LIVRE XIII, CHAPITRE X. I OO
mesure que les philosophes pénétraient dans les secrets des mystères , ils voyaient se mêler aux opinions qui pouvaient leur plaire un alliage étrange et contre nature, qui ne prêtait au culte national un sens moins déraisonnable en apparence que pour le corrompre en réalité, par des hypothèses plus fantastiques et des pratiques plus scandaleuses.
De-là ce mélange de repoussement et d'attrait , d'admiration et de blâme , de respect et d'horreur. Quand on disait aux Grecs que dans les mystères ces dieux étaient affranchis de leurs vices, de leurs imperfections, de leur jalousie contre de faibles mortels, et toujours amis de la race humaine , toujours protecteurs de la justice , prêtaient aux prières une oreille propice, et à l'innocence un appui généreux, le sentiment religieux des Grecs croyait voir dans ces améliorations l'accomplissement de ses espérances, la sanction de son travail opiniâtre sur le caractère de ses dieux; mais quand du fond des temples s'échappaient des bacchantes échevelées, demi-nues, blessant les regards par le Phallus obscène , et remplissant l'air de hurlements sauvages, ces mêmes Grecs
se demandaient d'où pouvaient sortir ces hordes frénétiques, et quel affreux prodige défigurait ainsi le culte transmis par Homère, épuré par Sophocle, et que de telles orgies semblaient profaner.
CONSIDEREE