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tout autre système aristocratique, il faut que sa puissance se borne à la persuasion , à la communication des lumières, sans moyens politiques ou coercitifs. Quand la supériorité de l'intelligence réclame l'appui de l'autorité, elle sort de sa sphère, elle s'attribue des droits contestables. Ce genre de supériorité pouvant toujours lui être disputé, elle arrive à des mesures de vexation qui ne la rendent guère moins odieuse que les forces matérielles et aveugles. Nous reconnaissons que lorsque la multitude est plongée dans l'ignorance , les plus instruits doivent la diriger; mais, si à cette faculté que la nature leur confère, et qu'il n'est pas besoin que la loi sanctionne, ils veulent joindre le droit d'arrêter les progrès des générations futures, ils sacrifient l'avenir au présent ; et pour faire mûrir à la hâte quelques connaissances bornées et imparfaites, ils frappent de stérilité des perfectionnements plus réels et plus nobles. Or, cette tendance a toujours été, elle sera toujours celle d'un sacerdoce réuni en corps, et revêtu d'une autorité temporelle. Le sacerdoce de l'antiquité a pu quelquefois être de bonne foi, et croire à la légitimité de ses prohibitions, V. xi
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comme à la vérité de ses doctrines. Il a pu être sincère, même dans ses ruses : servir Dieu par la fraude, comme on sert un maître, est un mouvement assez naturel , clans les conceptions de l'anthropomorphisme ; mais la tendance à laquelle ce sacerdoce obéissait, n'en a pas moins motivé toutes les tyrannies qui ont accablé l'homme. C'est contre cette tendance et non contre l'influence légitime de la supériorité des lumières , et par conséquent des hommes qui, à chaque période sociale, en sont investis , que nous nous sommes élevés.
Maintenant à côté de l'immobilité sacerdotale, contemplons la Grèce libre et progressive.
Partant d'un fétichisme grossier, le sentiment religieux arrive bientôt au polythéisme, le dégage de tous les vestiges de la barbarie, le perfectionne, l'épure. Tout s'ennoblit dans ses dogmes et dans ses rites publics. Les Grecs empruntent de toutes parts ce qui séduit leur imagination active et curieuse, mais ils embellissent tout ce qu'ils empruntent.
Ils arrachent aux corporations théocratiques de l'Orient et du Midi, les éléments des sciences, que ces corporations retenaient captives.
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De languissantes et d'imparfaites qu'étaient ces sciences dans la nuit du sanctuaire, elles revivent, s'étendent, se développent à la clarté du jour; et l'intelligence, suivant sa marche hardie et s'élauçant d'hypothèse en hypothèse, à travers mille erreurs, sans doute, arrive néanmoins, sinon jusqu'à la vérité absolue, qui est peutêtre inaccessible pour l'homme, du moins jusqu'à ces vérités, besoins de chaque époque, et qui sont autant d'échelons pour atteindre d'autres vérités, toujours d'un ordre plus relevé et d'une importance supérieure. La religion se resseut de cette activité de l'intelligence. Des torrents de lumière l'inondent pour la pénétrer et la refondre.
La morale , plus douce et plus délicate , parce que le sentiment religieux y verse ses nuances raffinées , demeure indépendante de la sécheresse et de l'âpreté des dogmes positifs. Aucune volonté capricieuse, aucune puissance discrétionnaire, aucune autocratie (i) mysti-
(i) V. ci-dessus, la note où nous rappelons qu'un théologien , en traitant des lois hébraïques , dit que Iéhovah décidait du mérite des actions, en vertu de son droit d'autocratie.
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que ne transforment le bien en mal et le mal en bien. Ce qui est vertu, reste vertu; ce qui est crime, demeure crime. Aucun pontife insolent n'ose, au nom du ciel, ordonner ce qui est coupable, ou justifier ce qui est atroce. Aucun prêtre mercenaire ne fait de l'impunité achetée le gage d'une impunité future qu'on achèterait de nouveau. Les dieux, comme les humains, se soumettent aux lois éternelles, et la conscience inviolable et respectée prononce sur les volontés des uns, comme sur la conduite des autres.
Certes, après cette comparaison, la question est résolue.
Et toutefois l'état progressif, ie plus noble et le plus digne pour la religion, le plus salutaire pour l'espèce humaine, ne nous apparaît point, même en Grèce, libre de toute entrave, et ceci nous conduit à démontrer les inconvénients d'une corporation dont l'intérêt est que la religion soit stationnaire , même quand cette corporation n'a pas le pouvoir de la maintenir telle.