LIVRE II, CHAPITRE VII. ll\'J
peurs ou stupides , conservent pourtant quelques traditions médicinales, dont une partie est sûrement salutaire (239). Ils font un devoir au Sauvage paresseux de ses entreprises de chasse ou de pèche. Ils lui en font un des plaisirs de l'amour, auxquels certains climats le rendraient presque insensible (240). Ils l'entretiennent dans des rêves qui ne sont pas sans quelque douceur. Ils répandent du charme sur une vie déplorable et déshéritée par la nature. Sachons -leur quelque gré d'embellir à leur manière des plages sombres, âpres et stériles , et de placer l'espoir par-delà les mont-agnes ou sur l'autre rive des mers dont ils habitent les bords glacés.
Le mal n'est jamais dans ce qui existe naturellement , mais dans ce qu'on prolonge ou dans ce qu'on rétablit par la ruse ou la force. Le véritable bien , c'est la proportion. La nature la maintient toujours quand on laisse la nature libre. Toute disproportion est pernicieuse. Ce qui est usé , ce qui est hâtif est également funeste. Des institutions beaucoup moins grossières que le sacerdoce des jongleurs , peuvent causer beaucoup plus de maux, lorsqu'elles sont en disparate avec les idées
qui ont reçu du progrès des esprits leur inévitable développement.
Quand nous aurons à comparer l'action des jongleur^ avec celle des corporations sacerdotales si vantées par des écrivains qui se répètent et se copient depuis tant de siècles , nous serons étonnés peut-être de voir la préférence demeurer aux premiers. Ces corporations retardent l'espèce humaine dans tous ses progrès : les jongleurs la poussent à leur insu vers une civilisation imparfaite. On voit en eux un peu de fraude et beaucoup de superstition : on verra plus tard dans les autres tout au plus un peu de superstition, et certainement beaucoup de fraude.