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rai, il faut éviter de proclamer les changements , si la nécessité n'est pas urgente. C'est leur susciter des résistances. Tout se fait graduellement, et, pour ainsi dire, imperceptiblement par la nature. Les hommes doivent l'imiter. Pourvu qu'il n'y ait point de contrainte exercée sur les consciences, point d'obstacle opposé à la pratique des cultes divers , le nom est utile à conserver. Il ne nuit point au fond des choses, et il rassure les esprits susceptibles de s'effaroucher.
Qu'on ne craigne pas non plus de nuire à la divinité de la religion , ou , ■ pour mieux dire , du sentiment intime sur lequel reposent les convictions religieuses. Plus on croit à la bonté et à la justice d'une Providence qui a créé l'homme et qui lui sert de guide, plus il est naturel d'admettre que cette Providence bienfaisante proportionne ses enseignements à l'état des intelligences destinées à les recevoir.
Cette doctrine seule concilie les idées que les hommes religieux conçoivent de cette Providence avec la nature de l'esprit humain. On ne saurait nier que l'esprit humain n'ait un penchant invincible à l'investigation et à l'exa-
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men. Si son devoir le plus impérieux , si son plus grand mérite était une crédulité implicite, pourquoi le ciel l'aurait-il doué d'une faculté qu'il ne pourrait exercer sans crime? Pourquoi l'aurait-il soumis à un besoin qu'il ne pourrait satisfaire , sans se rendre coupable ? Serait-ce pour exiger de lui le sacrifice absolu de cette faculté? Mais ce sacrifice le réduirait au rang de -pure machine; ce serait, comme nous l'avons dit, un suicide moral : le Dieu qui l'imposerait à l'homme, ressemblerait plus à l'Âmida de ces idolâtres, qui se font écraser sous les roues du char où est placée leur idole, qu'à l'intelligence pure et bienveillante offerte à nos adorations et à notre amour.
Cette crédulité implicite, cette immobilité dans les dogmes, ce caractère stationnaire dans les croyances , toutes ces choses contre nature, qu'on recommande au nom de la religion , sont ce qu'il y a de plus opposé au sentiment religieux. Qu'est-ce, en effet, que ce sentiment? Le besoin de se rapprocher des êtres dont on invoque la protection. Il est dans son essence d'essayer, pour se satisfaire, de chaque forme religieuse qu'il se crée, ou qu'on lui présente ; mais il est aussi dans son es-