LIVRE XV, CHAPITRE III
condamne ou l'absout, lie et délie dans les cieux comme sur la terre (i). Ces écrivains seraient aujourd'hui, s'ils le pouvaient , ce qu'étaient les prêtres, il y a six cents ans.
Soit. Qu'ils s'épuisent en emphatiques ou pathétiques lamentations; qu'ils nomment la servitude dont, après tant de siècles, l'homme a commencé de s'affranchir, l'ère primordiale, la législation primitive ; qu'ils déplorent la cessation de ce temps où le monde n'était, disent -ils, qu'un temple : nous ne voyons, dans cette ère primordiale, que l'esclavage, dans cette législation primitive, qu'une révoltante inégalité, une usurpation flagrante, que n'a pu légitimer aucun laps de temps. Ces écrivains ne contemplent que la caste usurpatrice; ils lui vouent leur admiration. Nous fixons nos regard sur les castes opprimées ; nous leur vouons notre intérêt et notre pitié. Ils ne songent qu'à quelques centaines d'hommes, accaparant les trésors intellectuels et matériels que la nature avait donnés à tous. Nous pensons aux centaines de millions gé
(1} LeCathol.,n°XIX, 86.
naissant dans le dénûment, l'ignorance et les fers; et si, dans cet échafaudage d'astuce et de tyrannie, nous voyons un temple, c'est le temple de ces divinités malfaisantes, où les sacrificateurs sont quelques-uns, les victimes le nombre immense. Mais quand les \ictimes ne sont plus agenouillées, les sacrificateurs disparaissent.