‹ De la religion (volume 2)Chapitre 81 sur 109 · LIVRE XV, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE XV, CHAPITRE

N'anticipons point sur l'avenir et recueillons ce que le passé nous enseigne.

Nous ne récapitulerons point les faits. Pour les lecteurs attentifs, ce serait superflu; pour les inattentifs, inutile.

Les formes religieuses sont de deux espèces.

Les unes, soumises à des corporations qui les maintiennent stationnaires; les autres, indépendantes de toute corporation , et se perfectionnant progressivement.

L'homme peut se trouver sous l'empire de l'une ou de l'autre de ces formes.

Une troisième hypothèse serait celle où les deux formes seraient repoussées.

Celte hypothèse est-elle admissible? nous ne le pensons point. Historiquement, nous n'en voyons d'exemple nulle part. Psychologiquement, l'existence du sentiment religieux nous semble y mettre obstacle.

Les Romains se croyaient dans cette situation vers le premier siècle de notre ère (i).

Trois cents ans plus tard, les convictions religieuses avaient pénétré de nouveau dans

(1) T. I,Hv. I,ch. 6.

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tous les esprits , la foi reconquis toutes les âmes.

Nous pensions également, en France, il y a cinquante ou soixante années , être parvenus au dédain de tout ce qui n'est pas susceptible de démonstration, et beaucoup de circonstances avaient conspiré à nous y pousser. Une dévotion qui avait eu pour objet bien moins la Divinité que le monarque, se débattait sur son tombeau , chargé des malédictions du peuple. Le temps n'était plus où madame de Sévigné aurait voulu mourir pour la présence réelle (1), parce qu'elle avait dansé avec le grand roi. Les dogmes encore consacrés, les idées déjà victorieuses, étaient en lutte, parce que toute proportion était rompue. Des souvenirs de persécution, des persécutions mitigées par le caprice, irritaient les intelligences. Le pouvoir , en contradiction avec lui-même , sévissait par routine contre des principes qu'il affichait par vanité. La liberté de la pensée était le besoin des esprits élevés : la licence des mœurs tentait les

,i) Lettre t>4<>, édit. de Grouvelle.

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