I. Déterminons d'abord les causes et les influences
auxquelles on doit la diversité des doctrines religieuses qui se remarque aux Etats-Unis.
1. Elle provient en grande partie de la différence de nos origines. Il suffît de rappeler les faits en peu de mots. D'abord nous avons les églises congrégationnelles de la Nouvelle-Angleterre. Fondées par des émigrés puritains, elles suivirent toutes les phases par où passèrent les dissidents anglais, du moins jusqu'à l'époque de la révolution. Puis, l'église presbytérienne dans toutes ses branches, grandes et petites. D'origine écossaise et irlandaise essentiellement, on Ta vue aspirer sans cesse à se modeler sur le patron de l'église d'Ecosse. Puisencore l'église épiscopale, fille de l'église anglicane, reculant avec effroi devant tout ce qui ue lui venait pas directement de la métropole. Après cela, l'Église réformée hollandaise, qui reçut longtemps de Hollande ses ministres et qui se fait encore honneur du catéchisme d'Heidelberg et des décrets du synode deDordrechi. Enfin , les luthériens, les réformés allemands et autres sociétés chrétiennes de cette nation, qui conservent leur caractère propre, par une organisation distincte et par l'immigration constante de ministres et de fidèles venant de la vieille patrie. Or, si les Étals-Unis eussent élé, dans le principe, colonisés par une seule classe d'hommes professant un seul système religieux, il serait permis de leur demander actuellement plus d'uniformité en matière de foi. Mais comment attendre d'une union purement fédérale entre des hommes si divers, ce que les États de l'Europe même les plus homogènes ne savent produire?
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2. Remarquons en outre que nul de nos ministres ne peut exercer sur d'autres églises que la sieone, une
intimité, et à produire enfin l'amalgame des diverses dénominations. Chacune d'elles a ses collèges et ses séminaires théologiques particuliers; chacune ses jour* naux hehdouiadaires, mensuels ou trimestriels; quel-* ques-unes même, on peut le dire, possèdent leur lit* téralure religieuse à elles 9 littérature qui se compose en majeure partie de livres édités et publiés par leurs agents responsables. Il n'y a de contre-poids à tout cela que le rapprochement qui se fait entre les étudiants, membres de diverses églises, dans les institutions scientifiques où ils se préparent aux études spéciales du saint-ministère.
3. La liberté dont jouissent aux États-Unis toutes sortes d'investigations et de discussions produit nécessairement une grande diversité de vues, non-seulement entre les différentes dénominations , mais encore entre les membres d'une même église. Il n'existe pas une seule convention ecclésiastique , je pense , où il n'y ait au moins deux partis dont la diversité d'opinions amène quelquefois des discussions assez vives : il est vrai que l'objet u'en est pas d'une importance fondamentale. Pour ce qui est des points vitaux ou essentiels, il est bien rare qu'ils soient mis en question. L'harmonie est très-grande dans les communions évangéliques, par la raison qu'elles prennent réellement la Bible pour leur seul guide infaillible et suprême.
4. 11 ne faut pas oublier non plus que la tournure d'esprit particulière à certaines provinces influe nécessairement sur la manière d'envisager la vérité. Un bon citoyen de Test du Connecticut , et un bon citoyen dé l'ouest, né et élevé vers les bords de l'Ohio, ne sauraient raisonner exactement de la même manière sur les foi nts douteux de la théologie , pas plus que sur les autres sujets qui offrent matière à contestation* Ainsi en est-il des habitants du nord comparés à ceux du sud; mais c'est précisément ce qu'on Voit ailleurs, et par exemple, dans la Grande-Bretagne.
II. Au milieu de tout cela, il n'est pas trop difficile de tracer une ligne entre les diverses sectes non évangéliques, et les dénominations évangéliques. Bans les premières, et en commençant par celle qui a pour ainsi dire enseveli la vérité sous un monceau de corruptions d'origine toute païenne, nous comptons les catholiques romains , les unitaires, les curé-tiens, les universalistes, les quakers-hicksites, les svvedenborgiens, les tunkers, les juifs, les shakers, et ainsi de suite jusqu'aux mormonites. Or, je prie d'observer que, à l'exception des deux premières, ces sectes n'out guère d'éléments de stabilité. Leurs ministres sont en général des hommes peu cultivés, qui, concentrant sur leurs doctrines distinclives le peu qu'ils savent, dénaturent les Écritures, s'adressent aux préjugés de leurs auditeurs, tordent les doctrines de leurs adversaires et les tournent en ridicule, au lieu que ceux-ci attaquent leurs subtilités parles déclarations évidentes de la Parole et par les déductions d'une saiue logique.
Les u ni versai is tes et les chrétiens, qui sont les uns et les autres de véritables anabaptistes unitaires, forment la secte non évangélique la plus nombreuse après les catholiques romains. Cependant ils sont loin de faire masse nulle part. On ne les trouve en certain nombre que dans quelques-unes des grandes villes de la Nouvelle-Angleterre; encore arrive-t-il souvent, qu'au bout de peu d'années , ils se fondent en quelque sorte devant les progrès des communions évangéliques. A l'époque d'un réveil religieux, deux ou trois semaines suffisent pour qu'un prédicateur, fidèle à l'évangile, anéantisse les espérances du ministre universaliste qui semblait sur le point de réunir autour de lui une société de sa dénomination. Et comme il n'est aucune église non évangélique, pas même les catholiques romains, qui ose interdire d'une manière absolue à ses adhérents d'aller entendre les prédicateurs évangéliques du voisinage, il n'y a de ce côté nulle barrière contre la vérité.
Si les étrangers avaient une connaissance plus exacte de l'état de la société en Amérique, ils comprendraient mieux d'où vient le nombre, la variété et la force relative de quelques-unes de nos sectes non évangéliques, et ils reviendraient de la surprise que ce spectacle leur occasionne. Il faut d'abord se rappeler que, si l'on en excepte la population de couleur, il n'existe nulle part autant de monde, non-seulement qui sache lire, mais qui lise effectivement et qui recherche l'instruction par tous les moyens possibles. Il en résulte que la nouveauté est d'un grand attrait pour nos
Américains. Ensuite il n'y a au monde que TÉcosse où le repos du dimanche soit observé comme aux États- Unis. Ce n'est point parce que la loi le requiert, mais parce que le peuple l'entend ainsi. Et comme il n'est pas d'humeur à passer ce jour dans l'indolence, chacun profite des facilités qu'il peut avoir pour arriver à un culte public et entendre ce qu'on y dit. La religion étant d'ailleurs un sujet à l'importance duquel tous rendent hommage , c'est celui dont les Américains aiment surtout à discourir le dimanche. Si donc ils n'ont, dans leur voisinage, point de prédication évangélique, grand nombre d'entre eux, surtout ceux qui n'ont pas encore de conviction religieuse bien arrêtée, vont au prédicateur universalisé ou infidèle, plutôt que de n'aller nulle part. C'est curiosité, si l'on veut, mais enfin ils écoulent. El, en dernière analyse, comme il y a, devant la loi, liberté religieuse absolue, le peuple peut se procurer la prédication qu'il lui plaît d'entretenir à ses frais. En conséquence, ceux qui n'aiment pas l'Évangile fidèlement annoncé, s'entendent souvent pour organiser une congrégation où quelque ministre hétérodoxe vienne leur prêcher des doctrines plus en rapport avec leur goût. Dans les grandes villes , les congrégations ainsi formées peuvent bien subsister quelques années, ou môme devenir permanentes ; mais la plupart du temps elles se dissolvent, soit à raison du déplacement de ceux qui en étaient les principaux soutiens, soit parce que ceux-ci finissent par se convertir à la foi orthodoxe qui règne tout autour d'eux.
De qui donc se composent essentiellement les sectes non évangéliques des États-Unis? De personnes qui , en d'autres pays, demeureraient stupidement indifférentes à la religion, passant leurs sabbats dans les occupations ou dans les amusements du siècle. Mieux vaudrait cela, dira-t-on, que de « s'attacher à des doctrines de démons ; > vu que l'absence de religion est préférable à une religion fausse. Mais s'il est des cas où ce principe soit vrai, il ne Test pas d'une manière con* stanle. L'expérience prouve sans réplique aux États- Unis, que ceux qui occupent leurs pensées de sujets religieux, de quelque façon qu'ils le fassent , soit en doutant, soit en niant, sont plus accessibles à la prédication fidèle de l'Évangile, que ceux qui sont tombés dans la slupide indifférence d'une grossière incrédulité. D'ailleurs, comme je l'ai dit, Terreur dans nos contrées n'offre pas les conditions de durée qu'elle peut avoir autre part. J'excepte toutefois le romanisme , espèce de mosaïque où la vérité et l'erreur se marient avec tant d'art , qu'il exerce sur les âmes qui l'ont une fois reçu , un charme qu'il est presque inutile de vouloir rompre.
Après le catholicisme romain , l'unitarisme est de toutes les erreurs qui se parent du nom du christianisme celle qui a le plus de chance de durée. Le foyer en est , comme nous l'avons vu , dans la portion orientale du Massachusels , d'où il rayonne au loin par le moyen des émigrants que cet État, comme tous ceux de la Nouvelle-Angleterrre, envoie incessamment vers l'ouest. Cependant il paraît très-cer-
tain qu'à Boston même et dans le voisinage il est en déclin. C'est comme le rationalisme d'Europe. Cette forme de l'incrédulité a pris bien plus d'extension dans l'ancien monde , que l'unitarisme ne l'a fait en Amérique; mais ou peut voir dans l'un et dans l'autre les effets d'un même mal. Ce sont les miasmes de l'épidémie sceptique du XIX* siècle; scepticisme qui, dans les deux hémisphères , se transforme actuellement en panthéisme mystique. La carrière de l'unitarisme, qu'un de ses partisans , le révéreud Brownsoo, appelle une mode plutôt qu'une religion ; sa carrière, dis-je, comme secte ou parti, tend manifestement à son terme; et c'est bien là, me paraît-il, l'idée que s'en font les hommes éminents qui en sont les chefs. On commence à voir l'impuissance où il est de se propa» ger. Les trente années qui se sont écoulées depuis qu'il a son organisation distincte me confirment tout à fait dans cette pensée. Je dis plus; quand on conuaît l'état actuel des choses en Amérique et la disposition des esprits , on ue saurait songer à pronostiquer aux unitaires une force et une extension autres que celles qui résulteront de l'accroissement naturel de la portion du peuple américain soumise à leur influence : il est même à savoir s'ils marcheront de pair avec le chiffre do la population.
On ne saurait prétendre que les sectes non évangé*liques n'exercent aucune bonne influence sur le pays; mais on peut sans scrupule en excepter les congrégations universalisas ; or on a vu qu'elles sont nom^ breuses et mémo que plusieurs de celles qui portent
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un autre nom rentrent dans cette catégorie. Quant aux athées, aux déistes, aux socialistes de toutes les couleurs, ce n'est pas les calomnier que de déclarer leur action décidément pernicieuse.
Les succès des shakers, des mormons , et d'autres agglomérations pareilles, s'expliquent, à mon avis, par ces deux principes : d'abord , l'aveuglement de la nature humaine qui, dans sa dépravation, préfère à la connaissance du vrai Dieu toutes sortes d'absurdités, pourvu qu'on les pare du nom de religion ; ensuite, ces associations ont toujours eri vue des avantages temporels qui tentent bon nombre de gens, plus encore que les apparences religieuses dont on les couvre. Demandera-t-on , par exemple, comment il se trouve des adhérents à la doctrine des shakers, lesquels, voyant dans le mariage un péché, obligent leurs prosélytes mariés a rentrer dans le célibat? Mais il est des gens que les nœuds du mariage fatiguent , ou , du moins, qui sont las de la personne à qui le mariage les a unis, et l'on comprend qu'ils cèdent à la tentation de se faire du divorce un devoir religieux. De même en est-il des parents qui consentent à ce qu'on leur ôle leurs enfants. Ils ne sont que trop satisfaits de se décharger sur d'autres de la responsabilité qu'impose la qualité de père. Cet égoïsme méprisable et dénaturé est la base du socialisme sous toutes ses formes.
III. Pour revenir aux communions qu'on peut envisager dans leur ensemble comme évangéliques , et reprenant quelques points que j'ai déjà touchés, mais
qui doivent reparaître ici sous un nouveau jour, je ferai d'abord observer qu'elles s'accordent généralement à retenir les doctrines professées jadis par les églises réformées de France et de Suisse, exposées dans les catéchismes de l'assemblée de Westminster, et formulées par les articles de l'église anglicane. Ainsi, elles reçoivent les Écritures comme règle souveraine de la foi, estimant qu'on doit croire sans hésiter toute doctrine qui peut se prouver par la Bible, indépendamment de la tradition, et de plus qu'on ne saurait envisager comme faisant partie essentielle du christianisme , ce qui ne peut se prouver de la sorte, Ils admettent l'inspiration des Écritures; l'uuité divine en trois personnes; la sainteté de nos premiers parents dans leur état primitif; leur chute et l'apostasie du genre humain tout entier , contenue dans la chute même ou conséquence de cette première révolte; la nécessité d'une expiation à cause de la justice de Dieu et pour que le péché puisse être pardonné ; cette expiation opérée de fait par l'humiliation , les souffrances et la mort de Jésus-Christ, Dieu et homme tout à la fois ; le pardon offert à tous par la miséricorde de Dieu en Jésus-Christ; la justification gratuite du fidèle , non en vertu de ses œuvres passées ou prévues , ni même en retour de sa foi, mais pour l'amour de Jés,us-Christ seul ; la nécessité d'un renouvellement spirituel et intérieur, afin d'être sauvé; renouvellement qui est le fruit non des efforts de l'homme, mais de l'opération du Saint-Esprit, par laquelle, agissant sur l'âme, il donne efficace aux appels de la Pa-
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rôle de Dieu et a tous les moyens de grâce en dehors de l'âme; ils admettent également la nécessité où est le fidèle d'être dans une constante communion avec Dieu par le Saint-Esprit, demeurant en lui, afin de faire des progrès dans la sainteté; puis la résurrection des morts, le jugement universel, une éternelle félicité pour ceux qui sont sauvés , et une éternelle misère pour ceux qui se perdent.
Les méthodistes et quelques associations de moindre étendue rejettent la doctrine calviniste ou réformée de la prédestination, surtout dans son application aux individus qui, selon les conseils de Dieu, deviennent les objets de la grâce régénératrice. Ils nient aassi que ceux qui sont une fois renouvelés par le Saint-Esprit, soient efficacement et certainement gardés pour le salut par la puissance de Dieu, au moyen de la foi. Mais les autres communions reçoivent ces doctrines, non-seulement comme clairement révélées, mais comme infiniment utiles dans la pratique.
Un tiers peut-être du clergé et des membres de r église épiscopale est en accord d'opinion avec ce qu'on appelle, dans l'église anglicane, les théologiens d'Oxford, ou puséites; ils le sont du moins pour ce qui concerne les sacremenls, auxquels ils attribuent une efficace spirituelle que ne leur reconnaissent pas les autres protestants.
Du reste les disputes qui s'agitent quelquefois entre ces diverses communions sont la plupart de telle nature, qu'il est difficile d'en donner des idées justes à un étranger. Il n'est pas rare que les parties coHten-
dan les elles*môines aient beaucoup de poine à déterminer lo point eu litige. Par exemple , je ne me vanterai pas d'exposer le différend qui sépare l'ancienne et la nouvelle école presbytérienne , de manière à contenter les deux bords.
Qu'il me suffise donc de le remarquer, en général, les discussions de nos théologiens roulent sur la constitution de l'esprit humain, sur l'analyse de la responsabilité de l'homme et de son activité morale, et sur la vieille question du ciibre arbitre et de la nécessité.» Les uns prétendent que tous les individus de la famille humaine sont, à la lettre, responsables devant Dieu du péché de leurs premiers parents ; les autres estiment seulement que, par une conséquence du péché d'Adam , toute sa postérité est tombée dans le péché. Quelques-uns pensent que le péché consiste dans le penchant au mal inhérent à l'àme, penchant qui s'y trouve depuis l'instant même où elle commence d'exister, quel que soit ce moment, en sorte que le péché serait antérieur à tout choix, a toute intelligence, à tout désir età toute émotion ; d'autres soutiennent que le péché consiste seulement dans le mauvais emploi des forces de notre nature. Ceux-là croient que « la nouvelle naissance» est, littéralement et en quelque sorte physiquement, une création nouvelle, et non pas au sens figuré et moral seulement; c'est une transmutation de Vôtre même, d'où résulte inévitablement une rénovation morale. Avant qu'un homme soit repentant, et qu'il croie, ou qu'il ait quelque bon mouve* ment, il faut non pas seulement une influence du
Saint-Esprit sur son âme, mais un changement subjectif, changement auquel ilsdonneut le nom de repenlance. Ceux-ci, au contraire, disent que la conversion, ou ce retour vers Dieu qui se fait par la repentance et la foi , est la régénération elle-même , effet d'une influence divine sur l'âme. Selon quelques-uns, l'homme renouvelé persévère dans la sainteté , parce que le pouvoir de Dieu est sur lui de telle sorte qu'il ne peut défaillir; selon d'autres, la promesse que Dieu a faite de garder les siens ne peut manquer de s'accomplir, et c'est pour cela que ceux qui sont à Dieu ne sauraient défaillir. Ici vous entendrez affirmer que, dans les œuvres de la création, de la providence et de la rédemption , Dieu n'a pas suivi le meilleur des systèmes qu'il eût pu concevoir ; là, au contraire , que le plan de l'univers , tout compensé , est absolument le meilleur des systèmes que Dieu pût engendrer ; meilleur, malgré le péché, que si toutes les créatures fussent demeurées fidèles ; mais ailleurs on vous dira qu'il est seulement le meilleur de ceux qui pussent être réalisés, la création et le gouvernement de Dieu étant admis, et néanmoins qu'il est à regretter que les créatures ne soient pas demeurées saintes et heureuses. Il en est qui prétendent que partout où survient le péché , Dieu voit que c'est, en définitive, ce qui vaut le mieux , et qu'il préfère alors le mal au bien; il en est d'autres qui nient qu'il puisse jamais en être ainsi. Dieu ne choisit pas le mal préférablement au bien; mais quand le péché se commet, il a des raisons de sagesse pour le permettre, plutôt que de l'arrêter
par sa puissance. Nous avons enGii quelques théologiens pour qui nos actes volontaires sont tellement prédéterminés, qu'à les entendre , nous n'avons pas le pouvoir d'agir de deux manières; mais ils sont combattus par ceux qui , tout en admettant que nos actes volontaires sont par avance certainement liés aux conseils de Dieu , estiment qu'il n*y a rien dans celte certitude qui ôte à notre volonté le pouvoir d'agir autrement qu'elle ne le fait.
On jugera par ce spécimen de ce que sont les controverses théologiques dans nos églises fidèles et surtout dans les communions congrégationalisles et presbytériennes. Si je devais dire ma pensée sur la direction probable que prendra l'opinion religieuse aux Etals-Unis et que suivra la théologie au milieu de ces débats métaphysiques, je n'hésiterais pas à dire qu'elles tendent a mettre toujours un plus grand prix au christianisme le pJus simple et le plus scripturaire : la bonne nouvelle à tous les hommes, la bonne nouvelle du pardon des péchés au moyen de l'expiation opérée par le Fils de Dieu, la bonne nouvelle du Saint-Esprit qui se donne aux pécheurs, pour les amener à la repentance,el aux fidèles pour achever l'œuvre de la sanctification dans leur cœur. Partout on demande un christianisme qui puisse être prêché , et qui, étant prêché, se recommaude au cœur de tous les hommes en la présence de Dieu. Ce ue sont pas d'inlerminables spéculations, sans rapport avec les besoins de la conscience, que ce soient les craintes du pécheur, ou les saiutes espérances du fidèle; non, ce ne sont pas des il. 23
spéculations métaphysiques qui peuvent satisfaire ce vœu si général. Aussi l'Evangile est-il toujours moins prêché sous la forme d'un dogmatisme traditionnel, mais, au contraire , toujours plus comme Y Évangile, c'est-à-dire le message de la miséricorde divine aux pécheurs, pour que tous y cherchent la satisfaction de leurs besoins spirituels, le remède à leur profonde misère, et qu'ils saluent avec foi et avec joie la résurrection d'entre les morts. Contre cette tendance, il y a, je le sais, et il y aura, dans l'occasion, passablement de résistance çà et là ; la surface des eaux sera de temps en temps soulevée par quelque vent de doctrine , ou plutôt de spéculations dogmatiques, et le courant semblera marcher en sens inverse; mais, après tout, je me persuade que de révolutions en révolutions, si ce n'est d'année en année , Ton en reviendra finalement au plus simple, qui est de prêcher l'Evangile comme un message de la grâce de Dieu, mis à la-porlée de tous et que chacun doit recevoir immédiatement. Voilà ce qu'il faut, je le répète, au lieu de ces expositions philosophiques et traditionnelles, qui, entravant le prédicateur dans sa marche, détournent en même temps les auditeurs.
Nous pouvons aussi juger des tendances de nos théologiens par l'attention croissante qu'ils apportent à l'étude de l'Écriture. De tout . temps on la tint universellement pour la seule autorité en matière de foi, mais, trop fréquemment, c'était en théorie plus qu'en pratique. Il n'en va plus ainsi. L'on attache un prix tout nouveau à la science et à l'art d'interpréter la
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Bjble. Le meilleur théologien est celui qui comprend le mieux ce saint livre et qui l'explique le plus simplement. On ne dit pas qu'il soit sans importance de savoir ce qu'ont dit Edwards et les puritains, et les réformateurs, elAugustin, et Jérôme, et les Pères; mais la plus importante des questions est de savoir ce que dit l'Ecriture, ce qu'ont enseigné Jésus-Christ et ses apôtres.
Le mérite particulier de la théologie américaine est d'avoir jeté beaucoup de jour sur la doctrine de l'expiation, en étudiant à fond la nature morale du gouvernement de Dieu. Nulle part on ne dislingue mieux l'œuvre de Christ pour la propitialion des péchés , d'avec l'œuvre du Saint-Esprit pour renouveler et sanctifier le pécheur; nulle part on ne fait mieux sentir la nécessité de cette double œuvre en ce qui touche le salut des âmes. Sous l'impulsion que lui donnèrent les travaux d'Edwards, notre théologie sait éviter l'habitude commuue aux philosophes et aux théologiens philosophants, de ne voir en Dieu que la cause première des êtres et des faits; elle sait de plus admirer en lui le gouverneur moral des êtres qu'il a créés capables de répondre de leurs actes. C'est ce qui fait la différence entre le dieu de la Bible et le dieu de l'intelligence. Ce dernier est simplement une cause première, la raison des choses, quelquefois, s»i ce n'est môme toujours, une hypothèse pour rendre compte de l'existence de l'Univers, un autre nom pour désiguer la nature et le destin. Le dieu de la Bible est le chef d'un gouvernement moral, je veux dire un législateur,
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an juge, un être qui distribue la peine et la récompense. Il a donné aux créatures douées de conscience , une loi qui est destinée à rendre heureuse la portion la plus noble de son vaste empire. Cette loi exprime avec force el vérité la volonté du législateur relativement à nos actions. Il fallait ensuite qu'une disposition pénale fixée par le législateur luimême Ht connaître quelle est, a ses yeux, la grandeur des intérêts lésés par la désobéissance. Enfin, comme la loi n'a rien d'arbitraire, mais qu'elle renferme le moyen indispensable pour atteindre le plus excellent des buts , elle ne saurait être arbitrairement anéantie. C'est pourquoi , lorsque l'homme se fut révolté et que le genre humain tout entier se vit sous la condamnation, Dieu envoya son fils dans le monde, afin que, revêlu de la nature humaine, il s'offrît pour nos péchés; et que, magnifiant la loi par ses souffrances volontaires, il montrât que Dieu est juste et qu'il justifie ceux qui croient en lui. C'est ainsi que l'Eternel, gouverneur moral de l'univers , manifeste sa gloire par le salut des pécheurs ; qu'il appelle tous les hommes à se repentir et à chercher vivement leur délivrance; qu'il a fait à ce monde rebelle le don immense de son Esprit, afin de communiquer la vie à ceux qui meurent par le péché; que, dans ce même monde de pécheurs qui, laissé à lui-même, rejetterait toute offre de pardon, il sauve ceux qu'il a choisis dans le monde. Enfin c'estainsi qu'il emploie pour coopérer au salut des âmes, les pécheurs mêmes que sa grâce a rachetés et renouvelés ; car si l'homme est sauvé de
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la condamnation el du pécbé, ce n'est point par un simple acte de la puissance divine, c'est par des moyens en accord avec la nature du gouvernement moral de Dieu et avec les fins qu'il se propose dans son auguste administration. Celte manière d'entendre l'Evangile ramène le prédicateur et le théologien , des rêveries de Platon el du dogmatisme desséchant de l'école à la Bible et à ses trésors de foi, d'espérance et d'amour. Elle force, pour ainsi dire, le théologien à étudier, et le prédicateur à imiter les franches allures, la simplicité, la méthode directe des apôtres, qui parlaient à l'intelligence el aux affections de tous.
Je ferai remarquer, en terminant, qu'il est, dans l'histoire, peu de faits plus propres à prouver la vérité diviue et la vitalité immuable de l'Evangile, que l'extension et la permanence de son autorité sur le peuple américain. Le christianisme des Etats-Unis n'esl pas le formalisme cadavéreux d'institutions ecclésiastiques soutenues par la loi , par la tradition ou par la force de l'habitude et de l'exemple. Il ne consiste pas daus un système compact de superstitions dont on opprime les âmes pour assurer la tyrannie d'un sacerdoce. Ce n'esl pas non plus ce rationalisme, qui, ne conservant du christianisme que le nom, a eu son règne dans une partie de l'Europe protestante; mais c'est au contraire le christianisme évangélique, le christianisme du Nouveau-Testament. Quel que soit celui de nos temples et de nos oratoires où l'on entre, il y a dix probabilités contre une qu'on y trouvera un culte spirituel, de pieux adorateurs et une prédication selon
la pureté de l'Evangile. Peut-être lout ne plaira-t-il pas également dans les formes parfois un peu rudes , et à coup sûr on n'y jouira pas de la pompe des cathédrales ; peut-être aussi l'Evangile y est-il prêché sans beaucoup de science, et avec moins d'art encore; mais enfln c'est l'Evangile, et cet Evangile s'y manifeste souvent comme « la sagesse de Dieu et la puissance de Dieu pour le salut des âmes. »