‹ De la religion (volume 3)Chapitre 148 sur 152 · FIN DU LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

FIN DU LIVRE SECOND

(i) Esprit des Lois, liv. I,chap. i.

(2) C'est le cas de la plupart des voyageurs que Robertson cite , dans son histoire d'Amérique , et l'on peur en dire autant de l'auteur d'une description de la Nigritie, qui a paru à Amsterdam en 1789. C'est sur la foi de son maître de langue qu'il a affirmé que les Seraires, une tribu de Nègres entourée d'autres tribus fétichistes, et qui ont des prêtres et des sorciers, ne rendent pourtant hommage à aucune divinité.

(3) CoUins (Account of the english colony in Newwales) prétend que les habitants de la Nouvelle-Hollande n'adorent aucun être visible ou invisible ; et, immédiatement après, il parle des sacrifices qu'ils offrent aux âmes des morts , de la crainte qu'elles leur inspirent, de leur confiance dans les sorciers, et des artifices grossiers que ceux-ci emploient pour accroître leur influence. Or un peuple qui invoque ceux qui ne sont plus, qui recourt à la puissance de la magie, qui croit à des forces surnaturelles, à des rapports entre ces forces et l'homme, et à «les moyens de les disposer en sa faveur, professe évidemment une religion quelconque. Il en est de même de

rAUemand Bcger, dans sa relation de Californie : Les Californiens, dit-il, ne reconnaissent ni un dieu unique, ni plusieurs dieux. Mais ils se meurtrissent la tête à coups de pierre aux funérailles de leurs parents : ils leur donnent des souliers pour leur voyage dans un autre monde. Ils ont des jongleurs qui se retirent dans des cavernes pour y conférer solitairement avec des êtres supérieurs. N'est-ce pas là une religion?

(4) V. Démockit. ap. Sext. Erapir. adv. Mathem. Cicer. de Nat. Deor. , ii. 5. Hume, natur. hist. of relig. Boulanger, Antiquité dévoilée, I. 3^3. — 367. II. i33.

(5) Afin d'éviter qu'on ne s'autorise d'une phrase à laquelle on attacherait un sens qui lui est étranger, pour nous accuser de nier la révélation qui sert de base à la croyance de tous les peuples civilisés de l'Europe , nous devons remarquer qu'en disant que le sentiment intérieur prend une forme et la brise ensuite , nous ne contestons point que cette forme ne puisse lui être présentée d'une manière surnaturelle quand il la reçoit, et qu'il ne puisse de même en être affranchi d'une manière surnaturelle quand il la brise. C'est même ce qui est arrivé d'après le récit littéral et formel de nos livres sacrés. La loi juive était une loi divine, offerte aux Hébreux par la puissance suprême qui les éclairait, et acceptée par le sentiment religieux de cette nation. Cette loi, néanmoins, n'étant bonne que pour un temps, elle fut remplacée par la loi nouvelle, c'est-à-dire que l'ancienne forme fut brisée par son auteur, que le sentiment religieux fut invité et autorisé à s'en détacher, et qu'une forme nouvelle lui fut substituée. Affirmer que le germe de la religion se trouve dans le cœur de l'homme , ce n'est assurément point assi-

gner à ce don du ciel une oi'iginc purement humaine. L'être infini a déposé ce germe dans notre sein, pour novis préparer aux vérités que nous devions connaître. Nous pourrions nous appuyer ici de l'autorité de saint Paul, qui dit que Dieu avait laissé, jusqu'à une certaine époque, les nations le chercher par leurs propres forces. Plus on est convaincu que la religion nous a été révélée par des voies surnaturelles, plus on doit admettre que nous avions en nous la faculté de recevoir ces communications merveilleuses. C'est cette faculté que nous nommons le sentiment religieux. En partant, dans nos recherches, de l'état le plus grossier de l'espèce humaine, et en montrant comment elle en est sortie , nous n'infirmons point les récits du seul peuple qu'il nous soit prescrit de placer dans une classe particulière. Ces récits, en nous racontant les manifestations célestes qui ont entouré le berceau du monde, nous apprennent aussi que la race des hommes a mal profité de ce bienfait. Les vérités que la puissance suprême lui avait fait connaître se sont rapidement effacées de sa mémoire; et, à l'exception d'une tribu spécialement favorisée, elle a été bientôt replongée dans l'ignorance et dans l'erreur. Loin de dire que la leligion n'est que la création de ia crainte ou l'œuvre de l'imposture, nous avons prouvé que ni l'imposture ni la crainte n'ont suggéré à l'homme ses premières notions rel'igieuses. Nous dirons plus : dans le cours de nos recherches, un fait nous a frappés , un fait qui s'est répété plus d'une fois dans l'histoire. Les rehgions constituées, travaillées, exploitées par les hommes, ont fait souvent du mal. Toutes les crises religieuses ont fait du bien. Voyez l'Arabe : brigand sans pitié, assassin sans remords, époux impitoyable, père dénaturé, l'Arabe n'était qu'un animal féroce. On peut consulter sur ses anciennes mœurs les

observations critiques de Sale , à la tête de sa traduction du Coran. Les Arabes, avant Mahomet, considéraient les femmes comme ime propriété. Ils les traitaient en esclaves. Ils enterraient leurs filles vivantes. Le prophète paraît, et deux siècles d'héroïsme, de générosité, de dévouement, deux siècles, égaux sous plus d'un rapport aux plus belles époques de la Grèce et de Rome , laissent dans les annales du monde une trace brillante. Nous avons à dessein cité l'islamisme, de toutes les religions modernes, la plus stationnaire , et par-là même aujourd'hui la plus défectueuse et la plus nuisible. Nous aurions eu trop d'avantages , si nous avions choisi pour exemple la religion chrétienne. Nous pensons donc que l'idée dominante de notre ouvrage n'ébranle aucune des bases de cette religion, au moins telle que la conçoit le protestantisme que nous professons , et que nous avons le droit légal de préférer à toutes les autres communions chrétiennes.

(6) Si l'on croyait voir ici quelque analogie avec le système des idées innées, on se tromperait. L'homme n'a certainement en lui-même aucune idée préexistante sur la religion. Philosophiquement parlant, ses notions religieuses lui viennent de ses sens, comme toutes ses notions. La preuve en est qu'elles sont toujours proportionnées à sa situation extérieure. Mais il est dans sa disposition naturelle de concevoir toujours des notions religieuses, d'après les impressions qu'il reçoit, et la situation extérieure dans laquelle il se trouve.

(7) Traduit devant le tribunal d'une logique sévère, l'amour pourrait fort bien y perdre sa cause. En subsisterait-il moins ? Cesserait-il de faire la destinée des âmes

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