dessus. Ainsi peu sent les congrégationalifctes, 1

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