LIVRE II, CHAPITRK VIII. aSi
mépris superbes oat beaucoup trop circonscrit les bornes de cette intelligence. Que l'homme soit sauvage ou policé, il a la même nature , les mêmes facultés primitives , la même tendance à les employer. Les mêmes notions doivent donc s'offrir à lui , seulement moins subtiles ; les mêmes besoins , les mêmes désirs doivent le diriger dans ses conjectures : mais détourné par la lutte qu'il soutient contre un monde physique non encore dompté et contre un état moral dépourvu de garanties, il ne saurait persévérer dans une route uniforme et régulière ; et ses conjectures naissent et s'évaporent, comme les nuages dans les cieux que traverse l'aquilon rapide , ou comme les fantômes de nos rêves, quand notre raison nous abandonne à notre imagination vagabonde.
Cependant , aucune ne disparaît sans laisser de traces; des époques plus avancées les recueillent , les élaborent , leur donnent de la régularité et de la consistance.
Il était donc de notre sujet de les décrire avec quelque exactitude ; elles servent de base à nos recherches ultérieures. Nous verrons de quelle manière l'esprit humain travaille sur
aSa DE LA RELIGION.
ces données, comment il les épure, lorsq^u'il est livré à lui-même et indépendant de toute influence étrangère , comment alors les plus grossières s'effacent et les plus raisonnables se combinent et se coordonnent, et comment au contraire , lorsqu'il est réduit en servitude , les plus raisonnables se corrompent et se dénaturent, tandis que les plus grossières se conservent dans toute leur absurdité primitive.